Le célèbre chef de la mafia turque dévoile ses liens étroits avec l'État

Le ministre turc de l'Intérieur, Suleyman Soylu, intentera une action en justice contre les allégations de Peker, et il a appelé le chef de la mafia à se rendre à la justice turque. (AFP)
Le ministre turc de l'Intérieur, Suleyman Soylu, intentera une action en justice contre les allégations de Peker, et il a appelé le chef de la mafia à se rendre à la justice turque. (AFP)
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Publié le Vendredi 14 mai 2021

Le célèbre chef de la mafia turque dévoile ses liens étroits avec l'État

  • Sedat Peker a publié une série de vidéos impliquant différentes personnalités du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir
  • Cemil Cicek, ancien ministre de la Justice du gouvernement au pouvoir, a exhorté l’institution judiciaire à enquêter sur les allégations de Peker

DJEDDAH: Les responsables du gouvernement turc sont entrés dans une guerre de communication avec le célèbre chef mafieux du pays, Sedat Peker, qui a publié une série de vidéos sur des projets au sein du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir impliquant certains de ses députés.

Une situation qui a incité les partis de l'opposition à réclamer la vérité qui se cache derrière ces allégations afin de lutter contre l’intrusion de la criminalité dans l’espace politique.

Ultranationaliste, condamné par la justice turque, Peker a allégué que l'ancien ministre de l'Intérieur, Mehmet Agar, et son fils, Tolga Agar, actuellement député de l'AKP, étaient impliqués dans la mort suspecte d'une journaliste kazakhe de 21 ans, Yeldana Kaharman, il y a deux ans, après avoir interviewé Tolga Agar la veille.

Kaharman se serait suicidée, mais on prétend que le rapport d'autopsie prouve le contraire. Or, l'affaire a été rapidement close par les procureurs locaux de l'époque. Peker a affirmé qu'Agar était «le chef de l'État profond» en Turquie.

Un désastre

Cemil Cicek, ancien ministre de la Justice du gouvernement au pouvoir et membre actuel du Conseil consultatif supérieur de la présidence, a exhorté le pouvoir judiciaire à enquêter sur les allégations de Peker concernant la famille Agar.

«Si même un millième de ces affirmations est vrai, c'est un désastre et c’est très problématique... La Turquie a eu suffisamment d'expériences dans le passé concernant des questions similaires», a déclaré Cicek le 12 mai.

«Nous devons en tirer les leçons nécessaires. Le procureur compétent doit prendre des mesures et faire ce qui s’impose», a déclaré Cicek.

Mehmet Agar affirme que la Justice peut l’interroger chaque fois qu’elle le jugera nécessaire. Ces affirmations ont convaincu les partis d'opposition d’essayer de mettre le gouvernement face à ses responsabilités quant à ses liens avec le chef de la mafia.

Loi d'amnistie

L'année dernière, le gouvernement turc a adopté une loi d'amnistie controversée qui a libéré jusqu'à 90 000 détenus des prisons turques pour des crimes non politiques, excluant les journalistes et politiciens dissidents.

La loi a entraîné la libération massive de chefs de gangs organisés, dont Alaattin Cakici, un pilier mafieux notoire étroitement lié au Parti du mouvement nationaliste (MHP). Pendant que Cakici était derrière les barreaux, son rival Peker a consolidé son emprise sur la pègre turque.

Le député du groupe du Parti républicain du peuple (CHP), principal parti d'opposition, Ozgur Ozel, a déclaré que le ministre turc de l'Intérieur, Süleyman Soylu, était le point de connexion entre l'AKP, son allié du MHP et la mafia.

Ozel a également affirmé que le ministre de l'Intérieur était étroitement lié au chef de la mafia, Peker, et que le gouvernement avait fermé les yeux sur les méfaits précédents de Peker dans la ville de Rize, dans le nord du pays, où il a menacé les universitaires dissidents du pays, en disant: «Je vais les doucher avec leur propre sang.»

Démission

Dans la dernière vidéo qu'il a publiée, Peker a avoué avoir joué un rôle dans le soutien manifesté au ministre de l'Intérieur Soylu lorsque celui-ci a voulu démissionner de son poste en avril 2020. Peker aurait organisé une campagne Twitter pour s'opposer à la démission de Soylu.

Depuis 2019, Peker vit dans les Balkans, où il rencontre régulièrement des dirigeants politiques bosniaques. Il a affirmé avoir dû quitter la Turquie en raison de rapports personnels hostiles avec le gendre du président turc et ancien ministre des Finances, Berat Albayrak.

Après avoir été arrêté cette année en Macédoine du Nord avec une fausse carte d'identité et un faux passeport, il a été expulsé vers le Kosovo où il avait un permis de séjour professionnel. On pense qu'il réside actuellement à Dubaï.

«l'État profond»

Peker, qui possède un solide réseau dans le monde souterrain d'Istanbul, a déjà été blâmé par certains politiciens, comme Baris Atay du Parti des travailleurs de Turquie, pour avoir utilisé des gangs afin d’attaquer des dissidents dans les rues. Atay a été gravement battu dans une rue animée d'Istanbul après avoir été pris pour cible verbalement par Soylu.

L'opposition exhorte maintenant le gouvernement à former une commission d'enquête parlementaire et à informer le public de cette affaire.

Ayhan Sefer Ustun, ancien chef de la Commission parlementaire des droits de l'homme et membre fondateur du Parti séparatiste du futur, dirigé par l'ancien Premier ministre du pays, Ahmet Davutoglu, a déclaré que ces allégations devraient déclencher une campagne sérieuse contre «l'État profond» en Turquie.

