Une nouvelle lune de miel pour les liens Turquie-Israël pourrait débuter par un échange d'émissaires

La Turquie et Israël, autrefois alliés régionaux, ont expulsé leurs ambassadeurs en 2018 lorsque des dizaines de Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes au cours de manifestations le long de la frontière de Gaza. (AP/File)
La Turquie et Israël, autrefois alliés régionaux, ont expulsé leurs ambassadeurs en 2018 lorsque des dizaines de Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes au cours de manifestations le long de la frontière de Gaza. (AP/File)
Short Url
Publié le Vendredi 19 août 2022

Une nouvelle lune de miel pour les liens Turquie-Israël pourrait débuter par un échange d'émissaires

  • Le Premier ministre israélien, Yaïr Lapid, a salué cette percée diplomatique comme un «atout important pour la stabilité régionale»
  • Le timing coïncide avec les efforts des deux pays pour établir des relations dans la région, dit un analyste à Arab News

ANKARA: Israël et la Turquie ont annoncé le renforcement de leurs relations diplomatiques et le retour de leurs ambassadeurs et de leurs consuls généraux après des années de liens tendus entre les deux nations.  

Le Premier ministre israélien, Yaïr Lapid, a salué cette percée diplomatique comme un «atout important pour la stabilité régionale et une nouvelle économique très importante pour les citoyens d'Israël». 

Selon le Dr Nimrod Goren, président de l'Institut Mitvim et cofondateur de Diplomeds – le Conseil pour la diplomatie méditerranéenne –, l'annonce de ce renforcement des liens marque un succès diplomatique. 

«C'est l'aboutissement d'un processus graduel qui s'est déroulé sur plus d'un an au cours duquel Israël et la Turquie se sont efforcés de rétablir la confiance, d’ouvrir de nouveaux canaux de dialogue, d'adopter un agenda positif, de redynamiser la coopération, de faire face aux défis sécuritaires et de trouver des moyens d’intégrer les différences», a déclaré M. Goren à Arab News. 

«Sur la base de ces développements positifs, le rétablissement des relations au niveau des ambassadeurs est maintenant considéré comme une étape naturelle, peut-être même comme une étape attendue depuis longtemps», a-t-il ajouté. 

«Il était important de sceller ce geste avant que la politique interne ne s'en mêle, alors que les élections dans les deux pays approchent», a précisé M. Goren. 

Ce dernier a ajouté que le moment choisi «coïncide également avec les efforts déployés par Israël et la Turquie pour améliorer et approfondir leurs diverses relations dans la région». 

La Turquie et Israël, autrefois alliés régionaux, ont expulsé leurs ambassadeurs en 2018 lorsque des dizaines de Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes au cours de manifestations qui se sont déroulées le long de la frontière de Gaza. 

Les relations ont été complètement gelées après la mort de neuf militants turcs après un raid israélien, en 2010, sur le navire turc Mavi Marmara, qui se dirigeait vers Gaza. 

Depuis, de nombreuses tentatives ont été faites pour rétablir les liens, notamment dans le secteur de l'énergie, du commerce et du tourisme, axes de coopération stratégiques.  

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, et le président israélien, Isaac Herzog, se sont entretenus au téléphone à plusieurs reprises et M. Herzog s'est rendu à Ankara en mars dernier.  

Dans le cadre des efforts de renforcement de la confiance mutuelle, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, s'est également rendu à Jérusalem en mai, ce qui ne s’était pas produit depuis quinze ans. M. Lapid, qui était alors le ministre israélien des Affaires étrangères, lui a rendu sa visite au mois de juin. 

Les deux pays ont également coopéré dans la lutte contre le terrorisme à la suite de complots iraniens qui visaient à assassiner un homme d'affaires turco-israélien ainsi que des touristes israéliens à Istanbul. La Turquie a pris des mesures pour limiter les mouvements du Hamas sur son territoire. 

Les deux pays ont également signé un accord sur l'aviation civile le mois dernier.  

