Tunisie: Abir Moussi, un nouveau Ben Ali?

Abir Moussi, leader tunisienne du Parti destourien libre (PDL), prononce un discours lors d'un rassemblement dans la ville côtière de Sfax, le 20 mars 2021. (ANIS MILI / AFP)
Abir Moussi, leader tunisienne du Parti destourien libre (PDL), prononce un discours lors d'un rassemblement dans la ville côtière de Sfax, le 20 mars 2021. (ANIS MILI / AFP)
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Publié le Jeudi 29 avril 2021

Tunisie: Abir Moussi, un nouveau Ben Ali?

  • Abir Moussi et son PDL, force politique en pleine ascension, subjuguent et font peur à la fois
  • Arrivé troisième aux élections législatives du mois d’octobre 2019 avec 6,63% des voix et 17 sièges, le PDL est donné, un an et demi plus tard, vainqueur du prochain scrutin

TUNIS: La présidente du Parti destourien libre (PDL) attire une partie des Tunisiens en raison de son opposition farouche au mouvement islamiste Ennahdha, mais elle en inquiète également d’autres avec ses manières de dictatrice en herbe.

En effet, Abir Moussi et son PDL, force politique en pleine ascension, subjuguent et font peur à la fois. Car cette formation et sa présidente, ancienne cadre du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) – le parti de l’ancien président Zine al-Abidine ben Ali, dissous après la chute de ce dernier le 14 janvier 2011 – fascinent une partie de plus en plus importante de l’électorat. 

Arrivé troisième aux élections législatives du mois d’octobre 2019 avec 6,63% des voix et 17 sièges, le PDL est donné, un an et demi plus tard, vainqueur du prochain scrutin. 

D’après le baromètre politique de Sigma Conseil de février 2021, le PDL est crédité de 36,1% des voix, soit plus du double par rapport au mouvement Ennahdha (16,8%). Même s’il estime l’écart moins grand entre les deux formations – 17 points au lieu de 20 –, Emrhod Consulting confirme cette tendance et place le parti d’Abir Moussi loin devant (39%) celui du président de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), Rached Ghannouchi (22%).

Mais, contre toute attente, M. Moussi ne fait pas aussi bien que son parti dans ce domaine. D’après le «baromètre du climat général» pour la période mars-avril 2021 réalisé pour le compte du quotidien de langue arabe Achourouk par le Social Science Forum (Forum des sciences sociales) et l’International Institute for Public Opinion Studies (Institut international pour les études d’opinion), la présidente du PDL passerait de la deuxième à la troisième place dans l’hypothèse d’une élection présidentielle qui se tiendrait aujourd’hui, avec seulement 12,2% des voix. Certes, elle ferait mieux qu’en 2019 (4%), mais arriverait loin derrière l’actuel président, Kaïs Saïed, qui, malgré un net recul (il fut élu avec 72,71% des voix), resterait en pole position (41,2%).

En Tunisie, le camp moderniste compte 1,8 million d’électeurs, estime Hassen Zargouni, directeur général de Sigma Conseil, dont les deux tiers constituent le réservoir électoral potentiel du PDL et de sa présidente. Mais, dans les faits, le parti et son leader n’ont pas tout à fait le même électorat.

Selon M. Zargouni, Mme Moussi ne capte personnellement que près de la moitié de l’électorat de son parti. On estime qu’1,2 million de Tunisiens sont attirés par le PDL. Parmi eux, seule la moitié voterait pour la présidente de ce parti. Les électeurs de la présidente du PDL sont pour l’essentiel des nostalgiques de l’ancien régime, souligne le patron de Sigma Conseil. Son parti ratisse beaucoup plus large. «Il est différent et plus grand qu’Abir Moussi», décrypte Hassen Zargouni. 

À l’instar de Nidaa Tounes, la formation créée par le défunt président Béji Caïd Essebsi, qui avait remporté les législatives et la présidentielle de 2014, le PDL attire des gens qui «sont pour la plupart apolitiques mais anti-Ennahdha. Ils ont le désir d’un parti fort en face du parti islamiste. Ils se recrutent principalement au Sahel [Centre], au Cap Bon [Nord-Est] et dans le Grand Tunis. Ce sont en majorité des hommes, au niveau d’instruction supérieur à la moyenne»

Trois autres facteurs au moins contribuent à restreindre l’électorat potentiel de Mme Moussi. D’abord, en dépit de son hostilité à Ennahdha, elle en partage le conservatisme, notamment en matière d’égalité successorale entre hommes et femmes, idée à laquelle elle n’est pas favorable. Ensuite, et c’est probablement ce qui inquiète le plus un très grand nombre de Tunisiens, la présidente est une adepte du pouvoir personnel, mode de gouvernance de son parti, proprement dictatorial.

En effet, d’après Taoufik el-Maroudi, un commissaire de police à la retraite qui a démissionné du parti avec d’autres cadres au mois d’août 2019, «Abir Moussi est à la fois la présidente du PDL, sa secrétaire générale et sa porte-parole». En réalité, Mme Moussi a fait sienne la célèbre phrase «Le parti, c’est moi».

