Biden, président, marque la rupture avec Trump dès son arrivée à la Maison-Blanche

Joe Biden devient 46e président, arrivé à la Maison-Blanche après avoir solennellement prêté serment sur les marches du Capitole (Photo, AFP).
Joe Biden devient 46e président, arrivé à la Maison-Blanche après avoir solennellement prêté serment sur les marches du Capitole (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 21 janvier 2021

Biden, président, marque la rupture avec Trump dès son arrivée à la Maison-Blanche

  • Biden a mis fin à l'interdiction d'entrée aux États-Unis pour les ressortissants de pays en majorité musulmans
  • Cette journée était entourée de mesures de sécurité exceptionnelles avec quelque 25 000 soldats de la Garde nationale et des milliers de policiers déployés

WASHINGTON: Joe Biden, devenu mercredi le 46e président des Etats-Unis, a lancé des appels à «l'unité», et a immédiatement pris une série de décisions pour marquer la rupture avec le mandat de Donald Trump dont les dernières semaines résonneront à jamais comme un triste souvenir dans la mémoire des Américains et l’histoire du pays.

Le démocrate est arrivé à la Maison-Blanche après avoir solennellement prêté serment sur les marches de ce même Capitole pris d'assaut il y a deux semaines par des partisans trumpistes chauffés à blanc par le refus du milliardaire républicain de reconnaître sa défaite.

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Dans le Bureau ovale, Joe Biden a signé plusieurs décrets présidentiels pour faire face aux crises multiples et profondes que traverse l'Amérique (Photo, AFP).

Dans une ville de Washington aux allures de camp retranché pour éviter de nouveaux débordements, il a quitté sa limousine pour franchir les derniers mètres à pied entouré par sa famille.

Dans le Bureau ovale, Joe Biden a signé plusieurs décrets présidentiels pour faire face aux crises multiples et profondes que traverse l'Amérique et revenir sur les mesures phares de l'ère Trump, en engageant notamment le retour des Etats-Unis dans l'accord de Paris sur le climat et au sein de l'Organisation mondiale de la santé.

«Combattre le changement climatique» 

«Nous allons combattre le changement climatique comme nous ne l'avons jamais fait jusqu'ici», a-t-il déclaré.

Il a aussi mis fin à l'interdiction d'entrée aux Etats-Unis pour les ressortissants de pays en majorité musulmans – une des premières mesures très controversées de son prédécesseur républicain.

«Moi Joseph Robinette Biden Jr, je jure solennellement que j'accomplirai loyalement les fonctions de président des Etats-Unis et que je ferai de mon mieux pour préserver, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis», avait-il déclaré auparavant en prêtant serment, la main sur la bible familiale tenue par son épouse Jill Biden.

 

Trump a laissé une lettre «très aimable»

Le président américain Joe Biden a affirmé mercredi que son prédécesseur Donald Trump lui avait laissé avant de s'envoler pour la Floride une lettre «très aimable».

«Le président a écrit une lettre aimable», a déclaré M. Biden depuis le Bureau ovale lors de la signature de ses premiers décrets.

Le nouveau président des Etats-Unis n'en a pas dévoilé la teneur, soulignant que cela relevait du domaine «privé».

La cérémonie d'investiture au Capitole était un condensé de contrastes.

Contraste avec les violences du 6 janvier, qui ont fait cinq morts et suscité l'indignation. Et contraste entre le discours grave mais empreint d' espoir» prononcé par Joe Biden et celui, sombre et offensif, de son prédécesseur il y a quatre ans.

Celui qui est devenu à 78 ans le président le plus âgé en début de mandat a multiplié les appels à «l'unité» pour surmonter ce «sombre hiver», quelques heures après le départ de Donald Trump, qui a quitté Washington sans assister à ce moment historique.

«Président de tous les Américains»

«Je sais que les forces qui nous divisent sont profondes et réelles», a lancé le démocrate, sous les applaudissements d'invités triés sur le volet en raison de la pandémie.

