L'alliance tactique Al-Qaïda-Iran dévoilée par un rapport de l'ONU

Cette image combinée montre une photo du FBI de Saif al-Adel qui est recherché, en lien avec les attentats à la bombe contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998 (en haut à gauche), Al-Adel dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan en 2000 (au-dessus), et le suspect terroriste photographié à Téhéran en 2012 (en bas à gauche). (Photo fournie, Getty Images)
Cette image combinée montre une photo du FBI de Saif al-Adel qui est recherché, en lien avec les attentats à la bombe contre les ambassades américaines en Tanzanie et au Kenya en 1998 (en haut à gauche), Al-Adel dans un camp d'entraînement d'Al-Qaïda en Afghanistan en 2000 (au-dessus), et le suspect terroriste photographié à Téhéran en 2012 (en bas à gauche). (Photo fournie, Getty Images)
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Publié le Samedi 25 février 2023

L'alliance tactique Al-Qaïda-Iran dévoilée par un rapport de l'ONU

  • Le rapport indique que l'ancien colonel des forces spéciales égyptiennes a joué un rôle direct dans de nombreux complots meurtriers
  • Le régime iranien rejette l'accusation et affirme que la «désinformation» pourrait «potentiellement entraver les efforts de lutte contre le terrorisme»

WASHINGTON: Pendant deux décennies, le monde entier a été menacé par un groupe insidieux qui, à son apogée, a coûté la vie à des milliers de personnes par une série d'attentats à la bombe et d'attaques, dont les événements du 11 septembre 2001, demeurant à ce jour l'attaque terroriste la plus meurtrière de l'histoire.

Al-Qaïda, qui figurait autrefois parmi les principales menaces terroristes dans le monde, a largement perdu de son importance ces dernières années, le dernier attentat dont il a revendiqué la responsabilité étant une fusillade survenue en 2019 dans une base aéronavale de Floride, qui a fait trois morts et huit blessés.

Après que son fondateur et chef Oussama ben Laden a été abattu lors d'un raid américain au Pakistan en 2011, que son successeur Ayman al-Zawahiri a été tué par un drone américain en Afghanistan l'année dernière et que de nombreux autres hauts responsables ont été traqués, arrêtés ou tués, il semblait que le groupe n'avait plus aucun endroit où se cacher.

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Image combinée montrant le chef d'Al-Qaïda Oussama Ben Laden (à gauche) et son successeur Ayman al-Zawahiri, qui ont été tués par des agents antiterroristes américains le 2 mai 2011 et le 31 juillet 2022. (Photo, AFP)

Toutefois, cette présomption a changé avec un rapport de l'ONU publié en début de semaine. Préparé par les experts de l'ONU, ce rapport conclut que Saif al-Adel, ancien colonel des forces spéciales égyptiennes et l'un des derniers lieutenants survivants de Ben Laden, est désormais le «leader de facto» du groupe terroriste international.

L'importance du rapport ne se limite toutefois pas à l'identification du nouveau chef d'Al-Qaïda. Il a révélé l'une des raisons pour lesquelles Al-Adel a réussi à rester en vie si longtemps: L'abri qui lui a été offert par le gouvernement iranien à Téhéran.

Al-Adel est l'un des premiers membres du groupe terroriste, ayant quitté l'Égypte pour l'Afghanistan en 1988. Là, il a rejoint le Maktab al-Khadamat, un précurseur d'Al-Qaïda fondé notamment par Ben Laden et Al-Zawahiri. Ayant été un expert en explosifs dans l'armée égyptienne, Al-Adel a formé des membres des Talibans après la fin de la guerre soviéto-afghane.

Là, il s'est régulièrement entretenu avec Ben Laden et Khalid Cheikh Mohammed, un homme qualifié de «principal architecte des attentats du 11 septembre», selon le rapport de la Commission du 11 septembre.

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Al-Adel a fini par fuir l'Afghanistan à la fin de 2001 et s'est installé en Iran voisin à la suite de l'intervention militaire américaine dans ce pays. Les rapports indiquent que, bien qu'il soit officiellement assigné à résidence à Téhéran, il a bénéficié d'une liberté relative pour se rendre au Pakistan et rencontrer des membres haut placés d'Al-Qaïda depuis 2010 environ.