D’ailleurs, la manière dont le PDL se présente confirme cette dérive. Alors que, généralement, les partis dévoilent sur leurs sites Internet la composition de leurs différentes structures, le PDL la cache. La même remarque s’impose à propos de la page Facebook du parti, qui est une copie conforme de la page personnelle de la présidente: il n’y en a que pour elle. Durant tout le mois d’avril, à l’exception d’une unique intervention d’un député à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP), on ne trouve sur cette page que des annonces et des comptes rendus des activités de Mme Moussi.

Enfin, dernier motif de la méfiance qu’elle inspire à bon nombre de Tunisiens: la présidente du PDL n’est pas seulement en guerre contre le mouvement Ennahdha, elle est en désaccord avec pratiquement tout le monde.


L'accord sur le Liban est un "premier pas" vers la restauration de sa souveraineté, dit le président Aoun

Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
Le président libanais Joseph Aoun a salué un nouvel accord-cadre avec Israël. (Archive/AFP)
  • Le président libanais Joseph Aoun a qualifié l'accord-cadre signé avec Israël de « première étape » vers le rétablissement de la pleine souveraineté du Liban
  • Il a affirmé son engagement à mettre fin à toute occupation, à obtenir la libération des prisonniers et à garantir un Liban sans subordination ni tutelle

BEYROUTH: Le président libanais Joseph Aoun a déclaré vendredi que l'accord cadre signé avec Israël était "un premier pas" vers la restauration de la souveraineté de son pays sans "occupation", "subordination" ni "tutelle".

"L'accord-cadre signé aujourd'hui est une première étape" qui doit permettre aux Libanais "de revenir sur leurs terres entièrement libérées et dans leurs maisons qui seront assurément reconstruites (...) sous la souveraineté de l'Etat libanais, qui n'a aucun partenaire dans l'exercice de sa souveraineté sur sa terre et son peuple", a déclaré Joseph Aoun dans un communiqué de la présidence.

"Nous jurons de continuer à oeuvrer jusqu'à ce que cela soit accompli. Il n'y aura plus d'occupation, de prisonniers, de subordination ni de tutelle", a-t-il promis.


Accord-cadre entre Liban et Israël, qui laisse deux "zones pilotes" à l'armée libanaise

Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
Le secrétaire d'État américain Marco Rubio assiste à la signature d'un accord-cadre entre Israël et le Liban par le conseiller du département d'État Daniel Holler, l'ambassadeur d'Israël aux États-Unis Yechiel Leiter et l'ambassadrice du Liban aux États-Unis Nada Hamadeh, au département d'État à Washington. (Reuters)
  • Israël, le Liban et les États-Unis ont signé un accord-cadre pour avancer vers une paix durable, incluant le désarmement progressif du Hezbollah
  • Israël maintiendra ses troupes dans le sud du Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah, tandis que Washington promet un soutien humanitaire et sécuritaire

WASHINGTON: Israël, le Liban et les Etats-Unis ont signé vendredi à Washington un accord-cadre visant à trouver "une paix durable" entre les deux pays du Proche-Orient, Israël assurant que son armée resterait au Liban jusqu'au désarmement du Hezbollah pro-iranien.

"Nous sommes heureux d'annoncer un accord-cadre entre le gouvernement souverain du Liban et le gouvernement d'Israël, avec la médiation et le soutien des Etats-Unis", a déclaré le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio avant la signature.

Ce texte pose la première pierre d'"un cadre pour une paix et une sécurité durables", a-t-il estimé.

Il s'agit d'un "premier pas" vers la restauration de la souveraineté du Liban, sans "occupation", "subordination", ni "tutelle", a déclaré de son côté le président libanais Joseph Aoun.

Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah a lui estimé que le texte faisait courir un risque de "guerre civile" en cas d'application par les autorités libanaises.

L'un des points clés est le "désarmement vérifié des groupes armés non étatiques et du démantèlement des infrastructures qui leur sont associées", dont le Hezbollah pro-Téhéran qui s'est toujours opposé aux négociations.

Après l'annonce de l'accord, des partisans du mouvement ont manifesté dans les rues de Beyrouth, notamment dans les quartiers proches du Parlement et le long d'une route menant à l'aéroport, et ont bloqué au moins une route avec des pneus enflammés, selon l'ANI, une agence officielle.

Un correspondant de l'AFP a également vu des postes de contrôle temporaires de l'armée libanaise être mis en place dans plusieurs rues.

- "Zones pilotes" -

Le Liban et Israël avaient entamé mi-avril des discussions directes à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays techniquement toujours en état de guerre. Cette session de pourparlers était la cinquième.

L'accord-cadre prévoit notamment de confier progressivement à l'armée libanaise le contrôle de deux "zones pilotes", qui ont vocation à se multiplier jusqu'à ce que les forces étatiques aient la main sur tous les secteurs concernés, devant y permettre à terme le retour des civils.

