Les colons israéliens exploitent le conflit à Gaza pour s’emparer de plus de terres en Cisjordanie

Des colons israéliens marchent vers l’avant-poste d’Eviatar, près du village palestinien de Beita, au sud de Naplouse, en Cisjordanie. (AFP)
Des colons israéliens marchent vers l’avant-poste d’Eviatar, près du village palestinien de Beita, au sud de Naplouse, en Cisjordanie. (AFP)
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Publié le Lundi 26 février 2024

Les colons israéliens exploitent le conflit à Gaza pour s’emparer de plus de terres en Cisjordanie

  • Les expulsions forcées et les litiges fonciers en Cisjordanie se sont multipliés depuis l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre
  • Les autorités israéliennes sont accusées de violer activement l’interdiction de l’expansion des colonies de peuplement, en vigueur depuis des décennies

LONDRES: Alors que la campagne militaire israélienne à Gaza entre dans son sixième mois, les gouvernements occidentaux ont intensifié la pression sur les colons «extrémistes» qui, selon les critiques, profitent du conflit pour occuper illégalement davantage de terres palestiniennes en Cisjordanie occupée.

Ces derniers mois, les violences commises par les colons israéliens extrémistes ont amené l’Occident à imposer des sanctions, et d’autres devraient être annoncées dans les semaines et les mois à venir. Cela n’a pas empêché le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, d’approuver la semaine dernière la construction de plus de 3000 nouveaux logements dans les colonies, en réponse à une fusillade meurtrière en Cisjordanie.

Le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, accompagné de soldats lors d’une visite au kibboutz de Kfar Aza, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 14 novembre 2023, a approuvé la construction de plus de 3000 nouveaux logements dans les colonies de Cisjordanie. (Photo, AFP)
Le ministre israélien des Finances d’extrême droite, Bezalel Smotrich, accompagné de soldats lors d’une visite au kibboutz de Kfar Aza, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 14 novembre 2023, a approuvé la construction de plus de 3000 nouveaux logements dans les colonies de Cisjordanie. (Photo, AFP)

Peace Now, une organisation non gouvernementale israélienne qui prône une solution à deux États et qui condamne le comportement des colons israéliens en Cisjordanie, a précisé que vingt-six nouvelles communautés avaient vu le jour au cours des douze derniers mois, faisant de 2023 une année record pour la création de nouvelles colonies illégales.

Yonatan Mizrachi, membre de l’équipe de surveillance des colonies de Peace Now, a déclaré qu’il n’était pas inhabituel de voir de nouveaux avant-postes apparaître en Cisjordanie lors des périodes de violence à Gaza, lorsque la communauté internationale est distraite.

«Depuis le début de la guerre, l’administration civile israélienne applique beaucoup moins, voire pas du tout, les mesures visant à supprimer les avant-postes illégaux», a indiqué M. Mizrachi à Arab News. «Les colons profitent de ces périodes pour intensifier leur travail illégal et construire de nouveaux avant-postes, des routes et d’autres infrastructures.»

Vendredi, les États-Unis ont rétabli leur politique de longue date selon laquelle les colonies vont à l’encontre du droit international, quelques heures seulement après l’annonce par M. Smotrich du plan visant à faire avancer la construction de milliers de nouveaux logements dans les colonies.

«La politique des États-Unis, sous les administrations républicaines et démocrates, consiste depuis toujours à considérer que les nouvelles colonies entravent l’instauration d’une paix durable», a affirmé Antony Blinken, le secrétaire d’État américain, vendredi.

L’approbation de la construction d’un nombre record de logements dans les colonies l’année dernière et l’expansion de la présence des colons en Cisjordanie ont conduit l’administration Biden à convoquer l’ambassadeur israélien à Washington pour la première fois depuis plus de dix ans.

Sous le gouvernement de coalition d’extrême droite dirigé par Benjamin Netanyahou, les autorités israéliennes semblent avoir activement compromis l’interdiction de l’expansion des colonies, qui date de plusieurs décennies, en mariant le droit israélien aux pratiques des colons.

Ces changements ont permis de légaliser quinze avant-postes en Cisjordanie. Le gouvernement a également pris des mesures pour promouvoir la construction de 12 349 unités de logement en Cisjordanie, ce qui constitue un nouveau record.