Gokhan Cinkara, un expert de l'université Necmettin Erbakan, pense que les changements dans la géopolitique régionale sont les principaux déterminants des nouveaux efforts de normalisation de la Turquie.  

«La compétition entre le statu quo et le révisionnisme dans la région est terminée. Par conséquent, chaque pays possède des alternatives et peut être remplacé, ce qui est également le cas de la Turquie. En raison de la crise économique et de l'impasse géopolitique que traverse le pays, il était inévitable que la Turquie cherche de nouvelles options», a-t-il déclaré à Arab News. 

«La nomination de diplomates permettra aux relations bilatérales de continuer à fonctionner selon une routine institutionnelle.» 

L'ambassadeur en Israël devrait être nommé prochainement. Les deux pays doivent également tenir une réunion de la commission économique conjointe au mois de septembre.  

Mevlut Cavusoglu a toutefois déclaré qu'Ankara continuerait à soutenir la cause palestinienne. 

«Malgré le nouveau chapitre des relations, Israël et la Turquie ont toujours des divergences d'opinion sur des questions politiques clés, notamment sur les relations israélo-palestiniennes et sur la Méditerranée orientale», a déclaré M. Goren. 

«Ces différences ne disparaîtront pas, mais Israël et la Turquie sont conscients de la nécessité de faire preuve de sensibilité dans leur manière de les aborder et de mettre en place des mécanismes bilatéraux pour s'engager régulièrement sur ces questions», a ajouté M. Goren. 

«Si Israël et la Turquie peuvent, d'une manière ou d'une autre, se soutenir mutuellement sur la voie de la résolution des conflits avec des pays tiers (par exemple, la Turquie avec l'Égypte, Israël avec les Palestiniens), ce sera un avantage majeur du nouveau chapitre de ces liens.» 

Alors que les relations bilatérales évoluent dans une trajectoire positive depuis la visite du président israélien, Isaac Herzog, à Ankara, Selin Nasi, représentante londonienne de l’Ankara Policy Center et chercheuse respectée sur les relations turco-israéliennes, a souligné le timing de l'échange d'émissaires.  

«La partie israélienne a pris son temps avant de comprendre qu’Ankara était sincère dans ses efforts de rapprochement», a-t-elle confié à Arab News. 

La «réponse calme et mesurée d'Ankara face aux tensions à Jérusalem et à Gaza au cours des deux derniers mois et sa pleine coopération avec les services de renseignement israéliens contre les complots iraniens qui visaient des citoyens israéliens en Turquie ont apparemment rassuré les inquiétudes d'Israël», a-t-elle ajouté. 

Mme Nasi estime que l'échange d'ambassadeurs montre la volonté de la Turquie et d'Israël de donner un cadre formel au processus de normalisation ainsi que leur volonté de passer à la phase suivante. 

«Compte tenu des élections à venir en Israël en novembre, la normalisation des liens diplomatiques est susceptible de constituer un bouclier contre l'ingérence dans la politique intérieure», a-t-elle précisé.  

Bien que la Turquie et Israël aient réussi à tourner une nouvelle page de leurs relations bilatérales, Mme Nasi pense qu'il est tout aussi important de voir ce qu'ils vont écrire dans ce nouveau chapitre. 

«Les deux pays ont beaucoup à gagner en développant leur coopération à un moment où les États-Unis déplacent leur attention et leur énergie vers la région du Pacifique et où l'Iran est sur le point de devenir une puissance nucléaire», a-t-elle fait savoir. 

«D'autre part, l'invasion russe de l'Ukraine a remis la sécurité énergétique au centre des préoccupations. Elle a ravivé l'espoir que le projet de gazoduc qui transporterait le gaz naturel israélien via la Turquie pourrait finalement se concrétiser», a-t-elle poursuivi. «Bien la question chypriote soit irrésolue, ce qui reste un obstacle de taille, tout dépend du rétablissement de la confiance politique entre les parties. Nous pourrions donc constater quelques ouvertures à l'avenir.» 

