Pourquoi l’Otan ne devrait pas oublier le Moyen-Orient

Drapeau de l'Otan (Photo, Fournie).
Drapeau de l'Otan (Photo, Fournie).
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Publié le Jeudi 20 juillet 2023

Pourquoi l’Otan ne devrait pas oublier le Moyen-Orient

Pourquoi l’Otan ne devrait pas oublier le Moyen-Orient
  • Depuis le début de l’année, des développements positifs sont intervenus en ce qui concerne l’engagement Otan-Mena
  • Il existe quelques démarches simples que l’Otan peut entreprendre pour renforcer son engagement dans la région Mena

Les dirigeants des 31 États membres de l’Otan se réuniront à Vilnius, en Lituanie, la semaine prochaine pour le sommet 2023 de l’alliance. Ce dernier intervient à un moment important en termes de sécurité transatlantique. L’invasion de l’Ukraine par la Russie est dans sa deuxième année et la contre-offensive de l’Ukraine a récemment commencé. Les décisions prises lors du sommet pourraient avoir des répercussions à long terme sur la stabilité globale de la région transatlantique et au-delà.

Sans aucun doute, l’accent sera principalement mis sur l’Ukraine lors du sommet. Dans ce contexte, il faut s’attendre à ce que deux grandes questions soient évoquées: la future adhésion à l’Otan et la poursuite du soutien militaire à l’Ukraine. Il y a quinze ans, lors du sommet de l’Otan à Bucarest en 2008, on avait promis à l’Ukraine une éventuelle adhésion à l’alliance. Au fil des ans, peu de progrès ont été réalisés, principalement en raison de la réticence de certains pays, comme l’Allemagne et la France. Rétrospectivement, abandonner l’Ukraine dans ce flou géopolitique fait probablement partie des facteurs qui ont incité la Russie à l’envahir. Si l’Ukraine avait été un membre de l’Otan, la Russie n’aurait probablement pas osé l’attaquer.

Personne ne devrait s’attendre à ce qu’une invitation soit lancée lors du sommet pour que l’Ukraine rejoigne l’Otan. Impossible de parvenir à un consensus entre les 31 membres pour inviter un pays à rejoindre l’alliance alors qu’il mène une guerre. On s’attend plutôt à ce que l’Otan établisse une feuille de route menant à l’adhésion éventuelle de l’Ukraine. Kiev veut rejoindre l’Otan immédiatement, il reste donc à voir si l’alliance peut fournir une feuille de route pour l’adhésion qui réponde à ses attentes raisonnablement élevées.

Un autre sujet que les membres de l’Otan aborderont lors du sommet est le soutien militaire continu et à long terme à l’Ukraine. Au cours des dix-huit derniers mois, les membres de l’Otan ont augmenté la quantité et les types d’armes fournies pour l’autodéfense de l'Ukraine. En février 2022, le débat portait sur l’envoi d'armes antichars à l’Ukraine. Aujourd’hui, les membres de l’Otan envoient à l’Ukraine certains des chars les plus avancés au monde. Cependant, des éléments plus controversés, comme des avions de combat et des missiles à longue portée, demeurent hors de portée pour Kiev. Il est probable que les membres de l’Otan profitent du sommet pour discuter de la possibilité de fournir à l’Ukraine ces armes plus avancées.

La question des dépenses de défense figure également à l’ordre du jour. Les dépenses de défense à travers l'Europe, ou leur absence, sont un problème permanent pour l’alliance. En 2006, l’Otan a décidé que chaque membre devait atteindre l’objectif de consacrer 2% de son produit intérieur brut à la défense. Cependant, dans les années qui ont suivi, très peu de membres ont atteint cet objectif.

Après l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, l’Otan s’est fixé un nouveau délai – 2024 – pour que ses membres s'y conforment. Bien que les dépenses de défense dans l’ensemble de l’Otan aient augmenté d’année en année depuis 2014, la situation globale reste désastreuse. L’année dernière, seuls sept membres ont atteint le seuil de 2% pour les dépenses de défense. Alors que quelques membres supplémentaires pourraient atteindre ce même seuil avant le sommet de l’Otan de l’année prochaine à Washington, la grande majorité ne le fera pas. Cela aura des conséquences à long terme sur la santé globale de l’alliance.