«La Turquie devrait lancer une campagne nationale contre l'État profond et une structure mafieuse qui s’étend jusqu’aux cercles internes de l'État», a-t-il déclaré à Arab News.

Mobilisation populaire

«Une commission parlementaire devrait être établie où chaque parti au Parlement sera représenté de manière égale pour enquêter sur les allégations de Peker», a-t-il proposé.

«Tout lien entre la politique et la sécurité publique doit être mis au grand jour», a ajouté Ustun, faisant référence au scandale Susurluk de 1996 en Turquie, où des liens étroits entre l'État et la mafia ont été révélés après une forte et opiniâtre mobilisation populaire.

Le ministre de l'Intérieur Soylu va intenter une action judiciaire concernant les allégations de Peker, et il a appelé le chef de la mafia à se rendre à la justice turque.

Peker a été jugé à plusieurs reprises par des tribunaux turcs pour son implication dans des bandes criminelles. Il a été condamné à quatorze ans de prison en 2007 pour avoir créé et dirigé une organisation criminelle et pour faux. Sa peine, cependant, a ensuite été réduite à dix ans et il a été libéré de prison en 2014. Le nombre de sorties vidéo polémiques de Peker devrait atteindre douze au total.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Le Qatar affirme que les pays du Golfe sont «unis» dans leur appel à la désescalade

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  • "Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari
  • Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février

DOHA: Les pays du Golfe sont "unis" dans leur appel à une désescalade dans la guerre au Moyen-Orient, a affirmé mardi le Qatar, alors que l'Iran poursuit ses attaques de représailles contre ses voisins de la région.

"Il nous semble qu'il y a une position très unanime dans le Golfe appelant à une désescalade et une fin de la guerre", a déclaré le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

Les riches états pétroliers de la région ont été visés par des centaines de missiles et de drones iraniens depuis le lancement de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février, tandis que leurs exportations d'hydrocarbures sont affectées par la fermeture de facto du détroit d'Ormuz.

Lundi, une commission parlementaire iranienne a approuvé un projet visant à imposer des droits de passage aux navires transitant par ce détroit stratégique par lequel passait environ un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié mondiaux.

Le détroit a été "fermé en raison d'une opération militaire", et son avenir est "une question que l'ensemble de la région et les partenaires internationaux doivent décider collectivement", a déclaré le responsable qatari.

"Je pense que nous avons pris une décision collective, dans le Golfe, pour traiter cela comme une menace collective", a-t-il insisté.

Pays le plus visé par les attaques iraniennes, les Emirats arabes unis se sont démarqués ces derniers jours de leurs voisins en adoptant un ton plus offensif à l'égard de Téhéran.

"Un simple cessez-le-feu n'est pas suffisant. Nous avons besoin d'un résultat concluant qui réponde à l'ensemble des menaces iraniennes: capacités nucléaires, missiles, drones, mandataires terroristes et blocages des voies maritimes internationales", a écrit leur ambassadeur à Washington, Yousef Al Otaiba, la semaine dernière dans une tribune du Wall Street Journal.

Le diplomate émirati a affirmé que son pays était prêt "à rejoindre une initiative internationale pour rouvrir le détroit et le maintenir ouvert".


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
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  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.


Israël occupera une partie du sud du Liban après la guerre, déclare son ministre de la Défense

 Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
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  • "Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties"
  • "Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza"

JERUSALEM: Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz.

"A la fin de cette opération, Tsahal (l'armé israélienne, NDLR) s'installera dans une zone de sécurité à l'intérieur du Liban, sur une ligne défensive contre les missiles antichars, et maintiendra le contrôle sécuritaire de toute la zone jusqu'au Litani", fleuve qui s'écoule à une trentaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, a déclaré M. Katz, dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties", a ajouté M. Katz.

"Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza, afin d'éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord", a encore ajouté M. Katz en référence à deux villes de la bande de Gaza dévastées par les opérations militaires d'Israël dans sa guerre contre le Hamas après le 7 octobre 2023.

Le Liban a été entraîné dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part et l'Iran d'autre part par une attaque le 2 mars du mouvement islamiste Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.

Depuis lors, les frappes israéliennes massives sur le pays du Cèdre ont tué plus de 1.200 personnes et en ont blessé plus de 3.600, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L'armée israélienne affirme elle avoir éliminé "850 terroristes" au Liban.

M. Katz ne cesse de multiplier les déclarations martiales à l'encontre du Liban et des Libanais.

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué lui avoir écrit pour exprimer ses "vives préoccupations concernant (des propos tenus récemment par des responsables israéliens) qui sapent le respect du droit international humanitaire" et dénotent selon elle une volonté de s'y soustraire.

Dans une copie de la lettre publiée par HRW, cette dernière lui reproche nommément ses propos du 16 mars, dans lesquels il menaçait déjà d'empêcher le retour des personnes ayant fui la région au sud du Litani.

"Utiliser le refus du retour des civils comme outil de négociation constitue un déplacement forcé, ce qui est interdit par les lois de la guerre et peut constituer un crime de guerre", écrit l'ONG.

Depuis le 2 mars, le Hezbollah a tiré "entre 4.000 et 5.000 roquettes, drones et missiles, ainsi que des mortiers (...) en direction d'Israël, certains en direction de nos troupes, d'autres vers des communautés civiles", a déclaré mardi le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l'armée israélienne.