Vue d’un avant-poste de colons israéliens, non autorisé, dans la ferme de Meitarim, près de la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée. (AFP)
Vue d’un avant-poste de colons israéliens, non autorisé, dans la ferme de Meitarim, près de la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée. (AFP)

Dans un communiqué publié récemment, Peace Now cite des données de l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem : «En relation directe avec l’établissement de ces avant-postes, environ 1345 Palestiniens ont été contraints de fuir leurs maisons en raison d’attaques violentes menées par les colons.»

Ces nouveaux avant-postes ont été catastrophiques pour les Palestiniens, puisque vingt et une communautés ont été contraintes de quitter leurs maisons au cours des douze derniers mois, dont seize depuis les attaques menées par le Hamas contre le sud d’Israël le 7 octobre,ce qui a déclenché la guerre actuelle dans la bande de Gaza.

Ces expulsions forcées et les conflits liés à l’utilisation des terres contribuent depuis des années à la violence localisée entre les colons et les résidents palestiniens. Selon le Global Centre for the Responsibility to Protect (GCR2P), ces violences se sont intensifiées depuis le début de la guerre.

S’appuyant sur des données du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (BCAH), l’ONG a relevé 532 attaques de colons contre des Palestiniens entre le 7 octobre et le 14 février, notamment des fusillades et des incendies de maisons, qui ont fait des victimes et causé des dégâts matériels.

Des Palestiniens se rassemblent près des décombres d’une maison familiale démolie par l’armée israélienne lors d’un raid dans la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée, le 21 janvier 2024. (AFP)
Des Palestiniens se rassemblent près des décombres d’une maison familiale démolie par l’armée israélienne lors d’un raid dans la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée, le 21 janvier 2024. (AFP)

«Avant le 7 octobre, les colonies et les déplacements de population dus aux colons avaient déjà augmenté en Cisjordanie occupée ces dernières années», indique un porte-parole du GCR2P à Arab News

«Depuis le 7 octobre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme signale que les colons qui commettent ces attaques agissent parfois avec l’assentiment et la collaboration de l’armée et des autorités israéliennes.» 

De même, les données de l’ONU révèlent le nombre de personnes déplacées en Cisjordanie occupée, 4525 structures appartenant à des Palestiniens ayant été démolies ou détruites depuis 2019.

 

EN CHIFFRES

• 26 colonies israéliennes établies en Cisjordanie rien qu’en 2023, un nouveau record annuel.

 

• 21 communautés palestiniennes déplacées au cours des 12 derniers mois, dont 16 depuis le 7 octobre.

 

• 532 attaques de colons, contre des Palestiniens, enregistrées entre le 7 octobre et le 14 février.

 

Source : Peace Now, BCAH

Bien que les gouvernements occidentaux aient été lents à censurer Israël pour sa conduite à Gaza, ils ont adopté une position plus claire sur la nécessité d’empêcher l’expansion des colonies en Cisjordanie, qu’ils considèrent comme une menace pour la création d’un futur État palestinien.

L’article 49 de la quatrième convention de Genève interdit à une puissance occupante de transférer une partie de sa population civile dans un territoire occupé, ce qui est également connu sous le nom d’ «implantation de colons».

«L’implantation et l’activité des colons constituent donc une violation des obligations d’Israël en tant que puissance occupante en vertu du droit international humanitaire», a affirmé le porte-parole du GCR2P.

«L’expansion des colonies garantit effectivement que le territoire occupé restera sous le contrôle d’Israël à perpétuité, ce qui conduit à une annexion de facto.» 

Un Palestinien inspecte une voiture brûlée lors d’une attaque menée la nuit précédente par des colons israéliens dans le village de Burqa, au nord-ouest de Naplouse, en Cisjordanie occupée, le 20 février 2024. Environ 490 000 Israéliens vivent dans des dizaines de colonies de Cisjordanie jugées illégales au regard du droit international. (AFP)
Un Palestinien inspecte une voiture brûlée lors d’une attaque menée la nuit précédente par des colons israéliens dans le village de Burqa, au nord-ouest de Naplouse, en Cisjordanie occupée, le 20 février 2024. Environ 490 000 Israéliens vivent dans des dizaines de colonies de Cisjordanie jugées illégales au regard du droit international. (AFP)

Le Canada, la France, le Royaume-Uni et les États-Unis ont tous pris des mesures à l’encontre des colons israéliens, imposant des sanctions allant de l’interdiction de voyager à des restrictions interdisant le commerce et au blocage d’actifs. Certaines institutions financières israéliennes ont fait de même, gelant les comptes de quatre hommes.

