Monténégro: le vrai coût d'une autoroute à un milliard de dollars

La portion d'autoroute reliant Matesevo et la banlieue de Podgorida doit être inaugurée en novembre.    Mais le pays de 600.000 habitants devra encore trouver plus d'un milliard d'euros pour réaliser les 130 kilomètres nécessaires à l'achèvement de l'ouvrage. (AFP).
La portion d'autoroute reliant Matesevo et la banlieue de Podgorida doit être inaugurée en novembre.  Mais le pays de 600.000 habitants devra encore trouver plus d'un milliard d'euros pour réaliser les 130 kilomètres nécessaires à l'achèvement de l'ouvrage. (AFP).
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Publié le Jeudi 27 mai 2021

Monténégro: le vrai coût d'une autoroute à un milliard de dollars

  • En 2014, le pays candidat à l'Union européenne a contracté  un emprunt de 944 millions de dollars auprès d'une banque chinoise pour la réalisation par la compagnie chinoise CRBC d'un premier tronçon d'une quarantaine de kilomètres
  • La première échéance tombe en juillet dans un pays où le PNB s'élevait à moins de cinq milliards d'euros avant le coronavirus

MATESEVO: Au Monténégro, une autoroute déchire la montagne, franchit gorges et canyons mais pour l'heure ne mène nulle part. Et le chantier pharaonique à un milliard de dollars menace de faire dérailler l'économie du minuscule pays des Balkans.


Après six années de travaux, le petit village tranquille de Matesevo constitue le terminus improbable d'une route parmi les plus coûteuses au monde.


En 2014, le pays candidat à l'Union européenne a contracté  un emprunt de 944 millions de dollars auprès d'une banque chinoise pour la réalisation par la compagnie chinoise CRBC d'un premier tronçon d'une quarantaine de kilomètres. 

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Personne ne sait comment rembourser l'emprunt chinois, qui représente un cinquième de la dette étrangère monténégrine. (AFP).


"La construction est impressionnante et on ne doit pas s'arrêter là", dit à l'AFP Dragan, 67 ans, retraité à Matesevo. "Ce serait comme d'acheter une voiture coûteuse et la laisser au garage".


La portion d'autoroute reliant Matesevo et la banlieue de Podgorida doit être inaugurée en novembre. 


Mais le pays de 600.000 habitants devra encore trouver plus d'un milliard d'euros pour réaliser les 130 kilomètres nécessaires à l'achèvement de l'ouvrage. 


Les adversaires du projet dénoncent aussi les dégâts sur l'environnement et la possible corruption autour d'un projet destiné à connecter vers le sud la ville Adriatique de Bar, et vers le nord la frontière serbe, puis in fine Belgrade. 

« Aspects positifs »

Les habitants du village, situé au bord de la rivière Tara, classée au patrimoine de l'Unesco, avec la gorge la plus profonde d'Europe, essayent de voir le bon côté des choses. 


"Pour nous, il y a des aspects positifs. Certains ont réussi à vendre leur terrain et à partir, ce qui était impossible avant" dans une région pauvre où l'émigration est élevée comme ailleurs dans les Balkans, déclare un villageois. 

 

 

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Les habitants du village, situé au bord de la rivière Tara, classée au patrimoine de l'Unesco, avec la gorge la plus profonde d'Europe, essayent de voir le bon côté des choses. (AFP).


Désormais, les piliers géants de l'autoroute surélevée surplombent sa maison et la font ressembler à une maison de poupées.


"J'ai réussi à vendre des légumes et des poulets aux ouvriers" chinois, dit-il, assurant également que les tonnes de terre déversées par le chantier ont consolidé les rives de la Tara contre les inondations.


Personne ne sait comment rembourser l'emprunt chinois, qui représente un cinquième de la dette étrangère monténégrine. 


La première échéance tombe en juillet dans un pays où le PNB s'élevait à moins de cinq milliards d'euros avant le coronavirus. 


En cas de défaillance, une commission d'arbitrage à Pékin pourrait contraindre le Monténégro à céder la gestion d'infrastructures majeures, selon une copie du contrat obtenue par l'AFP.

SOS à l'UE 

Pékin a été mis en cause ces dernières années pour avoir pris au "piège" de la dette des pays où il mène des infrastructures titanesques dans le cadre de ses nouvelles routes de la soie.


La Chine dément vouloir accroître son influence dans les Balkans par le biais de ses investissements. 