«Les membres de l’alliance partagent bon nombre des mêmes préoccupations en matière de sécurité que les pays de cette région.»- Luc Coffey

Il convient également de garder un œil sur la Suède. Peu de temps après l’invasion de l’Ukraine par la Russie l’année dernière, la Finlande et la Suède ont soumis des demandes d’adhésion à l’Otan. Pendant des siècles, les deux pays ont maintenu une position de non-alignement militaire, ce qui signifie qu’aucun des deux ne rejoindrait des organisations militaires comme l’Otan. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a changé la donne. En avril, la Finlande a été officiellement admise dans l’alliance. Cependant, la candidature de la Suède a été suspendue en raison des inquiétudes de la Turquie concernant la présence du Parti des travailleurs du Kurdistan dans le pays. Dans les coulisses, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, travaille en étroite collaboration avec les dirigeants turcs et suédois, essayant de trouver une solution à cette impasse. Beaucoup seront au rendez-vous pour voir si la Suède adhérera à l’alliance lors du prochain sommet.

Les lecteurs d’Arab News se demanderont naturellement si la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord retiendra l’attention des dirigeants lors du prochain sommet. Malheureusement, ce ne sera probablement pas le cas. L’Otan manque de vision. Qu’il s’agisse du terrorisme régional émanant de groupes extrémistes ou de la menace de prolifération nucléaire en Iran, les membres de l’Otan partagent bon nombre des mêmes préoccupations en matière de sécurité que les pays de la région Mena. En outre, de nombreux pays de cette région ont manifesté leur volonté de coopérer avec l’Otan et ont même fourni des troupes pour accompagner des missions dirigées par l’Otan dans le passé.

L’alliance devrait trouver des moyens de tirer parti de ces relations. Depuis le début de l’année, des développements positifs sont intervenus en ce qui concerne l’engagement Otan-Mena. Pas plus tard que la semaine dernière, une délégation mauritanienne de haut rang s’est rendue au siège de l’Otan à Bruxelles pour des entretiens sur l’évolution de la sécurité au Sahel. Le mois dernier, une délégation de haut niveau de l’Otan s’est rendue au royaume de Bahreïn pour discuter du renforcement de la coopération militaire. D’autres engagements de haut niveau avec la région cette année incluent l’Égypte, la Tunisie et la Jordanie.

Certes l’alliance doit rester concentrée sur les menaces en Europe de l’Est, mais il existe quelques démarches simples que l’Otan peut entreprendre pour renforcer son engagement dans la région Mena. Ces mesures pourraient inclure la nomination d’un représentant spécial de l’Otan pour la région Mena et une pression active pour élargir le nombre de membres du Dialogue méditerranéen et de l’Initiative de coopération d’Istanbul.

Le Dialogue méditerranéen, lancé en 1994, constitue la base des relations de l’Otan avec ses partenaires méditerranéens: Algérie, Égypte, Israël, Jordanie, Mauritanie, Maroc et Tunisie. L’Initiative de coopération d’Istanbul, lancée en 2004, est à la base des relations de l’Otan avec les États du Golfe. Bien que les six membres du CCG aient été invités à se joindre, seuls Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis l’ont fait.

Lors du sommet de l’année prochaine à Washington qui marquera le 75e anniversaire de la fondation de l’Otan, les succès du Dialogue méditerranéen et de l’Initiative de coopération d’Istanbul devraient être mis en évidence et une réunion des deux devrait avoir lieu au niveau des chefs de gouvernement.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie l’année dernière a changé le paysage de la sécurité en Europe de manière inédite depuis la Seconde Guerre mondiale. L’Otan doit simultanément renforcer la sécurité de l’Europe et rester consciente des menaces futures au-delà de la région. Avec la bonne direction au sein de l’Otan, le prochain sommet peut inaugurer une nouvelle ère de stabilité et de sécurité régionales. Pas seulement pour l’Europe, mais aussi pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

 

Luke Coffey est chercheur principal à l'Institut Hudson. Twitter: @LukeDCoffey

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com