L'alliance tactique Al-Qaïda-Iran dévoilée par un rapport de l'ONU

Cette image combinée montre une photo du FBI de Saif al-Adel qui est recherché, en lien avec les attentats à la bombe contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998 (en haut à gauche), Al-Adel dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan en 2000 (au-dessus), et le suspect terroriste photographié à Téhéran en 2012 (en bas à gauche). (Photo fournie, Getty Images)
Cette image combinée montre une photo du FBI de Saif al-Adel qui est recherché, en lien avec les attentats à la bombe contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998 (en haut à gauche), Al-Adel dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan en 2000 (au-dessus), et le suspect terroriste photographié à Téhéran en 2012 (en bas à gauche). (Photo fournie, Getty Images)
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Publié le Samedi 25 février 2023

L'alliance tactique Al-Qaïda-Iran dévoilée par un rapport de l'ONU

  • Le rapport indique que l'ancien colonel des forces spéciales égyptiennes a joué un rôle direct dans de nombreux complots meurtriers
  • Le régime iranien rejette l'accusation et affirme que la «désinformation» pourrait «potentiellement entraver les efforts de lutte contre le terrorisme»

WASHINGTON: Pendant deux décennies, le monde entier a été menacé par un groupe insidieux qui, à son apogée, a coûté la vie à des milliers de personnes par une série d'attentats à la bombe et d'attaques, dont les événements du 11 septembre 2001, demeurant à ce jour l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire.

Al-Qaïda, qui figurait autrefois parmi les principales menaces terroristes dans le monde, a largement perdu de son importance ces dernières années, le dernier attentat dont il a revendiqué la responsabilité étant une fusillade survenue en 2019 dans une base aéronavale de Floride, qui a fait trois morts et huit blessés.

Après que son fondateur et chef Oussama ben Laden a été abattu lors d'un raid américain au Pakistan en 2011, que son successeur Ayman al-Zawahiri a été tué par un drone américain en Afghanistan l'année dernière et que de nombreux autres hauts responsables ont été traqués, arrêtés ou tués, il semblait que le groupe n'avait plus aucun endroit où se cacher.

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Image combinée montrant le chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden (à gauche) et son successeur Ayman al-Zawahiri, qui ont été tués par des agents antiterroristes américains le 2 mai 2011 et le 31 juillet 2022. (Photo, AFP)

Toutefois, cette présomption a changé avec un rapport de l'ONU publié en début de semaine. Préparé par les experts de l'ONU, ce rapport conclut que Saif al-Adel, ancien colonel des forces spéciales égyptiennes et l'un des derniers lieutenants survivants de Ben Laden, est désormais le «leader de facto» du groupe terroriste international.

L'importance du rapport ne se limite toutefois pas à l'identification du nouveau chef d'Al-Qaïda. Il a révélé l'une des raisons pour lesquelles Al-Adel a réussi à rester en vie si longtemps: L'abri qui lui a été offert par le gouvernement iranien à Téhéran.

Al-Adel est l'un des premiers membres du groupe terroriste, ayant quitté l'Égypte pour l'Afghanistan en 1988. Là, il a rejoint le Maktab al-Khadamat, un précurseur d'Al-Qaïda fondé notamment par Ben Laden et Al-Zawahiri. Ayant été un expert en explosifs dans l'armée égyptienne, Al-Adel a formé des membres des Talibans après la fin de la guerre soviéto-afghane.

Là, il s'est régulièrement entretenu avec Ben Laden et Khalid Cheikh Mohammed, un homme qualifié de «principal architecte des attentats du 11 septembre», selon le rapport de la Commission du 11 septembre.

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Al-Adel a fini par fuir l'Afghanistan à la fin de 2001 et s'est installé en Iran voisin à la suite de l'intervention militaire américaine dans ce pays. Les rapports indiquent que, bien qu'il soit officiellement assigné à résidence à Téhéran, il a bénéficié d'une liberté relative pour se rendre au Pakistan et rencontrer des membres haut placés d'Al-Qaïda depuis 2010 environ.

