Les civils palestiniens rejettent l'«occupation» d'Israël et la «dictature» du Hamas, analyse une universitaire

Des combattants du Hamas mènent des otages nouvellement libérés vers des véhicules de la Croix Rouge, le 27 novembre à Gaza (Photo, AFP).
Des combattants du Hamas mènent des otages nouvellement libérés vers des véhicules de la Croix Rouge, le 27 novembre à Gaza (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 28 novembre 2023

Les civils palestiniens rejettent l'«occupation» d'Israël et la «dictature» du Hamas, analyse une universitaire

  • Les deux tiers des civils gazaouis ne font pas confiance au pouvoir islamiste du Hamas «corrompu» et «autoritaire» pour améliorer leur sort
  • «Ce que disent les habitants de Cisjordanie et de Gaza dans ce sondage, c'est que, pour couronner le tout, la corruption de leurs gouvernements s'ajoute au blocus israélien»

PRINCETON: En bouclant juste avant l'attaque du Hamas du 7 octobre un sondage d'opinion dans les Territoires palestiniens, une politologue de Princeton aux Etats-Unis a conclu que les populations estimaient subir à la fois l'"occupation" d'Israël et la "dictature" des mouvements palestiniens.

Pour la chercheuse américano-palestinienne Amaney Jamal, doyenne de l'école des affaires publiques et internationales de la prestigieuse université, les civils gazaouis sont certes soumis depuis 2007 à un blocus israélien, mais les deux tiers d'entre eux ne font pas confiance au pouvoir islamiste du Hamas "corrompu" et "autoritaire" pour améliorer leur sort.

"On a cette occupation israélienne" des Territoires palestiniens "et on a ces régimes du Hamas et de l'Autorité palestinienne devenus au fil du temps plus dictatoriaux et autoritaires", argumente Mme Jamal en recevant l'AFP à Princeton.

"Si bien que le Palestinien moyen (...) habitué à l'occupation de l'unique puissance (israélienne) vit maintenant sous l'occupation de deux" pouvoirs israélien et palestinien, analyse cette unversitaire de 52 ans née en Californie et qui a passé sa jeunesse à Ramallah.

Avec son collègue Michael Robbins, Amaney Jamal a fondé le "Baromètre arabe", des enquêtes sociologiques et sondages d'opinion menés tous les deux ans depuis 2006 dans 16 pays du Proche-Orient et d'Afrique du Nord.

L'étude intitulée "Ce que les Palestiniens pensent vraiment du Hamas" a été conduite auprès de 790 personnes en Cisjordanie et 399 dans la bande de Gaza. Menée de fin septembre au 6 octobre, elle a dû être interrompue par l'attaque du Hamas contre Israël le 7.

Les résultats ont surpris ces spécialistes.

Pas «confiance» dans le Hamas

"Avant les attaques du 7 octobre, 67% des Palestiniens de Gaza n'avaient pas ou peu confiance dans le Hamas", a mis au jour Mme Jamal.

Ce résultat devrait battre en brèche "la thèse selon laquelle toute la bande de Gaza soutiendrait le Hamas et que, par conséquent, toute la bande de Gaza devrait être tenue responsable des actes épouvantables perpétrés par le Hamas", un groupe "terroriste" selon Israël, les Etats-Unis et l'Union européenne.

Mme Jamal et M. Robbins ont publié il y a un mois leurs conclusions inattendues dans la revue scientifique Foreign Affairs et la chercheuse les a commentées dans un podcast du New York Times.

A Gaza, les enquêteurs se sont focalisés sur le blocus économique qu'Israël impose au territoire côtier depuis 2007. "Qui tenez vous pour responsable de vos problèmes économiques?", ont interrogé les sondeurs.

"Nous pensions que le coupable numéro 1 serait Israël en raison du blocus. Mais la plupart des gens ont davantage cité la corruption du Hamas", s'étonne Mme Jamal.

Abbas à «9%»

"Ce que disent les habitants de Cisjordanie et de Gaza dans ce sondage, c'est que, pour couronner le tout, la corruption de leurs gouvernements s'ajoute au blocus israélien", dénonce-t-elle en ciblant le président palestinien Mahmoud Abbas, élu en 2005 et qui ne recueillerait aujourd'hui que "9%" d'opinions favorables.

En outre, à Gaza avant le 7 octobre, "deux tiers (des personnes interrogées) déclaraient n'avoir pas eu les moyens de nourrir leurs familles au cours des 30 derniers jours", fait valoir l'universitaire. Preuve que la société gazaouie est économiquement "démunie" et en butte au "pouvoir corrompu du Hamas".

Alors qu'il n'y a pas eu d'élections depuis 2006, la majorité des Palestiniens de Gaza "contestent l'autoritarisme du Hamas" insiste Amaney Jamal. De fait, à la veille du 7 octobre, "60% disaient ne pas pouvoir exprimer librement et ouvertement leur opinion et 72% ne pas pouvoir manifester pacifiquement par peur de représailles".

