En Syrie, le bastion d'Idleb deviendra-t-il un «nouveau Gaza»?

Le secteur est encore sous contrôle des jihadistes (Photo, AFP).
Le secteur est encore sous contrôle des jihadistes (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 08 mars 2021

En Syrie, le bastion d'Idleb deviendra-t-il un «nouveau Gaza»?

  • Dans une Syrie ravagée par la guerre depuis une décennie, la région d'Idleb (nord-ouest) représente l'ultime grand bastion jihadiste et rebelle du pays
  • Doté de ses propres institutions mais miné par des dissensions entre groupes jihadistes, et sous surveillance de la Turquie voisine, ce bastion peut-il assurer sa survie ?

BEYROUTH: Dans une Syrie ravagée par la guerre depuis une décennie, la région d'Idleb (nord-ouest) représente l'ultime grand bastion jihadiste et rebelle du pays, et l'un des derniers territoires échappant au régime de Bachar al-Assad.

Doté de ses propres institutions mais miné par des dissensions entre groupes jihadistes, et sous surveillance de la Turquie voisine, ce bastion peut-il assurer sa survie ?

Idleb, c'est quoi ?

Une nébuleuse hétéroclite de groupes jihadistes et rebelles tient près de la moitié de la province d'Idleb mais aussi des secteurs adjacents dans les régions d'Alep, Hama et Lattaquié, dans le nord-ouest du pays.

Ce bastion est dominé par Hayat Tahrir al-Cham, ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, qui exerce son influence sur un « Gouvernement de Salut », pouvoir civil administrant ces territoires.

Le secteur abrite 2,9 millions de personnes. Selon l'ONU, les deux-tiers sont des déplacés ayant abandonné d'anciens bastions rebelles au fil des reconquêtes du régime, le plus souvent par peur de représailles.

Plus d'un million d'entre eux vivent dans des camps informels miséreux.

Malgré des affrontements sporadiques, la région bénéficie depuis mars 2020 d'un cessez-le-feu négocié par Moscou et Ankara.

Mais après des offensives successives lancées par Damas et son allié russe contre Idleb, jihadistes et rebelles ont vu leurs territoires largement amputés.

« Ils contrôlent aujourd'hui 3 000 km2 », indique le géographe et politologue Fabrice Balanche. « En septembre 2017, ils contrôlaient 9 000 km2. »

Un repaire de jihadistes ?

Pour tenir la région, HTS compte sur quelque 10 000 combattants, Syriens pour la plupart, selon un récent rapport de l'ONU.

La faction, classée « terroriste » par l'ONU et les Européens, nie tout lien avec al-Qaïda.

Elle conserve un monopole sur l'importation et la distribution de carburant, selon le même rapport, qui estime les recettes générées par ces activités à « un million de dollars environ par mois ».

Le groupe contrôlerait aussi « la distribution de l'aide humanitaire », et « il en confisque une partie pour renforcer ses réseaux clientélistes », accuse le même rapport onusien.

Mais Idleb c'est aussi les guerres intestines entre différents groupuscules jihadistes.

Parmi ces factions, on compte Houras al-Din (les Gardiens de la religion), la branche syrienne d'Al-Qaïda (2 000 à 2 500 combattants d'après l'ONU).

Il y a aussi le Parti islamique du Turkestan (TIP) --dont les membres appartiennent majoritairement à la minorité musulmane ouïghoure de Chine (de 3 000 à 4 500 combattants).

Très tôt, le secteur a attiré des milliers d'étrangers, notamment des Français, des Britanniques, des Tchétchènes, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Enfin, des rebelles armés et financés par la Turquie se maintiennent même si, affaiblis face aux jihadistes, ils entretiennent des rapports tendus avec HTS.

Un avenir durable ?

Coincée entre la frontière turque et les zones du régime, Idleb n'échappe pas aux marchandages diplomatiques dictant l'évolution du conflit syrien.

