La crise de financement de l'Unrwa affecte ses champs d'opération au-delà de Gaza

Des femmes se tiennent à la porte d'une maison le long d'une allée du camp de Chatila pour les réfugiés palestiniens dans la banlieue sud de Beyrouth, le 19 avril 2023 (Photo, AFP).
Des femmes se tiennent à la porte d'une maison le long d'une allée du camp de Chatila pour les réfugiés palestiniens dans la banlieue sud de Beyrouth, le 19 avril 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 06 février 2024

La crise de financement de l'Unrwa affecte ses champs d'opération au-delà de Gaza

  • Supprimer le financement d'un important employeur de Palestiniens en Syrie et au Liban privera des milliers de familles de leur principale source de revenus
  • L'arrêt des opérations constituera un choc majeur pour les économies syrienne et libanaise déjà en difficulté

LONDRES: Alors que la principale source de revenus pour des millions de réfugiés palestiniens au Moyen-Orient risque d'être supprimée d'ici la fin du mois de février, de nombreuses familles qui dépendent de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) craignent de sombrer encore plus dans la pauvreté, voire pire.

Depuis qu'il a fui le camp de Yarmouk à Damas et qu'il s'est installé au Liban en 2015, Ayham, dont le nom a été modifié pour protéger son identité, et les trois membres de sa famille survivent grâce à la modeste allocation fournie par l'Unrwa.

«Nous arrivons à peine à joindre les deux bouts, même si je travaille un peu lorsque l'occasion se présente», a déclaré Ayham, 43 ans, à Arab News. «Comment allons-nous survivre si nous perdons l'allocation mensuelle de l'Unrwa et comment ma fille pourra-t-elle recevoir son éducation?»

La famille d'Ayham fait partie des 31 400 réfugiés palestiniens qui ont fui la Syrie voisine pour se réfugier au Liban après que les manifestations contre le gouvernement du président Bachar el-Assad en 2011 ont dégénéré en une véritable guerre civile.

Shatha, la fille du réfugié palestinien Issa al-Loubani, 48 ans, regarde par la fenêtre de leur appartement dans le camp palestinien de Yarmouk, à la périphérie sud de la capitale syrienne Damas, le 25 novembre 2020 (Photo, AFP).

L'Unrwa fournit aux réfugiés palestiniens de Gaza, de Cisjordanie, de Syrie, du Liban et de Jordanie une aide financière mensuelle de 100 dollars (1 dollar= 0,93 euro) par famille et de 27 dollars supplémentaires pour chaque membre de la famille.

Pour ceux qui n'ont pas pu s'assurer un revenu régulier, l'allocation a été la seule chose qui leur a permis d'échapper à la misère. Cependant, le 26 janvier, les États-Unis ont suspendu leur financement à l'Unrwa en réponse à des allégations troublantes. Plusieurs autres donateurs importants ont rapidement emboîté le pas.

Par conséquent, l'agence des Nations unies, fondée en 1949 à la suite de l'exode massif des Palestiniens lors de la Nakba, devra probablement interrompre ses opérations, notamment dans la bande de Gaza assiégée, d'ici la fin du mois si le financement n'est pas rétabli.

Les suspensions de financement sont intervenues après que les services de renseignement israéliens ont affirmé que 12 employés de l'Unrwa étaient impliqués dans l'attaque du Hamas du 7 octobre, et que 10% des 12 000 employés de l'agence à Gaza étaient des agents du Hamas ou du Djihad islamique.

Le 7 octobre, le Hamas a mené une attaque surprise sur le sud d'Israël, tuant 1 200 personnes et en prenant 240 autres en otage.

En représailles, Israël a lancé une campagne de bombardements sur Gaza, faisant plus de 27 000 morts, selon le ministère de la Santé de Gaza, 66 000 blessés et 85% des 2,2 millions d'habitants de l'enclave déplacés de force.

Des réfugiés palestiniens se rassemblent devant les bureaux de l’Agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens, l'Unrwa, à Beyrouth, le 30 janvier 2024, pour protester contre la décision de certains pays de cesser le financement de l'organisation (Photo, AFP).

Pour Mounir Nuseibah, professeur de droit international à l'université Al-Quds de Jérusalem, la réduction des financements de l'Unrwa est «injustifiable».

«La suppression du financement de l’Unrwa à un moment où la population palestinienne souffre de la guerre et des politiques génocidaires d’Israël, notamment la famine, reflète la complicité avec ce crime», a-t-il déclaré à Arab News.

