La Syrie entre crise humanitaire et divergences au Conseil de sécurité

L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a annoncé mercredi 20 janvier 2021 que la prochaine série de pourparlers en vue de la révision de la constitution du pays ravagé par la guerre débutera à Genève le 25 janvier. Il a exhorté les parties à passer à la rédaction de cette constitution. (Photo, AP/Archives)
L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Geir Pedersen, a annoncé mercredi 20 janvier 2021 que la prochaine série de pourparlers en vue de la révision de la constitution du pays ravagé par la guerre débutera à Genève le 25 janvier. Il a exhorté les parties à passer à la rédaction de cette constitution. (Photo, AP/Archives)
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Publié le Jeudi 21 janvier 2021

La Syrie entre crise humanitaire et divergences au Conseil de sécurité

  • «Jaafari n'est pas un représentant légitime du peuple syrien»
  • Dans sa déclaration finale au conseil, Kelly Craft, l'ambassadrice américaine sortante auprès de l'ONU, a refoulé ses larmes en partageant des histoires tragiques sur les camps de réfugiés syriens

NEW YORK: Les émotions étaient à fleur de peau lors d'une réunion du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi, pendant que les membres permanents échangeaient attaques et accusations.

Cela s'est produit au moment où Geir Pedersen, Envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, et Mark Lowcock, sous-Secrétaire général aux affaires humanitaires et coordonnateur des secours d'urgence, ont lancé les derniers avertissements sur le sort du peuple syrien, après une décennie de tuerie et de destruction causée par la guerre civile.

Ils ont exhorté la communauté internationale à ne pas tourner le dos aux Syriens et à la crise humanitaire à laquelle ils sont confrontés.

Bashar Jaafari, ancien représentant syrien à l’ONU et vice-ministre des Affaires étrangères du pays, a attribué la situation alarmante aux pays occidentaux.

Il les a accusés de «piller les richesses de la Syrie» et de lancer des «accusations non-fondées» contre le régime du président syrien Bashar Assad, tout en indiquant que l’Occident ne fait que promouvoir la violence et la haine et transmettre la propagation du «terrorisme sans frontières».

Jaafari a également accusé les pays occidentaux d’adopter une approche de deux poids deux mesures. Il affirme que si l'attaque du Capitole américain le 6 janvier par une foule de droite s'était produite dans un pays non occidental, elle aurait été qualifiée de «printemps», ou de «Révolution orange» ou une quelconque expression de liberté. Mais «comme ça s'est produit dans une capitale occidentale, l’incident a été condamné par le monde entier», a-t-il souligné.

Jaafari s’est ensuite adressé à son homologue turc pour accuser Ankara de «terrorisme». Ce dernier a refusé de répondre, puisque «Jaafari n'est pas un représentant légitime du peuple syrien».

La réunion a été convoquée à la demande de Tarek Ladeb, le Représentant permanent de la Tunisie auprès des Nations Unies , et qui assure la présidence du Conseil de sécurité pour le mois en cours.

La réunion a eu lieu alors que le Comité constitutionnel syrien se prépare à se réunir pour une cinquième série de pourparlers à Genève la semaine prochaine sous l’égide de Pedersen.

Le comité fait partie d'un processus facilité par l'ONU qui vise une réconciliation entre le régime d'Assad et l'opposition en modifiant la constitution existante ou en rédigeant une nouvelle.

Dix ans de guerre ont laissé des millions de Syriens «avec un traumatisme profond, une pauvreté extrême, une insécurité personnelle et un manque d'espoir pour l'avenir», a confié Pedersen au Conseil de sécurité. «Pour la plupart des syriens, la lutte quotidienne pour survivre éclipse la majorité des autres problèmes».

Pour Pedersen, la pandémie de la Covid-19, les retombées de la crise au Liban et des facteurs internes tels que les économies de guerre, la corruption et la mauvaise gestion créent ensemble «un tsunami lent qui frappe la Syrie toute entière».

Il a de plus insisté sur la nécessité de veiller à ce que toute sanction supplémentaire imposée au régime syrien ne rajoute pas à la détresse du peuple syrien. Et si les dix derniers mois ont été les plus calmes depuis le début du conflit, l’escalade des violences escalades dans le nord-est du pays continuent de perturber cette paix relative, tout comme les frappes israéliennes, les attaques continues de Daech, les bombardements et les frappes aériennes mutuels à Idlib et les turbulences dans le sud-ouest.

