Inquiétudes sur l’état des relations entre Washington et Ankara après l'incident du drone

De la fumée s'élève de l'installation pétrolière de Babasi, dans la province de Hassaké, au nord-est de la Syrie, contrôlée par les Kurdes, après une frappe aérienne turque (Photo, AFP).
De la fumée s'élève de l'installation pétrolière de Babasi, dans la province de Hassaké, au nord-est de la Syrie, contrôlée par les Kurdes, après une frappe aérienne turque (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 08 octobre 2023

Inquiétudes sur l’état des relations entre Washington et Ankara après l'incident du drone

  • Personne ne souhaite voir les relations entre les deux pays se détériorer au point de retarder l'adhésion de la Suède à l'OTAN, selon un analyste
  • Cagaptay a conclu que l'attaque du PKK à Ankara avait atteint son objectif, «parce que le rétablissement des relations entre Ankara et Washington a maintenant été retardé»

ANKARA: L'abattage d'un drone turc par les forces américaines dans le nord-est de la Syrie dans la nuit de jeudi à vendredi a suscité des inquiétudes quant à ses conséquences sur les relations déjà fragiles entre Ankara et Washington. Mais les deux parties ont agi rapidement pour désamorcer les tensions.

Les forces armées turques et l'Organisation nationale du renseignement ont lancé des opérations militaires dans le nord de la Syrie en réponse à l'attentat suicide perpétré devant le ministère turc de l'Intérieur à Ankara le matin du 1er octobre. Les autorités turques ont déclaré que cet attentat avait été perpétré par des individus affiliés au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation interdite, qui s'étaient infiltrés dans le pays à partir de la Syrie.

Les opérations militaires ont visé plusieurs sites liés au PKK et à son affilié syrien, les Unités de protection du peuple (YPG), dans les régions de Tell Rifaat, Jazira et Derik, dans le nord de la Syrie.

La Turquie a lancé des frappes aériennes de représailles quelques heures seulement après que son ministre des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a déclaré publiquement que le PKK et ses infrastructures en Syrie et en Irak étaient des «cibles légitimes».

L'armée américaine a pris la décision d'abattre le drone turc lorsqu'il s'est approché à moins de 500 mètres des troupes américaines à Hassaké, en Syrie.

Cet incident rare a placé les deux États membres de l'OTAN dans une situation précaire.

Les responsables américains se sont empressés de rétablir les relations, tout en soulignant la valeur de leur partenariat avec Ankara.

Le secrétaire de presse du Pentagone, le brigadier-général de l'armée de l'air, Patrick Ryder, a déclaré que l'incident du drone est «regrettable» et a souligné que les troupes américaines étaient tenues de prendre des mesures de sécurité lorsque la Turquie menait des frappes aériennes à proximité.

«Nous n'avons aucune indication que la Turquie visait intentionnellement les forces américaines», a souligné Ryder devant les journalistes.

Le ministre turc de la Défense nationale, Yasar Guler, et le secrétaire américain à la défense, Lloyd Austin, se sont également entretenus par téléphone au sujet des derniers développements, de même que le chef d'état-major des forces armées turques, le général Metin Gurak, et le chef d'état-major de l'armée de l'air américaine, le général Charles Brown Jr.

Le Pentagone a reconnu les préoccupations légitimes de la Turquie en matière de sécurité, a appelé à une désescalade dans le nord de la Syrie et a souligné la nécessité de poursuivre la communication par des canaux militaires avec la Turquie.

Austin «a réaffirmé son engagement en faveur d'une coordination étroite entre Washington et Ankara afin de minimiser tout risque pour les forces américaines ou la mission de la Coalition mondiale pour vaincre Daech dans le nord-est de la Syrie, en soutien à la campagne pour vaincre Daech», selon un communiqué.

Le secrétaire d'État américain, Antony Blinken, s'est également entretenu avec Fidan vendredi soir.

«Nous avons discuté de la coordination et de l’harmonisation des activités dans la poursuite de notre objectif commun de vaincre les menaces terroristes», a déclaré Blinken sur la plateforme de médias sociaux X.

Fidan a indiqué à son homologue américain que «les États-Unis, en tant qu'alliés, devraient cesser de travailler avec l'organisation terroriste YPG dans le nord de la Syrie», selon un communiqué du ministère turc des Affaires étrangères.

Attaques transfrontalières

Environ 900 soldats américains sont présents dans le nord de la Syrie. Ils coopèrent principalement avec les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes.