M. Goren pense qu'une relance du dialogue stratégique israélo-turc et la reprise de contacts réguliers à haut niveau aideront également les pays à atténuer les préjugés mutuels – notamment, par exemple, les liens d'Israël avec les Kurdes et les liens de la Turquie avec l'Iran – ainsi qu’à éviter les écarts d'attentes. 

«Israël et la Turquie doivent s'assurer que cette fois, contrairement à ce qui s'est passé au cours de la décennie précédente, le renforcement de leurs liens sera durable», a déclaré M. Goren. 

L'échange d'ambassadeurs a également été salué par les États-Unis. 

«L'annonce faite aujourd'hui selon laquelle Israël et la Turquie rétablissent pleinement leurs relations diplomatiques apportera davantage de sécurité, de stabilité et de prospérité à leurs peuples ainsi qu'à la région», a écrit sur Twitter Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale à la Maison Blanche.  

Mme Nasi a également souligné que les relations de la Turquie avec Israël avaient «toujours constitué un élément de ses relations avec l'Occident et avec les États-Unis en particulier». Dans le contexte de la guerre en cours en Ukraine, Ankara s'est frayé un chemin avec la Russie. » 

Selon Mme Nasi, «la normalisation des liens avec Israël peut contribuer à envoyer un message au Congrès américain, dont l'avis favorable et le soutien à la modernisation des F-16 sont précieux». 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Israël et le Liban conviennent de renouveler le cessez-le-feu

Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington. (AFP)
Short Url
  • Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration
  • Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet

WASHINGTON: Israël et le Liban ont convenu mercredi de "la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu" et de la création de "zones pilotes" sous contrôle de l'armée libanaise, selon une déclaration commune publiée à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington.

"A l'issue des négociations menées sous l'égide des Etats-Unis, Israël et le Liban ont convenu de la mise en œuvre d'un cessez-le-feu", qui sera subordonné "à l'arrêt complet des tirs du Hezbollah et à l'évacuation de tous les membres du Hezbollah du secteur du Sud-Litani", peut-on lire dans cette déclaration entre les trois parties aux négociations.

"Les deux parties ont convenu de faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif sur le territoire, à l'exclusion de tous les acteurs non étatiques", selon la même source.

Ces mesures doivent permettre de "progresser vers un accord global de paix et de sécurité".

"Tous les pays ont réaffirmé que l'avenir des relations entre Israël et le Liban devait être décidé par les deux gouvernements souverains. Ils ont rejeté toute tentative, de la part d'un État ou d'un acteur non étatique, de prendre en otage l'avenir du Liban", une référence implicite à l'Iran, accusé de soutenir le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont également convenu de participer à un nouveau round de pourparlers la semaine du 22 juin en vue d'un "accord global", ajoute la déclaration.

Plus tôt, le président Donald Trump avait insisté pour "séparer" les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Des délégations israéliennes et libanaises se sont réunies à Washington mardi et mercredi, alors que des frappes israéliennes au Liban ont fait au moins neuf morts, dont un soldat et deux secouristes.


Liban: un média d'Etat rapporte des frappes israéliennes après l'annonce d'un cessez-le-feu conditionnel

Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah. (AFP)
Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah. (AFP)
Short Url
  • Les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, se sont également mis d'accord pour "faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif"
  • Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a qualifié jeudi cet accord de "grave erreur"

BEYROUTH: Un média d'Etat libanais a fait état jeudi de plusieurs frappes israéliennes sur le sud du pays, quelques heures après l'annonce à Washington d'un accord israélo-libanais pour un cessez-le-feu  conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah.

L'Agence nationale d'information (ANI) a annoncé des frappes de drones israéliens le long de routes dans trois localités du sud du Liban, indiquant qu'au moins une d'entre elles avait fait des victimes, sans préciser s'il s'agissait de morts ou de blessés.

