Frankly Speaking: un responsable de l'UE affirme que les Syriens ont été traités comme les Ukrainiens

Michael Koehler, directeur général adjoint des opérations européennes de protection civile et d'aide humanitaire (ECHO).
Michael Koehler, directeur général adjoint des opérations européennes de protection civile et d'aide humanitaire (ECHO).
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Publié le Lundi 03 octobre 2022

Frankly Speaking: un responsable de l'UE affirme que les Syriens ont été traités comme les Ukrainiens

  • Un éminent responsable humanitaire de l'UE estime qu'il est injuste de comparer l'accueil réservé aux Ukrainiens avec des situations antérieure
  • Il insiste sur le fait que la crise humanitaire en Syrie n'a pas été oubliée

DJEDDAH : L'Europe ne peut pas être accusée de ne pas avoir accueilli des réfugiés « par millions et par millions » au cours des dernières années, a déclaré à Arab News Michael Koehler, le directeur général adjoint des opérations européennes de protection civile et d'aide humanitaire (ECHO), ajoutant que « la loi s'applique à tous » et que l'Europe dispose de lois pour « régler la situation des réfugiés. »

Ces lois sont basées sur la Quatrième Convention de Genève parmi d'autres accords internationaux, a-t-il dit, et du point de vue de l'Europe, « il n'y a absolument aucune différence entre un réfugié et un demandeur d'asile d'une nation africaine, d'une nation du Moyen-Orient ou d'Ukraine. »

Koehler a nié que l'Europe ait fait preuve de racisme, de politique de deux poids deux mesures et d’hypocrisie avec des réfugiés ukrainiens fuyant leur pays en raison de la guerre avec la Russie et d’autres du Moyen-Orient. « La seule différence que je vois est que les réfugiés d'Ukraine ont, sur la base d'une décision des ministres européens de l'intérieur, immédiatement obtenu des permis de travail », a-t-il dit à Katie Jensen, l'animatrice de l'émission « Frankly Speaking » d'Arab News. « Mais à part cela, le traitement n'est pas différent de celui des réfugiés d'autres régions du monde ».

« Frankly Speaking » présente des entretiens avec des décideurs politiques et des chefs d'entreprise de premier plan, plongeant au cœur des plus grands titres de l'actualité au Moyen-Orient et dans le monde. Lors de son passage dans l'émission, M. Koehler s'est exprimé sur un certain nombre de sujets, notamment sur ce que l'avenir réserve aux Ukrainiens déplacés et sur la question de savoir si l'UE envisage de retirer des fonds des zones de crise du Moyen-Orient pour combler le déficit d'aide humanitaire.

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 M. Koehler a déclaré qu'il fallait revenir sur l'arrivée des Syriens et des Irakiens en 2015 et 2016, lorsque des nombres légèrement plus comparables de réfugiés affluaient en Europe. « Le million de Syriens qui s'est déversé en Allemagne a été très bien accueilli », a-t-il déclaré. « Il n'est pas tout à fait juste, d'une certaine manière, de comparer l'accueil que reçoivent maintenant les Ukrainiens deux mois après le début de la crise, avec la situation d'autres réfugiés qui sont en Europe depuis quatre ans, cinq ans, six ans ou sept ans, et certains problèmes qui en découlent. »

« Nous n'en sommes absolument pas encore là dans la crise ukrainienne, mais c'est un phénomène très général. D'un point de vue structurel, c'est un phénomène très connu », a-t-il déclaré, évoquant des cas où l'accueil initial chaleureux réservé aux réfugiés par la population fait place à des problèmes qui « conduisent parfois à des réactions populistes. »

Néanmoins, Koehler a regretté des commentaires tels que ceux du Premier ministre bulgare Kiril Petkov (« Ce ne sont pas les réfugiés auxquels nous sommes habitués, ces gens sont des Européens, des gens intelligents et éduqués »), et l'allusion au droit des pays de choisir les réfugiés en fonction de leur race, de leur religion ou de leur politique.

