La visite très attendue du pape Léon XIV en Turquie — son premier voyage officiel à l’étranger en tant que pontife — revêt une importance à la fois diplomatique et historico-religieuse.
Paul VI est devenu le premier pape à visiter la Turquie en 1967, après l’établissement des relations entre le Saint-Siège et Ankara sept ans plus tôt. Il s’agit de la cinquième visite papale depuis ce voyage historique.
Léon est arrivé en Turquie jeudi et restera jusqu’à dimanche, avec un programme chargé. Traditionnellement, les visites papales en Turquie comportent deux étapes principales : Ankara et Istanbul. À Ankara, les rencontres avec les responsables portent principalement sur les questions humanitaires régionales et internationales. À Istanbul, des réunions sont organisées avec des figures religieuses et des membres de la communauté.
Lors de cette visite, Ankara a été la première étape du pape. Là, il a visité Anitkabir, le mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, fondateur de la Turquie moderne, puis il a été accueilli par une cérémonie officielle au complexe présidentiel par le président Recep Tayyip Erdogan.
La visite de Léon remplit plusieurs objectifs. Bien que la Turquie soit un pays à majorité musulmane, elle abrite également le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, considéré comme le chef spirituel de l’Église orthodoxe orientale. Son siège se trouve à Istanbul. Le premier objectif de la visite est d’envoyer un message d’unification concernant les relations catholiques-orthodoxes.
Le premier objectif de cette visite est d'envoyer un message d'unification concernant les relations entre catholiques et orthodoxes.
Dr. Sinem Cengiz
De plus, la Turquie est considérée par le Vatican comme un acteur géopolitique important, jouant un rôle clé dans les crises régionales. Ainsi, le second objectif de la visite porte sur les relations Turquie-Vatican, qui se sont récemment améliorées, notamment dans le contexte du conflit Russie-Ukraine et de la guerre à Gaza.
Le Vatican a exprimé son appréciation pour les efforts de la Turquie visant à servir de médiateur entre la Russie et l’Ukraine. Bien que le Saint-Siège ait également tenté d’obtenir un cessez-le-feu entre Kyiv et Moscou, ces initiatives ont jusqu’à présent échoué. En outre, la guerre à Gaza a intensifié le trafic diplomatique entre le Saint-Siège et Ankara. Erdogan et feu le pape François ont eu plusieurs appels téléphoniques sur la guerre à Gaza. Le Saint-Siège a particulièrement attiré l’attention internationale par sa position sur la situation des Palestiniens, une question également très sensible pour la Turquie.
La dernière visite papale en Turquie remonte à 2014, perpétuant la tradition des papes visitant le pays au début de leur pontificat. Lors de sa visite de 2014, François s’était rendu à Sainte-Sophie — alors un musée avant sa reconversion en mosquée en 2020 — et à la mosquée Sultanahmet, connue sous le nom de Mosquée Bleue, où sa prière avait été largement perçue comme un geste de dialogue interreligieux et un symbole du renforcement des relations catholiques-musulmanes. L’itinéraire de Léon inclut uniquement la Mosquée Bleue. En 2014, François avait été chaleureusement accueilli par le public turc et une atmosphère similaire entoure cette visite. Des souvenirs et affiches représentant un portrait de Léon aux côtés du drapeau turc ont été préparés.
Les voyages à l’étranger sont considérés comme un élément important du soft power du Saint-Siège, donnant au pape l’occasion de rencontrer des dirigeants, d’échanger avec les communautés chrétiennes et d’attirer l’attention des médias mondiaux sur les enjeux régionaux. Au cours de sa visite en Turquie, Léon devrait se concentrer sur la poursuite des efforts de réconciliation catholique-orthodoxe, renforcer le dialogue entre chrétiens et musulmans, faire part de ses préoccupations sur les questions régionales et soutenir les communautés chrétiennes locales.
La première visite à l'étranger de Leo en Turquie n'est pas une surprise. Il s'agit à la fois d'une tradition papale et d'un choix délibéré.
Dr. Sinem Cengiz
Des informations indiquent que le pape devrait soulever la question de la possible réouverture d’un séminaire religieux grec orthodoxe en Turquie, connu sous le nom d’école de Heybeliada, qui a été fermé en 1971 à la suite d’une décision de la Cour constitutionnelle stipulant que les établissements privés d’enseignement supérieur doivent être affiliés aux universités d’État. Fondé en 1844, le séminaire est un symbole du patrimoine orthodoxe et a formé des générations de patriarches grecs orthodoxes, dont Bartholomée.
La Turquie fait depuis longtemps l’objet de pressions des États-Unis et de l’UE pour le rouvrir. L’optimisme a grandi après que le président américain Donald Trump a évoqué la question avec Erdogan à la Maison Blanche en septembre. Erdogan aurait déclaré à Trump lors de leur rencontre : « Nous sommes prêts à faire tout ce qui nous incombe concernant l’école de Heybeliada. »
Cependant, l’objectif central du voyage de Léon en Turquie est de marquer le 1 700ᵉ anniversaire du premier concile de Nicée, le premier concile œcuménique du christianisme, qui s’est tenu en 325 après J.-C. dans l’actuelle Iznik, dans la province turque de Bursa. Le pape priera avec Bartholomée face aux ruines de la basilique Saint-Néophyte et signera une déclaration conjointe comme geste symbolique d’unité chrétienne. Selon les rapports, 15 000 chrétiens devraient assister à la cérémonie à Iznik.
Les données de l’Église catholique indiquent qu’environ 33 000 catholiques vivent actuellement en Turquie. La rencontre entre Léon et Bartholomée est considérée comme une étape importante pour le rapprochement des Églises catholique et orthodoxe. Le pape doit également célébrer un office de prière devant quelque 4 000 personnes à la Volkswagen Arena d’Istanbul. Léon a également rencontré le président des Affaires religieuses de Turquie et le grand rabbin du pays.
Dans ce contexte, le fait que le premier voyage à l’étranger du pape soit en Turquie n’a rien de surprenant. C’est à la fois une tradition papale et un choix délibéré. La Turquie est un véritable mosaïque de croyances, abritant musulmans, chrétiens, juifs et d’autres minorités religieuses. Elle possède également des sites archéologiques religieux, ce qui la rend particulièrement importante aux yeux d’autres communautés. Le moment de la visite est également significatif, intervenant à une période où une plus grande réconciliation est nécessaire. Léon espère renforcer les relations Turquie-Vatican, tout en encourageant une position morale unie face aux crises, de Gaza à l’Ukraine.
Sinem Cengiz est une analyste politique turque spécialisée dans les relations de la Turquie avec le Moyen-Orient.
X: @SinemCngz
NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com














