Les banques libanaises sous le feu des critiques alors que Mikati promet un audit

Le Premier ministre libanais Najib Mikati s'adresse à la presse au palais présidentiel de Baabda. (Photo, Reuters/Archives)
Le Premier ministre libanais Najib Mikati s'adresse à la presse au palais présidentiel de Baabda. (Photo, Reuters/Archives)
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Publié le Mercredi 22 septembre 2021

Les banques libanaises sous le feu des critiques alors que Mikati promet un audit

  • Il y a 63 banques opérant au Liban avec plus de 1000 succursales et 25000 employés
  • Le Liban a fait défaut sur sa dette extérieure en mars 2020, le laissant incapable d'assurer le service d'une dette qui valait alors plus de 170% de son PIB

BEYROUTH : La conduite des banques libanaises au milieu de l'aggravation de la crise économique du pays a été défendue mardi par Salim Sfeir, chef de l'Association des Banques du Liban, en répondant aux critiques des députés des blocs du Hezbollah et du Mouvement patriotique libre.

La condamnation des banques du pays est intervenue lors du vote de confiance de lundi.

Dans une déclaration, Sfeir a déclaré : «Les banques ont investi leur excédent de liquidités dans la Banque centrale libanaise. Les banques ont exigé l'adoption d'une loi qui instaure des contrôles de capitaux au moment où les multiples formules proposées par d'autres visent à légiférer sur les retraits d'espèces et les transferts internationaux».

Le Liban a été frappé par une crise économique sans précédent en 2019, entraînant l'effondrement de sa monnaie et une incapacité à payer ses dettes. La classe politique du pays a été accusée de piller les richesses du pays, de détourner les richesses de la classe moyenne et d'exercer une autorité sans responsabilité.

Dans sa déclaration, l’Association des Banques du Liban (ABL) a exhorté le Parlement libanais «à accélérer les réformes requises par la communauté internationale», et a appelé le nouveau gouvernement à «commencer un travail sérieux» dans le but de lancer des programmes d'aide internationale et mettre à nouveau le pays sur la scène internationale «en améliorant la communication avec les amis du Liban des États arabes et étrangers».

L’ABL a souligné : «Il est urgent d'arrêter l'effondrement. Par conséquent, le gouvernement doit s'engager immédiatement à respecter ses obligations conformément à sa déclaration ministérielle qui a constaté une reprise rapide des pourparlers avec le Fonds monétaire international pour faire face aux impacts négatifs des politiques précédentes».

Elle a ajouté que le gouvernement doit entamer des pourparlers avec les débiteurs, réformer le secteur bancaire et approuver le budget, «autant de clauses que l'ABL a exigées depuis le début de la crise».

Il y a 63 banques opérant au Liban avec plus de 1000 succursales et 25000 employés.

Selon Sfeir, le secteur bancaire a constitué «un moteur de croissance dans le pays grâce à des prêts qui dépassaient la taille de l'économie. Il a ajouté : «Les impôts du secteur bancaire formel sont parmi les principaux éléments de revenu du trésor public».

Un groupe de porteurs d'obligations libanaises, qui comprend certains des plus grands fonds d'investissement au monde, a également incité le nouveau gouvernement «à entamer des pourparlers afin de restructurer les dettes du pays le plus tôt possible de manière à faire face à la crise économique écrasante dans le pays».

Le Liban a fait défaut sur sa dette extérieure en mars 2020, le laissant incapable d'assurer le service d'une dette qui valait alors plus de 170% de son produit intérieur brut.

Le groupe a annoncé qu'il « espère et attend du nouveau gouvernement qu'il développe un processus rapide de restructuration de la dette, qui sera transparent et équitable. Un tel processus nécessitera que le gouvernement s'engage de manière claire avec le FMI ainsi qu'avec les créanciers internationaux du Liban».

À l'issue du vote de confiance, le Premier ministre Najib Mikati a affirmé : «Les discussions avec le FMI ont commencé. Les discussions ne sont pas un pique-nique et le fonds n'est pas une association caritative. Cette question n'est pas un choix mais un passage obligatoire qu’on doit réussir afin de servir de premier fondement vers le sauvetage et la bonne voie pour la relance économique du Liban».

Mikati a pressé le Parlement libanais à agir rapidement pour approuver une loi sur le contrôle des capitaux, en promettant de procéder à «une expertise comptable judiciaire de toutes les institutions et ministères sans aucune exception».

Mikati n'a pas tardé à remarquer l'importance du secteur bancaire dans toute reprise économique : «J'aimerais qu'il reste des banques au Liban pour nous aider. Connaissez-vous la réalité du secteur bancaire ? Il n'y aura certainement pas de reprise économique sans banques».