Le rapport de l'ONU, fondé sur les renseignements fournis par les États membres, permet de mieux comprendre où se trouve Al-Adel. Sa présence en Iran, un pays qui, techniquement, prétend être catégoriquement opposé à Al-Qaïda et à ses ramifications, a permis à l'organisation terroriste d'éviter son éradication totale.

«Il est très important que Saif al-Adel, aujourd'hui chef d'Al-Qaïda, vive et opère à partir de Téhéran. Le gouvernement iranien a fait le calcul astucieux qu'en accueillant et en admettant Al-Qaïda, il peut à la fois contrôler le groupe et renforcer ses efforts dans le but d’attaquer les ennemis de l'Iran», a révélé Gabriel Noronha, ancien haut responsable du département d'État américain, à Arab News.

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EN BREF

En 2021, Mike Pompeo, à l’époque secrétaire d'État américain, a déclaré: «Téhéran a permis à Al-Qaïda de collecter des fonds, de communiquer librement avec les membres d'Al-Qaïda dans le monde entier et d'exécuter de nombreuses autres fonctions qui étaient auparavant dirigées depuis l'Afghanistan ou le Pakistan.»

D'autres responsables américains pensent que la relation entre l'Iran et Al-Qaïda est de nature transactionnelle, aidant le groupe terroriste lorsque cela convient aux objectifs des dirigeants et le réprimant à d'autres moments

Al-Adel a joué un rôle direct dans plusieurs complots meurtriers, notamment la planification des attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades américaines de Dar es-Salam et de Nairobi, qui ont fait plus de 200 morts. Les services de renseignement américains et saoudiens maintiennent qu'Al-Adel, alors qu'il était basé à Téhéran, a fourni des instructions pour l'attentat terroriste de 2003 contre trois complexes résidentiels distincts dans la capitale saoudienne, Riyad, qui a fait 39 morts.

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Vue de l'ambassade des États-Unis à Nairobi, au Kenya, quelques jours après l'attentat à la voiture piégée qui a tué au moins 280 Kényans et 12 Américains le 7 août 1998. (Photo, AFP /Archives)

Désormais considéré comme le haut commandant d'Al-Qaïda, Al-Adel utilise la sécurité relative de sa base d'opérations en Iran pour maintenir la viabilité du groupe terroriste à un moment où il a perdu ses sanctuaires dans d'autres parties du monde.

«Le département d'État américain a révélé en janvier 2021 que l'Iran avait fourni à Al-Adel et à Al-Qaïda une base d'opérations et un soutien logistique, comme la fourniture de passeports, pour faciliter les complots terroristes d'Al-Qaïda. S'ils sont laissés à eux-mêmes, ils vont absolument commencer à mener d'autres attaques terroristes dans le monde. Pour l'instant, ils se regroupent, se dotent de plus de ressources, de recrues et de capacités», a souligné Noronha.

En 2020, un proche associé d'Al-Adel, Abou Mohammed al-Masri, aurait été éliminé par des agents israéliens à Téhéran. Al-Adel reste toutefois en liberté.

Les capacités tactiques et l'expertise d'Al-Adel ont contribué à propulser Al-Qaïda sous les feux de la rampe internationaux en tant que l'une des entités terroristes les plus dangereuses au monde et sa présence en Iran ne serait pas possible sans une autorisation au plus haut niveau.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran a utilisé la présence d'Al-Qaïda dans la région — ainsi que celle de Daech, un groupe dissident de la branche irakienne et syrienne d'Al-Qaïda — pour justifier l'expansion des forces soutenues par l'Iran en Irak, en Syrie et ailleurs au Moyen-Orient.

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Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran arborent les drapeaux lors d'un exercice militaire. (Photo, AFP)

Toutefois, les experts estiment qu'il s'agit là d'un exercice manifeste d'hypocrisie de la part de Téhéran. Les responsables iraniens ont souvent mené des campagnes paramilitaires et des opérations militaires pour dominer la gouvernance en Irak et en Syrie sous couvert de lutte contre Al-Qaïda et Daech.

«Les Iraniens accusent sans cesse Washington, de manière absurde, d'avoir créé Daech pour les attaquer et de continuer à soutenir Daech, a déclaré à Arab News Fred Kagan, chercheur à l'American Enterprise Institute. «Et ce, même si les Iraniens eux-mêmes ont bénéficié des vastes opérations américaines de contre-terrorisme sans lesquelles Daech disposerait toujours d'un califat territorial vaste et puissant.»

