Israël est responsable des «crimes» commis contre les Palestiniens à Gaza, affirme Mohammed ben Salmane

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a réitéré ses appels au cessez-le-feu à Gaza lors du sommet arabo-islamique à Riyad. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a réitéré ses appels au cessez-le-feu à Gaza lors du sommet arabo-islamique à Riyad. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman a dirigé le sommet arabo-islamique à Riyad, qui a rassemblé des dirigeants arabes et asiatiques pour discuter de Gaza. (SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman a dirigé le sommet arabo-islamique à Riyad, qui a rassemblé des dirigeants arabes et asiatiques pour discuter de Gaza. (SPA)
Le président palestinien Mahmoud Abbas est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
Le président palestinien Mahmoud Abbas est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
Le président syrien Bashar Assad est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
Le président syrien Bashar Assad est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
Le Premier ministre intérimaire libanais Najib Mekkati est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
Le Premier ministre intérimaire libanais Najib Mekkati est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
Le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
Le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi est arrivé à Riyad pour le sommet arabo-islamique sur Gaza. (SPA)
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Publié le Dimanche 12 novembre 2023

Israël est responsable des «crimes» commis contre les Palestiniens à Gaza, affirme Mohammed ben Salmane

  • Le président palestinien tient les États-Unis pour responsables de l'agression israélienne
  • Le Qatar souligne ses efforts pour libérer les otages détenus à Gaza

RIYAD: Le président palestinien, Mahmoud Abbas, a appelé les États-Unis à «arrêter l'agression israélienne et à mettre fin à l'occupation pour protéger notre peuple» lors du sommet extraordinaire conjoint arabo-islamique qui s'est tenu samedi à Riyad.

L'Arabie saoudite a accueilli le sommet, qui a réuni des dirigeants des mondes islamique et arabe pour discuter de l'aggravation de la situation à Gaza.

Dans son discours d'ouverture, le prince héritier Mohammed ben Salmane a signalé que «nous sommes confrontés à une catastrophe humanitaire qui témoigne de l'incapacité du Conseil de sécurité de l'ONU et de la communauté internationale à mettre fin aux violations flagrantes des lois et normes internationales et du droit international humanitaire commises par Israël».

Le prince héritier a ajouté que cette situation constituait une menace pour la sécurité et la stabilité internationales et que tous les dirigeants devaient s'unir pour prendre des mesures efficaces afin de faire face à cette situation.

Lors de son discours, le prince héritier a renouvelé les appels de «cesser immédiatement les opérations militaires, de fournir des couloirs humanitaires pour les civils et de permettre aux organisations humanitaires internationales de jouer leur rôle».

Il a également affirmé que l’Arabie saoudite «condamne et rejette catégoriquement la guerre insensée menée contre nos frères palestiniens, qui a coûté la vie à des milliers de civils non armés, notamment des femmes, des enfants et des personnes âgées».

Les efforts conjoints de l'Arabie saoudite, de la Ligue arabe et de l'Organisation de la coopération islamique ont permis de réunir les dirigeants du monde entier à Riyad pour le sommet.

Parmi les personnalités présentes figuraient le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, le secrétaire général de l'Organisation de coopération Islamique (OCI), Hissein Brahim Taha, et le commissaire général de l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, Philippe Lazzarini.

Le président iranien, Ebrahim Raisi, le Premier ministre malaisien, Anwar Ibrahim, le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi, le vice-président des Émirats arabes unis, Mansour ben Zayed al-Nahyan, le Premier ministre libanais, Najib Mikati, et le président indonésien, Joko Widodo, étaient également présents.

Dans ses remarques, Taha a déclaré que le sommet réaffirme notre soutien absolu au peuple palestinien. Il a souligné l'engagement commun à défendre la cause palestinienne et la question de Jérusalem, un objectif clé de l'OCI.

Taha a ajouté que «tout le monde a été témoin des scènes horribles et du nettoyage ethnique perpétrés par les forces d'occupation israéliennes à Gaza» et a souligné l'urgence de documenter et d'utiliser les mécanismes juridiques et internationaux disponibles pour demander des comptes au gouvernement d'occupation.