Toutefois, le Premier ministre a ajouté : « Plus de $10 milliards ont été dépensés dans le passé en subventions aux banques, de l'argent qui aurait pu être utilisé pour construire des centrales électriques, traiter les déchets et construire des routes».

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


Israël dit avoir obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth si le Hezbollah attaque ses localités

Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
Les premiers intervenants inspectent les dégâts sur le site d’une frappe israélienne qui a touché les environs d’un hôpital dans la ville de Tyr, dans le sud, le 1er juin 2026. (Reuters)
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  • Le ministre de la Défense israélien Israël Katz affirme qu’Israël aurait obtenu l’aval des États-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth (Dahiyeh), bastion du Hezbollah, en cas d’attaques contre le nord d’Israël
  • Il expose une logique de dissuasion : si les tirs continuent, Israël dit qu’il ciblerait Dahiyeh, en liant le sort de cette zone aux attaques subies par les localités israéliennes

JERUSALEM: Le ministre de la Défense israélien Israël Katz a affirmé mardi que son pays avait obtenu l'aval des Etats-Unis pour frapper la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en cas d'attaque du groupe pro-iranien sur son sol, selon un communiqué de son bureau.

"Le Premier ministre et moi-même avons mené, avec l'armée israélienne, une démarche visant à établir une équation selon laquelle le sort de Dahiyeh (la banlieue sud, ndlr) à Beyrouth serait lié à celui des localités du nord d'Israël. Si les localités israéliennes continuent d'être attaquées, nous évacuerons et frapperons le quartier chiite de Dahiyeh à Beyrouth, bastion du Hezbollah", a dit M. Katz.

"Les Etats-Unis ont validé ce principe et l'ont communiqué au gouvernement libanais ainsi qu'à toutes les parties concernées (...) Soit les tirs contre les localités cessent, soit, s'ils se poursuivent, nous frapperons Dahiyeh à Beyrouth", a poursuivi le ministre.


Paris s’inquiète des évolutions au Liban et tente un déblocage

Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
Le ministre Français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot. (AFP)
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  • La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants
  • Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention international

PARIS: Soucieuse des évolutions alarmantes de la situation au Liban, Paris a appelé à une réunion urgente du Conseil de sécurité, alors que l’envoyé spécial du président français, Jean-Yves Le Drian, doit se rendre à Beyrouth demain mercredi.

La diplomatie française se mobilise pour venir en aide à un pays dont la situation est une véritable plaie pour ses habitants, notamment les centaines de milliers de déplacés disséminés à travers le territoire au gré des ordres d’évacuation israéliens.

Derrière cette initiative, une question centrale se pose : à quoi peut encore servir une réunion d’urgence à l’ONU dans un contexte où les rapports de force semblent verrouillés ?

Pour Paris, l’objectif de cette réunion est clair : il ne s’agit pas tant d’arracher une résolution, peu probable en raison des équilibres au Conseil de sécurité, que de « remettre la pression » et de replacer le Liban au cœur de l’attention internationale, alors que les regards sont largement tournés vers l’Iran.

Il est clair, pour la diplomatie française, que la situation a franchi un seuil critique ces derniers jours. D’autant que, déjà fragile, le cessez-le-feu apparaît désormais vidé de sa substance.

Les frappes se poursuivent, les menaces israéliennes s’intensifient, y compris contre Beyrouth, et les conditions minimales d’un dialogue crédible semblent s’effondrer.

Canal de discussion entre le Liban et Israël

On ne peut même plus parler de cessez-le-feu, reconnaît-on en substance du côté français, et cette dégradation inquiète d’autant plus qu’elle intervient au moment où un canal de discussion s’est ouvert entre le Liban et Israël sous médiation américaine.

Un choix jugé courageux par la diplomatie française, mais qui place Beyrouth dans une position extrêmement délicate car, faute de réciprocité sur le terrain, ces négociations risquent de perdre toute crédibilité.

Paris insiste sur ce point : si l’on veut que les autorités libanaises puissent avancer dans ces discussions, encore faut-il leur en laisser la possibilité. Or, l’intensification des opérations militaires israéliennes réduit cet espace politique à néant.

Pire encore, elle pourrait renforcer les acteurs que ces négociations cherchent précisément à contenir, au premier rang desquels figure le Hezbollah.

Dans cette équation, la France tente de défendre une approche pragmatique. Elle continue de rappeler la responsabilité du Hezbollah dans l’engrenage du conflit, tout en soulignant que la stratégie actuelle d’Israël est contre-productive, estimant que, s’il fallait saboter les discussions, on ne s’y prendrait pas autrement.

Dès lors, la priorité affichée est le rétablissement d’un cessez-le-feu « robuste », condition indispensable à toute avancée politique, ainsi que la réactivation et l’amélioration du mécanisme mis en place fin 2024, aujourd’hui largement inopérant.

Paris insiste sur le fait que, sans cadre crédible de vérification et de désescalade, les initiatives diplomatiques risquent de rester lettre morte.