L'enjeu pour la Turquie, qui accueille déjà 3,6 millions de réfugiés, est principalement d'empêcher un nouvel afflux massif sur son territoire.

« Une nouvelle vague de réfugiés syriens poserait de sérieux défis politique, économique et humanitaire » à Ankara, souligne Dareen Khalifa, analyste à l'International Crisis Group (ICG).

Ce pays essaye ainsi de trouver un « équilibre » entre ses intérêts pour garder Idleb hors de portée du régime tout en « maintenant ses rapports avec Moscou et éviter une confrontation risquée », ajoute-t-elle.

De son côté, Damas a maintes fois martelé son intention de reconquérir l'ensemble de la province. Il a déjà grignoté des territoires le long de l'autoroute M4, stratégique --elle coupe Idleb et relie la grande métropole d'Alep (nord) à la province côtière de Lattaquié, fief de la famille alaouite des Assad.

Le régime pourrait poursuivre cette stratégie, mais « Erdogan voudrait quelque chose en échange, à mon avis un nouveau territoire kurde », estime Balanche.

Ces dernières années, la Turquie et ses supplétifs syriens ont déjà conquis plusieurs territoires tenus par la minorité dans le nord syrien.

Dans le cas contraire, « une offensive contre Idleb des Russes et Syriens se heurterait frontalement à l'armée turque », juge un diplomate occidental, rappelant qu'à la faveur du cessez-le-feu « les Turcs ont massivement investi l'enclave avec 15 000 hommes environ ».

Pour autant, dit-il, le statu quo est « difficilement imaginable » au vu d'une situation explosive : il cite la menace de « millions de déplacés » et « le fait que certains des groupes terroristes (...) sont une menace directe pour la Turquie ou pour l'Occident ».

Mais des territoires insurgés pourraient survivre sous forme de « protectorat turc », estime Balanche, qui y voit une « nouvelle bande de Gaza ».

« Une étroite bande de territoire sous contrôle de groupes islamistes comme HTS, qui gèrent une population de réfugiés. Elle sera sous perfusion de l'aide humanitaire internationale ».


L'armée saoudienne intercepte des drones provenant d'Irak

Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak et visant des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense. (SPA)
Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak et visant des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense. (SPA)
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  • Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak
  • Ceux-ci visaient des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense

RIYAD: Les forces armées saoudiennes ont intercepté et détruit plusieurs drones lancés depuis l'Irak et visant des installations pétrolières, a indiqué lundi le ministère saoudien de la Défense.

"Des attaques terroristes ont été lancées depuis le territoire irakien par des milices terroristes soutenues par l'Iran", a affirmé le ministère dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux.

Riyad appelle l'Irak à empêcher les attaques 

L'Arabie saoudite a exhorté lundi le gouvernement de Bagdad à empêcher les attaques de drones lancées depuis son territoire, après avoir accusé des groupes armés pro-Iran basés en Irak, d'avoir ciblé le royaume.

Le royaume "réaffirme la nécessité pour le gouvernement irakien de prendre toutes les mesures nécessaires afin d'empêcher que son territoire ne serve de point de départ à une agression", peut-on lire dans un communiqué des autorités publié par une chaîne de télévision officielle saoudienne.

 

 

 


Le Liban renforce le contrôle de ses ports, asséchant ainsi les sources de financement du Hezbollah

Ci-dessus, des conteneurs en cours de déchargement d’un navire amarré au port de Beyrouth, le 1er novembre 2024. (Photo d’archive AFP)
Ci-dessus, des conteneurs en cours de déchargement d’un navire amarré au port de Beyrouth, le 1er novembre 2024. (Photo d’archive AFP)
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  • Selon des sources sécuritaires, les mesures mises en place ces derniers mois ont dépassé le simple cadre d’une réorganisation des opérations au sein de ces installations
  • Elles ont également porté un coup à l’infrastructure logistique du Hezbollah en restreignant considérablement les itinéraires de contrebande et en perturbant les circuits de financement qui opéraient via la frontière syrienne

BEYROUTH : La confrontation entre le Liban et le Hezbollah ne se limite plus à la question des armes du groupe et à la mise en œuvre des engagements internationaux dans le Sud. Elle s’est étendue à une campagne plus large visant à renforcer le contrôle de l’État sur les ports maritimes, l’aéroport et les postes-frontières, afin de limiter l’influence du Hezbollah et de couper ses sources de financement illicites.

