Les spéculations sur les élections britanniques s’intensifient à la suite de la présentation du budget

Malgré les gros titres des médias, il est peu probable que les annonces de M. Hunt changent fondamentalement le climat politique du Royaume-Uni. (AFP)
Malgré les gros titres des médias, il est peu probable que les annonces de M. Hunt changent fondamentalement le climat politique du Royaume-Uni. (AFP)
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Publié le Samedi 09 mars 2024

Les spéculations sur les élections britanniques s’intensifient à la suite de la présentation du budget

Les spéculations sur les élections britanniques s’intensifient à la suite de la présentation du budget
  • Le ministre britannique des Finances a annoncé de nouvelles réductions de l’impôt sur le revenu des particuliers, un événement fiscal avancé par le gouvernement de manière inhabituellement précoce
  • Il est de plus en plus probable que Rishi Sunak annonce en mars que les élections générales se tiendront le 2 mai. Ce jour-là se dérouleront également les élections locales dans une grande partie du pays

La présentation du budget annuel de printemps au Royaume-Uni est toujours un événement politique et économique national majeur. Toutefois, les annonces budgétaires de mercredi ont revêtu une importance encore plus grande que d’habitude, à l’approche de ce qui pourrait être une élection générale imminente.

Il est de plus en plus probable que le Premier ministre Rishi Sunak se défasse de sa prudence habituelle et annonce au cours du mois de mars que le grand scrutin aura lieu le 2 mai. Ce jour-là se tiendront également les élections locales dans une grande partie du pays.

Lors des élections locales de l’année dernière, le Parti conservateur a perdu – pour la première fois en plus de vingt ans – le titre de plus grand parti dans les conseils municipaux anglais et une nouvelle déroute semble probable le 2 mai. Si les conservateurs perdent largement, cela ne fera qu’intensifier la pression politique sur la position du Premier ministre, qui pourrait même être confronté à une contestation de son leadership au sein de son propre parti.

En convoquant des élections générales en mai, M. Sunak pourrait également éviter une nouvelle élection partielle dans la circonscription de Blackpool South, dans le nord de l’Angleterre, à la suite de la récente suspension de Scott Benton de la Chambre des communes. Les conservateurs pourraient obtenir une petite majorité de 3 690 voix face aux travaillistes lors d’un tel scrutin.

Une élection partielle dans cette circonscription serait le quatrième scrutin spécial de ce type organisé cette année. Si les conservateurs ne l’emportent pas, ce serait la 11e fois que le parti perd un siège lors d’une élection partielle depuis le début de l’actuelle législature en 2019, ce qui affaiblirait davantage la position de M. Sunak au sein de son parti et dans le pays.

«Malgré les gros titres des médias, il est peu probable que les annonces de M. Hunt changent fondamentalement le climat politique du Royaume-Uni»

Andrew Hammond

Dans ce contexte, le ministre britannique des Finances, Jeremy Hunt, a annoncé de nouvelles réductions de l’impôt sur le revenu des particuliers dans le budget de mercredi – un événement fiscal qui a été avancé par le gouvernement de manière inhabituellement précoce.

Pourtant, malgré les gros titres des médias, il est peu probable que les annonces de M. Hunt changent fondamentalement le climat politique du Royaume-Uni.

Cela s’explique en partie par le fait que les électeurs reconnaissent de plus en plus le mauvais état des services publics et la nécessité d’y investir davantage. De nombreux groupes de réflexion, dont l’institut indépendant Institute of Fiscal Studies, mettent particulièrement l’accent sur les défis auxquels sont confrontés les services de santé.

En outre, les économistes s’accordent à dire que l’économie restera probablement faible dans un avenir proche. Selon Andy Haldane, ancien économiste en chef de la Banque d’Angleterre, le budget présenté mercredi ne suffirait pas à stimuler la croissance, car trop de personnes se sentent encore plus pauvres en raison de l’augmentation des recettes fiscales globales et du maintien des taux d’intérêt à plus de 5%. Ces turbulences économiques laissent présager ce qu’il a appelé une nouvelle année de «ramollissement».