«Juste au moment où la Cour internationale de justice a ordonné d'autoriser l'accès des services humanitaires et de l'aide aux civils de Gaza, les alliés d'Israël ont décidé de cesser le financement de l'Unrwa», a-t-il ajouté.

Après que l'Afrique du Sud a saisi la Cour internationale de justice pour accuser Israël de commettre un génocide à Gaza, la plus haute juridiction de l'ONU a ordonné à Israël de prendre toutes les mesures en son pouvoir pour prévenir les actes de génocide et autoriser l'aide humanitaire dans l'enclave palestinienne.

Certains analystes ont même accusé les pays donateurs d'hypocrisie, soulignant que des agences des Nations unies ont été impliquées dans des scandales sans pour autant perdre leur financement.

EN CHIFFRES

RÉFUGIÉS PALESTINIENS

1,5 million en Jordanie, au Liban, en Syrie, à Gaza et en Cisjordanie.

489 292 accueillis par le Liban.

438 000 accueillis par la Syrie.

31 400 ont fui la Syrie et résident désormais au Liban.

Source: Unrwa 

Selon Karam Shaar, chercheur principal au New Lines Institute, «si l'on observe la conduite des Nations unies dans d'autres pays et la réaction des gouvernements occidentaux, par rapport à la manière dont ils ont réagi à ce que l'Unrwa aurait pu faire en Palestine, je crois que cela révèle une prédisposition à réduire fondamentalement l'aide aux Palestiniens.»

«À mon avis, cela témoigne également d'un certain niveau d'hypocrisie. Les Nations unies ont-elles été impliquées par le passé dans des scandales importants ? Bien sûr. Mais la solution consiste-t-elle à couper les fonds sans mettre en place des canaux alternatifs pour une population qui est effectivement assiégée de toutes parts ? Cela est vraiment inhumain», a-t-il indiqué à Arab News.

L'Unrwa vient en aide à environ 6 millions de réfugiés palestiniens dans toute la région. Les analystes s'attendent à ce que l'impact de la suppression de ses services soit fortement ressenti par les pays qui accueillent des familles déplacées.

Selon les chiffres de l'Unrwa, 489 292 réfugiés palestiniens étaient enregistrés au Liban en mars 2023 et 575 234 en Syrie en juillet 2022. On estime à 438 000 le nombre de réfugiés palestiniens restés en Syrie.

Une réfugiée palestinienne tient une pancarte dans une école appartenant à l'Unrwa dans la ville de Sebline à l'est du port de Saïda, dans le sud du Liban, le 12 mars 2018 (Photo, AFP).

Mohammed al-Asadi, économiste basé en Allemagne au Syrian Center for Policy Research, a noté que la suspension du financement de l'Unrwa «pourrait avoir un impact dévastateur sur la vie et les moyens de subsistance des réfugiés palestiniens vivant en Syrie et au Liban, car la grande majorité d'entre eux sont vulnérables».

«L'Unrwa est le seul à fournir des transferts d'argent et des paniers alimentaires aux réfugiés palestiniens touchés par le conflit syrien», a-t-il déclaré à Arab News.

«Des dizaines de milliers de familles dépendent de cette aide pour satisfaire leurs besoins nutritionnels de base. La suspension de l'aide à ces familles les fera tomber immédiatement sous le seuil de pauvreté absolue», a-t-il averti.

L'économie syrienne a été mise à genoux par plus d'une décennie de combats, de sanctions et d'isolement. En 2018, la Banque mondiale a reclassé la Syrie dans la catégorie des pays à faible revenu. Entre 2010 et 2020, son produit intérieur brut a diminué de plus de moitié.

Un écolier brandit un drapeau palestinien avec d'autres écoliers portant des keffiehs palestiniens lors d'un sit-in de protestation au camp de Chatila pour les réfugiés palestiniens dans la banlieue sud de Beyrouth, le 7 novembre 2023 (Photo, AFP).

Bien que les réfugiés palestiniens en Syrie aient les mêmes droits que les citoyens syriens en termes d'emploi, de commerce et d'accès aux postes de la fonction publique et aux services publics, M. Al-Asadi a prévenu que la fermeture des opérations de l'Unrwa «aura un impact substantiel sur l'augmentation de l'incidence de la pauvreté dans le pays, en particulier parmi les réfugiés palestiniens».

