Un rapport de l'ONU dénonce les horreurs de la vie quotidienne en Iran

Des piétons traversent une rue de Téhéran, en Iran. (Photo AP/Archive)
Des piétons traversent une rue de Téhéran, en Iran. (Photo AP/Archive)
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Publié le Mardi 09 mars 2021

Un rapport de l'ONU dénonce les horreurs de la vie quotidienne en Iran

  • Les femmes et les filles en Iran continuent d'être traitées « en citoyennes de deuxième classe », selon un nouveau rapport de l'ONU
  • Le document révèle que plus de 16 000 filles âgées de 10 à 14 ans se sont mariées en Iran sur une période de six mois l'année dernière

NEW YORK : Les femmes et les filles en Iran continuent d'être considérées comme des «citoyennes de seconde classe», selon un nouveau rapport de l'ONU. Publié le 8 mars, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, il raconte en détail l’ampleur des violations des droits de l’homme perpétrées par le régime de Téhéran à l’encontre des membres de nombreux groupes dans le pays.

L’étude, réalisée par l'expert indépendant Javaid Rehman, le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l'homme en République islamique d’Iran, révèle que les femmes, les filles, les défenseurs des droits de l’homme, les minorités ethniques, les écrivains, les journalistes et les personnes qui détiennent une double nationalité font partie des individus visés par le régime. Mauvais traitements, tortures, détentions arbitraires, harcèlement, aveux forcés et même peine de mort: voilà le sort qui leur est réservé.

Rehman, qui doit présenter son rapport le 9 mars devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, déclare que les femmes subissent une discrimination profondément enracinée dans les lois et dans le quotidien. L’expert soulève de graves préoccupations au sujet de la violence domestique et, malgré l'introduction d'une nouvelle loi contre les attaques à l'acide qui ciblent les femmes, il somme le gouvernement iranien de faire plus pour les protéger.

«La violence contre les femmes, les valeurs patriarcales et les comportements misogynes déteignent sur de nombreuses facettes de la vie iranienne, avec des dispositions juridiques discriminatoires qui exacerbent la vulnérabilité des femmes dans les contextes de violence domestique», affirme Rehman.

Mariage des enfants

Son rapport met également l’accent sur la question du mariage des enfants. Le document révèle que plus de 16 000 filles âgées de 10 à 14 ans se sont mariées en Iran sur une période de six mois l'année dernière.

«L'un des problèmes les plus préoccupants en Iran aujourd'hui, en ce qui concerne les droits des femmes et des filles, est la question du mariage des enfants. L'âge légal actuel du mariage est tout simplement inacceptable», explique Rehman.

Selon Human Rights Watch, en Iran, des filles qui ont à peine 13 ans peuvent se marier, avec l’autorisation de leur père. Elles peuvent être encore plus jeunes si elles reçoivent l’autorisation d’un juge.

«Il est clair que le mariage des enfants nuit au développement et au bien-être des filles, particulièrement en termes d'éducation, d'emploi et de vie sans violence», ajoute Rehman.

Les demandes de séjour en Iran du rapporteur ont été refusées. Ce dernier a donc établi son rapport à l’aide de données qu’il a recueillies auprès de sources gouvernementales et non gouvernementales ainsi que dans la presse. Il a également interrogé des personnes victimes de mauvais traitements, leurs familles et leurs avocats.

Attaques contre les femmes

Le document sonne l’alerte au sujet du harcèlement, de l’arrestation et de l’emprisonnement continus des défenseurs des droits des femmes, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, notamment ceux  d’entre eux qui militent contre les lois sur le port obligatoire du voile.

Certains responsables ont encouragé les attaques contre les femmes qui ne respectent pas ces lois et ont menacé leur sécurité, indique le rapport. L'application des lois sur le voile par la police, la milice Basij et l’intraitable «police des mœurs» entraîne souvent des violences contre les femmes comme des attaques à l'acide et des meurtres.

Le rapport de Rehman précise aussi à quel point la discrimination sexuelle flagrante entache tous les aspects de la loi et de la vie quotidienne en Iran: le mariage, le divorce, l’emploi et la culture. En conséquence, les femmes sont traitées comme des citoyennes de deuxième classe.

Le document somme le gouvernement iranien d’abroger les lois discriminatoires et de ratifier la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. L'Iran est l'un des rares États à ne pas l'avoir signé.