Se posant en «président de tous les Américains», Joe Biden a prévenu que les Etats-Unis allaient entrer dans «la phase la plus dure et mortelle» de la Covid-19 qui a déjà fait plus de 400 000 morts dans le pays.

La journée restera dans les livres d'histoire aussi en raison de l'accession, pour la première fois, d'une femme à la vice-présidence de la première puissance mondiale. L'ex-sénatrice noire et d'origine indienne Kamala Harris, 56 ans, a prêté serment juste avant Joe Biden.

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L'ex-sénatrice noire et d'origine indienne Kamala Harris, 56 ans, a prêté serment juste avant Joe Biden (Photo, AFP).

Fait sans précédent depuis 150 ans, le président sortant a donc boudé la cérémonie d'investiture de son successeur.

Donald Trump qui, pendant les quatre années de son mandat, a piétiné tous les usages et, pendant plus de deux mois, refusé d'accepter sa défaite, a quitté la Maison Blanche sans avoir rencontré Joe Biden.

A l'issue d'un mandat marqué par une avalanche de scandales et deux «impeachments», Donald Trump a, juste avant de partir, gracié 73 personnes, dont son ex-conseiller Steve Bannon.

 

Transfert des codes nucléaires: une valse à deux temps

Les codes nucléaires ont été remis mercredi, comme il se doit, au nouveau président des Etats-Unis Joe Biden, mais pour la première fois de l'Histoire, ce transfert habituellement discret a nécessité une chorégraphie en deux temps.

Parce que Donald Trump a refusé de participer à la cérémonie de son successeur, fait sans précédent depuis 150 ans, le transfert des codes qui se fait habituellement discrètement, sur la tribune de l'investiture, a nécessité cette année deux exemplaires du «football» nucléaire, cette valise contenant tous les éléments nécessaires à une frappe nucléaire, et qui accompagne le président américain en toutes circonstances.

Mercredi matin, lorsqu'il s'est envolé de la base militaire d'Andrews, près de Washington, pour rejoindre sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride, Donald Trump était encore président et à ce titre, suivi d'un aide militaire transportant le fameux «football». Il possédait encore une petite carte en plastique contenant les codes nucléaires, surnommée le «biscuit».

Mais au même moment à Washington, un autre aide militaire, porteur d'une autre valise et d'un autre «biscuit», a pris place sur la tribune érigée sur les marches du Capitole pour l'investiture de Joe Biden.

Et à midi pile, alors que traditionnellement, l'aide militaire du président sortant donne la valise à l'aide militaire du nouveau président, le «biscuit» de Donald Trump a simplement été désactivé, comme une carte de crédit arrivant à expiration. 

Et un nouveau «biscuit» attribué à Joe Biden a été activé à Washington, donnant officiellement au 46e président des Etats-Unis le pouvoir absolu de faire usage de l'arme nucléaire.

Rassemblement et réconciliation

En public, l'ex-promoteur immobilier a seulement souhaité «bonne chance» à la nouvelle administration sans jamais prononcer le nom de Joe Biden. Et a promis de revenir «d'une manière ou d'une autre», avant d'arriver en Floride pour entamer dans son club de Mar-a-Lago, à 74 ans, sa vie d'ex-président.

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La star de la pop Lady Gaga a entonné l'hymne national (Photo, AFP).

Son vice-président Mike Pence était, lui, aux premières loges de la cérémonie d'investiture.

Emu, Joe Biden, costume sombre et cravate bleu ciel, masqué à son arrivée comme tous les invités, a donné l'accolade à Barack Obama, dont il fut le vice-président.

La star de la pop Lady Gaga a entonné l'hymne national, vêtue d'une robe rouge et noir bouffante et arborant une grande broche dorée représentant la colombe de la paix. Puis Jennifer Lopez a chanté «This land is your land» («Ce pays est ton pays»).

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La star Jennifer Lopez a chanté «This land is your land» («Ce pays est ton pays») (Photo, AFP).

Le démocrate accède à la présidence après un demi-siècle de présence en politique, avec l'intention de marquer immédiatement la rupture -- sur le fond comme sur la forme -- avec l'ex-homme d'affaires de New York.