"Cette coopération est mutuellement bénéfique, c'est du gagnant-gagnant", assure l'ambassade de Chine au Monténégro. "En plaquant des étiquettes négatives sur les investissements chinois, c'est non seulement injuste pour la Chine mais aussi manquer de respect aux pays des Balkans".

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Il n'y a pas eu d'appel d'offre public, les travaux ne sont pas transparents, selon Dejan Milovac, responsable de l'ONG  MANS. (AFP).

En attendant, le Monténégro est inquiet. 


"Si on ne trouve pas des sources de financement sur lesquelles s'appuyer, on aura des gros problèmes", déclare à l'AFP le ministre des Infrastructures Mladen Bojanic. "On aura à assumer un lourd fardeau".  


Le gouvernement a lancé un SOS à Bruxelles, qui étudie "les moyens d'aider" mais "n'a pas vocation à rembourser des prêts contractés auprès de tiers", selon le commissaire à l'Elargissement Oliver Varhelyi. 


Le projet avait été lancé par le Parti des démocrates socialistes (DPS) du président Milo Djukanovic, passé dans l'opposition fin 2020 après trois décennies de règne. 


A l'époque, Mladen Bojanovic avait ferraillé dur contre la route qualifiée d'aventureuse. 


Des ONG comme MANS parlent de corruption, déclarant que plus d'un tiers des entreprises monténégrines impliquées avaient partie liée au DPS. 

Secret

Il n'y a pas eu d'appel d'offre public, les travaux ne sont pas transparents, selon Dejan Milovac, responsable de l'ONG. "Les décisions ont été prises à l'abri des regards et c'est que ne nous payons aujourd'hui". 


Le gouvernement a promis d'enquêter. 


Les écologistes sont vent debout contre les dommages infligés au lit de la Tara même si la CRBC s'est engagée à le remettre en état sur quelques centaines de mètres. 


La route vise à favoriser le tourisme et développer des régions pauvres en raccourcissant les trajets à travers des paysages somptueux mais accidentés.


Aujourd'hui, le gouvernement reconnaît que les revenus escomptés par les péages ne suffiraient même pas à assurer la maintenance, estimée à 77 millions d'euros annuels.


"Il faudrait au moins 22 ou 25.000 véhicules quotidiens pour rentabiliser l'autoroute", soit largement plus que le trafic attendu, explique à l'AFP Ivan Kekovic, un ingénieur qui s'est retiré du projet.


Zelko Rajkovic, 55 ans, enseignant dans la station de ski de Kolasin, près de Matesevo, confirme. 


Prendre l'autoroute pour aller jusqu'à la capitale serait plus sûr et diviserait le temps de trajet par trois. Mais cela coûterait cher en péages. 


"Je prendrai la nouvelle route seulement s'il y a une grosse tempête ou une urgence".

 


Witkoff voit des «signaux forts» en faveur d'un accord avec l'Iran

Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff. (AFP)
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  • "Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche
  • Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur

WASHINGTON: Il existe des "signaux forts" que l'Iran veut passer un accord avec les Etats-Unis pour mettre fin à la guerre, a assuré jeudi l'émissaire américain Steve Witkoff.

"Nous avons des signaux forts nous disant que cela est possible", a-t-il dit pendant un conseil des ministres à la Maison Blanche.

Steve Witkoff a par ailleurs confirmé que Washington avait soumis à Téhéran "une liste de 15 points" via le gouvernement pakistanais, qui agit comme médiateur.

 

 


Les alliés de Washington du G7 poussent à la désescalade

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.  "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie. "La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine. (AFP)
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  • L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran
  • A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées"

ABBAYE-DES-VAUX-DE-CERNAY: Les ministres des Affaires étrangères du Groupe G7 ont entamé jeudi, sans l'Américain Marco Rubio, une réunion près de Paris avec la volonté affichée de pousser Washington à une désescalade au Moyen-Orient sans pour autant oublier l'Ukraine.

Le secrétaire d'Etat américain rejoindra vendredi matin ses homologues à l'Abbaye des Vaux-de-Cernay, près de Rambouillet, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.

L'Allemagne, le Canada, la Grande-Bretagne, la France, l'Italie et le Japon ont clairement signalé jeudi leur souhait de trouver une issue diplomatique à l'offensive militaire américano-israélienne en Iran, qui a des répercussions économiques mondiales en raison du quasi blocage du détroit d'Ormuz par Téhéran depuis près d'un mois.

A son arrivée, la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas a suggéré aux Etats-Unis de mettre davantage de pression sur la Russie, estimant que les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient étaient "étroitement liées".

