Le monde devrait se préoccuper du déclin au niveau du débat politique américain

Sur le plan international, personne ne devrait se réjouir de ce déclin au niveau du débat politique américain. (AFP)
Sur le plan international, personne ne devrait se réjouir de ce déclin au niveau du débat politique américain. (AFP)
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Publié le Samedi 07 octobre 2023

Le monde devrait se préoccuper du déclin au niveau du débat politique américain

Le monde devrait se préoccuper du déclin au niveau du débat politique américain
  • Personne ne semble sortir du lot et Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, n’a pas fait grand-chose pour ralentir sa chute dans les sondages
  • Aucun candidat anti-Trump ne s’est imposé – quelqu’un capable d’unir l’aile traditionnelle du parti républicain qui s’oppose à Trump

L’élection présidentielle américaine de 2024 se tiendra en principe dans un peu plus d’un an. Les primaires du pays devraient être l’occasion d’aiguiser le débat politique au sein de la première superpuissance mondiale. Il s’agit du terrain d’épreuve le plus difficile pour les dirigeants politiques, puisque les candidats se retrouveront sous le feu des projecteurs. Il faudrait séparer les experts politiques des jeunes.

Pourtant, ce n’était pas le cas lors du deuxième débat républicain de la semaine dernière ni lors du premier, à Milwaukee, le mois dernier. Les candidats républicains devraient être mis à rude épreuve et le meilleur candidat se démarquer. Cependant, ils coulent tous plus vite que le Titanic.

Que le vainqueur du débat soit l’homme qui n’était même pas à la bibliothèque présidentielle Ronald-Reagan, à Simi Valley, en Californie, en dit long. Oui, Donald Trump a une fois de plus esquivé l’occasion de débattre avec ses rivaux ou, si vous préférez, de leur donner l’occasion de le défier directement. 

Il manquait à l’appel, mais il était par ailleurs en pleine action. Il ne sera pas non plus présent lors du débat de novembre à Miami, mais, rassurez-vous, il fera la une des journaux.

Le message de Trump était clair: les sept perdants peuvent se livrer bataille comme bon leur semble, alors que lui serre la main des cols bleus dans le Michigan. Trump a lancé sa campagne présidentielle et il a fait abstraction des primaires comme si le verdict était couru d’avance. Il se demande à voix haute pourquoi il n’est pas simplement de nouveau consacré président. Il n’a pas tort. Les sondages montrent qu’il a 40 points d’avance.

«Peu de téléspectateurs ont eu l’impression que les candidats leur ont appris quelque chose. Tous parlaient dans un brouhaha inintelligible.»

Chris Doyle

L’ancien président ne prend même pas la peine de s’adresser à la base républicaine, comme il est de vigueur lors de la saison des primaires. En règle générale, les candidats à la «prénomination» se concentrent sur des questions républicaines fondamentales, comme l’avortement et l’immigration. La confiance de Trump est telle qu’il saute cette phase, se concentrant plutôt sur le contact avec les indépendants.

Les contre-arguments consisteraient notamment à souligner que Trump fait face à de nombreuses accusations et batailles juridiques. Au total, il est inculpé dans quatre affaires et fait face à quatre-vingt-onze accusations criminelles. Il a également échoué en 2020 et pourrait avoir du mal à convaincre ceux qui n’ont jamais voté pour lui auparavant.

Trump est copieusement ridiculisé, mais il fait preuve d’une grande intelligence dans le cadre de sa campagne. Il vole la vedette à ses rivaux en faisant même de son absence une vertu. Tout tourne toujours autour de lui. À chaque fois que l’un des candidats souligne l’absence de Trump, les téléspectateurs se demandent: «Qui peut lui en vouloir?» Je doute que l’étiquette de «Donald Duck» attribuée par Chris Christie se propage. Ces candidats sont à la recherche de votes dans un vivier bien garni de partisans de Trump.

Vivek Ramaswamy, fondateur d’une entreprise de biotechnologie, a clairement mis à rude épreuve tous les autres candidats, qui peinent à cacher leur haine à son égard. Ils n’appréciaient pas d’être étiquetés comme ayant été «achetés et payés», étant donné, comme l’a déclaré Tim Scott, que Ramaswamy lui-même faisait «uniquement des affaires avec le Parti communiste chinois et les mêmes personnes qui ont financé Hunter Biden».