D’autres économistes, dont Sanjay Raja de la Deutsche Bank et Kallum Pickering de la Berenberg Bank, partagent cet avis. M. Raja estime que le contexte macroéconomique du Royaume-Uni sera difficile en 2024, tandis que M. Pickering a indiqué que le pays peinait à répondre à la demande en raison de la faiblesse de l’offre, comme en témoigne la stagnation du produit intérieur brut réel.

Par conséquent, si M. Sunak organise des élections le 2 mai, il prendra un risque inhabituel, d’autant plus que le Parti conservateur est très loin derrière dans les sondages.

Selon les estimations les plus récentes de l’Electoral Calculus, la probabilité d’une majorité travailliste à la Chambre des communes est de 95%. Par ailleurs, la probabilité que le Parti travailliste soit le plus grand est de 99%. Bien que les sondages puissent se resserrer dans les semaines à venir, la direction à suivre semble claire.

«Si M. Sunak organise des élections le 2 mai, il prendra un risque inhabituel, d’autant plus que le Parti conservateur est très loin derrière dans les sondages»

 

Andrew Hammond

Près d’une décennie et demie après l’arrivée au pouvoir du Parti conservateur en 2010, et cinq Premiers ministres plus tard (David Cameron, Theresa May, Boris Johnson, Liz Truss et maintenant Rishi Sunak), le parti semble de plus en plus fatigué et divisé. Ces dernières années, les postes ministériels de haut niveau ont connu de nombreux changements. Depuis 2015, par exemple, les quatre postes les plus importants de l’État (Premier ministre, ministre des Finances, secrétaire d’État à l’Intérieur et secrétaire d’État aux Affaires étrangères) ont changé de mains 23 fois au total. L’Institute for Government, un groupe de réflexion indépendant, a affirmé qu’une telle rotation ministérielle était «très nuisible» et signifiait que les ministres se concentraient sur des «gains rapides» plutôt que sur l’élaboration de politiques à long terme.

C’est en partie pour cette raison que M. Sunak a montré quelques signes de sa volonté de reporter les élections générales jusqu’à la fin de l’été, la dernière date à laquelle il peut légalement les organiser étant le mois de janvier 2025. En attendant, il espère que la situation économique du pays s’améliorera, et plus particulièrement que l’inflation retombera à l’objectif de 2%.

L’histoire montre que M. Sunak et d’autres Premiers ministres récents aux abois, qui arrivent au pouvoir à la fin d’une longue période de domination de leur parti, ont tendance à repousser les grands scrutins aussi longtemps que possible. C’est le cas des précédents Premiers ministres conservateurs, Alec Douglas-Home et John Major, qui ont organisé les scrutins en 1964 et 1997, respectivement, à une date très proche de la dernière date légale possible.

En dépit de la grande diversité des origines, convictions et styles de ces anciens Premiers ministres, le point commun est que malgré leurs divers talents, ils se sont finalement révélés incapables d’empêcher le retournement de la tendance politique en leur défaveur. Après plusieurs années au pouvoir, le parti d’opposition prend de plus en plus d’ampleur, ce qui finit par s’avérer insurmontable.

La tentative de M. Sunak de remporter un cinquième mandat consécutif pour les conservateurs défierait l’histoire politique, comme en témoigne le nombre croissant de députés du parti (59 à l’heure où nous écrivons ces lignes) qui annoncent leur retrait de la vie politique. Il semble donc peu probable que le gouvernement soit en mesure de retrouver une dynamique politique durable et appréciable.

Dans l’ensemble, c’est la raison pour laquelle le mandat de M. Sunak en tant que Premier ministre est si périlleux. Qu’il choisisse ou non de reporter la date des élections, les vents politiques soufflent contre les conservateurs au pouvoir, et leurs chances de remporter une nouvelle majorité électorale à la Chambre des communes semblent minces.

 

Andrew Hammond est associé à LSE Ideas à la London School of Economics.

NDLR : L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com