Il a également demandé un cessez-le-feu immédiat et l'arrêt des attaques contre les habitants de Gaza, l'ouverture de passages sûrs pour l'acheminement continu de l'aide et la garantie de la sécurité du peuple palestinien.

Taha a exprimé son rejet des déplacements forcés du peuple palestinien et a exhorté la «communauté internationale à prendre les actions nécessaires contre les mesures prises par le gouvernement d'occupation israélien».

Il a appelé le Conseil de sécurité des Nations unies à «jouer son rôle, en soulignant la nécessité pour les autorités d'occupation israéliennes de respecter les droits de l'homme et de mettre en œuvre toutes les normes internationales».

Aboul Gheit a signalé que l'assaut d'Israël sur Gaza n'était pas un incident isolé et a exprimé l'espoir que ce soit le dernier.

Il a précisé que depuis qu'Israël a commencé à occuper la bande de Gaza, il a cherché à éradiquer les habitants ou à les forcer à partir. Les déclarations d'un ministre israélien suggérant l'utilisation d'une bombe nucléaire sur Gaza en témoignent, reflétant l'animosité profondément ancrée des Israéliens à l'égard de ses habitants.

Aboul Gheit a indiqué que l'assaut israélien avait coûté la vie à plus de 11 000 civils, dont 70% de femmes et d'enfants.

Cette «horrible réalité» met en évidence une campagne de nettoyage ethnique, de génocide et de violence systématique menée au vu et au su du monde entier.

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Le sommet arabo-islamique de Riyad a réuni des dirigeants de pays arabes et asiatiques, qui ont appelé à la fin immédiate de la guerre contre Gaza. (SPA)

Malgré les appels de la communauté internationale et du Conseil de sécurité à protéger les civils palestiniens, tous les appels à limiter les opérations israéliennes en réaction aux opérations du 7 octobre ont été vains, «car les Israéliens justifient abusivement leurs actions brutales comme étant de la légitime défense», a clarifié Aboul Gheit.

Il a souligné la nécessité urgente d'un cessez-le-feu global et a déclaré que la communauté internationale devait reconnaître que la poursuite de l'oppression par l'armée israélienne augmentait le risque d'une confrontation régionale.

Il a réitéré l'importance de mettre un terme à cette guerre et de rejeter toutes les formes de déplacement forcé à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, affirmant que de telles actions constituent des crimes internationaux et des violations flagrantes du droit humanitaire international.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a ainsi appelé à la fin des discussions sur la séparation de Gaza de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est, affirmant que ces zones font partie intégrante de l'établissement d'un État palestinien basé sur les frontières d'avant 1967.

Aboul Gheit a reconnu que le chemin vers le retour à la normale à Gaza sera long et difficile, mais il a affirmé que les États membres restent déterminés à apporter soutien et assistance à la population de Gaza dans sa lutte contre l'agression.

Dans son discours, Abbas a insisté sur le fait que: «Les États-Unis, qui ont le plus d'influence sur Israël, sont responsables de l'absence de solution politique. Nous demandons à Washington de mettre fin à l'agression israélienne, de mettre fin à l'occupation et d'y mettre fin pour protéger notre peuple.»

S'adressant au prince héritier saoudien, au chef de la Ligue arabe et à l'OCI, le président palestinien a déclaré: «Nous sommes tous à un tournant historique et nous devons tous nous montrer à la hauteur de nos responsabilités afin de parvenir à la paix et à la stabilité pour tous dans notre région.»

Abbas a cité cinq demandes pour la Palestine:

Premièrement, il a demandé au Conseil de sécurité d'assumer ses responsabilités en mettant fin immédiatement à l'agression et en autorisant l'approvisionnement de Gaza en médicaments, en nourriture et en électricité. Il a également demandé au Conseil de sécurité de mettre fin aux déplacements forcés de la population de Gaza et de la Cisjordanie.

Deuxièmement, le président a déclaré qu'ils «n'accepteront aucune solution militaire ou sécuritaire après leur échec total, et après que l'occupation a entravé la solution à deux États et augmenté ses colonies, ses tentatives de génocide et ses violations flagrantes des lois internationales, ainsi que sa profanation des lieux saints islamiques et chrétiens».