Les attaques continuent de faucher des vies, et les Syriens font face à beaucoup d'autres dangers. Parmi ceux-là on compte des enlèvements, des détentions arbitraires, des activité criminelles ainsi que l'amplification des attaques terroristes.

«Cela n’est qu’un calme fragile qui pourrait basculer dans la violence à tout moment», a avoué Pedersen.

L’Envoyé reconnaît que le processus politique n’a pas encore abouti à des changements évidents, ni à aucune vision réelle de l'avenir des Syriens, mais il souligne la nécessité de persister avec des mesures pour renforcer la confiance. Il cite à titre d’exemple l’accès humanitaire complet et sans entrave, un cessez-le-feu durable à l'échelle nationale, et le droit de visite aux détenus.

Lowcock a pour sa part brossé un tableau sombre de la crise humanitaire en Syrie. Il a déclaré au conseil de sécurité que les Syriens sont confrontés à des niveaux sévères d'insécurité alimentaire, à des pénuries de carburant et à des coupures d'électricité pendant cet hiver rigoureux, ainsi qu’à une dépendance croissante au travail des enfants.

Le mauvais temps oblige les gens à «passer des nuits entières debout dans leurs tentes en raison de la crue des eaux», se désole Lowcock, et il avertit qu'une nouvelle vague d'infections à la Covid-19 est imminente.

Lowcock a souligné les conditions désespérées dans le célèbre camp de réfugiés d'Al-Hol, qui abrite des milliers de femmes et d'enfants d'anciens militants de Daech. Malgré la recrudescence des incidents violents là-bas ces derniers mois, il insiste que des mesures de sécurité doivent être prises sans mettre en danger les résidents, violer leurs droits ou restreindre l'accès humanitaire. La plupart des 62 000 des résidents du camp ont moins de 12 ans, et ils «grandissent dans des conditions inacceptables», rappelle-t-il.

Lowcock a réitéré l'engagement de l'ONU à fournir une aide humanitaire, mais ceci nécessite «un financement adéquat, un accès amélioré aux camps et la fin de la violence qui tourmente les Syriens depuis près d'une décennie».

Dans sa déclaration finale au conseil, Kelly Craft, l'ambassadrice américaine sortante auprès de l'ONU, a refoulé ses larmes en partageant des histoires tragiques sur les camps de réfugiés syriens qu'elle a visités en Turquie. Elle a imploré le monde de ne jamais abandonner le peuple syrien.

«Ouvrez les yeux devant les horreurs de ce conflit» et faite ce qu’il faut pour instaurer la paix, a-t-elle signalé.

«Bombardés, affamés, déplacés et tourmentés par le régime d'Assad et ses partisans, ces victimes dont la majorité sont des femmes et des enfants, qui nous ont chargé dans ce conseil pour assurer leur sécurité et pour les maintenir en vie,» elle a ajouté.

Craft a condamné «la dynamique politique qui afflige ce conseil et continue de refuser au peuple syrien un chemin vers la paix, la stabilité et l'espoir. Ce conseil échoue chaque fois dans sa mission pour exaucer le rêve des millions de civils syriens, pas seulement aujourd'hui mais depuis plus d'une décennie. Cela est vraiment épouvantable.

Elle a ainsi accusé le régime d'Assad de bloquer intentionnellement les progrès du comité constitutionnel dans le but de détourner l'attention de la communauté internationale des milliers de civils tués ou blessés par le régime «et les attaques barbares de ses alliés lâches», pendant qu'il se prépare à «des fausses élections présidentielles cette année.

Elle ajoute: « de telles élections seraient illégitimes que les États-Unis ne les reconnaîtront jamais».

Craft a déclaré que toute élection doit garantir la participation des Syriens qui sont des réfugiés, des déplacés internes ou qui font partie de la diaspora, tout en réitérant que les États-Unis retiendraient le financement de la reconstruction jusqu'à ce que le processus politique de l'ONU en Syrie soit terminé.

L’ambassadrice a fustigé ses collègues russes qui «relatent une histoire très différente (sur la Syrie) à ce Conseil, une histoire insupportable par sa malhonnêteté et son cynisme».

Après avoir souhaité bonne chance à Craft pour l’avenir, Vasily Nebenzya, ambassadeur de Russie auprès de l’ONU, a déclaré: «Je vais maintenant passer à la version de la Russie sur la Syrie».