Depuis l’élection du président Joseph Aoun et la formation du gouvernement du Premier ministre Nawaf Salam, les autorités ont mis en œuvre une stratégie sécuritaire et administrative visant à réaffirmer le contrôle souverain sur les points d’entrée terrestres, maritimes et aériens du pays.

Selon des sources sécuritaires, les mesures mises en place ces derniers mois ont dépassé le simple cadre d’une réorganisation des opérations au sein de ces installations. Elles ont également porté un coup à l’infrastructure logistique du Hezbollah en restreignant considérablement les itinéraires de contrebande et en perturbant les circuits de financement qui opéraient via la frontière syrienne, l’aéroport de Beyrouth et le port de Beyrouth.

L’influence du Hezbollah recule

Alors que les mesures de lutte contre la contrebande et de contrôle des frontières continuent d’être renforcées, leurs effets sont déjà visibles, le Hezbollah perdant de son influence au sein d’institutions où il exerçait autrefois une emprise considérable.

Une source impliquée dans la surveillance des points de passage terrestres, maritimes et aériens du Liban a déclaré à Asharq Al-Awsat que l’influence du Hezbollah au sein de ces installations avait diminué à un niveau sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de la nouvelle administration.

Selon cette source, ce changement a directement affecté les capacités financières et logistiques du groupe, qui, avant la dernière guerre, bénéficiait d’un environnement sécuritaire et administratif différent permettant la circulation des marchandises et des liquidités avec relativement peu de contraintes.

Ces derniers mois, l’État libanais a également renforcé la surveillance technique en déployant des scanners modernes au port de Beyrouth, à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth et au poste-frontière de Masnaa. Ces équipements ont permis de freiner la contrebande de marchandises, de matières interdites et d’argent liquide via ces installations.

La source a ajouté que les passages illégaux, qui constituaient depuis des années l’épine dorsale du réseau logistique du Hezbollah, « ne jouent plus le rôle qu’ils jouaient autrefois », les autorités syriennes ayant renforcé les contrôles de leur côté de la frontière, parallèlement au renforcement des mesures de contrôle libanaises. En conséquence, le trafic transfrontalier illégal a chuté à des niveaux que la source a qualifiés de quasi négligeables.

Un changement fondamental

La source a noté que la situation aux points de passage non officiels avec la Syrie a radicalement changé par rapport aux années précédentes, lorsque des camions liés au Hezbollah auraient traversé régulièrement la frontière, profitant de la faiblesse de l’État et de la marginalisation des institutions officielles au profit du groupe et des réseaux de contrebande opérant dans son orbite.

Ces changements se sont étendus au-delà de la circulation des marchandises pour toucher les réseaux de financement du groupe. Une source officielle a fait état d’une baisse marquée des tentatives d’introduction au Liban, via l’aéroport, de sacs contenant de l’argent liquide et de l’or, ainsi que de la contrebande de pilules de Captagon et de haschisch, activités que la source a décrites comme figurant parmi les opérations illicites les plus importantes liées au trafic transfrontalier.

La source a également souligné l’importance de la décision du gouvernement d’interdire aux avions iraniens d’atterrir à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth, affirmant que cela avait renforcé la pression sur les canaux d’approvisionnement du Hezbollah en fermant l’une des voies qui aurait été utilisée pour acheminer des liquidités et d’autres formes de soutien matériel au groupe.