Troisièmement, Abbas a souligné que Gaza faisait partie de l'État de Palestine, ajoutant qu'il devait y avoir une solution politique globale pour toutes les terres palestiniennes, notamment la Cisjordanie                    et Gaza.

Il a déclaré que depuis 2007, l'Autorité palestinienne avait dépensé plus de 20 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,93 euro) pour Gaza, ajoutant qu'il s'agit de la responsabilité de l'Autorité palestinienne envers son peuple.

Quatrièmement, Abbas a appelé le Conseil de sécurité à protéger l'État et le peuple palestiniens, ajoutant que «nous avons besoin de la protection de la communauté internationale, nous avons besoin d'un plan − d'une solution politique de manière à parvenir à la souveraineté de notre État».

Abbas a déclaré: «Nous demandons que l'initiative de paix arabe soit mise en œuvre et qu'il y ait un État palestinien avec Jérusalem comme capitale et qu'il respecte la résolution 149 de l'ONU», et il a demandé un calendrier pour la mise en œuvre de cette initiative.

Cinquièmement, il a avisé: «Nous appelons à un soutien international pour aider les agences de l'État palestinien à soutenir son peuple, notamment en reconstruisant Gaza et en mettant en œuvre les résolutions concernant le soutien au budget du gouvernement et en apportant une stabilité définitive à l'État.»

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L'émir du Qatar, Tamim bin Hamad Al-Thani, a souligné les efforts de négociation de son pays pour libérer les otages détenus à Gaza. (SPA)

Abbas a terminé son intervention en remerciant le roi Salmane et le prince héritier, ainsi que les autres dirigeants participant au sommet.

Erdogan a fermement condamné les forces d'occupation israéliennes pour avoir brutalement pris pour cible des hôpitaux, des lieux de culte, des écoles et des camps de réfugiés, ainsi que pour avoir tué sans discernement des civils et procédé à des déplacements forcés dans la bande de Gaza.

Il a déclaré que ceux qui restent silencieux face à une telle injustice sont des partenaires à part entière de ces actes odieux.

Le dirigeant turc a exhorté les États-Unis et les pays occidentaux à assumer leurs responsabilités en matière de protection des droits de l'homme et à ne pas fermer les yeux sur les actions d'Israël.

«Ces moments douloureux et tristes révèlent l'existence de deux poids, deux mesures, l'absence de bon sens et l'incohérence des revendications humanitaires. Malheureusement, ce test révélateur met en évidence ces questions de manière retentissante», a-t-il précisé.

El-Sissi s'est dit convaincu que chaque personne dans la région mérite de vivre dans la paix et la sécurité, à l'abri de la peur, de l'intimidation et de la perte tragique d'enfants. Il a appelé à un avenir de paix, où les nouvelles générations pourront grandir sans être entourées de haine et d'hostilité.

Emomali Rahmon, le président du Tadjikistan, a exigé un cessez-le-feu immédiat et a exhorté toutes les parties concernées à s'asseoir à la table des négociations.

Il a indiqué que les crises, les menaces et les défis auxquels le monde islamique est confronté exigent plus que jamais l'unité, le consensus, la fédération et l'harmonie, ajoutant que «nous constatons aujourd'hui que ces facteurs ont conduit à une grave déstabilisation dans diverses régions du monde islamique et ont eu des conséquences économiques et sociales négatives à long terme à cause du déplacement de millions de personnes, principalement des mineurs, à la recherche d'une vie meilleure et plus sûre».

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Le président égyptien Abdel Fattah El-Sisi a appelé samedi à un cessez-le-feu immédiat et durable à Gaza. (SPA)

Le cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, émir du Qatar, a déclaré que les événements à Gaza représentaient un danger à tous les niveaux, et qu'ils constituaient un précédent troublant, même en termes de conflits agressifs. Il a condamné le bombardement des hôpitaux, d'abord nié puis justifié par l'existence de tunnels sous les installations médicales.

Il a signalé qu'au cours de la guerre actuelle et du précédent siège de Gaza, certains pays ont fait entendre leur voix en prétendant défendre le droit international et le système mondial.