Il a souligné que l'arrêt des opérations de l'Unrwa en Syrie «laisserait des milliers de chargés de familles sans emploi, car l'Unrwa est un employeur majeur de Palestiniens et de Syriens dans ses écoles, ses cliniques médicales et ses centres de formation professionnelle».

Il a ajouté que cela obligerait également l'agence à suspendre ses importants programmes de formation professionnelle, «laissant des milliers de jeunes réfugiés palestiniens sans formation dans une économie où le taux de chômage dépasse 40%, selon les estimations du Syrian Center for Policy Research».

«La confluence de la hausse du chômage, de l'arrêt de l'aide alimentaire et en espèces, et de l'impossibilité d'accéder aux services de santé et d'éducation va très probablement provoquer un afflux important de réfugiés palestiniens de Syrie et du Liban vers l’Europe, en traversant la Méditerranée», a signalé M. Al-Asadi.

En outre, pour la Syrie et le Liban, cette situation «causera un choc sévère à la réserve de capital humain dans ces deux pays, car l'Unrwa est le principal fournisseur de services d'éducation et de soins de santé pour les réfugiés palestiniens».

«Cela laissera des centaines de milliers de familles sans accès à des services de soins de santé vitaux abordables. Les systèmes éducatifs déjà surpeuplés des deux pays n’ont pas la capacité d’intégrer des dizaines de milliers d’élèves », a-t-il expliqué.

«Cette situation est particulièrement problématique au Liban, où les écoles publiques accueillent environ 500 000 réfugiés syriens en âge de scolarité», a-t-il ajouté.

Une femme assise avec son enfant après avoir fui le camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Helweh à Sidon, ville côtière du sud du Liban, le 9 septembre 2023 (Photo, AFP).

Pour l’analyste libanais Nasser Elamine, au Liban, «la suppression du financement de l'Unrwa signifie que plus de 301 400 réfugiés palestiniens, dont la majorité vit déjà sous le seuil de pauvreté, selon les Nations unies, seront effectivement abandonnés par le monde, sans aucun moyen d'assurer les besoins minimaux de leur vie quotidienne, en particulier l'éducation et les soins de santé».

«Les réfugiés palestiniens au Liban se voient refuser l'accès à des professions réglementées par les syndicats. Et avec une économie réelle qui produit à peine d’emplois (sans parler de l'effondrement économique de 2019), les Palestiniens n'auront aucun moyen de commencer à combler le vide qu'une interruption du financement de l'Unrwa laissera», a-t-il indiqué à Arab News.

Le Liban interdit aux réfugiés palestiniens d'exercer quelque 70 professions réglementées par ses syndicats, notamment dans les domaines de l'ingénierie, du droit et de la médecine.

Le retrait de l’aide financière à l’Unrwa risque d’avoir un impact négatif sur l’économie libanaise, en proie à une crise financière désastreuse depuis 2019.

M. Elamine a noté que le taux de chômage au Liban est «déjà d'environ 30% de la population, alors que la participation à la population active n'était que de 43% en 2022, selon le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef), et que le taux de pauvreté multidimensionnelle était de 81%», d'après les données de la Commission économique et sociale pour l'Asie occidentale (Cesao).

«Depuis environ un an, le Liban a réussi à mettre en place une façade de normalisation de la crise en optant pour la dollarisation de la moitié de son économie.»

«L'Unrwa était responsable de l'entrée mensuelle au Liban de millions de dollars en devises fortes par l'intermédiaire des banques libanaises, où ils étaient dépensés sous forme de salaires, de projets, de services d'éducation et de santé, ainsi que de fonds pour les petites entreprises.»

«En plus de cela, l’État libanais recevrait une partie de ces fonds en retour pour permettre aux réfugiés de rester dans le pays. La disparition soudaine de ces fonds laissera nécessairement l’économie en état de choc, mais dans quelle mesure, cela reste à déterminer», a alerté M. Elamine.

Une photo diffusée par l'Unrwa le 17 avril 2015 et prise la veille montre des personnes déplacées du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk faisant la queue pour recevoir de l'aide de l'organisation à Yalda, au sud de Damas (Photo, AFP).

Selon les responsables de l'Unrwa, l'agence avait déjà atteint une «zone de danger» en 2022 après plus d'une décennie de sous-financement. L'année dernière, les dons n'ont couvert que 36% de son budget.

Au-delà des services humanitaires fournis par l'Unrwa, l'économiste libanais Nadim Shehadi a révélé à Arab News que l'importance de l'agence résidait principalement dans le fait qu'elle était «la mémoire» de la population des réfugiés palestiniens et une organisation cruciale pour la résolution de la question palestinienne.

