Retraites: chaque camp fourbit ses armes avant une semaine tumultueuse

Des feux d'artifice sont déclenchés alors que les manifestants participent à une marche aux flambeaux organisée par les syndicats des travailleurs de la FSU et Solidaires pour protester contre le plan de réforme des retraites du gouvernement français, à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, le 2 février 2023. (Photo de Valentine CHAPUIS/AFP)
Des feux d'artifice sont déclenchés alors que les manifestants participent à une marche aux flambeaux organisée par les syndicats des travailleurs de la FSU et Solidaires pour protester contre le plan de réforme des retraites du gouvernement français, à Toulouse, dans le sud-ouest de la France, le 2 février 2023. (Photo de Valentine CHAPUIS/AFP)
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Publié le Samedi 04 février 2023

Retraites: chaque camp fourbit ses armes avant une semaine tumultueuse

  • La bataille s'engage lundi après-midi dans l'hémicycle du Palais Bourbon, après trois jours d'un examen non achevé en commission, faute de temps. Et c'est une course d'obstacles qui attend le gouvernement
  • Les députés LFI défendront d'emblée une demande de rejet de l'ensemble de la réforme, «brutale» et «injuste».Le vote sur leur motion pourrait donner quelques sueurs froides au camp présidentiel, qui a battu le rappel des troupes

PARIS: Ambiance de veillée d'armes sur la réforme des retraites: les syndicats préparent deux nouvelles journées de mobilisation, tandis qu'oppositions et majorité affûtent leurs arguments pour l'arrivée lundi du texte dans le chaudron de l'Assemblée, avec un ministre chef de file affaibli.

Un autre front a en effet été révélé vendredi soir pour Olivier Dussopt: le parquet national financier (PNF) a retenu l'infraction de "favoritisme" à l'encontre du ministre du Travail, dans une affaire liée à un cadeau d'oeuvres d'art en 2017 par une entreprise de traitement des eaux.

"Aucune corruption" ne lui est reprochée, a-t-il fait valoir auprès de l'AFP. Reste que ce dossier arrive au plus mauvais moment pour ce ministre en première ligne en défense, dans la phase qui s'ouvre au Parlement.

Dans l'opinion, la contestation va grandissante contre la réforme phare du second quinquennat Macron. Mais le gouvernement n'en démord pas: elle est "indispensable" pour "préserver notre système de retraites par répartition", a réaffirmé jeudi la Première ministre, sans dévier sur le report de l'âge de départ de 62 à 64 ans.

Elisabeth Borne s'est cependant montrée ouverte à des aménagements sur l'emploi des seniors ou les carrières longues.

Mais le bras de fer se poursuit avec l'intersyndicale, qui organise deux nouvelles journées d'action, ce mardi et samedi prochain. A entendre la cheffe du gouvernement, "on a l'impression qu'il n'y a pas en ce moment un mouvement social dans ce pays", tacle le leader de la CFDT Laurent Berger, qui appelle à encore "amplifier" la mobilisation.

Même mot d'ordre du numéro un de la CGT Philippe Martinez, qui précise: "On a conjugué un jour en semaine et un samedi, on verra sur l’ensemble des deux jours, malgré cette période de congés scolaires".

Le record historique de 2010 a été dépassé le 31 janvier: ce jour-là, les manifestations ont réuni plus de 1,27 million de personnes selon le ministère de l'Intérieur, et plus de 2,5 millions selon les syndicats. C'était déjà davantage que la première mobilisation du 19 janvier.

La locataire de Matignon a assuré cette semaine entendre les "interrogations" et "doutes", tout en renvoyant au débat parlementaire pour "enrichir" la réforme.

«gérer le tempo»

La bataille s'engage lundi après-midi dans l'hémicycle du Palais Bourbon, après trois jours d'un examen non achevé en commission, faute de temps. Et c'est une course d'obstacles qui attend le gouvernement.

Les députés LFI défendront d'emblée une demande de rejet de l'ensemble de la réforme, "brutale" et "injuste". Le vote sur leur motion pourrait donner quelques sueurs froides au camp présidentiel, qui a battu le rappel des troupes.