Quelques heures plus tôt, l'armée israélienne avait annoncé qu'une "infiltration d'appareil hostile" avait déclenché une alerte aérienne dans un village du nord d'Israël, près de la frontière avec le Liban.

Israël et le Liban sont convenus mercredi, à l'issue de deux jours de pourparlers à Washington, de la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu conditionné à un "arrêt complet" des tirs du Hezbollah et à "l'évacuation" de tous les membres du mouvement de la zone située au sud du fleuve Litani, qui coule à une trentaine de kilomètres de la frontière avec Israël.

Les deux pays, qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques, se sont également mis d'accord pour "faire avancer rapidement la mise en place de zones pilotes dans lesquelles les Forces armées libanaises exerceront un contrôle exclusif".

Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l'extrême droite, a qualifié jeudi cet accord de "grave erreur".

De son côté, Mahmoud Qomati, haut responsable du Hezbollah, avait assuré mardi que sa formation n'accepterait pas un "cessez-le-feu partiel" avec Israël.

Un accord de cessez-le-feu au Liban est entré en vigueur le 17 avril mais les deux parties ont poursuivi leurs attaques à un rythme quasi-quotidien, s'accusant mutuellement de violer la trêve.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé, plus de 600 personnes ont été tuées au Liban depuis le 17 avril.

Les frappes israéliennes ont fait 3.516 morts depuis le 2 mars, début de la guerre au Liban, et ont déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités. Côté israélien, 26 soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban.

 


Au moins 8 morts dans des frappes israéliennes sur Gaza

 Au moins huit personnes ont été tuées tôt jeudi dans des bombardements israéliens sur la ville de Gaza, a annoncé à l'AFP un porte-parole de la défense civile du territoire palestinien. (AFP)
Au moins huit personnes ont été tuées tôt jeudi dans des bombardements israéliens sur la ville de Gaza, a annoncé à l'AFP un porte-parole de la défense civile du territoire palestinien. (AFP)
Short Url
  • Cinq et deux personnes ont été tuées respectivement dans des frappes contre des appartements dans le nord-ouest et le sud-ouest de la ville de Gaza, et une autre dans un raid contre une maison dans le camp de réfugiés d'Al-Shati
  • Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025, la bande de Gaza reste le théâtre de violences, avec des frappes israéliennes quasi quotidiennes

GAZA: Au moins huit personnes ont été tuées tôt jeudi dans des bombardements israéliens sur la ville de Gaza, a annoncé à l'AFP un porte-parole de la défense civile du territoire palestinien.

Cinq et deux personnes ont été tuées respectivement dans des frappes contre des appartements dans le nord-ouest et le sud-ouest de la ville de Gaza, et une autre dans un raid contre une maison dans le camp de réfugiés d'Al-Shati, dans l'ouest de la ville, a indiqué ce porte-parole, Mahmoud Bassal.

Ces frappes ont également fait au moins 15 blessés, a-t-il ajouté.

Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis octobre 2025, la bande de Gaza reste le théâtre de violences, avec des frappes israéliennes quasi quotidiennes.

Selon le ministère de la Santé du territoire, placé sous l'autorité du mouvement islamiste palestinien Hamas, plus de 900 personnes ont été tuées depuis l'entrée en vigueur de cette trêve, conclue après deux ans de guerre déclenchée le 7 octobre 2023 par l'attaque sans précédent du Hamas contre Israël.

La première phase de la trêve a vu la libération des derniers otages israéliens de Gaza enlevés par le Hamas, en échange de Palestiniens détenus par Israël. Mais le passage à la deuxième phase, devant se traduire par le désarmement du Hamas et un retrait progressif de l'armée israélienne, semble complètement grippé.

La semaine dernière, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait déclaré avoir ordonné à l'armée de prendre le contrôle de 70% de la bande de Gaza, contre 60% contrôlé actuellement.

Fin mai, le tout nouveau chef de la branche armée du Hamas, Mohammed Odeh, a été tué par une frappe israélienne, 11 jours après l'assassinat de son prédécesseur.