«En tant qu'institution, l'Unrwa est extrêmement importante pour tout règlement futur de la question palestinienne. L'Unrwa possède les détails et les données de chaque famille palestinienne, donc de chaque réfugié palestinien», a-t-il souligné.

L'article 11 de la résolution 194 (III) des Nations unies confère aux réfugiés palestiniens le droit soit de rentrer chez eux, soit d'être réinstallés et de recevoir une compensation. M. Shehadi a précisé que les informations détenues par l'Unrwa étaient essentielles à la mise en œuvre de cet article.

«Toute solution à la question palestinienne devrait aborder la question des réfugiés. C'est la principale pierre d'achoppement pour une solution globale, et cette solution, pour être mise en œuvre, a besoin des données et du mécanisme que seul l'Unrwa peut fournir», a-t-il soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Hamas exhorte l'Iran à cesser de bombarder ses voisins

Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
Le Hamas a appelé samedi l’Iran à s’abstenir de viser les pays voisins, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre contre Israël et les États-Unis. (AFP)
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  • Le Hamas appelle l’Iran à cesser de frapper les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes, tout en affirmant le droit de Téhéran à se défendre
  • Le mouvement palestinien exhorte aussi la communauté internationale à agir pour mettre fin immédiatement à la guerre régionale

Gaza, Territoires palestiniens: Le mouvement islamiste palestinien Hamas a exhorté samedi Téhéran à cesser ses frappes contre les pays voisins en représailles aux attaques américano-israéliennes dont il est la cible, tout en affirmant le droit de son allié à se défendre.

Le Hamas a également appelé la communauté internationale à "œuvrer à l'arrêt" immédiat de la guerre.

Il s'agit de la première déclaration en ce sens du Hamas, dont la République islamique est traditionnellement l'un des principaux soutiens, depuis le début, le 28 février, de l'offensive menée conjointement par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran.

"Tout en affirmant le droit de la République islamique d'Iran à riposter à cette agression par tous les moyens disponibles, conformément aux normes et au droit international, le mouvement appelle ses frères en Iran à ne pas prendre pour cible les pays voisins", a écrit le Hamas sur Telegram.

Le Hamas avait auparavant condamné l'assassinat du guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué par une frappe israélienne à Téhéran au premier jour de la guerre, le qualifiant de "crime odieux".

"Il a fourni toutes les formes de soutien politique, diplomatique et militaire à notre peuple, à notre cause et à notre résistance", avait déclaré le mouvement peu après la mort de l'ayatollah Khamenei.

Mercredi, le Hamas a souhaité au fils de Khamenei, Mojtaba Khamenei, nommé nouveau guide suprême en remplacement de son père, de "vaincre l'agression israélo-américaine".

Face à l'offensive américano-israélienne, l'Iran a riposté par des tirs contre une dizaine de pays. Samedi, le Qatar a annoncé avoir intercepté deux missiles après des explosions entendues dans la capitale Doha.

Le mouvement libanais Hezbollah, lui aussi allié de Téhéran, est entré en guerre le 2 mars en tirant des roquettes sur le sol israélien, provoquant une campagne de bombardements massifs menée par Israël au Liban.

Le Hamas et le Hezbollah, comme les rebelles houthis du Yémen, font partie des groupes armés soutenus par l'Iran contre Israël dans la région. Parmi les objectifs affichés de son offensive contre Téhéran, Israël avait affirmé vouloir détruire le soutien iranien à ces mouvements.

- "Semer la discorde" -

Selon une source au sein du Hamas, interrogée par l'AFP, la direction du mouvement est en contact avec les dirigeants iraniens "depuis plusieurs jours en les appelant à ne pas viser des États voisins comme les pays du Golfe, d'autres pays arabes et la Turquie".

Israël "cherche à semer la discorde entre l'Iran et ses voisins arabes et musulmans", a ajouté cette source sous couvert d'anonymat. "La direction du Hamas a également pris contact avec des responsables de plusieurs pays, dont le Qatar, la Turquie et l'Irak, les exhortant à œuvrer pour mettre un terme" à l'offensive israélo-américaine.

Plusieurs pays majoritairement sunnites entretiennent aussi des liens avec le Hamas, notamment la Turquie et le Qatar, qui héberge depuis 2012 la direction politique du mouvement et a joué un rôle-clé dans les négociations indirectes avec Israël en vue de mettre un terme à la guerre dans la bande de Gaza.