Plus de 7 000 prisonniers détenus dans des infrastructures secrètes

En ce qui concerne le refus du régime iranien d’enquêter sur la répression brutale des forces de l’ordre contre les manifestants lors des manifestations du 19 novembre ou de tenir ses auteurs pour responsables, Rehman présente des preuves qui montrent que des armes à feu ont été utilisées «d'une manière qui constitue une grave violation des droits de l'homme», entraînant la mort de plus de trois cents personnes, dont des femmes et des enfants.

Le rapport indique que, dans les jours qui ont suivi les manifestations, le Corps des gardiens de la révolution islamique a effectué des raids dans des maisons, des hôpitaux, des écoles et des lieux de travail pour arrêter des manifestants, parmi lesquels des enfants, afin d’écraser ce que les responsables iraniens ont qualifié de «complot très dangereux».

Plus de 7 000 prisonniers ont été détenus dans des infrastructures secrètes sans pouvoir recourir à un avocat; nombre d'entre eux ont été placés en isolement, où ils ont été torturés, affamés et contraints de faire de faux aveux.

Des gens qui recherchaient des informations sur le sort de leurs proches ont également été harcelés et emprisonnés. Cibler des proches dans le but de forcer les militants des droits humains à arrêter leur campagne est une pratique souvent observée.

Exécutions secrètes

Au mois de juillet 2020, par exemple, Alireza Alinejad, le frère du militant des droits de l'homme Masih Alinejad, est reconnu coupable de «complot contre la sécurité nationale, en guise de vengeance contre la peine de sa sœur», souligne le rapport. Il est condamné à huit ans de prison.

Rehman appelle à la fin de la culture de l'impunité en Iran. Une culture renforcée par les représailles du gouvernement contre ceux qui soulèvent des allégations de violations des droits de l'homme durant les manifestations.

Le rapporteur spécial se déclare par ailleurs préoccupé par le taux élevé de condamnations à mort en Iran. Il s’inquiète particulièrement de l'exécution de délinquants mineurs, et de cas récents de manifestants condamnés à mort.

Des rapports font état d'exécutions secrètes liées aux manifestations, «après des procès inéquitables et le recours systématique à la torture en vue d’obtenir des aveux forcés». Le 12 septembre de l'année dernière, par exemple, le lutteur Navid Afkari, qui avait participé aux manifestations du mois d’août 2018 à Chiraz, a été exécuté «sans préavis, en violation de la loi iranienne».

Interruptions répétées des télécommunications par les autorités

Le rapport soulève aussi des inquiétudes quant au sort des militants des droits humains détenus, des journalistes, des militants des droits du travail, des détenteurs de deux nationalités, des étrangers, ainsi que des avocats. Il souligne que le régime iranien continue de cibler les personnes qui défendent les libertés de base, notamment Yasaman Aryani, Monireh Arabshahi et Mojgan Keshavarz, emprisonnées pour avoir participé à des manifestations contre le voile obligatoire en 2019, à l'occasion de la Journée internationale de la femme.

Payam Derafshan, qui s'est opposé à un interdit gouvernemental sur l'application de messagerie Telegram, reste derrière les barreaux en attendant que la Cour suprême révise la peine de deux ans et demi de prison qu’il s’est vu infliger.

Par ailleurs, Rehman constate avec inquiétude «les interruptions répétées des télécommunications par les autorités». Telegram, Twitter, Facebook et YouTube sont «définitivement bloqués et inaccessibles, sans possibilité de recourir à des moyens de contournement». Cette action vise à empêcher les manifestants de faire connaître au monde entier les abus du régime iranien.

«Les coupures d'Internet et le blocage des sites Web et des applications constituent une violation du droit à la liberté d'expression», affirme Rehman.

Discrimination à l'encontre des minorités ethniques et religieuses

Selon lui, la discrimination continue à l'encontre des minorités ethniques et religieuses ainsi que la discrimination à caractère sexuel continuent de susciter l'inquiétude. Le rapport contient des détails sur les prisonniers politiques issus de minorités ethniques qui ont été exécutés ou qui ont disparu.

Ainsi, le Kurde Hedayat Abdollahpour a été exécuté pour avoir prétendument pris les armes contre l'État, bien que les preuves de sa condamnation et les aveux obtenus sous la torture fassent défaut.

De plus, l'Iran prend pour cibles les minorités ethniques et religieuses au seul prétexte qu’elles «pratiquent leur culture, leur langue ou leur foi».