«L'hypocrisie de la République islamique ressort vraiment, alors qu'il devient de plus en plus clair que Téhéran a hébergé un très haut dirigeant d'Al-Qaïda  pendant de nombreuses années», a-t-il ajouté.

Selon les responsables des services de renseignement occidentaux, l'Iran a également réussi à jouer sur les deux tableaux en tentant de faire croire que le CGRI et ses mandataires luttent contre le terrorisme, tout en permettant en réalité l'expansion et les activités d'Al-Qaïda et facilitant le passage d'un certain nombre d'agents importants d'Al-Qaïda de l'Asie du Sud vers la Syrie.

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Des combattants du Front Al-Nusra, affilié au groupe Al-Qaïda en Syrie, défilent dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmuk, au sud de Damas, le 28 juillet 2014. (Photo, AFP)

Un communiqué de presse du département du Trésor datant de 2012 indiquait que le chef du réseau iranien d'Al-Qaïda à l’époque, Mohsin al-Fadlhi, dirigeait «un réseau central» de financement et de combattants qui étaient envoyés en Syrie. David S. Cohen, le sous-secrétaire américain au terrorisme et aux renseignements financiers de l'époque, a confirmé ce qu'il a appelé «la complicité permanente de l'Iran dans le fonctionnement de ce réseau.»

Al-Fadhli lui-même a été tué dans une frappe aérienne américaine dans le gouvernorat d'Idlib en Syrie en 2015. Le récent rapport de l'ONU a relancé la conversation publique sur la profondeur des relations entre l'Iran et Al-Qaïda pendant des années.

Un rapport du groupe à but non lucratif United Against a Nuclear Iran a dévoilé: «Une lettre interceptée qui aurait été envoyée au CGRI en 2008 par Ayman al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaïda à l’époque, a révélé l’existence d’une relation encore plus profonde qu'on ne le croyait entre l'Iran et Al-Qaïda.» 

Le motif de l'Iran semble avoir une portée plus large. Pendant un certain temps, Al-Qaïda a représenté une menace sérieuse pour les États arabes du Golfe, le Levant et l'Afrique du Nord et a pu établir diverses «franchises» en Afrique subsaharienne.

«La République islamique d'Iran veut affaiblir et diviser les gouvernements sunnites. Quelle meilleure façon d'y parvenir qu'en donnant du pouvoir aux factions sunnites les plus radicales afin qu'elles puissent miner les gouvernements de l'intérieur?», a avisé Noronha.

Dans des commentaires adressés au site Web d'information de Voice of America, Edmund Fitton-Brown, ancien haut fonctionnaire de l'ONU chargé de la lutte contre le terrorisme et aujourd'hui conseiller auprès du projet à but non lucratif Counter Extremism Project, a déclaré: «La présence d'Al-Qaïda en Iran est une sorte de carte que les Iraniens possèdent. Ils ne sont pas tout à fait certains de la manière ou du moment où ils pourraient la jouer, mais... c'est quelque chose qu'ils ont considéré comme ayant une valeur potentielle.»

Sans surprise, l'Iran continue de nier ses relations avec Al-Qaïda. Rejetant le rapport de l'ONU, la mission permanente du pays auprès de l'ONU à New York a déclaré le 13 février: «Il convient de mentionner que l'adresse du soi-disant chef d'Al-Qaïda nouvellement nommé est incorrecte.» Qualifiant ces conclusions de «fausses informations», les Iraniens ont déclaré qu'elles pouvaient «potentiellement entraver les efforts de lutte contre le terrorisme».

Bien entendu, révéler publiquement l'étendue du soutien apporté par la force d’Al-Quds, l'organe extraterritorial de guerre non conventionnelle et de renseignement militaire de l'Iran, à un groupe qui a tué des milliers de musulmans sunnites et chiites dans le monde entier, serait politiquement embarrassant et divulguerait une part de cynisme dans l'idéologie directrice du régime.