Cette hostilité de l'opinion publique palestinienne à l'égard du Hamas s'est-elle renforcée ou réduite après six semaines de guerre qui ont fait 1.200 morts en Israël et près de 14.900 à Gaza?

Mme Jamal et M. Robbins y avaient répondu en partie dans Foreign Affairs fin octobre: "la souffrance endurée par les Palestiniens les a probablement radicalisés, ce qui pourrait saper à long terme la paix et la stabilité".

Avant le 7 octobre, "80%" des Palestiniens sondés souhaitaient un règlement diplomatique avec Israël, dont "56% pour une solution à deux Etats, le reste pour une solution à un Etat ou une confédération", détaille la chercheuse pour qui "la population de Gaza semblait ouverte à une solution à deux Etats, à une réconciliation pacifique avec Israël sur la base des frontières de 1967".

Seuls les "20%" restants penchaient pour la "résistance armée", pointe-t-elle.


Qatar: une explosion dans un complexe gazier fait 54 blessés, 18 disparus

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz. (Photo d'illustration)
  • Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales
  • Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation

DOHA: Une puissante explosion dans un immense complexe gazier au Qatar a embrasé le ciel et fait 54 blessés, ont indiqué lundi les autorités, tandis que 18 personnes sont toujours portées disparues.

"Un incident technique" est à l'origine de la déflagration survenue dimanche soir dans la zone industrielle de Ras Laffan, qui abrite le plus grand centre mondial de production de gaz naturel liquéfié (GNL), a indiqué le ministère de l'Intérieur.

L'explosion s'est produite dans une installation alimentant les entreprises locales, et a été entendue jusqu'à Doha, la capitale.

Un journaliste de l'AFP, qui se trouvait à une vingtaine de kilomètres du site, a vu des flammes illuminer le ciel nocturne et un panache de fumée s'élever au-dessus de la zone.

La compagnie publique QatarEnergy a indiqué que l'incident s'était produit "lors du redémarrage des opérations dans la cité industrielle de Ras Laffan,  provoquant une explosion et un incendie dans l'installation d'approvisionnement local en gaz de Barzan".

Tard dimanche, elle a affirmé que l'incendie avait été maîtrisé après l'intervention des équipes de secours et d'urgence.

Le complexe de Ras Laffan avait subi d'importants dégâts à la suite des attaques menées par l'Iran contre ses voisins du Golfe en riposte à l'offensive israélo-américaine, contraignant le Qatar à suspendre sa production de gaz.

Le ministère de l'Intérieur a d'abord fait état d'une "explosion interne" avant de préciser, dans un second communiqué, qu'un "dysfonctionnement technique" était en cause.

La détonation a été entendue par des journalistes de l'AFP à Doha, à une soixantaine de kilomètres de la côte nord où se situe le complexe.

"Un total de 54 personnes ont été blessées dans l'incident", a écrit le ministère sur X, précisant que les recherches étaient en cours pour retrouver "18 disparus".

Selon QatarEnergy, l'installation de Barzan a une capacité de production de 1,4 milliard de pieds cubes standards de gaz commercialisable par jour, destinés à alimenter les centrales électriques, les usines de dessalement et les industries locales.

Le site dispose également d'une capacité de production d'éthane, de condensats, de gaz de pétrole liquéfié (GPL) et de soufre destinés aux marchés locaux et à l'exportation.

Le projet est détenu à 93% par QatarEnergy et à 7% par la compagnie américaine ExxonMobil, selon le site de l'entreprise américaine.

Le Qatar, qui partage le champ gazier de South Pars/North Dome avec l'Iran, est l'un des plus grands producteurs de GNL au monde, avec les Etats-Unis, l'Australie et la Russie.

Mais le petit Etat du Golfe a interrompu sa production le 2 mars après des frappes de drones iraniens sur des installations énergétiques clés.

De nouvelles attaques le 18 mars ont réduit de 17% les capacités d'exportation du pays, des dégâts dont la réparation devrait nécessiter trois à cinq ans, avait alors affirmé le ministre de l'Energie, Saad al-Kaabi.

Des pays importateurs comme la Chine, la Corée du Sud, l'Italie et la Belgique figuraient parmi les plus susceptibles d’être affectés, a-t-il déclaré en mars.

 

 


Le président syrien dément vouloir intervenir au Liban

Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer. (AFP)
  • "Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad
  • Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie"

DAMAS: Le président syrien, Ahmad al-Chareh, a démenti dimanche que son pays cherche à intervenir militairement au Liban, où Israël et le Hezbollah sont en guerre, après que son homologue américain, Donald Trump, a suggéré à plusieurs reprises que Damas pourrait s'impliquer.

"Nous recherchons des canaux économiques entre le Liban et la Syrie et non des canaux militaires", a affirmé le chef de l'Etat syrien dans un entretien diffusé sur la chaîne de télévision Al Mashhad.

Le même jour, Donald Trump a déclaré à Fox News être "déçu qu'Israël ne parvienne pas à vaincre le Hezbollah" libanais pro-iranien, ajoutant, au sujet de la lutte contre ce groupe armé: "Je suis sur le point de la confier à la Syrie".