Cependant, cette collaboration est depuis longtemps un point de discorde pour Ankara, qui considère les Forces démocratiques syriennes (FDS) comme une émanation du PKK et qui, depuis 2015, exhorte Washington à cesser d'entraîner et d'armer les militants kurdes des YPG en Syrie.

Si une opération terrestre en Syrie reste une option pour la Turquie, Soner Cagaptay, chercheur principal au Washington Institute, ne la considère pas comme un plan d'action probable. Il s'attend plutôt à ce que les opérations tactiques se poursuivent dans la même veine.

«La réaction américaine ne vise pas tant à empêcher la Turquie d'attaquer le PKK et ses affiliés, mais est principalement motivée par le message de Washington à Ankara de ne pas s'approcher des troupes américaines ou de ne pas les prendre pour cible, ce qui remonte au ciblage du chef du YPG Ferhat Abdi Sahin − nom de code Mazloum Abdi − par des drones turcs présumés lorsque le personnel américain l'accompagnait dans un convoi près de l'aéroport international de Sulaymaniyah», a déclaré Cagaptay à Arab News.

«Je pense que la ligne rouge des États-Unis est que le personnel et les troupes américaines ne doivent pas être mis en danger. Washington ne veut pas aller au-delà, et Ankara n'est pas non plus intéressée par une escalade de la tension», a-t-il ajouté.

Une déclaration du ministère turc des Affaires étrangères sur les attaques transfrontalières d'Ankara contre le PKK et ses affiliés en Irak et en Syrie n'a pas mentionné les États-Unis. Ankara a affirmé que le drone «a été perdu en raison de différentes évaluations techniques dans le mécanisme de coordination avec des tiers. Les mesures nécessaires sont prises pour assurer un fonctionnement plus efficace du mécanisme d’harmonisation avec les parties concernées».

En lisant entre les lignes, Cagaptay a expliqué que la déclaration signifiait: «Fondamentalement, nous ne voulons pas d'escalade avec les États-Unis, mais nous conservons également le droit d'opérer dans la région contre le PKK.»

Fidan et Blinken auraient convenu de poursuivre le processus de désescalade actuel entre les forces turques et américaines en Irak et en Syrie «d'une manière qui n'entraverait pas» les efforts de la Turquie en matière de lutte contre le terrorisme.

Selon Cagaptay, le gouvernement américain a toujours donné son feu vert − à contrecœur et à la consternation du commandement central américain − aux opérations turques en Syrie visant les YPG.

«Le schéma est le suivant: chaque fois que les forces turques font une incursion, les États-Unis se retirent et il y a une certaine coordination pour s'assurer que les troupes américaines ne sont pas touchées», a-t-il révélé.

La dernière grande opération militaire de la Turquie en Syrie a eu lieu fin 2019 et visait à repousser les groupes terroristes loin de ses frontières.

Cagaptay ne s'attend pas à une incursion turque de grande envergure, car cela nécessiterait une coordination avec la Russie et le régime du président Bachar al-Assad en Syrie.

«Il y a tant d'autres puissances qui ont un droit de veto sur cette décision, en particulier la Russie. Je pense que la Turquie va redoubler sa guerre de drones contre les YPG et le PKK tout en utilisant des opérations spéciales et d'autres troupes à l'intérieur pour s'attaquer aux camps du PKK et établir un cordon sanitaire à l'intérieur de l'Irak qui s'étend maintenant, dans la plupart des endroits, sur 10 km de profondeur à l'intérieur du territoire irakien et fait passer la frontière irako-turque d'une ligne très accidentée avec des montagnes de 7 000 pieds (1 pied = 0,3048 mètre)  de haut à un périmètre plus défendable avec des montagnes de 1 000 pieds de haut», a-t-il précisé.

Cagaptay a ajouté qu'une incursion à grande échelle «nécessiterait d'enfiler l'aiguille avec la Russie et les États-Unis, de rencontrer les présidents Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, et d'obtenir l'approbation d'Al-Assad».

Par ailleurs, Washington a récemment exhorté Ankara à approuver l'adhésion de la Suède à l'OTAN. En réponse, la Turquie a rappelé à Washington son engagement à fournir à Ankara des avions de combat F-16.

La Turquie insiste également pour que la Suède mette fin à toutes les activités du PKK sur son territoire.

Cagaptay estime que la Turquie a désormais le dessus dans ces discussions.

«Washington attend de la Turquie qu'elle ratifie l'adhésion de la Suède à l'OTAN, et personne ne souhaite que les relations atteignent un point de crise qui les retarderait. Sans cet attentat à la bombe du PKK, les ratifications auraient eu lieu et les relations se seraient améliorées de manière significative grâce aux mesures de confiance mises en place», a-t-il mentionné.