Après la cérémonie, il est allé se recueillir sur la tombe du soldat inconnu au cimetière militaire d'Arlington avec les ex-présidents Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton.

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Les ex-présidents, accompagnés de leurs femmes, Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton (Photo, AFP).

Autre image symbolique de la «réconciliation» et du «rassemblement» qu'il entend incarner, il avait assisté dans la matinée à une messe à la cathédrale Saint-Matthieu de Washington accompagné des chefs démocrates et républicains du Congrès.

Pas de foule mais des drapeaux 

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Sur l'immense esplanade du «National Mall», plus de 190 000 drapeaux ont été plantés pour représenter le public absent (Photo, AFP).

Cette journée était entourée de mesures de sécurité exceptionnelles dans une capitale fédérale méconnaissable, avec quelque 25 000 soldats de la Garde nationale et des milliers de policiers déployés.

Sur l'immense esplanade du «National Mall», plus de 190 000 drapeaux ont été plantés pour représenter le public absent. La zone était protégée par de hautes grilles parfois surmontées de barbelés.

Joe Biden a promis de renouer avec des alliés malmenés par Donald Trump.

«Welcome back» dans l'accord de Paris sur le climat, lui a lancé le président français Emmanuel Macron, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a dit sa «hâte» d'ouvrir «un nouveau chapitre».

Parmi les premiers tests internationaux figurent le bras de fer avec la Chine et la reprise du dialogue avec l'Iran.

Au moment où il prêtait serment, Pékin a annoncé des sanctions contre une trentaine de responsables de l'ex-administration Trump, dont son secrétaire d'Etat Mike Pompeo, pour violation de sa «souveraineté».

Le président iranien Hassan Rohani s'est réjoui, lui, de la «fin» de l'ère du «tyran» Donald Trump.

Maison Blanche transformée en forteresse

Joe Biden s'est installé mercredi à la Maison Blanche dans une capitale américaine transformée en forteresse, très loin de l'ambiance de liesse populaire qui envahit Washington tous les quatre ans en ce jour d'investiture.

Environ 25 000 soldats de la Garde nationale - contre seulement 8 000 il y a quatre ans - et des milliers de policiers ont été déployés dans la ville, dont le centre était une «zone rouge» aux accès strictement contrôlés et entouré de hautes grilles métalliques.

Pour Joe Brunner, un New-Yorkais de 42 ans, le périmètre grillagé «ressemble à l'entrée d'une base militaire en temps de guerre».

La foule, qui se masse habituellement dans la capitale pour apercevoir le nouveau président, a été priée de rester à la maison en raison de l'épidémie de coronavirus et des risques de violence. 

Les autorités craignaient aussi des incidents, deux semaines après l'assaut contre le Congrès par des milliers de partisans de Donald Trump pour tenter d'invalider la victoire du démocrate.

Les Américains n'ont vu cette journée qu'à travers les images des grandes chaînes de télévision qui ont retransmis en direct chaque étape de son intronisation.

La grande artère Pennsylvania Avenue, entre le Congrès et la Maison Blanche, que le président fraîchement élu emprunte habituellement sous les vivats de la foule, est restée déserte. Le cordon de policiers n'avait rien à surveiller au passage du convoi présidentiel.   

Cette année, le président américain n'a marché que quelques dizaines de mètres pour entrer dans la Maison Blanche, devant les objectifs des photographes de presse et des caméras de télévision.

Il a plusieurs fois fait quelques pas de course pour aller répondre brièvement à des journalistes ou saluer la maire de Washington, Muriel Bowser.

Fête par procuration

Autour de cette «zone rouge», la circulation était limitée. Véhicules militaires, camions et déneigeuses bloquaient l'accès aux sites les plus sensibles, comme la cathédrale Saint-Matthieu où Joe Biden et sa vice-présidente Kamala Harris ont assisté dans la matinée à une messe.