Il a reproché à l’ONU de «se taire» pendant que les revenus des ressources naturelles de la Syrie «ne coulent pas dans les coffres de la Syrie». Il a également défendu le régime d'Assad, affirmant que «Damas fait tout ce qu'il peut pour maintenir l'économie à flot» tandis que les sanctions internationales la font s'effondrer.

L'ambassadeur du Royaume-Uni, James Paul Roscoe, a rejeté cette suggestion en affirmant que la véritable cause de la tragédie en Syrie était «le népotisme, la corruption et les attaques brutales du régime contre son peuple». Il a également demandé que ce régime soit tenu responsable de ses crimes.

Pedersen a réitéré que la résolution de l'ONU sur la Syrie stipule que le processus politique dans le pays «doit être préservé et dirigé par les Syriens, mais le conflit est extrêmement internationalisé, avec cinq armées étrangères actives en Syrie».

Le monde ne peut donc pas «prétendre que les solutions sont uniquement entre les mains des Syriens, ou que l'ONU peut le faire seule», a-t-il ajouté. Bien que des élections libres et transparentes, fondées sur les dispositions de la résolution 2254 du Conseil de sécurité, «semblent encore loin», Pedersen assure qu'une «diplomatie internationale plus sérieuse et plus coopérative «pourrait permettre de véritables progrès, comme elle pourrait tracer une voie sûre et sécurisée afin de sortir de cette crise qui anéanti l’ensemble de la Syrie.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Davos: Le ministre iranien des affaires étrangères dénonce «deux poids, deux mesures» après la révocation de son invitation 

 Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé le WEF de faire deux poids deux mesures en annulant sa participation et en maintenant celle du président israélien. (File/AP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé le WEF de faire deux poids deux mesures en annulant sa participation et en maintenant celle du président israélien. (File/AP)
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  • Araghchi a rejeté la décision, affirmant que sa participation avait été annulée "sur la base de mensonges et de pressions politiques"
  • Il a également fait référence à la participation de M. Herzog à Davos en janvier 2024 malgré les plaintes judiciaires déposées contre lui en Suisse pour la conduite de son pays pendant la guerre à Gaza, qui a tué environ 71 000 personnes

DUBAI : Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a critiqué le Forum économique mondial pour avoir annulé son invitation à la réunion annuelle de Davos en raison de la répression des récentes manifestations dans son pays, accusant le forum d'appliquer "un double standard flagrant" et de succomber aux pressions occidentales.

Le Forum économique mondial a confirmé que M. Araghchi ne participerait pas au sommet de cette année, qui se tient jusqu'au 23 janvier, en déclarant que "bien qu'il ait été invité à l'automne dernier, la perte tragique de vies civiles en Iran au cours des dernières semaines signifie qu'il n'est pas juste que le gouvernement iranien soit représenté à Davos cette année".

Dans un post sur X, Araghchi a rejeté la décision, affirmant que sa participation avait été annulée "sur la base de mensonges et de pressions politiques de la part d'Israël et de ses mandataires et apologistes basés aux États-Unis".

Le ministre iranien a critiqué ce qu'il a appelé le "deux poids deux mesures" du WEF pour avoir maintenu une invitation au président israélien Isaac Herzog malgré les accusations internationales de génocide des Palestiniens à Gaza.

Il a également fait référence à la participation de M. Herzog à Davos en janvier 2024 malgré les plaintes judiciaires déposées contre lui en Suisse pour la conduite de son pays pendant la guerre à Gaza, qui a tué environ 71 000 personnes.

Si le WEF veut feindre une position prétendument "morale", c'est sa prérogative. Mais il devrait au moins être cohérent à ce sujet", a écrit M. Araghchi, estimant que la décision exposait une "dépravation morale et une faillite intellectuelle".

M. Herzog, d'Israël, devrait participer à une discussion modérée au WEF jeudi.


« Vers une croissance transformative » : Faisal Alibrahim sur le WEF et l’économie du Royaume