Ces négociations ont abouti à un cessez-le-feu fragile qui se maintient depuis le 10 octobre 2025, après deux ans de guerre provoquée par l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Le Qatar a aussi fourni une importante aide financière à Gaza depuis la prise de pouvoir du Hamas dans le territoire palestinien en 2007, en grande partie présentée comme une aide humanitaire ou à la reconstruction.

La Turquie de son côté fournit principalement un soutien politique et diplomatique plutôt qu'un financement direct à grande échelle au Hamas.

Vendredi, la Turquie a annoncé qu'un troisième missile balistique tiré depuis l'Iran, depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, avait été abattu dans l'espace aérien turc par les forces de l'Otan.


Le chef de l’ONU affirme que « le temps des groupes armés est révolu » après sa rencontre avec le président libanais

Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
Sur cette photo diffusée par le bureau de presse de la présidence libanaise, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, s’adresse aux journalistes après sa rencontre avec le président libanais Joseph Aoun au palais présidentiel de Baabda, à l’est de Beirut, le vendredi 13 mars 2026. (Bureau de presse de la présidence libanaise via AP)
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  • Antonio Guterres était à Beyrouth « en ami du peuple libanais »
  • Il a appelé à ce que l’intégrité territoriale du pays soit « pleinement rétablie »

NEW YORK : Le secrétaire général de l’ONU a appelé vendredi à un État libanais fort détenant le monopole de l’usage de la force, après une rencontre avec le président Joseph Aoun.

« Ce n’est plus le temps des groupes armés », a déclaré Antonio Guterres. « C’est le temps des États forts. »

S’exprimant après la réunion à Beirut, il a ajouté : « J’appelle fermement les deux parties, le Hezbollah et Israël, à un cessez-le-feu afin d’arrêter la guerre et d’ouvrir la voie à une solution. »

Une telle solution, a-t-il précisé, devrait permettre au Liban d’émerger comme un État souverain doté d’une pleine intégrité territoriale et d’institutions étatiques contrôlant l’usage de la force.

Arrivé plus tôt à Beyrouth pour une visite de solidarité « en ami du peuple libanais », il a déclaré aux journalistes : « C’est dans les moments difficiles que l’amitié et la solidarité sont essentielles. »

Il a déclaré être conscient de la souffrance « énorme » des Libanais alors que le mois sacré musulman du Ramadan coïncide avec la période chrétienne du Carême. « Ce devraient être des moments de paix, ce devraient être des moments de solidarité », a-t-il ajouté.

« Malheureusement, le Liban a été entraîné dans une guerre qui n’est pas une guerre que son peuple aurait souhaitée. »

« J’espère sincèrement que lors de ma prochaine visite au Liban, je pourrai voir un Liban en paix, un Liban où l’État détient le monopole de l’usage de la force et où l’intégrité territoriale est pleinement rétablie », a-t-il conclu. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis frappent le hub pétrolier de l'Iran dans le Golfe

Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
Le président américain Donald Trump s’adresse aux médias avant d’embarquer à bord d’Air Force One pour se rendre en Floride, à la base conjointe Andrews, dans le Maryland (États-Unis), le 13 mars 2026. (REUTERS)
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  • Donald Trump affirme que l’armée américaine a « totalement détruit » des cibles militaires sur l’île iranienne de Kharg Island et menace de viser ses infrastructures pétrolières si l’Iran entrave la navigation dans le dans le détroit d’Ormuz
  • Le conflit régional se poursuit avec des frappes et représailles entre l’Iran, les États-Unis et leurs alliés, tandis que Washington envisage d’escorter des pétroliers dans ce détroit stratégique par où transite environ 20% du pétrole mondial

TEHERAN: Donald Trump a déclaré vendredi soir avoir "complètement détruit" des cibles militaires sur l'île de Kharg, le hub pétrolier de l'Iran, et menacé de s'en prendre à ses infrastructures pétrolières si Téhéran entrave la libre circulation des navires dans le détroit stratégique d'Ormuz.

"J'ai choisi de NE PAS détruire les infrastructures pétrolières de l'île. Cependant si l'Iran, ou quiconque d'autre venait à faire quoi que ce soit pour entraver le passage libre et sûr des navires dans le détroit d'Ormuz, je reconsidérerais immédiatement ma décision", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Il a annoncé que l'armée américaine "a mené l'un des raids aériens les plus puissants de l'histoire au Moyen-Orient, et a totalement détruit toutes les cibles militaires" sur Kharg.