La «zone rouge» comprend la colline du Capitole, où le président a prêté serment à la mi-journée, la Maison Blanche et le Lincoln Memorial, de l'autre côté de la grande esplanade du «National Mall» où des centaines de milliers de personnes avaient assisté à l'investiture de Barack Obama en 2009.

Au nord de la Maison Blanche, quelques dizaines de supporteurs de Joe Biden ont marqué l'événement par procuration, sur la «Black Lives Matter Plaza».

Le contraste est saisissant par rapport au 3 novembre, quand plusieurs milliers de personnes avaient fêté son élection sur ce tronçon de rue baptisé en mémoire des Afro-Américains victimes de violences policières.


Climat : face à la grogne de l'industrie, l'Europe révise son marché du carbone

Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
Un piéton passe devant le bâtiment Berlaymont, siège de la Commission européenne, à Bruxelles, le 9 juin 2026. (AFP)
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  • L'UE veut assouplir son marché carbone en prolongeant les quotas gratuits pour les industriels jusqu'en 2038
  • La réforme oppose les partisans de la compétitivité industrielle aux défenseurs d'objectifs climatiques plus stricts

BRUXELLES: Une trajectoire climatique moins exigeante pour les entreprises : la Commission européenne a proposé vendredi d'assouplir sa tarification du carbone, pilier de la politique environnementale de l'UE, au cœur d'une bataille féroce entre Etats, industriels et ONG.

Face à la grogne de l'industrie chimique allemande, de pays d'Europe centrale et de l'Italie, Bruxelles a mis sur la table une série de concessions, soumises aux Vingt-Sept et aux eurodéputés pour une négociation qui devrait durer plusieurs mois.

Dans l'ensemble, l'industrie européenne devrait être autorisée à émettre plus longtemps du CO2 et à un coût moindre que ce qui était prévu jusqu'à présent.

S'ils s'engagent à se décarboner, les industriels pourront notamment bénéficier plus longtemps de quotas carbone gratuits. Leur suppression totale interviendrait en 2038, contre 2034 dans le système actuel.

Et les entreprises auront la possibilité d'acquérir à partir de 2036 des crédits carbone internationaux en finançant des projets de décarbonation en dehors de l'UE qui seraient pris en compte dans la baisse de leurs émissions.

Il y a plus de vingt ans, l'Union européenne a mis en place ce marché des quotas d'émissions carbone (ETS), outil pionnier dans la lutte contre le dérèglement climatique.

Pour couvrir leurs émissions de CO2, les industries les plus énergivores (sidérurgie, ciment, chimie...) et les producteurs d'électricité doivent acheter des "permis de polluer", selon le principe du pollueur-payeur.

Le prix de la tonne de CO2 varie et s'établit autour de 80 euros actuellement dans l'UE.

Le total des quotas carbone disponibles sur le marché baisse au fil du temps pour inciter les industriels à émettre moins. Et pour les accompagner dans leur transformation, des quotas gratuits sont alloués.

Ils devaient disparaître en 2034, mais la Commission propose de les prolonger tout comme elle veut réduire moins vite que prévu l'ensemble des quotas disponibles sur le marché.

Pour montrer que ses ambitions climatiques demeurent, l'UE a néanmoins présenté vendredi un objectif "indicatif" d'électrification de son énergie. Elle souhaite que l'électricité représente 46% de sa consommation finale d'énergie en 2040, soit deux fois plus qu'actuellement.

- Scandinavie vs Europe centrale -

Depuis plusieurs années, cette part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie de l'Union stagne autour de 23%, car elle coûte nettement plus cher que le gaz et parce que l'Europe peine à se priver des fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports.

Entre la crise énergétique liée à la guerre au Moyen-Orient et la canicule historique qui s'est abattue sur l'Europe, les défenseurs de l'environnement poussent pour que l'UE maintienne des ambitions climatiques élevées.

Mais depuis deux ans à Bruxelles, la tendance est plutôt de répondre aux préoccupations des industriels, en souffrance face à la concurrence de la Chine et aux droits de douane des Etats-Unis.