Des responsables ont également qualifié la chute du régime de Bachar al-Assad de tournant le plus important — et de coup le plus dur — auquel le Hezbollah ait été confronté depuis sa création. La Syrie n’offrant plus ce qu’ils ont décrit comme un environnement logistique sûr, le Hezbollah et l’Iran ont perdu l’un de leurs principaux couloirs pour acheminer des armes et des fonds au Liban.

Une source sécuritaire a déclaré à Asharq Al-Awsat que l’influence du Hezbollah au sein des institutions chargées de superviser les ports et les postes-frontières était devenue « quasi inexistante » à la suite d’une série de mesures sécuritaires et administratives visant à reconstruire les systèmes de contrôle au port de Beyrouth, à l’aéroport international Rafic Hariri et au poste-frontière de Masnaa.

Selon cette source, ces mesures ont notamment consisté à réaffecter de nombreux agents de sécurité et du personnel administratif soupçonnés d’avoir été sous l’influence du Hezbollah et qui auraient facilité le passage de marchandises de manière quasi quotidienne. Cette restructuration, a précisé la source, a comblé des failles qui constituaient depuis longtemps des points faibles au sein des agences chargées de surveiller ces installations.

La source a ajouté que les autorités ne se sont pas limitées à des remaniements administratifs. Elles ont également ouvert des enquêtes et engagé des poursuites judiciaires à l’encontre de personnes soupçonnées d’avoir facilité le passage de marchandises, de sacs d’argent liquide et de bijoux pour le compte du Hezbollah au cours des derniers mois, dans le cadre d’une politique plus large visant à démanteler les réseaux d’influence du groupe au sein des institutions publiques.


Iran: les Gardiens de la Révolution stoppent six navires dans le détroit d'Ormuz

La marine des Gardiens de la Révolution iraniens a empêché lundi six navires d'emprunter le détroit d'Ormuz après qu'ils ont tenté d'y transiter par des routes non autorisées par les autorités iraniennes, a rapporté la télévision d'Etat. (AFP)
La marine des Gardiens de la Révolution iraniens a empêché lundi six navires d'emprunter le détroit d'Ormuz après qu'ils ont tenté d'y transiter par des routes non autorisées par les autorités iraniennes, a rapporté la télévision d'Etat. (AFP)
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  • "La nuit dernière, six navires qui tentaient de passer par une route autre que celle désignée ont été stoppés par la marine des Gardiens de la Révolution à l'aide de tirs de semonce et contraints de faire demi-tour"
  • Plus tôt, la télévision d'Etat avait fait état d'un "incident" impliquant un navire, sans fournir davantage de précisions

TEHERAN: La marine des Gardiens de la Révolution iraniens a empêché lundi six navires d'emprunter le détroit d'Ormuz après qu'ils ont tenté d'y transiter par des routes non autorisées par les autorités iraniennes, a rapporté la télévision d'Etat.

"La nuit dernière, six navires qui tentaient de passer par une route autre que celle désignée ont été stoppés par la marine des Gardiens de la Révolution à l'aide de tirs de semonce et contraints de faire demi-tour", a indiqué un correspondant de la télévision d'Etat depuis le Golfe.

Plus tôt, la télévision d'Etat avait fait état d'un "incident" impliquant un navire, sans fournir davantage de précisions.

Samedi, les Gardiens, armée idéologique iranienne, avaient annoncé avoir stoppé quatre navires qui tentaient de traverser la partie sud du détroit après avoir tiré des coups de semonce.

Les forces armées iraniennes ont à plusieurs reprises empêché des navires de franchir ce passage maritime stratégique en effectuant ces tirs.

Après la reprise des hostilités avec Washington le 7 juillet, l'Iran a de nouveau verrouillé le détroit d'Ormuz, une voie maritime cruciale pour le commerce mondial des hydrocarbures, revendiquant d'imposer des droits de passage sur les bateaux et autorisant uniquement la route longeant ses côtes.