Peu auparavant, au sommet du G7 en France, le président américain avait dit: "si Israël ne peut pas faire le boulot sans tuer tout le monde, il (M. al-Chareh, ndlr) le fera".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars en tirant des roquettes sur Israël pour venger l'assassinat, quelques jours plus tôt, du guide suprême iranien Ali Khamenei, son soutien, au cours de frappes américano-israéliennes.

Israël a riposté par des bombardements aériens et une offensive terrestre.

L'accord irano-américain signé cette semaine visant à mettre fin au conflit au Moyen-Orient inclut le Liban, où les combats se sont arrêtés samedi soir.

Dans son interview dimanche, le chef de l'Etat syrien a assuré que son pays avait "proposé aux Etats-Unis que la guerre cesse", ajoutant : "il faut trouver diverses solutions, notamment économiques, politiques et sociales, y compris le rétablissement des relations et de l'axe économique vital entre la Syrie et le Liban".

"Parallèlement, il est nécessaire de mettre en place des mesures de sécurité qui répondent en priorité aux préoccupations syriennes et libanaises mais aussi à celles d'Israël", a-t-il poursuivi.

Le Hezbollah a combattu pendant la guerre civile en Syrie aux côtés de l'ex-président Bachar el-Assad.

De ce fait, Ahmad al-Chareh, qui a renversé ce dernier en 2024, est profondément hostile à ce mouvement.

La Syrie a dominé le Liban pendant des décennies à la suite de l'intervention de son armée au moment de la guerre civile de 1975-1990, ne se retirant qu'en 2005, ce qui rend toute nouvelle implication militaire extrêmement délicate.

"La Syrie dispose de nombreux moyens pour avoir un impact positif au Liban mais cela dépend avant tout de l'accord du Liban", a encore dit le chef de l'Etat.

"La Syrie est très préoccupée par la situation intérieure du Liban car la sécurité et la stabilité du Liban sont indissociables de celles de la Syrie", a martelé Ahmad al-Chareh.

Interrogé sur la possibilité de dialoguer avec le Hezbollah, il a répondu : "si cela sert les intérêts du Liban et préserve ceux de la Syrie, pourquoi pas?".


Liban: le chef du Hezbollah dit refuser toute zone de sécurité israélienne dans le sud

  • "Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem
  • "Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré

BEYROUTH: Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a refusé dimanche toute zone de sécurité israélienne dans le sud du Liban, après qu'Israël a dit vouloir y maintenir son armée.

Le maintien de forces israéliennes sur le sol libanais est "impossible" et "il n'y a pas de zones de sécurité pour Israël", a déclaré le chef du groupe pro-iranien dans une adresse télévisée.

"Nous avons une armée libanaise seule à même de se déployer et responsable de la sauvegarde de la souveraineté" du Liban, "et c'est avec elle que nous coopérons", a-t-il ajouté.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient le 2 mars par le Hezbollah, en soutien à Téhéran visé par une offensive israélo-américaine.

Depuis, l'armée israélienne mène une offensive terrestre dans le sud du pays et opère dans ce qui est présenté comme une zone de sécurité d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de la frontière, devant protéger les habitants du nord d'Israël.

Un cessez-le-feu avait été annoncé vendredi, après un précédent qui n'avait pas été respecté.

L'armée israélienne restera dans le sud du Liban "aussi longtemps que nécessaire", a déclaré dimanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, sur fond de négociations entre l'Iran et les Etats-Unis en Suisse pour mettre fin au conflit dans la région.

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a en outre affirmé que les troupes israéliennes pouvaient agir "sans aucune restriction" pour "éliminer les menaces" au Liban.

"Israël ne se retirera pas de la zone de sécurité au Liban", a-t-il répété.

"Israël est un agresseur et doit partir. Les Etats-Unis assument l'entière responsabilité" des actions israéliennes, a réagi Naïm Qassem.

"Même si Israël multiplie ses actes criminels, nous (nous) défendrons", a-t-il assuré.

Le chef du Hezbollah a tenu ces propos après l'ouverture en Suisse dimanche des pourparlers censés finaliser un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran.

L'Iran, qui a dit qu'aucun accord avec les Etats-Unis ne serait possible sans cessation des hostilités au Liban, avait annoncé samedi une nouvelle fermeture du détroit d'Ormuz en représailles aux attaques israéliennes sur ce pays.

Le Liban connaît depuis samedi soir une accalmie, l'armée israélienne ayant reçu l'ordre de cesser les affrontements avec le Hezbollah.

"J'invite le pouvoir libanais à tirer profit du protocole d'entente", a affirmé Naïm Qassem.

L'Iran "a fermé le détroit d'Ormuz pour le Liban. C'est une arme entre vos mains (...). Utilisez-la", a-t-il ajouté.

Sous la pression des Etats-Unis, le Liban a entamé en avril des pourparlers directs avec Israël à Washington, que le Hezbollah rejette. Un cinquième cycle de négociations doit débuter la semaine prochaine.