Mais au-delà de l’urgence immédiate, la France travaille sur une stratégie de plus long terme qui repose notamment sur un renforcement de l’État libanais, à commencer par son armée. L’objectif est d’aider le Liban à retrouver progressivement sa souveraineté en limitant l’influence des acteurs armés non étatiques.

Cela passe par un soutien accru — financier, logistique mais aussi politique — aux forces armées libanaises, sans pour autant leur demander une confrontation directe avec le Hezbollah, jugée irréaliste dans le contexte actuel. Il s’agit plutôt de renforcer leur présence sur le terrain, de contrôler les flux logistiques et financiers et de sécuriser des zones clés, notamment la frontière avec la Syrie.

Sur ce dernier point, Paris voit un levier important car, contrairement aux années précédentes, un certain niveau de coopération avec les autorités syriennes semble possible, ouvrant la voie à un meilleur contrôle des flux qui alimentent le Hezbollah.

Autre chantier majeur du point de vue français : l’avenir de la présence internationale au Liban. Le retrait annoncé de la FINUL d’ici à la fin de l’année suscite de vives inquiétudes.

Les leviers de la France demeurent limités

La France estime qu’un tel vide sécuritaire serait dangereux et plaide donc pour une réflexion rapide sur un nouveau dispositif, potentiellement plus adapté aux réalités actuelles.

Cette approche s’inscrit dans une volonté plus large consistant à remobiliser les partenaires internationaux. À ce propos, Paris travaille étroitement avec plusieurs pays de la région, notamment l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar, ainsi qu’avec certains partenaires européens, afin de tenter de recréer une dynamique collective autour du Liban.

Reste toutefois une réalité difficile à contourner : les leviers de la France demeurent limités face au rôle central des États-Unis dans la médiation. La diplomatie française s’efforce néanmoins de peser indirectement en multipliant les échanges avec Washington et en délivrant un message constant : sans cessez-le-feu, aucune avancée durable n’est possible.

Par ailleurs, Paris explore d’autres pistes de pression, notamment au niveau européen. Le débat sur l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël pourrait ainsi évoluer sous l’effet conjugué des situations à Gaza, en Cisjordanie et désormais au Liban.

Enfin, la mission de l’envoyé spécial Jean-Yves Le Drian à Beyrouth revêt une dimension politique essentielle puisque, au-delà du soutien affiché, il s’agira pour lui de dialoguer avec l’ensemble des forces politiques libanaises afin de favoriser un minimum de cohésion interne.

Un enjeu jugé crucial par la diplomatie française dans un pays profondément fragmenté, où les divisions communautaires affaiblissent toute stratégie nationale.


Israël: la procureure générale alerte sur un «démantèlement» des institutions démocratiques

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi. (AFP)
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  • "A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud)
  • Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême

JERUSALEM: La procureure générale d'Israël a mis en garde lundi contre un recul démocratique en Israël, où le Parlement examine un projet de dissolution qui pourrait mener à des élections anticipées.

Depuis que le gouvernement de Benjamin Netanyahu a été mis sur pied fin 2022, Gali Baharav-Miara conteste la légalité de certaines de ses décisions, et fait en conséquence l'objet d'une procédure de destitution intentée par l'exécutif.

"A l'approche de la fin du mandat de la Knesset actuelle, une course a commencé pour démanteler les institutions démocratiques", s'est-elle alarmée lors d'une conférence de l'Association du barreau israélien à Eilat (sud).

Mme Baharav-Miara, qui est également conseillère juridique du gouvernement, a pointé du doigt deux projets de loi.

Le premier vise à réduire les pouvoirs de la procureure générale, en créant un poste similaire mais qui serait nommé exclusivement par le ministre de la Justice.

Le second accorderait davantage de pouvoirs au ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir (extrême droite).

Si ces deux textes sont adoptés, "le système d'application de la loi dans l'Etat d'Israël changera complètement de nature", a-t-elle prévenu, d'après un communiqué de son bureau.

Elle a également déploré le fait que le gouvernement "appelle à ne pas respecter des décisions de justice" de la Cour suprême.

La procureure générale faisait référence notamment à l'inaction du gouvernement après une décision de la Cour suprême de 2024, obligeant l'Etat à imposer des sanctions aux juifs ultra-orthodoxes qui s'opposent à la conscription.

"Le chef d'état-major réclame des soldats et il n'est plus possible de l'ignorer", a déclaré la procureure générale. "L'Etat ne peut pas ignorer la loi qui impose la conscription pour tous, ni le tort causé au principe d'égalité".

Israël mène depuis mars de vastes opérations militaires au Liban contre le Hezbollah pro-iranien, et depuis plus de deux ans dans la bande de Gaza, où il combat le Hamas palestinien.