Le rapport de l'ONU rappelle que tandis qu’Al-Qaïda est confronté à l'insignifiance et à la diminution de ses dirigeants, un refuge à Téhéran lui a offert une bouée de sauvetage souhaitable.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

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Yémen : l’aide vitale de 346 millions de dollars accordée par l’Arabie saoudite

L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
L’Arabie saoudite soutient l’économie du Yémen depuis des années à travers une réhabilitation économique progressive, incluant des projets d’infrastructure, de santé et d’énergie, ainsi que des initiatives humanitaires. (Saba)
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  • Un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens vise les salaires, les pénuries de liquidités et la stabilité de l’État à un moment charnière pour le gouvernement d’Aden
  • Le soutien économique renforce la dynamique des réformes et positionne la sécurité comme fondement du redressement à long terme du Yémen

​​​​​​LONDRES : Lorsque Riyad a annoncé mercredi un nouveau programme de 1,3 milliard de riyals saoudiens (346,6 millions de dollars) pour soutenir le budget du gouvernement yéménite, les salaires et les coûts opérationnels, il s’agissait de bien plus qu’un simple geste financier. Cela réaffirmait une doctrine constante : la diplomatie par la stabilisation économique.

L’engagement militaire et humanitaire de l’Arabie saoudite au Yémen attire depuis longtemps l’attention internationale. Pourtant, son rôle économique — à travers un soutien budgétaire direct, des dépôts et de vastes projets de développement — a été tout aussi central dans l’orientation du fragile chemin du pays vers la reprise.

Cette dernière aide traduit la conviction de Riyad que la stabilité budgétaire est le socle d’un progrès politique et sécuritaire durable.

Le Royaume a déployé de nombreuses initiatives économiques et humanitaires ces dernières années.

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Des soldats gouvernementaux circulent à l’arrière d’un pick-up dans la ville portuaire de Mukalla, sur la mer d’Arabie. (Reuters/File)

Le projet Masam, programme de déminage financé par l’Arabie saoudite et lancé en juin 2018 sous l’égide de KSrelief en partenariat avec le Centre exécutif yéménite de lutte antimines, a permis de neutraliser plus de 450 000 engins explosifs.

En septembre 2025, KSrelief et l’agence des Nations unies pour les migrations, Organisation internationale pour les migrations (OIM), ont lancé deux projets d’un montant total de 4,45 millions de dollars : l’un remplaçant l’acheminement coûteux d’eau par camion à Ma’rib par des systèmes d’approvisionnement permanents, l’autre réhabilitant des établissements scolaires à Aden, Lahj et Taëz pour les communautés affectées par le conflit.

Cela s’appuie sur le portefeuille du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen (SDRPY), qui comprend des centaines de projets d’infrastructure couvrant l’éducation, la santé, l’eau, l’énergie, les transports, l’agriculture, la pêche et le renforcement des capacités institutionnelles, offrant une bouée de sauvetage à des millions de personnes au cœur de ce que l’ONU qualifie souvent de pire crise humanitaire au monde.

Cependant, cette orientation, impulsée par les dirigeants saoudiens et mise en œuvre par le SDRPY, intervient à un tournant pour la gouvernance yéménite.

Fraîchement remanié à la suite de récents changements à sa tête, le pays fait face à de graves tensions économiques. Les institutions publiques sont confrontées à de sévères pénuries de liquidités et à des arriérés de salaires qui menacent d’éroder la confiance déjà fragile envers l’État.

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Des habitants se promènent dans le marché traditionnel de Mukalla, dans le Hadramout, au Yémen. (Reuters/File)

Le programme du SDRPY vise à renforcer la stabilité économique, financière et monétaire, à améliorer les capacités gouvernementales, la gouvernance et la transparence, et à donner au secteur privé les moyens de stimuler une croissance durable.

Avec un produit intérieur brut de seulement 19 à 20 milliards de dollars, classé environ au 125e rang mondial, ce plan entend relancer une économie yéménite exsangue et briser le cercle vicieux où l’effondrement alimente la dépendance à l’aide, rendant l’État quasiment ingouvernable.

« Il ne fait aucun doute que le récent soutien saoudien au gouvernement yéménite intervient à un moment important, après la formation du nouveau gouvernement dirigé par le Dr Shaea Al-Zandani et son retour dans la capitale provisoire Aden pour gérer les affaires depuis l’intérieur du pays », a déclaré l’analyste du Golfe Abdulhadi Al-Habtoor à Arab News.