Puis le groupe RN portera sa demande de référendum sur la réforme, qui a elle peu de chances d'être votée par l'Assemblée.

Les députés s'attelleront ensuite aux quelque 20.000 amendements déposés sur le projet de loi, dont 13.000 par LFI. Les macronistes, qui ne disposent que de la majorité relative, ne sont pas à l'abri d'accidents de parcours.

Si l'Assemblée ne vient pas à bout des amendements d'ici le 17 février minuit, le texte pourra tout de même passer au Sénat, du fait du choix de l'exécutif de recourir à un budget rectificatif de la Sécu.

Ce temps contraint est vivement critiqué par les oppositions, qui comptent néanmoins parvenir à discuter de l'article 7 consacré au report de l'âge de la retraite.

"On va gérer la séquence, le tempo", assure le chef de file des députés PS Boris Vallaud, qui veut avec l'alliance Nupes prendre le temps de "faire surgir ce qu’on entend partout sur le territoire dans l’hémicycle".

Les yeux rivés sur ce vote, les centrales syndicales espèrent le rejet de cet article totémique. Laurent Berger attend ainsi du Parlement "qu'il dise +ce n’est pas raisonnable, dans cette conflictualité sociale (...) de reporter de 62 à 64 ans l’âge de départ".

La majorité présidentielle, qui serre les rangs malgré les hésitations de certains, ne peut compter que sur l'appui des LR. "Je souhaite voter cette réforme", a redit le patron du parti Eric Ciotti, vantant d'avoir "obtenu une avancée essentielle sur les petites retraites" et mettant la pression désormais sur le sujet des carrières longues.

De son côté, Elisabeth Borne "n'envisage pas" l'hypothèse de dégainer comme à l'automne l'arme constitutionnelle du 49.3 pour faire passer sa réforme sans vote, mais cet outil est dans toutes les têtes.

Gouvernement et majorité en sortiraient "politiquement affaiblis", admet la députée Stéphanie Rist (Renaissance), rapporteure du projet de loi.


Macron se rendra au Vatican les 9 et 10 avril pour rencontrer Léon XIV

Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi au palais d'Akasaka à Tokyo, le 1er avril 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron s'exprime lors d'une conférence de presse avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi au palais d'Akasaka à Tokyo, le 1er avril 2026. (AFP)
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  • Les discussions porteront sur les défis liés à l’actualité internationale, en présence de Brigitte Macron

PARIS: Emmanuel Macron se rendra les 9 et 10 avril au Vatican où il rencontrera pour la première fois le pape Léon XIV, a annoncé mercredi la présidence française.

Le chef de l'Etat, accompagné de son épouse Brigitte, abordera notamment "les défis soulevés par l'actualité internationale", a souligné la présidence française.


Carburants: Lecornu veut utiliser le "surplus" de recettes fiscales pour décarboner l'économie

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu réagit lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à Paris, le 31 mars 2026. (AFP)
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  • Le gouvernement français privilégie une stratégie à long terme : utiliser les surplus fiscaux liés à la hausse des carburants pour accélérer l’électrification, plutôt que baisser immédiatement les taxes
  • La flambée des prix de l’énergie alimente un fort débat politique : l’opposition réclame baisses de taxes, plafonnement ou aides ciblées, tandis que l’exécutif maintient une ligne de rigueur budgétaire et d’aides limitées

PARIS: Les carburants sont le gros morceau d'une réunion mercredi du gouvernement de Sébastien Lecornu, qui promet d'utiliser certaines des recettes fiscales supplémentaires liées à la flambée des prix pour électrifier l'économie et maintient sa prudence sur des mesures massives d'allègement à court terme de la facture des usagers.

L'envolée des prix de l'énergie devient un thème politique de plus en plus brûlant après plus d'un mois de guerre au Moyen-Orient et dans un climat de pré-campagne présidentielle.

Avant cette réunion au parfum de Conseil des ministres qui a débuté à Matignon à 10H30, le chef du gouvernement a donné "instruction" à ses ministres d'identifier les actions prioritaires pour électrifier l'économie et moins dépendre des hydrocarbures importés. Il a suggéré de les financer par les "surplus" des recettes fiscales générées par la hausse des prix des carburants.