Dans un entretien avec le rédacteur en chef Faisal J. Abbas, M. Alibrahim a fait remarquer que de nombreuses grandes économies, en particulier occidentales, ont été confrontées ces dernières années à une combinaison de stagnation, d'inflation, de barrières commerciales, de faible productivité et de volatilité difficile à gérer, et encore plus à planifier. (Photo AN)
Dans un entretien avec le rédacteur en chef Faisal J. Abbas, M. Alibrahim a fait remarquer que de nombreuses grandes économies, en particulier occidentales, ont été confrontées ces dernières années à une combinaison de stagnation, d'inflation, de barrières commerciales, de faible productivité et de volatilité difficile à gérer, et encore plus à planifier. (Photo AN)
L'Arabie saoudite profitera de la réunion du Forum économique mondial la semaine prochaine pour « faire en sorte que le dialogue porte ses fruits », a déclaré le ministre de l'Économie et de la Planification, Faisal Alibrahim, à Arab News. (Photo AN)
L'Arabie saoudite profitera de la réunion du Forum économique mondial la semaine prochaine pour « faire en sorte que le dialogue porte ses fruits », a déclaré le ministre de l'Économie et de la Planification, Faisal Alibrahim, à Arab News. (Photo AN)
Alibrahim a été nommé ministre de l'Économie et de la Planification en 2021, alors que le royaume sortait de la pandémie de COVID-19. Il avait rejoint le ministère en tant que conseiller en 2016 et occupé le poste de vice-ministre de 2018 à 2021. (Photo AN)
Alibrahim a été nommé ministre de l'Économie et de la Planification en 2021, alors que le royaume sortait de la pandémie de COVID-19. Il avait rejoint le ministère en tant que conseiller en 2016 et occupé le poste de vice-ministre de 2018 à 2021. (Photo AN)
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  • Dans une interview exclusive accordée à Arab News, le ministre saoudien de l'Économie et de la Planification déclare que le Royaume est « passé d'une approche consistant à livrer à tout prix à une approche consistant à livrer au juste prix ».
  • « Le Royaume est devenu un foyer non seulement pour tout dialogue, mais pour un dialogue axé sur des résultats concrets », a déclaré Alibrahim avant la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos

RIYAD : L’Arabie saoudite profitera de la réunion du Forum économique mondial la semaine prochaine pour « donner du sens au dialogue », a déclaré dimanche le ministre de l’Économie et de la Planification, Faisal Alibrahim, exposant la manière dont le Royaume entend renforcer ses partenariats et faire face aux vents contraires économiques mondiaux, alors que cette année marque le 10ᵉ anniversaire de la Vision 2030.

Alors que les dirigeants d’entreprise, décideurs politiques et chefs d’État se préparent pour le forum de Davos, en Suisse, le ministre a accordé une interview exclusive à Arab News avant l’événement annuel, désormais un rendez-vous incontournable dans le calendrier du Royaume.

Il a déclaré que la mission centrale de la délégation saoudienne reste inchangée : « Nous continuerons à travailler avec nos partenaires internationaux de tous les secteurs, disciplines et régions, afin de combler collectivement le “déficit de progrès” et de travailler ensemble pour créer plus d’élan vers une croissance transformative. »

Il a souligné que de nombreuses grandes économies, notamment en Occident, ont été confrontées ces dernières années à un mélange de stagnation, inflation, barrières commerciales, faible productivité et volatilité difficile à gérer, pour ne pas dire à anticiper. Cela a laissé la production mondiale à un niveau « inférieur à son potentiel », ce qui affecte directement le Royaume en tant que membre du G20.

« Au fil du temps, cela s’accumule et crée un vent contraire aux gains de progrès », a averti Alibrahim.

Depuis 2016, l’Arabie saoudite a lancé un ambitieux plan Vision 2030 pour transformer son modèle économique dépendant du pétrole, s’ouvrant davantage et s’intégrant aux marchés mondiaux.

« L’économie du Royaume est plus intégrée à l’économie mondiale que jamais. Nos leçons apprises, nos progrès, nos succès sont des apports précieux et des données utiles pour nos partenaires et vice versa », a déclaré le ministre, ajoutant que les discussions à Davos porteront à la fois sur l’investissement dans le Royaume et sur la manière dont d’autres peuvent « s’inspirer du modèle saoudien ».

L’engagement du Royaume au Forum économique mondial repose sur deux questions principales, selon lui : « Comment pouvons-nous approfondir nos liens bilatéraux et comment travailler avec nos partenaires pour relever les défis mondiaux ? »

Alibrahim a été nommé ministre de l’Économie et de la Planification en 2021, alors que le pays sortait de la pandémie de COVID-19. Il avait rejoint le ministère comme conseiller en 2016 et occupé le poste de vice-ministre de 2018 à 2021.