« Comme l’a annoncé le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, ce soutien vise à couvrir les dépenses opérationnelles et les salaires, répondant aux besoins urgents du gouvernement yéménite.

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Un Yéménite déplacé pose pour un portrait avec ses filles dans leur abri à l’intérieur d’un camp à Marib, au Yémen. (Reuters/File)

« À mon avis, cette aide permettra également au gouvernement de poursuivre les réformes économiques engagées récemment, en mettant l’accent sur la transparence, la lutte contre la corruption et l’unification des recettes de l’État sous l’autorité de la banque centrale yéménite. »

La masse salariale publique du Yémen — pilier vital de toute société — s’est presque effondrée. Enseignants, soldats, personnels médicaux et fonctionnaires dans les zones contrôlées par le gouvernement ont passé des mois sans être payés.

Même lorsque les salaires sont versés, la forte dépréciation du rial yéménite en a érodé la valeur, contraignant les familles à emprunter, vendre leurs biens ou sauter des repas pour survivre.

Sur le plan économique, le programme cible le défi structurel le plus grave du Yémen : l’incapacité à rémunérer régulièrement environ un demi-million de fonctionnaires.

Des responsables saoudiens ont indiqué que les fonds soutiendront le volet salarial du budget yéménite, garantiront des décaissements réguliers et poseront les bases d’une stabilité financière à long terme.

« Le Yémen demeure la priorité régionale numéro un de l’Arabie saoudite », a affirmé Salman Al-Ansari, chercheur saoudien en géopolitique, à Arab News. « L’Arabie saoudite est le principal partenaire humanitaire et de développement du Yémen dans le monde, ayant fourni plus de 20 milliards de dollars d’aide au cours de la dernière décennie.

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KSrelief distribue 390 bons d’habillement dans la province de Lahj, au Yémen. (KSrelief)

« Plus de deux millions de Yéménites vivent et travaillent dans le Royaume, reflétant les liens humains profonds entre nos peuples. Le paiement des salaires à nos frères et sœurs au Yémen n’est qu’un volet d’un engagement saoudien plus large visant à aider les Yéménites à reconstruire leur vie et à restaurer la stabilité. »

Les implications dépassent la seule question des salaires. En injectant des liquidités dans les différentes régions du Yémen, le programme vise à restaurer le pouvoir d’achat, stabiliser les revenus des ménages et raviver la confiance dans les marchés locaux.

À terme, cela pourrait relancer les petites entreprises, renforcer les chaînes d’approvisionnement et affaiblir les économies parallèles contrôlées par des milices et des réseaux informels — apportant un semblant de normalité à un pays où le désespoir semblait omniprésent.

« Il ne faut pas oublier que ce soutien saoudien intervient après les récents événements dans l’est du Yémen (Hadramout et Al-Mahra) et les troubles provoqués par le Conseil de transition du Sud avant sa dissolution — des développements qui ont eu un impact négatif sur les conditions de vie des habitants », a ajouté Al-Habtoor.

« Ce dernier soutien devrait rétablir la normalité dans les provinces libérées, renforcer l’unité des rangs du gouvernement légitime et consolider les efforts pour faire face au groupe terroriste houthi, qui contrôle toujours la capitale yéménite, Sanaa. »

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De la fumée s’élève après une frappe aérienne de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite dans le port sudiste de Mukalla, au Yémen. (SABAA/Reuters)

L’approche de Riyad se distingue par sa continuité.

Depuis 2012, l’Arabie saoudite a injecté environ 12,6 milliards de dollars d’aide économique au Yémen — sous forme de dépôts à la banque centrale, de transferts monétaires et de subventions directes — afin d’éviter un effondrement budgétaire et de freiner la spirale inflationniste qui a sapé la gouvernance locale.

Cette aide s’inscrit dans le récit régional central du Royaume : sécurité et développement sont indissociables.

Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a récemment souligné que le soutien de Riyad « incarne l’engagement du Royaume à renforcer la sécurité et la stabilité et à contribuer à bâtir un avenir meilleur pour le Yémen et son peuple ».