Le 15 août dernier, Liza Tebyanian a été arrêtée et incarcérée pour avoir «enseigné le bahaïsme». Bon nombre de derviches de Gonabad sont eux aussi en prison.

Le rapport de Javaid Rehman signale également des cas d'expulsions forcées dans des régions qui abritent des minorités ethniques. Parmi ces exemples, on peut citer le raid lancé sur un village d'Ahwaz, dans la province du Khouzistan: trois cents maisons ont alors été démolies et les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes sur les habitants qui refusaient la confiscation de leurs terres et la démolition de leurs maisons. Cent trente personnes ont été arrêtées alors qu'elles détenaient les preuves de propriété de ces terres.

Ciblage continu des journalistes

Depuis que Rehman a terminé son rapport, d'autres «incidents inquiétants» visant des minorités ont fait surface. Parmi ces derniers, on peut notamment citer l'exécution de plus de vingt prisonniers baloutches, la mort «suspecte» d'un derviche, l'usage excessif de la force contre des manifestants au Sistan et dans la province de Baloutchistan, la détention de cent militants kurdes, ainsi que des raids sur des maisons et des confiscations de terres appartenant à des bahaïs.

Les personnes soupçonnées d’être lesbiennes, homosexuelles, bisexuelles ou transsexuelles sont également victimes de violations des droits de l'homme et de discriminations massives. Les relations sexuelles consensuelles entre des personnes de même sexe peuvent être punies de mort, tandis que des personnes reconnues coupables d’«attouchements» et de «baisers» courent le risque de se faire fouetter. Le rapport indique que «les hauts fonctionnaires emploient des qualificatifs haineux pour désigner les membres de la communauté LGBT, notamment les termes «inférieurs aux humains» et «malades».

M. Rehman s'est dit préoccupé par le ciblage continu des journalistes et des écrivains qui couvrent des sujets tels que la corruption et la pandémie de la Covid-19. Les experts de la santé, qui remettent en question la façon dont le régime gère la crise sanitaire, risquent eux aussi d'être poursuivis ou de se retrouver sans emploi.

Si le rapport soutient que les sanctions internationales ont probablement empêché le gouvernement iranien de faire face à la pandémie, il critique néanmoins la «réponse incertaine et inadéquate du gouvernement au coronavirus, [qui a] entraîné la mort d'un grand nombre de personnes, y compris des membres du personnel médical qui ont été livrés à eux-mêmes sans bénéficier d’équipements de protection appropriés».

Rahman souligne que les détenus ont été abandonnés dans des prisons «surpeuplées et peu hygiéniques». Selon l'Organisation mondiale de la santé, au mois de juin 2020, les prisons publiques en Iran comptaient 211 000 détenus, soit 2,5 fois leur capacité officielle.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Des milliers de personnes manifestent en faveur de Gaza à Istanbul

Des dizaines de milliers de personnes ont participé jeudi à un rassemblement en soutien à Gaza à Istanbul, brandissant des drapeaux palestiniens et turcs et appelant à la fin des violences dans ce territoire ravagé par la guerre. (AFP)
Des dizaines de milliers de personnes ont participé jeudi à un rassemblement en soutien à Gaza à Istanbul, brandissant des drapeaux palestiniens et turcs et appelant à la fin des violences dans ce territoire ravagé par la guerre. (AFP)
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  • Plus de 400 organisations de la société civile étaient présentes lors de cette mobilisation, dont l'un des organisateurs était Bilal Erdogan, le plus jeune fils du président turc Recep Tayyip Erdogan
  • Selon des sources policières et l'agence de presse officielle Anadolou, quelque 500.000 personnes ont pris part à la manifestation, au cours de laquelle plusieurs discours ont été prononcés

ISTANBUL: Des dizaines de milliers de personnes ont participé jeudi à un rassemblement en soutien à Gaza à Istanbul, brandissant des drapeaux palestiniens et turcs et appelant à la fin des violences dans ce territoire ravagé par la guerre.

Les manifestants se sont rassemblés sous un ciel bleu et par des températures glaciales pour marcher jusqu'au pont de Galata, où ils ont organisé un rassemblement sous le slogan "Nous ne resterons pas silencieux, nous n'oublierons pas la Palestine", a constaté un journaliste de l'AFP.

Plus de 400 organisations de la société civile étaient présentes lors de cette mobilisation, dont l'un des organisateurs était Bilal Erdogan, le plus jeune fils du président turc Recep Tayyip Erdogan.