Auparavant, il a occupé des postes de direction chez Saudi Aramco, notamment vice-président du développement, responsable des fusions et acquisitions pour le développement de nouvelles activités, directeur commercial du projet du chantier maritime de Ras Al-Khair et directeur de projet de la transaction Vela-Bahri. Ces expériences lui ont donné un aperçu direct des domaines où l’économie du Royaume détient un avantage compétitif, a-t-il indiqué.

Au cours de sa décennie au gouvernement, a-t-il expliqué, la perception de l’Arabie saoudite est passée de celle d’un partenaire dépensier dirigé par l’État à celle d’un acteur pragmatique et facilitateur, avec un secteur privé en plein essor opérant sur un pied d’égalité.

« Les conversations sont passées de la discussion sur les opportunités des acteurs déjà établis, à celles sur les opportunités pour l’investissement et le déploiement de capitaux du Royaume, à la manière dont ces entreprises peuvent générer des profits grâce à l’histoire saoudienne ; de la prise de fonds à la génération de revenus, pour ainsi dire », a déclaré le ministre.

Grâce au « sérieux » démontré par Riyad, a-t-il ajouté, les acteurs sont désormais « intéressés à faire partie de cette transformation ».

« Cela a conduit les gens non seulement à prendre note, mais à comprendre qu’il y a des opportunités pour eux », a déclaré Alibrahim. « L’intérêt est plus élevé, le travail tend à générer plus d’élan, et la discussion continue. »

Selon les dernières données du ministère de l’Économie et de la Planification, la dépendance directe et indirecte de l’Arabie saoudite au pétrole est passée de plus de 90 % avant les réformes à 68 % en 2025.

Les activités non pétrolières représentent désormais 56 % du PIB réel et, en octobre, le ministère des Finances a relevé ses prévisions de croissance pour 2026 de 3,5 % à 4,6 %, principalement grâce à l’expansion hors pétrole.

Malgré ces réformes et les signes d’une économie dynamique et diversifiée, le Royaume dépend encore fortement des revenus pétroliers, surtout depuis que les prix ont chuté depuis un pic d’environ 114 dollars le baril en mai 2022.

« Nous nous découplons d’une seule matière première », a déclaré Alibrahim. « Cela ne signifie pas que nous ne comptons plus dessus pour notre activité économique. Mais nous ne voulons plus en dépendre autant qu’avant. »

La Vision 2030 a été conçue avec « certains résultats » en tête, a expliqué le ministre, et a nécessité des réformes structurelles profondes pour rendre le Royaume plus attractif pour les investisseurs internationaux, notamment par des mesures récentes assouplissant les règles immobilières et ouvrant le marché boursier.

À partir de ce mois-ci, par étapes, les personnes et entités étrangères pourront posséder des biens immobiliers — et pas seulement des baux à long terme — dans des zones désignées. Dans une démarche également historique, l’Autorité des marchés financiers a ouvert le marché des capitaux saoudien à tous les types d’investisseurs étrangers, permettant un investissement direct dès le 1ᵉʳ février.

« La Vision 2030 a été planifiée de manière robuste, tout en gardant à l’esprit l’importance de gérer avec prudence », a déclaré le ministre. « Ces deux annonces illustrent un renforcement des réformes structurelles.

« Il ne s’agit pas de capitaux ou d’investissements déployés par le gouvernement pour atteindre des résultats. Il s’agit d’un changement de politique, d’un changement du cadre réglementaire à long terme, destiné à rester, qui génère et libère beaucoup d’impact et de résultats économiques. »

Le Royaume, a-t-il ajouté, travaille à « éliminer les frictions » et attirer le capital étranger dans des secteurs matures et émergents, notamment la technologie, où l’Arabie saoudite vise à tirer parti de sa position géographique et de son savoir-faire accumulé pour devenir un leader du marché.

« On ne peut pas véritablement diversifier une économie et exploiter son potentiel sans tirer le meilleur de chaque domaine dans lequel on a un avantage », a déclaré Alibrahim. « L’Arabie saoudite dispose de plusieurs secteurs avec un savoir approfondi accumulé pendant des décennies — et dans certains cas, presque un siècle. »

Il a cité Aramco comme exemple, expliquant que l’entreprise a pu consolider des décennies de données opérationnelles dans sa plateforme « metabrain », utilisée pour réduire l’intensité carbone et améliorer la performance.

Tout aussi important, selon lui, est l’accès à un « écosystème réglementaire dynamique » pouvant offrir aux pays les garanties légales et de souveraineté des données recherchées lorsque le Royaume héberge des centres de données et infrastructures numériques, une initiative appelée « ambassade des données ».