Un porte-parole du Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni a déclaré à Arab News que le Royaume-Uni s’oppose depuis toujours à l’expansion des colonies israéliennes.

«Les colonies sont illégales au regard du droit international, constituent un obstacle à la paix et menacent la viabilité d’une solution fondée sur la coexistence de deux États», a expliqué le porte-parole. 

«Nous ne cessons d’exhorter Israël à mettre fin à l’expansion des colonies en Cisjordanie et à demander des comptes aux auteurs d’actes de violence commis par les colons.»

En annonçant des sanctions contre quatre colons «extrémistes» le 14 février, le secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, David Cameron, a déclaré qu’«Israël doit également prendre des mesures plus fermes pour mettre un terme à la violence des colons».

Yonatan Mizrachi, de Peace Now, a souligné que les sanctions avaient été une «grande affaire» en Israël. «Je pense et j’espère que cela aura un effet à tous les niveaux, mais nous avons également besoin que le public israélien lutte plus activement contre les colonies», a-t-il déclaré.

«Je pense que nous devons attendre de voir comment et si le gouvernement israélien changera sa politique en ce qui concerne “le projet de colonisation”.» 

Ces mesures ont suscité la colère des députés israéliens. Amit Halevi, du parti Likoud de Netanyahou, a convoqué une réunion urgente du Comité des affaires économiques de la Knesset afin d’étudier les moyens d’aider les «familles simples travaillant dans l’agriculture» qui ont été sanctionnées.

Les observateurs des droits de l’homme, quant à eux, ont décrit les sanctions comme une simple façade politique de la part de gouvernements qui se contentent de continuer à financer, à fournir des armes et à assurer la couverture diplomatique de l’effort de guerre d’Israël.

Boudour Hassan, chercheuse sur Israël et la Palestine pour Amnesty International, a fait remarquer que les sanctions étaient en quelque sorte une arme à double tranchant. Elle a expliqué à Arab News que si elles indiquaient que la communauté internationale avait pris conscience de la situation, elles ne tenaient pas compte du véritable problème.

«Elles sont trompeuses et contribuent à l’idée que ce sont les colons individuels, et non les colonies, qui posent problème, ignorant la violence inhérente au projet de colonisation», a souligné Mme Hassan.

«La majorité des colons ne sont pas violents ; ils n’attaquent pas les Palestiniens. Cependant, il ne s’agit pas seulement de violence physique. Il s’agit de l’acquisition forcée de terres palestiniennes, de la ségrégation des communautés. Les droits et privilèges des colons sont discriminatoires à l’égard des Palestiniens. Tout cela est intrinsèquement violent.»  

«Ce sont les postes de contrôle, les soldats israéliens et l’infrastructure juridique, physique et politique qui se combinent pour promouvoir le projet qui est en cause. Punir des individus, c’est ignorer ces problèmes fondamentaux».

L’armée israélienne tient un poste de contrôle à l’entrée fermée du sud de la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée, près de la colonie israélienne de Beit Haggi. (AFP)
L’armée israélienne tient un poste de contrôle à l’entrée fermée du sud de la ville d’Hébron, en Cisjordanie occupée, près de la colonie israélienne de Beit Haggi. (AFP)

Mme Hassan a réitéré le point de vue d’Amnesty International, qui a toujours considéré que «les colonies qui sont illégales au regard du droit international» doivent être démantelées pour que la paix puisse être instaurée.

Toutefois, la notion de démantèlement de ces colonies soulève des questions sur le sort des familles de colons, «si et quand Israël se retire», a noté M. Mizrachi.

«Israël a évacué des colons à deux reprises par le passé : d’abord en 1982 dans le Sinaï, puis en 2005 dans la bande de Gaza et le nord de la Cisjordanie. Comme nous le savons, vouloir, c’est pouvoir.»