La veille, le président du Parlement iranien, l'influent Mohammad Bagher Ghalibaf, avait déclaré que Téhéran "abandonnera toute retenue" si les Etats-Unis et Israël attaquent ses îles du Golfe.

Bande de terre broussailleuse située dans le nord du Golfe, à environ 30 kilomètres des côtes, Kharg abrite le plus grand terminal d'exportation de pétrole brut de l'Iran.

Après deux semaines de guerre qui n'ont pas fait céder le pouvoir iranien, l'intransigeance de l'ensemble des belligérants, qui poursuivent samedi matin leurs frappes, ne laisse présager aucun répit dans ce conflit qui déchire le Moyen-Orient et perturbe de plus en plus le commerce mondial faisant flamber les prix du pétrole.

L'Iran continue ainsi ses représailles aériennes contre les Etats du Golfe. Des explosions ont été entendues tôt samedi à Doha, la capitale du Qatar, par des journalistes de l'AFP, après que le ministère de l'Intérieur a ordonné l'évacuation de certaines zones clefs.

Donald Trump a également déclaré que la marine américaine allait commencer "très bientôt" à escorter des pétroliers dans le détroit d'Ormuz, par où transite 20% de la production mondiale d'hydrocarbures.

- Frapper "très fort" -

Selon la presse américaine, les Etats-Unis vont aussi envoyer des renforts au Moyen-Orient, le New York Times parlant de quelque 2.500 Marines et trois navires de plus.

Le Wall Street Journal cite lui des responsables américains selon lesquels le navire d'assaut Tripoli, basé au Japon, et les Marines qui lui sont attachés, se dirigent vers la même région.

Combien de temps va durer cette guerre? Elle se poursuivra la semaine prochaine, où les Etats-Unis veulent frapper l'Iran "très fort", a annoncé Donald Trump.

Mais le président américain a aussi admis qu'un renversement du pouvoir par le peuple à Téhéran, espéré par Washington dans la foulée du déclenchement de cette guerre le 28 février, ne se produirait "peut-être pas immédiatement".

Les Etats-Unis ont annoncé offrir 10 millions de dollars en échange d'informations qui permettront de savoir où sont dix des plus hauts dirigeants iraniens, dont le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, et le chef de la sécurité Ali Larijani.

L'état de santé de Mojtaba Khamenei reste incertain après qu'il a été lui-même blessé dans un bombardement. Vendredi, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a avancé qu'il était "probablement défiguré".

Téhéran a été visée vendredi par de nouveaux bombardements, du matin jusqu'en début de soirée où une brève série de fortes explosions a été entendue, selon des journalistes de l'AFP.

- "Trump ne comprend pas" -

Dans la matinée, Ali Larijani était apparu en public au coeur de Téhéran, aux côtés du président Massoud Pezeshkian, défiant l'ennemi en participant à une manifestation pro-gouvernementale.

La manifestation a rassemblé une importante foule - difficile à évaluer même si elle tapissait complètement certaines grandes artères - malgré la pluie et la peur des frappes meurtrières qui ont fait plus de 1.200 morts selon le dernier bilan des autorités, et plus de 1.800 selon l'ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA).

"Le problème de Trump, c'est qu'il ne comprend pas que le peuple iranien est une nation courageuse, une nation forte, une nation déterminée", a lancé Ali Larijani. "Plus il accentuera sa pression, plus la détermination de la nation se renforcera".

- "Longue confrontation" -

L'armée israélienne a annoncé avoir mené 7.600 frappes en Iran en deux semaines, et 1.100 frappes au Liban, où elle pilonne le mouvement islamiste Hezbollah, allié de Téhéran. Ses bombardements au Liban ont tué 773 personnes, dont 103 enfants, et blessé près de 2.000, selon les autorités locales.

Une frappe israélienne contre un centre de santé dans le sud du Liban a tué au moins 12 membres du personnel médical, a annoncé samedi le ministère libanais de la Santé.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a également fait part de frappes israéliennes ayant touché vendredi un quartier général des casques bleus dans le sud du Liban.

Le chef du Hezbollah, Naïm Qassem, a affiché son inflexibilité, déclarant que son groupe était prêt à "une longue confrontation" avec Israël.

Les Gardiens ont annoncé avoir tiré avec le Hezbollah des missiles et drones sur Israël en réplique aux attaques américano-israéliennes.