Alibrahim a déclaré que l’Arabie saoudite avait développé une « capacité unique » à équilibrer ses relations grâce à son ouverture et à son objectif déclaré de « libérer tout le potentiel de notre pays, économie et société ».

Il a ajouté : « Nous avons démontré, avec un solide historique, notre engagement pour la paix, le dialogue et, en fin de compte, la stabilité continue pour favoriser la prospérité. Le monde sait que nous sommes très sérieux à ce sujet.

« Le Royaume a été une capitale du pragmatisme, et lorsqu’il est reconnu par nos partenaires, ils comprennent que cela rend les interactions avec le Royaume très simples. »

Sur les spéculations récentes selon lesquelles l’Arabie saoudite aurait réorienté ses priorités et détourné une partie de son budget des projets domestiques vers des investissements aux États-Unis, où le prince héritier Mohammed ben Salmane a annoncé des projets pouvant atteindre 1 000 milliards de dollars, le ministre a indiqué que ces opportunités « se sont présentées » sur ce marché étranger mais « s’alignent sur les plans d’investissement et stratégiques déjà approuvés » correspondant à ce montant.

Il a ajouté : « Dans le même temps, pourquoi ne pas dépenser plus judicieusement si nous le pouvons ? La première phase de la Vision 2030 nous demandait de livrer à tout prix, mais nous sommes passés de ce mode de livraison à tout prix », a-t-il déclaré.

La phase initiale du plan visait à « rattraper le retard et signaler de nouveaux secteurs », a expliqué Alibrahim, et le Royaume avait initialement investi massivement « aux bons endroits » pour signaler la naissance de nouvelles industries, réduire les écarts de rendement et attirer les investisseurs.

« Mais après un certain temps, une fois cet objectif atteint et ce signal envoyé, il est temps de se demander : “Comment continuer à faire la même chose mais avec des dépenses plus judicieuses au juste niveau de coût ?” » a-t-il poursuivi.

« Et c’est là-dessus que nous nous concentrons actuellement ; des dépenses plus judicieuses ne sont en aucun cas incompatibles avec l’endroit où nous investissons notre capital. »

Alors que la Vision 2030 fête cette année son 10ᵉ anniversaire — soit environ les deux tiers de sa durée — certains indicateurs restent en retard. Mais de nombreux objectifs jadis jugés trop ambitieux ont connu des progrès tangibles, ce que le ministre attribue à la flexibilité intégrée du plan.

« Je pense que nous avons beaucoup de leçons apprises », a-t-il déclaré. « Le point le plus important, selon moi, est de savoir que vous apprendrez, ajusterez et vous adapterez ; vous avez la capacité, l’agilité et la prudence pour continuer à mettre en œuvre vos plans. Les plans sont importants, mais l’agilité est ce qui fait progresser les plans. »

Comment, alors, le gouvernement décide-t-il quels projets prioriser, réduire ou étendre ? Ces décisions sont prises via un processus « circulaire » qui réévalue constamment les arbitrages, a expliqué Alibrahim.

« Par le passé, nous passions beaucoup de temps à concevoir la politique d’intervention, la loi, et pas assez à évaluer son impact », a-t-il expliqué.

« Maintenant, nous avons un processus plus rigoureux où vous évaluez la loi ou l’intervention en détail, faites une pré-évaluation de l’impact réglementaire, puis suivez comment elle est mise en œuvre et les résultats concrets qui en découlent. »

Le gouvernement a créé une « boucle de rétroaction continue », a-t-il déclaré, couplée à des discussions structurées et à une gouvernance qui revisitent chaque année les priorités et guident les stratégies à court et long terme ainsi que l’allocation de capital pour atteindre les objectifs.

Interrogé sur la place du Forum économique mondial dans la diplomatie économique et la stratégie plus large de l’Arabie saoudite, le ministre a déclaré qu’à mesure que le Royaume s’intègre davantage à l’économie mondiale, sa voix devient « plus influente sur les plateformes multilatérales mondiales et sur de nombreux enjeux globaux ».

Davos, a-t-il ajouté, réunit « de nombreux dirigeants, penseurs et spécialistes mondiaux », et la participation saoudienne constitue « la continuité de notre travail quotidien » qui permet au Royaume de faire avancer plusieurs sujets et objectifs simultanément.