La réforme du carbone était prévue dans les textes, mais elle est devenue un enjeu politique, voire idéologique, entre les partisans d'ETS, comme l'Espagne, la Suède, la Finlande et le Danemark, et ses détracteurs, comme la Pologne, la République tchèque ou l'Italie aux économies plus carbonées.

Entre ces deux camps, la France va être "un Etat pivot dans les négociations", estime Phuc-Vinh Nguyen, expert de l'énergie de l'Institut Jacques-Delors, qui considère que Paris a intérêt à "sauvegarder un ETS fort" pour mettre en avant son électricité nucléaire décarbonée auprès des investisseurs.

Vendredi, la Commission a également poussé  pour que les revenus que perçoivent les Etats membres grâce au marché du carbone soient davantage fléchés vers la décarbonation de l'industrie, ce qui est loin d'être le cas actuellement.

Bruxelles avance par ailleurs prudemment sur l'extension de son marché du carbone à de nouveaux secteurs.

L'exécutif propose d'intégrer "graduellement" le secteur des incinérateurs de déchets à ETS. Avec une possibilité de dérogation jusqu'en 2035 pour les Etats, s'ils remplissent des objectifs de recyclage ou disposent déjà d'une taxe nationale équivalente.

Concernant l'aviation, face à la forte pression des compagnies aériennes et aux réticences de certains Etats, dont la France, la Commission a renoncé à directement intégrer les vols internationaux à son marché du carbone.

A la place, elle plaide pour une solution intermédiaire régionale à partir de 2029, avec l'intégration à ETS de vols internationaux dont le point d'atterrissage se situe à 5.000 kilomètres maximum du décollage en Europe. Un vol depuis Francfort vers Dubaï ou Istanbul serait couvert par ETS, mais Francfort-Tokyo ne le serait pas.

Au milieu de ces négociations, une victime collatérale de ce bras de fer pourrait être "l'ETS 2", c'est-à-dire l'extension prévue du marché du carbone au transport routier et au chauffage des bâtiments.

Très sensible politiquement, la mesure a déjà été repoussée de 2027 à 2028 et risque encore d'être reportée. Voire enterrée.


Andy Burnham, de "roi du Nord" à Premier ministre du Royaume-Uni

Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
Le nouveau député travailliste de Makerfield, Andy Burnham, s'adresse à ses partisans et aux médias au lendemain de sa victoire lors de l'élection partielle, au stade d'Ashton Town FC, à Ashton-in-Makerfield, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 19 juin 2026. (AFP)
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  • Andy Burnham devient chef du Labour et futur Premier ministre britannique, succédant à Keir Starmer avec la promesse de réduire les inégalités régionales et le coût de la vie
  • Ancien maire populaire du Grand Manchester, il mise sur un style accessible et une politique de décentralisation, tout en restant prudent sur son programme économique.

LONDRES: Le futur Premier ministre britannique Andy Burnham, devenu populaire en tant que maire de l'agglomération de Manchester, est un habile politicien travailliste dont le style décontracté et accessible contraste avec celui de son prédécesseur Keir Starmer.

Cet homme de 56 ans qui se décrit comme partisan d'un "socialisme pro-entreprises", amateur de football et de rock, prend officiellement vendredi la tête du Labour, parti de centre-gauche majoritaire au Parlement. Il succède au démissionnaire Keir Starmer, et fera son entrée lundi à Downing Street.

Celui qui a fait toute sa carrière dans la politique contrairement à l'ex-avocat Keir Starmer, plus à l'aise que ce dernier dans la communication, accède ainsi au sommet. Il avait tenté deux fois sans succès de briguer la direction du Parti travailliste - en 2010, face à Ed Miliband, puis en 2015, face au très à gauche Jeremy Corbyn.

Il est revenu au Parlement de Westminster après avoir remporté haut la main, devant le parti anti-immigration Reform UK, une législative partielle le 18 juin à Makerfield, près de Manchester.