Le rapport de l'ONU, fondé sur les renseignements fournis par les États membres, permet de mieux comprendre où se trouve Al-Adel. Sa présence en Iran, un pays qui, techniquement, prétend être catégoriquement opposé à Al-Qaïda et à ses ramifications, a permis à l'organisation terroriste d'éviter son éradication totale.

«Il est très important que Saif al-Adel, aujourd'hui chef d'Al-Qaïda, vive et opère à partir de Téhéran. Le gouvernement iranien a fait le calcul astucieux qu'en accueillant et en admettant Al-Qaïda, il peut à la fois contrôler le groupe et renforcer ses efforts dans le but d’attaquer les ennemis de l'Iran», a révélé Gabriel Noronha, ancien haut responsable du département d'État américain, à Arab News.

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EN BREF

En 2021, Mike Pompeo, à l’époque secrétaire d'État américain, a déclaré: «Téhéran a permis à Al-Qaïda de collecter des fonds, de communiquer librement avec les membres d'Al-Qaïda dans le monde entier et d'exécuter de nombreuses autres fonctions qui étaient auparavant dirigées depuis l'Afghanistan ou le Pakistan.»

D'autres responsables américains pensent que la relation entre l'Iran et Al-Qaïda est de nature transactionnelle, aidant le groupe terroriste lorsque cela convient aux objectifs des dirigeants et le réprimant à d'autres moments

Al-Adel a joué un rôle direct dans plusieurs complots meurtriers, notamment la planification des attentats à la bombe de 1998 contre les ambassades américaines de Dar es-Salam et de Nairobi, qui ont fait plus de 200 morts. Les services de renseignement américains et saoudiens maintiennent qu'Al-Adel, alors qu'il était basé à Téhéran, a fourni des instructions pour l'attentat terroriste de 2003 contre trois complexes résidentiels distincts dans la capitale saoudienne, Riyad, qui a fait 39 morts.

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Vue de l'ambassade des États-Unis à Nairobi, au Kenya, quelques jours après l'attentat à la voiture piégée qui a tué au moins 280 Kényans et 12 Américains le 7 août 1998. (Photo, AFP /Archives)

Désormais considéré comme le haut commandant d'Al-Qaïda, Al-Adel utilise la sécurité relative de sa base d'opérations en Iran pour maintenir la viabilité du groupe terroriste à un moment où il a perdu ses sanctuaires dans d'autres parties du monde.

«Le département d'État américain a révélé en janvier 2021 que l'Iran avait fourni à Al-Adel et à Al-Qaïda une base d'opérations et un soutien logistique, comme la fourniture de passeports, pour faciliter les complots terroristes d'Al-Qaïda. S'ils sont laissés à eux-mêmes, ils vont absolument commencer à mener d'autres attaques terroristes dans le monde. Pour l'instant, ils se regroupent, se dotent de plus de ressources, de recrues et de capacités», a souligné Noronha.

En 2020, un proche associé d'Al-Adel, Abou Mohammed al-Masri, aurait été éliminé par des agents israéliens à Téhéran. Al-Adel reste toutefois en liberté.

Les capacités tactiques et l'expertise d'Al-Adel ont contribué à propulser Al-Qaïda sous les feux de la rampe internationaux en tant que l'une des entités terroristes les plus dangereuses au monde et sa présence en Iran ne serait pas possible sans une autorisation au plus haut niveau.

Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) de l'Iran a utilisé la présence d'Al-Qaïda dans la région — ainsi que celle de Daech, un groupe dissident de la branche irakienne et syrienne d'Al-Qaïda — pour justifier l'expansion des forces soutenues par l'Iran en Irak, en Syrie et ailleurs au Moyen-Orient.

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Des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran arborent les drapeaux lors d'un exercice militaire. (Photo, AFP)

Toutefois, les experts estiment qu'il s'agit là d'un exercice manifeste d'hypocrisie de la part de Téhéran. Les responsables iraniens ont souvent mené des campagnes paramilitaires et des opérations militaires pour dominer la gouvernance en Irak et en Syrie sous couvert de lutte contre Al-Qaïda et Daech.

«Les Iraniens accusent sans cesse Washington, de manière absurde, d'avoir créé Daech pour les attaquer et de continuer à soutenir Daech, a déclaré à Arab News Fred Kagan, chercheur à l'American Enterprise Institute. «Et ce, même si les Iraniens eux-mêmes ont bénéficié des vastes opérations américaines de contre-terrorisme sans lesquelles Daech disposerait toujours d'un califat territorial vaste et puissant.»