Selon des sources policières et l'agence de presse officielle Anadolou, quelque 500.000 personnes ont pris part à la manifestation, au cours de laquelle plusieurs discours ont été prononcés et le chanteur d'origine libanaise Maher Zain a interprété sa chanson "Free Palestine".

"Nous prions pour que 2026 apporte le bonheur à toute notre Nation et aux Palestiniens opprimés", a déclaré Bilal Erdogan.

La Turquie, l'un des pays les plus critiques de la guerre lancée à Gaza, a joué un rôle actif dans les négociations pour un cessez-le-feu dans l'enclave palestinienne, qui a mis fin à la guerre meurtrière menée par Israël en réponse à l'attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023.

Mais la trêve, entrée en vigueur le 10 octobre, demeure précaire, les deux camps s'accusant mutuellement d'en violer les termes, tandis que la situation humanitaire dans le territoire reste critique.


Londres analysera la boîte noire après le crash d'un avion libyen, selon Tripoli

Les autorités turques ont indiqué qu'une panne électrique était à l'origine du crash intervenu peu après le décollage. (AFP)
Les autorités turques ont indiqué qu'une panne électrique était à l'origine du crash intervenu peu après le décollage. (AFP)
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  • "Nous avons coordonné directement avec la Grande-Bretagne pour l'analyse" de la boîte noire de l'appareil qui transportait le général Mohamed al-Haddad, a indiqué Mohamed al-Chahoubi, ministre des Transports du gouvernement d'unité nationale
  • Le général al-Haddad, très populaire dans son pays où il faisait l'unanimité en dépit de profondes divisions entre l'ouest et l'est, et quatre de ses assistants ainsi que trois membres d'équipage ont perdu la vie dans ce vol après une visite à Ankara

TRIPOLI: Le Royaume-Uni a accepté d'analyser la boîte noire de l'avion qui s'est écrasé en Turquie le 23 décembre avec à son bord une délégation militaire libyenne, faisant huit morts dont le chef d'état-major libyen, a annoncé jeudi le gouvernement de Tripoli.

"Nous avons coordonné directement avec la Grande-Bretagne pour l'analyse" de la boîte noire de l'appareil qui transportait le général Mohamed al-Haddad, a indiqué Mohamed al-Chahoubi, ministre des Transports du gouvernement d'unité nationale, lors d'une conférence de presse à Tripoli.

Le général al-Haddad, très populaire dans son pays où il faisait l'unanimité en dépit de profondes divisions entre l'ouest et l'est, et quatre de ses assistants ainsi que trois membres d'équipage ont perdu la vie dans ce vol après une visite à Ankara.

Les autorités turques ont indiqué qu'une panne électrique était à l'origine du crash intervenu peu après le décollage.

Une demande d'analyse a été "faite à l'Allemagne qui a exigé l'assistance de la France" pour examiner les enregistreurs de l'avion, a précisé M. al-Chahoubi à l'AFP.

"Cependant, la Convention de Chicago stipule que le pays analysant la boîte noire doit être neutre. La France étant un pays constructeur de l'appareil dont l'équipage était français, elle n'est pas habilitée à participer. En revanche, le Royaume-Uni a été accepté par la Libye et la Turquie", a-t-il précisé à l'AFP.

Deux Français faisaient partie des membres d'équipage de l'avion, un Falcon 50.

Après un entretien mardi avec l'ambassadeur britannique à Tripoli, le ministre libyen des Affaires étrangères, Taher al-Baour, avait évoqué une "demande conjointe, soumise par l'Etat libyen et la République de Turquie au Royaume-Uni, pour obtenir un soutien technique et juridique en vue de l'analyse de la boîte noire".

"Le Royaume-Uni a annoncé son accord, en coordination entre le ministère libyen des Transports et les autorités turques", a ajouté le ministre lors du point presse.

"Il n'est pas possible à ce stade de prévoir le temps nécessaire à la lecture des données de la boîte noire" car cela dépendra de son état, a-t-il souligné.

L'enquête "se poursuit dans le cadre d'une coopération libyo-turque et avec une participation technique internationale", a précisé le ministre, en ajoutant que les conclusions seraient publiées "dès qu'elles seront connues".