C’est Ramaswamy qui a le mieux résumé la qualité du débat lorsqu’il a déclaré: «Merci de parler pendant que je vous interromps.» Nikki Haley, l’ancienne ambassadrice des États-Unis à l’ONU sous Trump, a parfaitement résumé l’attitude de Ramaswamy en plaisantant: «Honnêtement, à chaque fois que je vous écoute, je me sens un peu plus bête à cause de ce que vous dites.» Peu de téléspectateurs ont eu l’impression que les candidats leur ont appris quelque chose. Tous parlaient dans un brouhaha inintelligible.

Personne ne semble sortir du lot. Ron DeSantis, le gouverneur de Floride, n’a pas fait grand-chose pour ralentir sa chute dans les sondages. Haley a-t-elle failli l’emporter? Peut-être. Mais aucun candidat anti-Trump ne s’est imposé – quelqu’un capable d’unir l’aile traditionnelle du parti républicain qui s’oppose à Trump. De la tribune, ceux qui sont les moins critiques à l’égard de Trump nourrissent peut-être l’ambition de devenir son candidat à la vice-présidence, mais il pourrait bien faire abstraction de tous.

«Tout le monde devrait s’inquiéter du manque d’engagement véritable en faveur de la démocratie et de l’État de droit.»

Chris Doyle

Ce qui rend tout cela pire encore, c’est que les démocrates ne sont pas non plus dans une position saine. Quelle que soit l’opinion que l’on porte sur le bilan du président Joe Biden, les électeurs sont sceptiques au sujet de son âge et de sa pertinence de briguer un autre mandat. Les sondages lui donnent 9 à 10 points de retard face à Trump. Si un second mandat de l’administration Biden est difficile à accepter, où sont les adversaires démocrates sérieux? Où sont les grandes idées des démocrates?

Que devrait en penser le monde extérieur? Par-dessus tout, chacun devrait s’inquiéter du manque d’engagement véritable en faveur de la démocratie et de l’État de droit. Le dénigrement et la déshumanisation des immigrés – une source d’inspiration pour l’extrême droite du monde entier – doivent également pris en compte, 

Les affaires internationales n’ont pratiquement pas été mentionnées dans les deux débats. Pourtant, il existe une ligne de démarcation claire dans les rangs républicains: la question de l’Ukraine. La tendance isolationniste incarnée par Trump veut réduire le soutien à Kiev. DeSantis et Ramaswamy sont favorables à cette position. Une approche plus traditionnelle de soutien à l’Ukraine a été adoptée par Haley, Mike Pence et Christie. Les candidats ont attaqué Ramaswamy en raison de ses liens commerciaux avec la Chine, insistant sur la manière dont Trump a fait de sa position anti-Chine une évidence dans les cercles républicains.

Le changement climatique devrait être une préoccupation majeure pour beaucoup. Ramaswamy considère le programme sur le changement climatique comme un «canular». Haley s’est démarquée en reconnaissant que c’était une réalité. D’autres candidats ont tendance à éluder complètement la question.

Sur le plan international, personne ne devrait se réjouir de ce déclin au niveau du débat politique américain. Le monde est confronté à de nombreux défis graves. Un leadership américain de haut niveau et tourné vers l’avenir est nécessaire. De nouveaux plans, stratégies et idées politiques doivent être élaborés et débattus. Mais où sont les grandes idées? Pire encore, de qui viendront-elles?

Jusqu’à présent, les deux débats républicains ont été un festival d’ennui, de blagues nulles et de candidats de troisième ordre. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral a évité de peu une nouvelle fermeture. Les relations bipartites restent très froides. Ce n’est pas le moment de mettre un terme au débat sur l’avenir des États-Unis et du monde.

 

Chris Doyle est directeur du Conseil pour la compréhension arabo-britannique, basé à Londres. Il travaille auprès de cette institution depuis 1993, après avoir obtenu un diplôme spécialisé en études arabes et islamiques avec distinction honorifique à l’université d’Exeter. Il a accompagné et organisé les visites de nombreuses délégations parlementaires britanniques dans les pays arabes.

Twitter: @Doylech

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com