«Cela pourrait prendre du temps et il n’est pas possible d’évacuer des centaines de milliers de personnes en un jour, mais il existe des possibilités d’y parvenir.» 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Liban et Israël retentent un rapprochement à Washington

Une personne est visible à l’intérieur d’un véhicule en flammes tandis que des hommes tentent d’éteindre l’incendie après une frappe aérienne israélienne ayant touché une voiture dans la ville côtière de Barja, au sud de Beyrouth, au Liban, mercredi 13 mai 2026. (Photo AP/Mustafa Jamalddine)
Une personne est visible à l’intérieur d’un véhicule en flammes tandis que des hommes tentent d’éteindre l’incendie après une frappe aérienne israélienne ayant touché une voiture dans la ville côtière de Barja, au sud de Beyrouth, au Liban, mercredi 13 mai 2026. (Photo AP/Mustafa Jamalddine)
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  • Des négociateurs israéliens et libanais se retrouvent à Washington pour tenter de consolider le cessez-le-feu avant son expiration le 17 mai, malgré la poursuite des frappes israéliennes au Liban
  • Le Liban réclame l’arrêt des attaques israéliennes, tandis qu’Israël maintient sa pression contre le Hezbollah, dans un contexte de fortes tensions régionales impliquant aussi l’Iran

WASHINGTON: Négociateurs israéliens et libanais se retrouvent à partir de jeudi à Washington, à quelques jours de l'expiration d'un cessez-le-feu qui n'a pas empêché des centaines de morts supplémentaires lors de frappes israéliennes contre le Hezbollah.

Cette rencontre, la troisième de ce type, intervient au lendemain d'une série de frappes israéliennes sur une trentaine de lieux au Liban qui a fait au moins 22 morts, selon le ministère libanais de la Santé.

Les représentants des deux pays s'étaient déjà rencontrés le 23 avril dans la capitale américaine. Le président Donald Trump avait annoncé à cette occasion une prolongation de trois semaines de la trêve, et exprimé l'espoir d'un rapprochement historique entre les deux voisins du Proche-Orient qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le président des Etats-Unis avait conjecturé qu'il accueillerait dans l'intervalle à la Maison Blanche le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et le président libanais Joseph Aoun. Mais cet espoir ne s'est pas concrétisé, le chef d'Etat libanais exigeant au préalable un accord sur les questions de sécurité et la fin des attaques israéliennes.

La trêve a été prolongée jusqu'au dimanche 17 mai. Depuis son entrée en vigueur le 17 avril, plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Israël s'est réservé le droit de continuer à viser le Hezbollah, le mouvement chiite pro-iranien qui a entraîné le Liban dans la guerre à la suite du déclenchement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février.

"Quiconque menace l'Etat d'Israël mourra en raison de sa faute", a encore averti la semaine dernière Benjamin Netanyahu après l'assassinat d'un important chef militaire du Hezbollah en plein cœur de Beyrouth.

Dans ses propres tractations indirectes avec Washington, l'Iran exige que toute trêve concerne aussi le Liban -- à savoir qu'Israël cesse de frapper son allié du Hezbollah.

- "Consolidation" -

A Washington, le Liban vient chercher "une consolidation du cessez-le-feu", a déclaré à l'AFP un haut responsable ayant requis l'anonymat. "La priorité est de mettre un terme aux morts et aux destructions".

Plus de 2.800 personnes ont péri au Liban depuis le début du conflit début mars, dont au moins 200 enfants, d'après Beyrouth.

Israël vise des secteurs à forte population chiite, dont la banlieue sud de Beyrouth, et s'est emparé d'une bande frontalière qu'il occupait déjà entre 1982 et 2000.

Washington dit défendre la souveraineté du Liban sur tout son territoire mais appelle aussi le pays à s'en prendre au Hezbollah.

Pour le département d'Etat, "ces pourparlers doivent permettre de rompre catégoriquement avec l'approche ratée des deux dernières décennies qui autorisait des mouvements terroristes à s'enraciner et à s'enrichir, tout en sapant l'autorité de l'Etat libanais et en menaçant la frontière septentrionale d'Israël".

A la différence de la précédente session de négociations, ni le secrétaire d'Etat Marco Rubio ni Donald Trump lui-même n'y participeront. Tous deux sont en visite officielle en Chine.

Pour ces deux journées d'entretiens au département d'Etat, l'équipe de médiateurs américains comprend les ambassadeurs des Etats-Unis en Israël et au Liban, respectivement Mike Huckabee, un pasteur évangélique, et Michel Issa, un partenaire de golf de Donald Trump qui est né au pays du Cèdre.

Le Liban est représenté par Simon Karam, un avocat et diplomate de 76 ans, et Israël par son ambassadeur Yechiel Leiter, 67 ans, allié de longue date de Benjamin Netanyahu.


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.