« Non, absolument pas. Absolument pas », a-t-il déclaré. « Il est cependant, bien sûr, normal que si vous êtes un voisin direct d'un pays qui est dans la situation dans laquelle se trouve l'Ukraine, il y ait peut-être plus d’empathie. Il y a une disposition un peu plus grande du secteur privé à aider, mais nous avons vu la même chose dans d'autres configurations. »

Faisant allusion aux remarques insensibles des politiciens européens, Koehler a déclaré : « Nous ne devons pas considérer les déclarations de tel ou tel homme politique comme la ligne politique des États membres et de l'UE. Les politiciens peuvent exprimer leurs opinions personnelles, mais cela ne signifie pas que l'ordre juridique qui régit la manière dont les réfugiés sont accueillis, le soutien qu'ils reçoivent et ainsi de suite, soit modifié. »

Koehler n'est pas d'accord avec l'idée qu'avec la crise humanitaire ukrainienne qui tient le devant de la scène, la tragédie de la Syrie, où 6,2 millions de personnes restent déplacées à l'intérieur du pays, a été oubliée. « Non, ils n'ont pas été oubliés », a-t-il répondu. « En fait, j'ai partagé via Twitter une partie de la réunion ministérielle sur la Syrie dans la région que nous accueillons ici à Bruxelles pour la sixième fois. C'est la réunion annuelle de la communauté internationale ».

« Hier, la communauté internationale s’est engagée à un don record : 6,4 milliards d'euros pour 2022-2023, soit un demi-milliard de plus que la promesse équivalente de l'année dernière. Donc, ce que cela nous dit, c'est qu'il n'y a pas de lassitude au sein de la communauté internationale lorsqu'il s'agit d'aider les Syriens. Les donateurs sont là, ils ne sont pas fatigués et les organisations internationales sont mobilisées. »

Mais qu'en est-il des agences humanitaires qui se plaignent de manquer d'argent ? Koehler dit qu'il ne nie pas le « manque de donateurs ».

« Si vous comptabilisez la quantité d'argent mobilisée chaque année pour l'aide humanitaire, vous constaterez une augmentation du montant. C'est totalement dépassé par les besoins, parce que chaque année, nous avons plus de crises. Les crises existantes ne disparaissent malheureusement pas et le nombre de personnes qui souffrent ne cesse d'augmenter. »

Interrogé sur la manière de combler le déficit de financement de l'aide humanitaire, M. Koehler a répondu que la solution comprend plusieurs volets, pour commencer un plus grand nombre de donateurs, notamment ceux de l'UE. « Les clubs des pays riches ont 38 membres de l'OCDE ou du G20 », a-t-il déclaré. « Tous ces pays n'ont pas encore fourni de l'aide humanitaire. Certains le font, mais pas de manière très régulière. Parfois ils débloquent beaucoup d'argent, et d'autres fois, ils sont un peu plus économes avec leurs ressources. »

Parmi les nombreux aléas que peut subir le Moyen-Orient à cause de la guerre en Ukraine, il y a le fait que la Russie a laissé entendre qu'elle opposerait son veto au renouvellement du mandat qui permet à l'ONU d'utiliser le point de passage de Bab Al-Hawa, dans le nord de la Syrie, lorsqu'il expirera le 9 juillet. Cela signifie que l'aide de l'UE pourrait devoir passer par Damas et se trouver ainsi sous le contrôle du régime d'Assad. « Si Bab Al-Hawa était fermé, il y aurait un énorme problème d'approvisionnement et nous avons déjà vu ce que cela signifie dans le nord-est de la Syrie », a déclaré Koehler.

« Cependant, nous sommes aussi très favorables à la coopération transfrontalière, donc nous n'avons aucun problème à apporter de l'aide de Damas au nord-est, par exemple, ou au nord-ouest. Malheureusement, cela ne se produit qu'à petite échelle, ce qui est lié à des problèmes politiques mais aussi logistiques. »

Selon Koehler, il existe un nouveau système pour acheminer l’aide par le biais de partenaires spécialisés, pas par les gouvernements, « ainsi, acheminer de l'aide, par exemple dans la partie de la Syrie qui est contrôlée par les autorités de Damas, ne signifie pas donner de l'argent au gouvernement Assad. »

« Elle est mise en œuvre par le biais d'organisations propriétaires spécialisées, d'ONG, d'agences des Nations unies, etc. Pour cela, nous avons un suivi, nous avons des audits, nous avons des audits indépendants par des tiers », a-t-il déclaré. « Nous avons nos bureaux sur le terrain. ECHO a un bureau à Damas qui peut surveiller ce qui se passe, et dès qu'il y a le moindre soupçon de détournement d'aide, nous arrêtons. Nous arrêtons, nous enquêtons et nous ne reprenons l'aide qu'une fois que nous sommes suffisamment, disons, rassurés sur la façon dont l'aide est mise en œuvre. »

Koehler a déclaré qu'ECHO utilisait le même modus operandi en Afghanistan. « Comme je l'ai dit précédemment, nous ne travaillons jamais par l'intermédiaire des gouvernements. Nous travaillons donc avec les ONG locales. Nous travaillons avec le Croissant-Rouge, nous collaborons, par exemple, avec l'UNICEF et d'autres organisations et nous nous assurons que cet argent profite directement à la population concernée », a-t-il déclaré.