Cette logique façonne une grande partie de la stratégie actuelle de l’Arabie saoudite au Yémen : privilégier une réhabilitation économique progressive — via un soutien en liquidités et des projets ciblés — plutôt que de vastes promesses de reconstruction.

La déclaration du ministère de la Défense en janvier indiquant que l’Arabie saoudite avait lancé 28 projets de développement d’une valeur de 1,9 milliard de riyals dans des secteurs clés tels que la santé, l’énergie et l’éducation a consolidé cette approche intégrée : stabiliser les services essentiels tout en redynamisant les infrastructures publiques.

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Un projet du Programme saoudien pour le développement et la reconstruction du Yémen. (SDRPY)

Au Yémen, de telles mesures revêtent un poids social et politique profond. Des salaires réguliers et un financement opérationnel signalent une forme de légitimité, maintenant les employés publics liés à l’appareil d’État et empêchant l’érosion de la gouvernance.

Dans un paysage longtemps marqué par l’autorité fragmentée, la continuité financière devient un acte simple mais essentiel de construction étatique.

Les critiques soulignent toutefois que l’ampleur des besoins dépasse largement le montant de l’aide. L’économie yéménite — fonctionnant à une fraction de sa capacité d’avant-guerre, confrontée aux blocages des exportations pétrolières, aux flambées inflationnistes et à la baisse du soutien des donateurs — devrait se contracter de 1,5 % en termes réels en 2025 et demeure institutionnellement divisée.

Cependant, du point de vue de Riyad, la stabilisation à court terme doit précéder le changement structurel, une philosophie qui fait écho à ses propres doctrines économiques internes, où les marges budgétaires ouvrent la voie à la diversification.

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Une clinique médicale mobile de KSrelief à Hajjah, au Yémen. (KSrelief)

Le soutien de 346 millions de dollars agit ainsi sur deux fronts étroitement liés : une bouée humanitaire pour des millions de personnes confrontées à l’insécurité salariale, et une ancre géopolitique préservant la souveraineté du Yémen face à un effondrement supplémentaire.

Les analystes y voient une diplomatie calibrée : moins une aide transactionnelle qu’un leadership soutenu dans un voisinage volatil vital pour les intérêts saoudiens.

Alors que le Yémen entame une nouvelle année d’incertitudes, le dernier soutien de l’Arabie saoudite ne résoudra peut-être pas la crise, mais il réaffirme un principe devenu central dans la politique étrangère de Riyad : l’endurance économique est la pierre angulaire de la sécurité.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Echange de 86 détenus entre Damas et des factions druzes à Soueïda

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange. (AFP)
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  • Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile
  • Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas"

SYRIE: Le gouvernement syrien et des factions druzes de la province méridionale de Soueïda ont procédé jeudi à un échange de 86 détenus, a indiqué le Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

Ces hommes étaient détenus depuis les violences meurtrières survenues à l'été 2025 dans ce bastion des druzes, une minorité arabophone professant une foi issue d'un islam hétérodoxe.

Soueïda reste le dernier grand territoire échappant au contrôle des troupes de Damas, qui consolide son autorité sur le pays morcelé par près de 14 ans de guerre civile.

Dans un communiqué, le CICR a précisé avoir "facilité la libération de 86 détenus entre Damas et Soueïda: 61 ont été transférés vers Soueïda et 25 vers Damas".

Une source druze avait indiqué mardi à l'AFP que des négociations, sous médiation américaine, étaient en cours entre le gouvernement syrien et un dignitaire religieux druze pour finaliser l'accord d'échange.

A un point de contrôle de la localité d'Al-Mtouna, dans le nord de la province et sous contrôle gouvernemental, une équipe de l'AFP a vu deux bus transportant des détenus en provenance de la prison d'Adra, près de Damas.

Escortés par les forces syriennes et le CICR, ils ont pris la route de Soueïda, accompagnés d'une ambulance et d'un véhicule de la Croix-Rouge.

Peu après, un bus transportant des membres des forces de sécurité et de l'armée détenus par la Garde nationale - faction armée druze de Soueïda - est arrivé.