«L'hypocrisie de la République islamique ressort vraiment, alors qu'il devient de plus en plus clair que Téhéran a hébergé un très haut dirigeant d'Al-Qaïda  pendant de nombreuses années», a-t-il ajouté.

Selon les responsables des services de renseignement occidentaux, l'Iran a également réussi à jouer sur les deux tableaux en tentant de faire croire que le CGRI et ses mandataires luttent contre le terrorisme, tout en permettant en réalité l'expansion et les activités d'Al-Qaïda et facilitant le passage d'un certain nombre d'agents importants d'Al-Qaïda de l'Asie du Sud vers la Syrie.

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Des combattants du Front Al-Nusra, affilié au groupe Al-Qaïda en Syrie, défilent dans le camp de réfugiés palestiniens de Yarmuk, au sud de Damas, le 28 juillet 2014. (Photo, AFP)

Un communiqué de presse du département du Trésor datant de 2012 indiquait que le chef du réseau iranien d'Al-Qaïda à l’époque, Mohsin al-Fadlhi, dirigeait «un réseau central» de financement et de combattants qui étaient envoyés en Syrie. David S. Cohen, le sous-secrétaire américain au terrorisme et aux renseignements financiers de l'époque, a confirmé ce qu'il a appelé «la complicité permanente de l'Iran dans le fonctionnement de ce réseau.»

Al-Fadhli lui-même a été tué dans une frappe aérienne américaine dans le gouvernorat d'Idlib en Syrie en 2015. Le récent rapport de l'ONU a relancé la conversation publique sur la profondeur des relations entre l'Iran et Al-Qaïda pendant des années.

Un rapport du groupe à but non lucratif United Against a Nuclear Iran a dévoilé: «Une lettre interceptée qui aurait été envoyée au CGRI en 2008 par Ayman al-Zawahiri, le chef d'Al-Qaïda à l’époque, a révélé l’existence d’une relation encore plus profonde qu'on ne le croyait entre l'Iran et Al-Qaïda.» 

Le motif de l'Iran semble avoir une portée plus large. Pendant un certain temps, Al-Qaïda a représenté une menace sérieuse pour les États arabes du Golfe, le Levant et l'Afrique du Nord et a pu établir diverses «franchises» en Afrique subsaharienne.

«La République islamique d'Iran veut affaiblir et diviser les gouvernements sunnites. Quelle meilleure façon d'y parvenir qu'en donnant du pouvoir aux factions sunnites les plus radicales afin qu'elles puissent miner les gouvernements de l'intérieur?», a avisé Noronha.

Dans des commentaires adressés au site Web d'information de Voice of America, Edmund Fitton-Brown, ancien haut fonctionnaire de l'ONU chargé de la lutte contre le terrorisme et aujourd'hui conseiller auprès du projet à but non lucratif Counter Extremism Project, a déclaré: «La présence d'Al-Qaïda en Iran est une sorte de carte que les Iraniens possèdent. Ils ne sont pas tout à fait certains de la manière ou du moment où ils pourraient la jouer, mais... c'est quelque chose qu'ils ont considéré comme ayant une valeur potentielle.»

Sans surprise, l'Iran continue de nier ses relations avec Al-Qaïda. Rejetant le rapport de l'ONU, la mission permanente du pays auprès de l'ONU à New York a déclaré le 13 février: «Il convient de mentionner que l'adresse du soi-disant chef d'Al-Qaïda nouvellement nommé est incorrecte.» Qualifiant ces conclusions de «fausses informations», les Iraniens ont déclaré qu'elles pouvaient «potentiellement entraver les efforts de lutte contre le terrorisme».

Bien entendu, révéler publiquement l'étendue du soutien apporté par la force d’Al-Quds, l'organe extraterritorial de guerre non conventionnelle et de renseignement militaire de l'Iran, à un groupe qui a tué des milliers de musulmans sunnites et chiites dans le monde entier, serait politiquement embarrassant et divulguerait une part de cynisme dans l'idéologie directrice du régime.

Le rapport de l'ONU rappelle que tandis qu’Al-Qaïda est confronté à l'insignifiance et à la diminution de ses dirigeants, un refuge à Téhéran lui a offert une bouée de sauvetage souhaitable.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

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Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
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  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
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  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.