Il a toutefois reconnu qu'avec les nouvelles restrictions annoncées par les talibans, dont beaucoup visent les femmes, « nous sommes franchement déçus de la manière dont les choses évoluent en Afghanistan. »

En avril dernier, l'UE a promis 525 millions d'euros d'aide humanitaire à l'Afghanistan, et selon Koehler, en conséquence des développements en Afghanistan depuis la prise de contrôle du pays par les talibans l'année dernière, la communauté internationale, et en particulier l'UE, ont intensifié le financement humanitaire.

« Les talibans ont donné un certain nombre d'assurances concernant, par exemple, l'éducation des filles et les droits des femmes. Cependant, nous constatons aujourd'hui que nombre de ces assurances se sont révélées discutables, voire formellement révoquées, ce qui crée bien sûr des problèmes majeurs. »

Passant à un autre point chaud de l'actualité humanitaire, Koehler a minimisé les craintes d'un arrêt du financement de l'aide humanitaire, malgré un avertissement des Nations unies ce mois-ci, selon lequel plus de cinq millions et demi de réfugiés palestiniens pourraient ne plus avoir accès aux services de base tels que la nourriture, l'éducation et les soins de santé en raison d'une baisse des contributions des États membres, l'UE en particulier.

« Nous soutenons l'UNRWA et nous poursuivons notre assistance », a-t-il déclaré, en faisant référence à l'agence des Nations unies qui soutient les secours et le développement humain des réfugiés palestiniens.

En ce qui concerne la contribution de l'UE, il a déclaré qu'il ne s'agissait « pas de réduire le financement mais de négocier les conditions pour les versements de 2021-2022. »

Il a ajouté : « Ce qui s'est arrêté pour un court moment, ce n'est pas l'aide humanitaire mais les transferts financiers directs que l'aide au développement de l'UE mettait à disposition au profit de l'Autorité nationale palestinienne. Et ce n'est pas un arrêt définitif, mais il s'agit de convenir d'un certain nombre de conditions, dans lesquelles cet argent serait mis à disposition. »

Mais dans un contexte d'inquiétude quant à une éventuelle fermeture de l'UNRWA, quelle est la position de l'UE sur le droit au retour ? « L'UE a une position de principe à cet égard et nous sommes toujours en faveur de la solution à deux États. Nous voulons une solution négociée entre les parties », a précisé M. Koehler. « Nous considérons que l'occupation de la Palestine doit prendre fin, conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies, sur la base de négociations bilatérales que nous sommes prêts à encourager et à soutenir autant que possible. »

Koehler a conclu en disant que les agences d'aide et les donateurs doivent s'unir et « parler d'une même voix » pour des efforts d'aide humanitaire efficaces dans les zones de crise. « Partout où la communauté internationale, les donateurs des États-Unis au Royaume-Uni, à l'UE, à la Suède, à l'Allemagne, au Royaume d'Arabie saoudite, partout où les donateurs parlent d'une même voix, cette voix unique a un effet », a-t-il déclaré, citant l'exemple de la tentative ratée en 2020 par la milice houthie soutenue par l'Iran d'imposer une taxe de 2 % sur les livraisons d'aide humanitaire au Yémen.

« La communauté internationale a dit « pas question ». Le Programme alimentaire mondial a également dit « pas question ». Nous avons dit, si c'est ce que vous voulez faire, nous allons simplement cesser nos opérations sur le territoire que vous contrôlez. »

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Iran: Washington évoque un long blocus, le pétrole flambe

L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
L'amiral Brad Cooper, commandant du CENTCOM américain, s'exprime lors d'une conférence de presse au Pentagone, à Washington, le 16 avril 2026. (ARCHIVES/AFP)
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  • Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz
  • "Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont évoqué mercredi la perspective d'un long blocus des ports iraniens, qui prolongerait d'autant la pression sur l'économie mondiale, avec un impact immédiat sur les cours du pétrole, qui ont flambé à leur plus haut niveau depuis quatre ans.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Figé depuis le cessez-le-feu du 8 avril, le conflit pourrait s'éterniser, les Américains semblant se préparer à un long blocus des ports iraniens, en réponse au blocage par l'Iran du détroit d'Ormuz, par lequel transite d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

Lors d'une réunion mardi à la Maison Blanche avec des dirigeants du secteur pétrolier, les participants ont évoqué "les mesures prises par le président Trump pour soulager les marchés internationaux du pétrole et les mesures que nous pourrions prendre pour poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire et minimiser son impact sur les consommateurs américains", a rapporté mercredi un haut responsable de l'administration.

"Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios.

Au total, 42 bateaux ont été interceptés à ce jour alors qu'ils tentaient de "violer le blocus" et 41 tankers ne peuvent pas quitter l'Iran, a affirmé l'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, soulignant que le blocus est "hautement efficace".

"Impasse prolongée" 

Alors que les perspectives de tractations avec l'Iran sont au point mort, les cours du pétrole ont réagi au quart de tour, le baril de Brent de la mer du Nord grimpant en séance à plus de 119 dollars, au plus haut depuis 2022 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Les analystes redoutent en réaction une poursuite durable du verrouillage du détroit par Téhéran. "Cela suggère une impasse prolongée: les combats sont largement arrêtés, mais aucune solution durable n'émerge", expliquent les experts du cabinet DNB.

Téhéran a accusé Washington de vouloir l'effondrement de la République islamique.

Les Etats-Unis veulent "activer la pression économique et les divisions internes (...) pour nous affaiblir ou même nous faire nous effondrer de l'intérieur", a réagi le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.

Et lors d'un coup de fil, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Donald Trump contre les "conséquences dommageables" qu'aurait une nouvelle action militaire contre l'Iran, "non seulement pour l'Iran et ses voisins, mais aussi pour l'ensemble de la communauté internationale".

"Bourbier" 

Alors que ne se dessine aucune issue au conflit, le ministre américain de la Défense a eu droit à une volée de bois vert lors de sa première audition à la Chambre des représentants depuis le début du conflit.

"Catastrophe géopolitique", "désastre stratégique", "incompétence", "blessure auto-infligée", "bourbier" et autres mensonges... les députés américains n'ont pas ménagé Pete Hegseth.

Le chef du Pentagone a révélé que la guerre en Iran avait coûté 25 milliards de dollars jusqu'à présent, la justifiant par une question: "Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire?"

Les conséquences économiques du conflit se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale, le rial, a atteint son plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979.

Dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie Ali, architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

Si la trêve a été prolongée sine die, les deux camps n'arrivent toujours pas à s'entendre pour reprendre leurs négociations, après une première session infructueuse le 11 avril au Pakistan.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Le milliardaire républicain a par ailleurs dit envisager une réduction des forces armées américaines stationnées en Allemagne, une annonce qui survient après des échanges acerbes avec le chancelier allemand Friedrich Merz autour de l'Iran.

"Une décision sera prise très prochainement", a averti le président américain après que M. Merz a asséné que "les Américains (n'avaient) visiblement aucune stratégie" en Iran. En réaction, Donald Trump avait accusé mardi le chancelier de "ne pas savoir de quoi il parlait".

Deux morts au Liban 

Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise. La veille, des bombardements israéliens avaient fait 19 morts, dont trois secouristes en mission.

Le président Joseph Aoun a appelé Israël à "pleinement mettre en oeuvre" le cessez-le-feu du 17 avril, avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les Etats-Unis fixent une date.

Dans un Liban plongé depuis des années dans une grave crise économique, le Programme alimentaire mondial (PAM) a averti que 1,2 million de personnes (sur 4 à 5 millions d'habitants) étaient menacées d'insécurité alimentaire aiguë.


L'armée américaine arraisonne un bateau suspecté de se diriger vers un port iranien

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien". (AFP)
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  • L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations
  • En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé mardi avoir arraisonné un navire marchand dans la mer d'Arabie, soupçonné d'avoir tenté de violer le blocus américain des ports iraniens.

Le M/V Blue Star III a été libéré par les forces américaines "après qu'elles ont procédé à une fouille et confirmé que l'itinéraire du bateau ne prévoyait pas d'escale dans un port iranien", a affirmé le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

"A ce jour, 39 navires ont été redirigés afin de garantir le respect" du blocus, a-t-il ajouté.

La publication comprenait également une vidéo montrant un hélicoptère au-dessus du navire alors que les Marines américains descendaient en rappel sur des conteneurs empilés sur le bateau.

L'Iran a bloqué le détroit d'Ormuz, voie maritime stratégique du commerce international, depuis le début de la guerre avec les Etats-Unis et Israël le 28 février, fragilisant les marchés mondiaux de l’énergie et plaçant le détroit au cœur des négociations visant à mettre fin au conflit.

En réponse, les Etats-Unis ont annoncé imposer un blocus des ports iraniens à partir du 13 avril.

Le ministre de la Défense Pete Hegseth avait affirmé aux journalistes en avril que Washington maintiendrait son blocus "aussi longtemps qu'il le faudra".