 


Israël confirme interdire d'accès à Gaza 37 ONG étrangères dont MSF et Oxfam

Israël a confirmé jeudi interdire d'accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales majeures, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de "sécurité". (AFP)
Israël a confirmé jeudi interdire d'accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales majeures, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de "sécurité". (AFP)
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  • Cette mesure fait craindre de nouveaux ralentissements dans la fourniture d'aide à Gaza, dévastée par deux ans de guerre et dont une majorité des habitants a urgemment besoin de logements, soins et nourriture
  • Elle suggère aussi une volonté de surveillance des employés palestiniens par Israël, jugée illégale par certaines ONG

JERUSALEM: Israël a confirmé jeudi interdire d'accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales majeures, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de "sécurité".

Cette mesure fait craindre de nouveaux ralentissements dans la fourniture d'aide à Gaza, dévastée par deux ans de guerre et dont une majorité des habitants a urgemment besoin de logements, soins et nourriture. Elle suggère aussi une volonté de surveillance des employés palestiniens par Israël, jugée illégale par certaines ONG.

"Les licences des organisations ont expiré et il leur est interdit d'acheminer de l'aide. Elles ont deux mois pour retirer leurs équipes", a expliqué à l'AFP le porte-parole du ministère de la Diaspora et de la lutte contre l'antisémitisme.

D'ici le 1er mars, "si elles daignent nous soumettre les documents qu'elles ont refusé de nous fournir au cours des dix derniers mois, nous examinerons leur demande", a ajouté Gilad Zwick.

Dans un communiqué, le ministère a affirmé que cette "exigence" visait à "empêcher l'infiltration d'opérateurs terroristes au sein des structures humanitaires" étrangères.

"L'assistance humanitaire est la bienvenue — l'exploitation des cadres humanitaires à des fins de terrorisme ne l'est pas", a martelé le ministre, Amichai Chikli, cité dans le texte.

Israël a été vivement critiqué par la communauté internationale à l'approche de l'échéance - mercredi minuit heure locale - imposée aux ONG pour se soumettre à leurs nouvelles obligations.

Parmi ces organisations figurent de grands acteurs du secteur, dont Médecins sans frontières (MSF), le Norwegian Refugee Council (NRC), Care, World Vision ou Oxfam.

"Marginaliser les acteurs humanitaires" 

Mercredi, MSF a expliqué ne pas avoir obtenu d'Israël "des garanties et des clarifications" concernant cette demande "préoccupante". Shaina Low, porte-parole du NRC, a de son côté dénoncé auprès de l'AFP les "actions prises depuis deux ans pour entraver et marginaliser les acteurs humanitaires".

A Gaza, les employés locaux sont "épuisés" et leurs collègues étrangers "leur apportent un degré additionnel d'aide et de sécurité. Leur présence est une protection", a-t-elle fait valoir, confirmant le refus de l'ONG norvégienne de fournir les identités aux autorités. "On a proposé des alternatives, elles ont refusé".

Mercredi, l'Union européenne a exigé la levée des "obstacles" à l'aide humanitaire.

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Turk, a lui estimé que "de telles suspensions arbitraires (aggravaient) encore une situation déjà intolérable pour la population de Gaza", où un fragile cessez-le-feu est en vigueur depuis le 10 octobre entre Israël et le Hamas.

La question de l'aide et de son utilisation est extrêmement sensible depuis le début de la guerre, déclenchée par l'attaque du Hamas en Israël du 7 octobre 2023.

En 2024, Israël avait déjà interdit à l'agence de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa) d'opérer sur son sol, accusant certains de ses employés d'avoir participé à l'attaque du 7-Octobre.

"Alignement politique" de l'aide 

Le patron de l'Unrwa, Philippe Lazzarini, a qualifié la réglementation israélienne de "dangereux précédent", dénonçant un "mépris du droit international humanitaire" et une "multiplication des obstacles" à l'aide.

Jeudi, un groupement de 17 organisations israéliennes marquées à gauche a lui jugé que la radiation des ONG "sape l'action humanitaire (...), met en danger le personnel et les communautés et compromet l'efficacité de la distribution de l'aide".

"Subordonner l'aide à un alignement politique (...) exiger la divulgation de données personnelles sensibles (...) constituent une violation du devoir de protection et exposent les travailleurs à la surveillance et aux atteintes" à leurs droits, ajoutent ces signataires d'un communiqué commun.

Selon le Cogat, l'organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles palestiniennes, 4.200 camions d'aide entrent en moyenne à Gaza chaque semaine, soit environ 600 par jour, conformément à l'accord de cessez-le-feu.

Mais seuls 100 à 300 transportent de l'aide humanitaire, selon des ONG et les Nations unies.