Le chef du CICR en Syrie, Stephan Sakalian, a dit espérer que l'opération ouvre la voie à d'autres libérations et à un dialogue sur le sort des personnes portées disparues depuis les violences de juillet.

Des affrontements avaient alors opposé combattants druzes et bédouins sunnites avant l'intervention des forces de sécurité et de tribus venues d'autres régions pour prêter main forte aux bédouins.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), ces violences ont fait plus de 2.000 morts, dont 789 civils druzes. Elles ont été marquées par des exactions et des exécutions sommaires visant cette minorité, d'après des témoignages de survivants et des ONG.

Après la fin de l'échange, Tarek al-Maghoush, chargé du dossier au sein de la Garde nationale, a parlé de négociations indirectes "difficiles".

Le porte-parole de la Garde nationale, Talal Amer, a déclaré à l'AFP que les négociations s'étaient déroulées via les Etats-Unis et "sous la supervision" d'Israël, pays qu'il a remercié pour son "soutien total" lors des violences.

En 2025, Israël, où vivent plus de 150.000 druzes, était intervenu en Syrie en bombardant les forces gouvernementales au nom de la défense de la communauté druze dans le pays voisin.

Un cessez-le-feu est entré en vigueur le 20 juillet, mais la situation demeure tendue et l'accès à Soueïda difficile.

Des habitants accusent le gouvernement d'imposer un siège aux zones hors de son contrôle, qui accueillent des dizaines de milliers de déplacés, ce que dément Damas. Plusieurs convois d'aide ont toutefois pu entrer depuis.


Israël vise à imposer «un changement démographique permanent» en Cisjordanie et à Gaza, selon l'ONU

Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk. (AFP)
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  • "Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève
  • Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens

GENEVE: Les actions menées par Israël en Cisjordanie occupée et dans la bande de Gaza visent à imposer "un changement démographique permanent" dans ces territoires palestiniens, a affirmé jeudi le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk.

"Prises dans leur ensemble, les actions d'Israël semblent viser à opérer un changement démographique permanent à Gaza et en Cisjordanie, suscitant des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique", a déclaré M. Türk dans un discours à Genève.

Il a souligné notamment que les opérations militaires israéliennes menées depuis janvier 2025 dans le nord de la Cisjordanie avaient entraîné le déplacement de 32.000 Palestiniens.

"Les forces de sécurité israéliennes continuent à faire un usage non nécessaire et disproportionné de la force" en Cisjordanie, a ajouté M. Türk.

Les violences ont flambé en Cisjordanie occupée depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

M. Türk a indiqué que, selon des chiffres vérifiés par son bureau, 1.020 Palestiniens avaient été tués depuis cette date "par les forces de sécurité israéliennes" en Cisjordanie.

Pendant la même période, 45 Israéliens, y compris des soldats, ont été tués lors d'attaques palestiniennes, selon les chiffres officiels israéliens.

Le gouvernement israélien a annoncé depuis le début février une série de mesures visant à renforcer son contrôle sur la Cisjordanie, occupée par Israël depuis 1967, en facilitant notamment l'achat de terre par des Israéliens.

Ces mesures ont suscité de nombreuses condamnations à l'international. Une haute responsable de l'ONU a estimé qu'elles équivalaient à une "annexion progressive de facto".

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme a par ailleurs souligné que depuis le début du cessez-le-feu dans la bande de Gaza, le 10 octobre 2025, "des attaques israéliennes ont tué plus de 600 Palestiniens et en ont blessé plus de 1.600, selon le ministère palestinien de la Santé" de ce territoire.

"N'importe où ailleurs, cela serait considéré comme une crise majeure", a-t-il affirmé.

La quasi-totalité des plus de deux millions d'habitants de Gaza ont été déplacés au moins une fois depuis le début de la guerre, qui a réduit en ruines une grande partie du territoire.

"L'intensification des attaques, la destruction méthodique de quartiers entiers, (...) le refus d'apporter une aide humanitaire (...) conjugués aux transferts forcés qui semblent viser à un déplacement permanent, suscitent des inquiétudes quant à un nettoyage ethnique à Gaza et en Cisjordanie", avait écrit le Haut-Commissariat dans un rapport la semaine dernière.