Cagaptay a conclu que l'attaque du PKK à Ankara avait atteint son objectif, «parce que le rétablissement des relations entre Ankara et Washington a maintenant été retardé».

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


L'Iran jure de continuer à riposter aux frappes américaines

Cette capture d'écran, réalisée le 23 juillet 2026 à partir d'une séquence vidéo diffusée par le Commandement central américain (CENTCOM) le 22 juillet 2026, montre les forces américaines en train de lancer ce que l'armée qualifie de frappes de précision contre l'Iran pour la douzième nuit consécutive. (AFP)
Cette capture d'écran, réalisée le 23 juillet 2026 à partir d'une séquence vidéo diffusée par le Commandement central américain (CENTCOM) le 22 juillet 2026, montre les forces américaines en train de lancer ce que l'armée qualifie de frappes de précision contre l'Iran pour la douzième nuit consécutive. (AFP)
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  • Après une douzième nuit consécutive d'hostilités, l'armée iranienne a juré qu'elle poursuivrait ses "représailles", "tant que les attaques américaines contre les infrastructures et les zones côtières du pays perdureront"
  • Téhéran continuera "à payer un prix très lourd", a pour sa part déclaré le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, en marge de l'Asean à Manille, affirmant que l'Iran n'était "clairement pas prêt à passer un accord"

TEHERAN: L'Iran a juré jeudi de poursuivre ses représailles contre l'ennemi américain tant qu'il serait attaqué, tandis que ses alliés houthis yéménites ont ouvert un deuxième front dans la guerre régionale en revendiquant des attaques en mer Rouge contre deux pétroliers saoudiens.

Les affrontements entre Téhéran et Washington, qui ont repris le 7 juillet, font craindre un blocage durable des exportations d'hydrocarbures alors que le détroit d'Ormuz est verrouillé par l'Iran et que les rebelles yéménites ont annoncé un blocus de la flotte d'Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut.

Avec pour conséquence une flambée des cours du pétrole: vers 06H15 GMT, le Brent, référence internationale, se rapprochait des 100 dollars à 96,31 dollars le baril (+2,38%), loin de l'accalmie qui avait suivi la signature d'un protocole d'accord irano-américain mi-juin.

Après une douzième nuit consécutive d'hostilités, l'armée iranienne a juré qu'elle poursuivrait ses "représailles", "tant que les attaques américaines contre les infrastructures et les zones côtières du pays perdureront".

Téhéran continuera "à payer un prix très lourd", a pour sa part déclaré le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, en marge de l'Asean à Manille, affirmant que l'Iran n'était "clairement pas prêt à passer un accord".

Téhéran a dit avoir notamment frappé, au Koweït, des dépôts de munitions et des réservoirs de carburant, et en Jordanie, un radar américain du système antimissile THAAD et un système Patriot, conçu pour intercepter les projectiles balistiques.

L'armée jordanienne a fait état de dix missiles et drones tirés vers le royaume ces 24H, dont neuf interceptés, et l'armée du Koweït a annoncé dans la nuit répondre à des attaques de "drones hostiles".

Voies maritimes paralysées 

Côté américain, l'armée a dit avoir visé des cibles militaires iraniennes, pour "réduire davantage la capacité de l'Iran à menacer les marins civils et les navires commerciaux" transitant dans le détroit d'Ormuz, au coeur des tensions.

Des médias iraniens ont rapporté des frappes à deux reprises sur Bouchehr, ville où se trouve la seule centrale nucléaire en fonctionnement, et à Chalamcheh, à proximité d'un poste-frontière avec l'Irak, où deux personnes ont été tuées.

D'autres bombardements ont été signalés à Ahvaz, près du Golfe et sur la ville de Konarak, non loin du port de Chabahar sur le golfe d'Oman, ainsi que des explosions à Sirik, près du détroit d'Ormuz.

La discorde irano-américaine sur cette voie stratégique, par laquelle transitait d'ordinaire un cinquième du commerce mondial d'hydrocarbures, a déclenché la reprise des hostilités le 7 juillet.

La République islamique veut y instaurer des frais de passage et n'autorise qu'un itinéraire, le long de ses côtes, menaçant de s'en prendre à tout navire contrevenant.

Les Gardiens de la Révolution, son armée idéologique, ont affirmé jeudi avoir stoppé trois pétroliers qui tentaient de le franchir.

En réaction, les Etats-Unis imposent un blocus maritime à l'Iran. Le Commandement pour le Moyen-Orient (Centcom) a précisé que ses forces "ont dérouté neuf navires commerciaux et en a immobilisé un", pour les empêcher "d'entrer dans ou de quitter les ports iraniens".