"Ce blocus s'applique à tous les navires, quelle que soit leur nationalité, en direction ou en provenance des ports iraniens", avait précisé le chef d'état-major de l'armée américaine Dan Caine, présent aux côtés de Pete Hegseth.

 

 


Donald Trump presse l'Iran de faire «vite» pour conclure un accord

 Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse. (AFP)
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  • Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril
  • Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social

TEHERAN: Donald Trump a averti mercredi que les Iraniens avaient "intérêt à devenir intelligents et vite!" au moment où les négociations entre les deux pays visant à mettre durablement fin à la guerre au Moyen-Orient sont dans l'impasse.

Le conflit, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre Téhéran, a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ses répercussions continuent de secouer l'économie mondiale.

Les conséquences se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale iranienne, le rial, a atteint mercredi un plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979, selon plusieurs sites de suivi des changes.

Et dans la capitale, certains affichent leur fatalisme.

"L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie à l'AFP Ali, un architecte de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.

"Ils partent négocier et reviennent avec encore plus de sanctions, et les discussions portent toujours sur le nucléaire: on ne parle jamais des gens, de l'économie ou de la liberté", ajoute-t-il, alors que son pays est sous le coup de sanctions internationales depuis des décennies.

"Devenir intelligents" 

Si une trêve est entrée en vigueur le 8 avril, l'Iran et les Etats-Unis n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord pour tenir de nouvelles négociations au Pakistan, pays médiateur, après une première session infructueuse le 11 avril.

Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite!", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth social.

Dans le même message est publié un photo-montage du président portant un fusil d'assaut au milieu d'un décor de guerre, avec ce commentaire : "FINI DE JOUER LES GENTILS!".

Les Etats-Unis affichent leur scepticisme sur une nouvelle proposition de Téhéran pour débloquer le détroit d'Ormuz, un passage maritime stratégique pour le commerce de pétrole et de gaz.

L'Iran le verrouille depuis le début de la guerre et les Etats-Unis imposent de leur côté un blocus aux ports iraniens.

Selon un article du site américain Axios, relayé par l'agence officielle iranienne Irna, l'offre de Téhéran vise à rouvrir le détroit et mettre fin à la guerre, repoussant à une date ultérieure les discussions sur le dossier nucléaire.

 "Plus de risques" 

Mais ce sujet reste central pour les Etats-Unis et Israël, qui accusent la République islamique de vouloir se doter de la bombe atomique - ce qu'elle dément.

Selon le Wall Street Journal (WSJ), le président américain a demandé aux responsables de la sécurité nationale de se préparer à un long blocus des ports iraniens afin de contraindre Téhéran à abandonner son programme nucléaire.

D'après le journal, M. Trump estime pouvoir forcer Téhéran à suspendre l'enrichissement de l'uranium pendant 20 ans, puis à accepter de strictes restrictions par la suite.

L'Iran réaffirme de son côté régulièrement son droit inaliénable au nucléaire civil, tout en jugeant "négociable" le taux d'enrichissement.

Selon des responsables américains cités par le WSJ, Donald Trump considère en outre que bloquer les infrastructures portuaires iraniennes permettrait de continuer à mettre sous pression l'économie iranienne et ses exportations de pétrole.

Le locataire de la Maison Blanche "a estimé que ses autres options — reprendre les bombardements ou se retirer du conflit — comportaient plus de risques que le maintien du blocus", ont indiqué ces responsables.

Téhéran a appelé de son côté Washington à renoncer à ses exigences "irrationnelles", estimant que les Etats-Unis n'étaient "plus en position de dicter leur politique à des nations indépendantes".

Audition de Hegseth 

Alors que l'Iran annonce régulièrement des arrestations ou pendaisons de personnes accusées de liens avec Israël ou les Etats-Unis, le Haut-Commissariat des droits de l'homme de l'ONU a affirmé mercredi que 21 personnes avaient été exécutées et plus de 4.000 interpellées pour des motifs politiques ou liés à la sécurité nationale depuis le début du conflit.

L'Iran n'a pas réagi dans l'immédiat à ces allégations.

Sur le front libanais, Israël, qui combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, deux personnes, dont un militaire, ont été tuées mercredi dans une nouvelle frappe israélienne dans le sud du pays, selon l'armée libanaise.

Chaque camp accuse l'autre de violer une trêve entrée en vigueur le 17 avril.

Aux Etats-Unis, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth va devoir s'expliquer mercredi sur la conduite la guerre en Iran lors de sa première audition parlementaire depuis le début du conflit.

Depuis fin février, des parlementaires démocrates et républicains ont critiqué l'exécutif américain pour le manque d'information qui leur a été fournie.