"C'est la dernière chance pour changer" le Labour, avait-il proclamé à l'annonce de sa victoire. Devant ses soutiens rassemblés sur un terrain de foot, ce supporter d'Everton, club de Liverpool, s'est engagé à "tracer une nouvelle voie" pour le pays, promettant "l'équité pour les régions" que le pouvoir central à Londres a "négligées".

Andy Burnham, qui revendique fièrement ses racines nordistes et populaires, a conquis en 2017 la mairie du Grand Manchester, agglomération de près de 3 millions d'habitants où il s'est fait réélire deux fois.

- Tee-shirt noir -

Lui-même est un enfant de cette région au passé industriel: il a grandi dans une petite ville à mi-chemin entre Liverpool, où il est né, et Manchester.

Dans cette cité qui connaît un renouveau économique, sa principale réussite est d'avoir amélioré les transports, en reprenant sous contrôle public le système de bus pour l'intégrer dans un réseau avec trams et trains, à des tarifs abordables.

C'est pendant la pandémie de Covid-19 qu'il gagne son surnom de "roi du Nord", pour son combat face au Premier ministre conservateur Boris Johnson à propos du soutien financier à apporter aux entreprises et employés de cette région.

Cet homme brun à lunettes et au style vestimentaire volontiers informel, qui s'est fait tatouer sur le bras une abeille ouvrière -symbole de la ville de Manchester-, a déjà fait l'objet de railleries de la cheffe des Tories Kemi Badenoch, qui ne voit en lui qu'"une paire de cils et un tee-shirt noir".

"C'est bleu foncé, en fait", a répondu l'intéressé dans un battement de paupières, dans une vidéo publiée fin juin sur les réseaux sociaux, dont il est un grand utilisateur.

Pour le journaliste Joshi Herrmann, fondateur du média en ligne Mill Media, basé à Manchester, Andy Burnham "parvient à se présenter comme un type normal à une époque où beaucoup d'hommes politiques donnent l'impression d'être très bizarres ou très ennuyeux".

- "Madchester" -

Né le 7 janvier 1970, Andy Burnham est le fils d'un technicien des télécommunications et d'une réceptionniste médicale.

Il entre au Labour adolescent et étudie la littérature anglaise à Cambridge, où il dit avoir souffert du "syndrôme de l'imposteur" en raison de ses origines sociales.

Pendant sa jeunesse, il apprécie la bouillonnante scène musicale et culturelle de Manchester des années 1980-90, "Madchester", et classe aujourd'hui encore Oasis parmi ses groupes préférés.

Elu député en 2001, il devient secrétaire en chef au Trésor dans le gouvernement de Gordon Brown, puis ministre de la Culture et des Sports (2008-2009), et ministre de la Santé (2009-2010).

Il est marié depuis 2000 avec Marie-France van Heel, femme d'affaires d'origine néerlandaise rencontrée à l'université et avec qui il a eu trois enfants.

S'il a annoncé vouloir mener une politique de décentralisation et promis d'oeuvrer pour réduire le coût de la vie, il est pour l'instant resté vague sur son programme. Ses détracteurs l'accusent d'être un caméléon politique s'adaptant à l'air du temps.

En janvier, il énonçait "les quatre cavaliers de l'apocalypse britannique: dérégulation, privatisation, austérité et Brexit". Face à des marchés inquiets, il s'est toutefois engagé à tenir les objectifs d'équilibre budgétaire fixés par l'actuel gouvernement.


Nouvelle nuit de bombardements en Iran, les alliés des Etats-Unis encore visés

Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
Les dernières frappes marquent la sixième nuit consécutive d'attaques américaines. (PHOTO D'ARCHIVES/AFP)
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  • Les États-Unis poursuivent leurs frappes en Iran ; Téhéran dénonce des pertes civiles et menace de riposter contre les intérêts américains dans la région
  • Les tensions s'étendent au Moyen-Orient malgré les appels internationaux à reprendre les négociations

TEHERAN: Les Etats-Unis ont bombardé l'Iran pour la sixième nuit consécutive vendredi, Téhéran les accusant d'avoir visé des cibles civiles, tandis que plusieurs pays alliés de Washington au Moyen-Orient ont fait état d'attaques les ciblant.