L'une des deux premières zones est située au sud et l'autre au nord du fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Le retrait israélien devrait être limité puisque Benjamin Netanyahu a répété que son armée resterait dans le sud du Liban jusqu'à ce que le Hezbollah "soit désarmé".

La disparition de cette menace" éliminera toute nécessité future d'une intervention militaire ou d'une présence des Forces de défense d'Israël au Liban", et "le gouvernement israélien déclare n'avoir aucune ambition territoriale au Liban", dispose ainsi l'accord.

- "Début du début" -

A Washington, Marco Rubio a décrit le texte comme "le début du début". Il a annoncé dans un communiqué une "aide humanitaire immédiate de 100 millions de dollars, en coordination avec les Nations unies", ainsi qu'un versement de "plus de 30 millions de dollars" aux Forces armées libanaises "en faveur d'une paix durable au Liban".

Le chef de l'aide humanitaire à l'ONU, Tom Fletcher, a ainsi plaidé pour un accès "sûr, continu et libre" des organisations aux personnes dans le besoin, un déminage et la réparation prioritaire des infrastructures essentielles.

Selon l'accord-cadre, les Etats-Unis soutiendront plus généralement le gouvernement libanais pour la reconstruction du pays, la relance économique et les "perspectives de prospérité". De son côté, Beyrouth s'engage à s'assurer que les fonds n'atterrissent pas entre les mains de groupes armés et d'entités liées.

Les hostilités sur le front libanais ont repris début mars après des tirs du Hezbollah pro-iranien vers Israël, déclenchés en soutien à Téhéran visé par une offensive militaire israélo-américaine.

L'armée israélienne a mené de vastes frappes aériennes au Liban et déployé des troupes dans le sud du pays, faisant plus de 4.200 morts selon les autorités libanaises. Elle occupe une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur à partir de sa frontière, censée protéger les habitants du nord d'Israël.

Une trêve annoncée le 17 avril n'a jamais été respectée mais les affrontements entre Israël et le Hezbollah ont largement diminué depuis la signature mi-juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran ayant exigé qu'une cessation des combats au Liban en fasse partie.


Le président libanais salue les efforts de Paris et Rome pour former une coalition succédant à la Finul

Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
Photo prise près de la frontière israélo-libanaise montrant un véhicule blindé de la Finul circulant devant des bâtiments détruits dans le sud du Liban, le 22 juin 2026. (AFP)
  • Le Liban soutient le projet franco-italien de coalition multinationale pour remplacer la Finul après 2026 et renforcer sa souveraineté
  • Les tensions persistent dans le sud malgré une accalmie, tandis que l'ONU défend le maintien d'une présence internationale

BEYROUTH: Le président libanais, Joseph Aoun, a salué vendredi les efforts de la France et de l'Italie pour former une coalition multinationale appelée à succéder à la force de maintien de la paix de l'ONU dans son pays, dont le mandat expire fin 2026.

Sous pression américaine, le Conseil de sécurité de l'ONU avait décidé en août dernier de fixer à décembre la fin du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Rome et Paris, importants contributeurs à cette mission, veulent préparer un relais.

Dans un communiqué, M. Aoun a qualifié cette initiative d'"expression sincère de l'engagement international en faveur du soutien à la souveraineté et à la stabilité du Liban, et une reconnaissance réelle du rôle joué par l'(armée libanaise) dans le maintien de la sécurité et l'extension de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble de son territoire", en particulier dans le sud du pays, actuellement occupé en partie par l'armée israélienne.

Le Liban, a-t-il ajouté, est disposé à adopter "toute formule internationale qui renforce les capacités de ses forces armées et préserve son intégrité territoriale".

Le président français Emmanuel Macron et la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni, ont annoncé jeudi vouloir mettre en place une "coalition" multinationale sous leur direction, pour renforcer la "souveraineté au Liban" et empêcher que le pays ne devienne "une base pour une escalade régionale".

La Finul compte actuellement 7.500 Casques bleus, provenant d'une cinquantaine de pays.

Ils sont déployés dans le sud du Liban, le long de la Ligne bleue qui s'étend sur 120 kilomètres, traçant une frontière de facto entre le Liban et Israël.

Depuis le 2 mars, le conflit entre Israël et le mouvement islamiste pro-iranien Hezbollah, fortement implanté dans cette région, a repris après l'offensive israélo-américaine contre l'Iran.

L'armée israélienne a entrepris son incursion militaire la plus profonde au Liban depuis l'an 2000.

Malgré une accalmie sur le terrain, les frappes israéliennes se sont poursuivies ces derniers jours, faisant au moins sept morts depuis mardi, selon les autorités libanaises.

Début juin, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait estimé "nécessaire" le maintien d'une présence militaire de l'ONU.

Il a proposé trois options allant de près de 2.000 à plus de 5.500 personnels en uniforme pour permettre notamment de surveiller le cessez-le-feu et soutenir les forces armées libanaises.