De l'autre côté de la péninsule arabique, en mer Rouge, les rebelles yéménites houthis, soutenus par l'Iran, ont revendiqué "une opération militaire" contre "deux pétroliers saoudiens qui ont violé le blocus", identifiés comme l'Encelia et le Layla.

Après avoir lundi annoncé cette mesure, ils avaient menacé de viser les navires tentant de se frayer un passage.

Une source officielle saoudienne a confirmé que l'Encelia, "appartenant à une société saoudienne", avait été "pris pour cible", provoquant un incendie, selon l'agence officielle SPA.

Coût exorbitant 

En ciblant l'Arabie saoudite, les Houthis "ont l'air de s'être laissés entraîner", a estimé M. Rubio, jugeant qu'ils "s'étaient fait avoir par les Iraniens".

Selon des données analysées par l'AFP, au moins neuf bateaux ont fait demi-tour en mer Rouge ou dans les environs du détroit de Bab el-Mandeb, à l'extrême sud du Yémen, depuis la menace houthie.

La guerre a un prix, estimé par la Défense américaine jusqu'à présent à 37,5 milliards de dollars. Mercredi, la Chambre des représentants a approuvé un cadre budgétaire de 95 milliards de dollars, qui se dirige désormais vers le Sénat, et est  prévu en grande partie pour le Pentagone afin de financer le conflit.

Aucun signe d'apaisement n'apparaît, mais le Pakistan, pays médiateur, veut rester optimiste. "Nous n'avions pas perdu espoir même durant les heures les plus sombres. Nous ne sommes pas découragés", a déclaré le porte-parole de la diplomatie.

Sur le front yéménite, où une trêve négociée en 2022 entre les rebelles et le gouvernement soutenu par Ryad, était toujours active malgré son expiration, le sultanat d'Oman a dit vouloir oeuvrer pour reprendre des discussions en vue d'une désescalade.


Iran: les Gardiens de la Révolution disent avoir détruit en Jordanie des équipements militaires américains

La forteresse d'Aqaba s'illumine en rouge pour célébrer la semaine de l'inclusion en Jordanie, à Amman, le 20 juillet 2026. (Photo : George SAIF / Special Olympics / FACTSTORY)
La forteresse d'Aqaba s'illumine en rouge pour célébrer la semaine de l'inclusion en Jordanie, à Amman, le 20 juillet 2026. (Photo : George SAIF / Special Olympics / FACTSTORY)
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  • Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran, ont affirmé jeudi avoir détruit en Jordanie un radar américain du système antimissile THAAD
  • Les Gardiens font également état de la destruction d'un système Patriot

TEHERAN: Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique d'Iran, ont affirmé jeudi avoir détruit en Jordanie un radar américain du système antimissile THAAD, en représailles aux frappes des Etats-Unis contre l'Iran.

Dans un communiqué relayé par la télévision d'Etat, les Gardiens font également état de la destruction d'un système Patriot, conçu pour intercepter les projectiles balistiques, ainsi que de l'incendie d'un hangar présenté comme servant à la maintenance d'hélicoptères.

 

 


L'armée iranienne revendique des frappes au Koweït contre des sites militaires américains

L'armée iranienne a affirmé jeudi avoir frappé, en représailles aux attaques américaines, plusieurs sites au Koweït présentés comme servant aux Etats-Unis. (AFP)
L'armée iranienne a affirmé jeudi avoir frappé, en représailles aux attaques américaines, plusieurs sites au Koweït présentés comme servant aux Etats-Unis. (AFP)
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  • L'armée iranienne a affirmé jeudi avoir frappé, en représailles aux attaques américaines, plusieurs sites au Koweït présentés comme servant aux Etats-Unis
  • Dans un communiqué relayé par la télévision d'Etat, l'armée iranienne a indiqué avoir ciblé au moyen de drones "les dépôts de munitions et de logistique de l'armée américaine à camp Doha"

TEHERAN: L'armée iranienne a affirmé jeudi avoir frappé, en représailles aux attaques américaines, plusieurs sites au Koweït présentés comme servant aux Etats-Unis.

Dans un communiqué relayé par la télévision d'Etat, l'armée iranienne a indiqué avoir ciblé au moyen de drones "les dépôts de munitions et de logistique de l'armée américaine à camp Doha, les réservoirs de carburant de la base Ali al-Salem, ainsi que le dépôt de munitions du camp Arifjan", tous situés au Koweït.