"Nous constatons que la Russie aide l'Iran sur le plan du renseignement pour cibler des Américains, pour tuer des Américains (au Moyen-Orient), et la Russie fournit également désormais des drones à l'Iran afin que (ce pays) puisse attaquer les pays voisins ainsi que les bases militaires américaines", a-t-elle déclaré à des journalistes.

"Si l'Amérique veut que la guerre au Moyen-Orient cesse, (...) elle doit aussi exercer une pression sur la Russie afin qu'elle ne puisse pas aider (l'Iran) dans ce sens", a-t-elle souligné.

"On a des raisons de penser qu'aujourd'hui la Russie soutient les efforts militaires de l'Iran qui semblent être dirigés notamment sur des cibles américaines", a de son côté déclaré jeudi soir le ministre français Jean-Noël Barrot, lors d'une conférence de presse clôturant la première journée des discussions.

De son côté, la ministre canadienne Anita Anand a appelé le G7 à soutenir "collectivement" une désescalade au Moyen-Orient, dans un entretien à l'AFP.

"Pour le gouvernement allemand, il est très important de savoir précisément ce que nos partenaires américains comptent faire", a pour sa part souligné le ministre allemand Johann Wadephul, alors que la confusion règne sur de potentielles négociations directes entre Washington et Téhéran pour mettre fin à la guerre.

L'Iran aurait répondu à la proposition annoncée par le président américain Donald Trump, et reçue via le médiateur pakistanais, a affirmé jeudi une source citée par l'agence de presse iranienne Tasnim.

Jeudi, l'émissaire américain Steve Witkoff a quant à lui assuré qu'il existait des "signaux forts" montrant que Téhéran veut passer un accord avec les Etats-Unis.

Mercredi, la télévision d'Etat avait pourtant affirmé que l'Iran avait rejeté ce plan tandis que la Maison Blanche menaçait de déchaîner "l'enfer" sur le pays en cas d'échec des négociations.

La France, qui exerce la présidence du G7 cette année, prône elle aussi la voie diplomatique, redoutant d'être entraînée dans le conflit.

Bien que disposant de bases militaires dans les pétromonarchies du Golfe avec lesquels elle est liée par des accords de coopération de sécurité, elle a constamment souligné que sa posture était "purement défensive".

Difficile convergence de vues 

Mais cette position semble de plus en plus difficile à tenir alors que ces Etats sont visés par les frappes iraniennes, en représailles aux tirs provenant de bases américaines implantées au Moyen-Orient.

Au G7, la principale session de travail consacrée à la guerre au Moyen-Orient se tiendra vendredi.

Les chefs de la diplomatie des grands pays émergents (Inde et Brésil) ont été invités, de même que les ministres ukrainien, saoudien et sud-coréen.

L'Italie compte "promouvoir une désescalade" et assurer de "la disponibilité du gouvernement italien à contribuer aux efforts visant à garantir un passage sûr à travers le détroit d'Ormuz", selon une source diplomatique italienne.

Le Royaume-Uni et la France vont réunir cette semaine une trentaine de pays prêts à former une coalition visant à participer à la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Outre le Moyen-Orient, les ministres du G7 consacreront une session de travail à l'Ukraine envahie par la Russie.

"La résistance ukrainienne se porte bien et que nous allons continuer de la soutenir", a assuré jeudi Jean-Noël Barrot, rappelant que l'Europe constitue le "premier" soutien de l'Ukraine.

Signe de la difficulté à faire converger les vues, cette réunion s'achèvera vendredi avec la publication d'un communiqué de la présidence française, plutôt qu'un communiqué conjoint, a indiqué une source diplomatique.

La ministérielle Affaires étrangères précèdera un G7 Finances et Energie avec les Banques centrales programmée lundi en visio-conférence.

 


Iran: Trump repousse son ultimatum au 6 avril

Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien." (AFP)
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  • "A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."
  • "Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.

WASHINGTON: Donald Trump a annoncé jeudi repousser jusqu'au 6 avril son ultimatum avant d'éventuelles frappes américaines contre les centrales électriques en Iran, assurant que les discussions avec Téhéran se passaient "très bien."

"A la demande du gouvernement iranien", le président américain a fait savoir sur son réseau Truth Social, "je suspends pour dix jours la destruction de centrales électriques jusqu'au lundi 6 avril à 20H00, heure de Washington."

"Les discussions se poursuivent et, contrairement à ce que disent les médias menteurs (...), elles se passent très bien", a-t-il ajouté.