L'armée américaine a affirmé, sur X, avoir attaqué dans la nuit de jeudi à vendredi "des dizaines de cibles militaires iraniennes comme des sites de surveillance côtière et de défense aérienne, des infrastructures logistiques militaires et des installations maritimes". L'Iran, de son côté, a rapporté des bombardements sur des ponts, un port, un aéroport et une gare.

Téhéran a affirmé vendredi matin que les frappes américaines sur son territoire depuis le 22 juin avaient fait 38 morts et plus de 400 blessés, selon un bilan du ministère de la Santé.

"Si les Américains frappent les infrastructures de la République islamique, alors toutes les infrastructures de la région deviendront des cibles légitimes pour l'Iran", a menacé un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat.

Les forces armées de Jordanie, du Koweït et du Qatar ont annoncé avoir fait face vendredi à l'aube à des attaques aériennes, et les sirènes d'alerte ont été déclenchées à deux reprises à Bahreïn.

Un porte-parole de l'armée iranienne, cité par la télévision d'Etat, a affirmé que la République islamique avait visé des sites militaires américains au Koweït à l'aide de drones explosifs.

De leur côté, les Gardiens de la Révolution iraniens ont assuré avoir attaqué en Syrie un "centre de commandement des opérations spéciales de l'ennemi" dans la région d'Al-Tanf, frontalière de l'Irak, ainsi que des radars américains à Oman. Ces deux pays n'ont pas confirmé de telles frappes dans l'immédiat.

Les médias d'Etat iraniens ont fait état dans la nuit de nombreuses explosions dans différents secteurs du sud du pays.

"Les attaques se poursuivent et elles sont si violentes que j'en ai les mains qui tremblent", a raconté à l'AFP Hani, un professeur iranien de 34 ans habitant la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Selon la télévision d'Etat iranienne, les forces américaines ont bombardé deux ponts dans la région de Bandar Khamir, faisant sept morts, ainsi qu'une gare à Bandar Abbas et l'aéroport d'Iranshahr. La tour de contrôle du port de Chabahar a été "complètement détruite" selon l'agence Irna.

- Bouchehr frappée -

Bouchehr, ville portuaire située sur la côte sud-ouest où se trouve la seule centrale nucléaire du pays, a été frappée pour la deuxième fois en quelques heures, selon le gouverneur de la ville, cité par Irna.

Le président Donald Trump avait menacé dans la semaine de frapper les ponts et les centrales électriques du pays si les Iraniens ne revenaient pas à la table des négociations.

Les affrontements ont repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, minant les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable au conflit.

Déclenché le 28 février par des bombardements israélo-américains, il a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et n'en finit pas d'ébranler l'économie mondiale.

Les ministres des Affaires étrangères de la Chine et du Pakistan, ce dernier pays étant médiateur des discussions, ont appelé vendredi les belligérants à reprendre les négociations dans le cadre du protocole d'accord signé mi-juin, qui a volé en éclats.

Le négociateur en chef iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait auparavant prévenu qu'un accord "n'a de sens que lorsque ses clauses sont valides et appliquées".

Islamabad a aussi appelé à un "retour à la normale dans le détroit d'Ormuz", de nouveau verrouillé par l'Iran le week-end dernier. En réponse, les Etats-Unis ont rétabli leur blocus des ports iraniens.

Donald Trump "reste toujours ouvert à la diplomatie dans le même temps", a déclaré jeudi la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt. Selon elle, les Iraniens "ont fait savoir au président qu'ils veulent toujours conclure un accord. Nous leur parlons, mais, encore une fois, le président ne va pas les laisser tirer sur des navires dans le détroit sans conséquences".

Dans le détroit d'Ormuz, par lequel transitait avant la guerre un cinquième du pétrole et du gaz liquéfié (GNL) mondiaux, le trafic s'est raréfié.

Les cours du pétrole restent relativement stables malgré la situation, avec un baril de Brent autour de 85 dollars vendredi.