Alibrahim a noté que, bien que le forum reste la plateforme la plus visible pour ce type d’engagement, Riyad continuera de participer « chaque fois qu’un rassemblement mondial important pour le Royaume aura lieu, auquel le Royaume peut contribuer et bénéficier ».

Détaillant les plans d’accueillir des réunions du Forum économique mondial en Arabie saoudite tous les deux ans, suite au succès de la réunion spéciale WEF 2024 à Riyad, Alibrahim a déclaré que le Royaume était devenu « un foyer pour le dialogue mondial — et pas n’importe quel dialogue mondial (mais) un dialogue pragmatique et orienté résultats concrets », mettant l’accent sur l’impact, la transparence et « un dialogue puissant conduisant au progrès ».

En regardant vers l’avenir, il a déclaré que l’objectif est de devenir « encore plus intégré », le véritable succès de la Vision 2030 se mesurant sur le long terme.

Ce sont les jeunes générations qui bénéficieront en fin de compte de la stratégie, a-t-il souligné, mais seulement si les économies mondiales cessent de « fonctionner en dessous de leur potentiel », car autrement cet écart « s’accumule et devient un coût » ressenti surtout par les générations futures.

La Vision 2030 engage déjà la jeunesse saoudienne, a souligné Alibrahim, notant que dans de nombreuses organisations publiques et privées, « il y a de fortes chances que vous soyez assis avec un jeune professionnel ».

Il a ajouté : « La jeunesse n’est pas un sous-groupe que vous représentez, écoutez ou dont vous prenez l’avis ; vous devez intégrer les jeunes professionnels dans le processus. L’âge ne limite pas les gens à être partie prenante de cette transformation. »

Sur la manière dont le monde perçoit l’expérience saoudienne, il a indiqué que Riyad travaillait à « bâtir la confiance et un esprit collaboratif » avec ses partenaires et a insisté sur le fait que le Royaume est « sincère dans le partage de nos leçons apprises, mais aussi dans l’apprentissage des autres — et il n’y a pas de limite à ce que nous pouvons apprendre ».

Tout en reconnaissant que le chemin vers une économie diversifiée, durable et non dépendante du pétrole est long, Alibrahim a déclaré : « Nous allons dans cette direction. »

Il a ajouté : « Si nous voyons, bien sûr, que les exportations non pétrolières croissent matériellement comme l’élan s’est accéléré — si nous voyons ce chiffre, passer de 90 à 68 % se réduire encore — vous serez en meilleure position pour qualifier l’histoire de croissance de plus durable et résiliente, ce qui est l’objectif ultime. »

La réunion annuelle du Forum économique mondial se tiendra à Davos du 19 au 23 janvier. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Que révèlent les déclarations du gouverneur de l'Hadhramout sur les Émirats arabes unis ?

Des miliciens armés yéménites fidèles à Aidarous Al-Zubaidi et soutenus par les Émirats arabes unis ont été accusés de torture et d'activités illicites par le gouverneur de Hadrhamout lors d'une conférence de presse lundi. (AFP)
Des miliciens armés yéménites fidèles à Aidarous Al-Zubaidi et soutenus par les Émirats arabes unis ont été accusés de torture et d'activités illicites par le gouverneur de Hadrhamout lors d'une conférence de presse lundi. (AFP)
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  • Les preuves suggèrent des meurtres, des tortures et d'autres violations des droits de l'homme, a déclaré une source yéménite à Arab News
  • Le ministère émirati de la Défense a catégoriquement démenti les affirmations faites lors de la conférence de presse du gouverneur de l'Hadhramout, Salam Al-Khanbashi

LONDRES : Les déclarations de Salam Al-Khanbashi, le gouverneur de l'Hadhramout, suggèrent que les Émirats arabes unis ont joué un rôle alarmant au Yémen et dans le plus grand de ses 21 gouvernorats.

Lors d'une conférence de presse télévisée hier, M. Al-Khanbashi a accusé les Émirats arabes unis d'avoir exploité la coalition œuvrant au rétablissement d'un gouvernement légitime au Yémen "pour réaliser leurs propres objectifs".

Il a également affirmé que les citoyens de l'Hadhramout avaient été terrorisés par des groupes armés affiliés au général de division Aidarous Al-Zubaidi, qui est soutenu par les Émirats arabes unis et qui, au début du mois, a été démis de ses fonctions de vice-président du Conseil présidentiel de direction (CPL) du pays.