Le ministre de l'Economie Roland Lescure est ainsi chargé de mettre en place, dans les prochaines semaines, une offre de location de véhicules électriques "dédiée à certaines professions" qui utilisent beaucoup leur voiture pour aller travailler, comme les infirmiers libéraux ou les aides-soignants.

De son côté, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l'Energie Maud Bregeon s'est défendue de l'idée d'un Etat "profiteur" de crise, ce dont l'accuse le Rassemblement national.

"L'Etat ne s'enrichit jamais sur le dos d'une crise, parce qu'entre la perte de croissance, la perte de consommation, les aides que vous déployez (...), vous n'êtes jamais gagnant" mais s'il existe des surplus ponctuels, "ils doivent aller sur ces réponses structurelles", a-t-elle expliqué sur TF1.

- "Long terme" -

Il s'agit d'une réponse de "long terme", a-t-elle assumé, en indiquant que "moins de 10%" des stations-service rencontraient actuellement des problèmes d'approvisionnement.

Le gouvernement peine à répondre à la flambée des prix à la pompe qui grimpent au fur et à mesure que la guerre au Moyen-Orient se prolonge.

Il a jusqu'ici refusé de réduire la fiscalité sur les carburants, mesure demandée par le RN.

A droite, le chef des députés LR Laurent Wauquiez a réclamé sur France 2 que le surplus de recettes fiscales, qu'il évalue "entre deux et trois milliards" d'euros depuis le début de la crise soit "redonné aux automobilistes sous forme de baisse de taxes".

Marine Le Pen pour le RN a manié l'ironie sur X. "Je croyais qu’il n’y avait pas de +surplus+ fiscal ?" et "qu’il n’existait aucun risque de pénurie ?".

A gauche, La France insoumise réclame le blocage des prix, comme le Parti communiste. "On doit plafonner les prix à 1,60 euros le temps que la crise passe", a plaidé sur France Inter son secrétaire national Fabien Roussel.

Le Parti socialiste demande de son côté "des mesures ciblées sur les ménages les plus vulnérables".

Le prix du litre de gazole a battu un record absolu la semaine dernière. Et le SP95-110, l'essence la plus consommée, a atteint mercredi la barre symbolique des 2 euros le litre.

- "Sur-profits" -

Contraint à la discipline budgétaire pour maintenir le déficit à 5% du Produit intérieur brut cette année, l'exécutif refuse de baisser les taxes sur les carburants, une mesure réclamée par le RN jugée trop onéreuse.

Afin de pallier les difficultés de trésorerie des secteurs les plus touchés - pêche, agriculture, transports -, il a seulement concédé des aides "ciblées", éventuellement reconductibles, représentant au total près de 70 millions d'euros mensuels.

Sans pour autant calmer les transporteurs, décidés à se mobiliser toute la semaine, ni les agriculteurs dont le premier syndicat, la FNSEA, a été reçu lundi par Sébastien Lecornu, qui a promis de nouvelles aides si le conflit s'éternisait.

Malgré une baisse plus forte qu'attendue du déficit en 2025, à 5,1% au lieu de 5,4%, Sébastien Lecornu a prévenu qu'il voulait tenir l'effort de maîtrise des finances publiques en 2026 "quoi qu'il arrive", laissant peu d'espoir à ceux qui réclament davantage de soutien, à l'instar des syndicats qui ont remis de la pression mardi.

L'ONG Greepeace a accusé dans une étude publiée mercredi, les compagnies pétrolières de réaliser plus de 80 millions d'euros de "sur-profits" par jour, dans les pays de l'UE depuis le début de la guerre, grâce à une augmentation de leurs marges.

Outre les carburants, les ministres discuteront du calendrier parlementaire, très restreint pour cause d'élections sénatoriales en septembre, et de mesures de simplification visant à rendre l'Etat plus efficace.

Avant d'être rattrapé par l'énergie, le chef du gouvernement avait prévu, à la sortie des municipales, d'axer son discours sur le régalien: l'effort militaire, la sécurité et la justice.


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
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  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.