Le territoire de l'Hadhramout s'étend de la côte du golfe d'Aden, au sud, à la frontière de l'Arabie saoudite, au nord.

Al-Zubaidi, aujourd'hui en fuite, est accusé de trahison et de tentative d'atteinte à la souveraineté du Yémen par la création d'un "État d'Arabie du Sud" séparatiste.

Les autorités yéménites, a ajouté M. Al-Khanbashi, ont découvert des équipements et des pratiques émiratis suspects sur la base de Rayyan à Mukalla, capitale du gouvernorat, notamment des stocks d'explosifs et une prison secrète.

Il s'agit là d'affirmations choquantes, confirmées par une source vérifiée proche du gouvernement yéménite qui a parlé à Arab News sous le couvert de l'anonymat.

Les révélations d'hier, a-t-il dit, ont confirmé ce qui était un secret de polichinelle au Yémen depuis un certain temps.

"De nombreux segments de la population de la province, ainsi que d'autres au Yémen, ont souffert de ces crimes qui ont été commis au nom d'un État du Sud, mais qui servaient en réalité les intérêts d'un autre pays", a-t-il déclaré.

La source tient Al-Zubaidi, l'ancien chef du Conseil de transition du Sud (CTS) aujourd'hui dissous, personnellement responsable des atrocités, des crimes et des tortures subis par les citoyens yéménites.

M. Al-Zubaidi se serait réfugié à Abou Dhabi.

"Étant donné tout le soutien qu'il a reçu des Émirats arabes unis, ajoute la source, il n'est pas étonnant qu'ils aient voulu le faire passer clandestinement à Abou Dhabi via la Somalie pour éviter les poursuites.

Outre son rôle au sein du STC, M. Al-Zubaidi était une figure de proue du gouvernement légitime du Yémen, qui l'a aujourd'hui désavoué et l'a déféré au procureur général de l'État.

En son absence, M. Al-Zubaidi a été inculpé de "haute trahison avec l'intention de porter atteinte à l'indépendance de la République", "d'atteinte à la position militaire, politique et économique de la République", "de formation d'une bande armée et de commission de crimes, y compris le meurtre d'officiers et de soldats des forces armées ; d'exploitation et d'atteinte à la juste cause du Sud par de graves violations contre des civils et le sabotage d'installations et de sites militaires" et "de violation de la Constitution, d'atteinte à la loi et d'atteinte à la souveraineté et à l'indépendance du pays".

Selon la source yéménite, la découverte d'équipements émiratis suspects à la base aérienne de Rayyan, y compris des explosifs, suggère que le camp "a très probablement été utilisé comme quartier général pour planifier et mettre en œuvre des crimes et des violations visant des civils".

Le matériel découvert, a-t-il ajouté, "confirme que les groupes armés fidèles à Al-Zubaidi utilisaient la juste cause du sud pour couvrir leurs crimes contre les civils du sud, marginalisant et ignorant les demandes légitimes de la population du sud, et servant l'agenda des Émirats arabes unis visant à répandre le chaos au Yémen et à entraver toute initiative politique visant à résoudre la question du sud".

La source a ajouté que, selon elle, de telles pratiques de la part du STC et des EAU constitueraient un cas évident de "violation des droits de l'homme".

Les "violations et crimes" dont les Émirats arabes unis sont accusés au Yémen "s'inscrivent dans le prolongement des activités qu'ils mènent actuellement pour alimenter les conflits internes au Soudan, en Libye et en Somalie, et pour commettre des crimes visant les civils dans ces pays, dans le but de répandre le chaos et de compromettre la sécurité et la stabilité de la région".

Dans un communiqué publié sur X, le ministère de la défense des Émirats arabes unis a catégoriquement démenti les affirmations faites lors de la conférence de presse du gouverneur du Hadhramout, Salam Al-Khanbashi.

Le ministère a également affirmé que les forces des Émirats arabes unis avaient officiellement et publiquement achevé leur retrait total du Yémen le 2 janvier 2026. "Ce retrait comprenait le transfert de tous les équipements, armes et biens", ajoute le communiqué.

En ce qui concerne les accusations relatives à l'existence de "prisons secrètes" à l'aéroport de Riyan, le ministère des Émirats arabes unis a affirmé que les installations auxquelles il est fait référence sont "simplement des logements militaires, des salles d'opérations et des abris fortifiés, dont certains sont situés sous terre".