Ces voix se sont élevées pour condamner le meurtre aveugle de civils palestiniens, surtout des enfants et des femmes, ainsi que le bombardement d'hôpitaux et d'abris. La gravité de la situation a atteint un point tel que les corps sans vie d'innocents ont été laissés sans être enterrés, témoignant d'un mépris déchirant pour la vie humaine.

Le cheikh Tamim a réitéré le soutien du Qatar au peuple palestinien et à sa juste cause, ainsi que son engagement, avec ses partenaires régionaux et internationaux, à fournir une aide humanitaire malgré l'obstruction israélienne.

Il a également appelé à l'ouverture permanente de points de passage humanitaires sûrs afin de permettre à l'aide d'atteindre les personnes touchées sans obstacles ni conditions.

Il a conclu son discours en affirmant que la seule solution durable à la question réside dans l'établissement d'une justice fondée sur la légitimité internationale, l'initiative de paix arabe et les principes défendus par la communauté internationale. Cette solution défend le droit du peuple palestinien à jouir de la prospérité, de la sécurité et de son droit de déterminer son destin dans un État indépendant.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le Conseil du Golfe veut participer à toutes les discussions sur la guerre avec l’Iran

Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi. (Archive/AFP)
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  • Le chef du CCG a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe
  • Le Conseil du Golfe a indiqué que ses membres souhaitent être impliqués dans toute discussion sur la guerre avec l’Iran

DUBAÏ : Le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Mohamed Al-Budaiwi, a accusé jeudi l’Iran d’alimenter l’escalade régionale et a appelé à un arrêt immédiat des attaques visant les infrastructures énergétiques dans le Golfe, tout en exhortant à inclure les États du Golfe dans tout effort diplomatique visant à résoudre la crise.

Dans une série de déclarations, Jasem Mohamed Al-Budaiwi a affirmé que l’Iran était responsable de la récente escalade et a averti que ses actions constituaient une menace directe pour la stabilité régionale.

Il a indiqué que des attaques iraniennes avaient visé des raffineries de pétrole en Arabie saoudite, au Qatar, aux Émirats arabes unis et au Koweït, qualifiant ces frappes de « systématiques » et dirigées contre des installations énergétiques critiques.

« Nous insistons sur la nécessité d’impliquer les pays du CCG dans toute discussion ou accord visant à résoudre cette crise, de manière à renforcer leur sécurité et leur stabilité », a déclaré Al-Budaiwi dans une allocution télévisée, ajoutant que si les États du Golfe ont le droit de se défendre, ils privilégient la voie diplomatique.

« La communauté internationale doit adresser un message unifié à l’Iran pour qu’il mette fin à ses attaques », a-t-il ajouté, appelant à une pression mondiale coordonnée pour éviter une nouvelle escalade.

Le secrétaire général a également rejeté toute tentative de redessiner la carte de la région après le conflit, mettant en garde contre toute modification des frontières géopolitiques une fois la crise terminée.

Al-Budaiwi a en outre accusé l’Iran d’exiger des paiements de la part des navires transitant par le détroit d’Ormuz, une voie maritime essentielle par laquelle transite une part importante du pétrole mondial.

Le chef du CCG est le premier haut responsable régional à formuler publiquement une telle accusation.

Al-Budaiwi, qui dirige le bloc composé de Bahreïn, du Koweït, d’Oman, du Qatar, de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, a fait ces déclarations lors d’une conférence de presse à Riyad. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Pourquoi Israël bombarde-t-il des ponts strategiques dans le sud du Liban ?

Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
Après une frappe aérienne israélienne qui a visé le pont de Qasmiyeh, situé sur une route principale reliant des villages du district de Tyr à d'autres plus au nord, Israël ayant déclaré que le pont était utilisé par le Hezbollah, dans le sud du Liban. (AFP)
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  • Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage visent à créer une division géographique qui isolerait une grande partie du sud du pays
  • Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales

BEYROUTH : Le ciblage systématique par Israël des ponts sur le Litani marque une escalade significative dans sa campagne militaire au Liban, qui passe des frappes aériennes et des avertissements d'évacuation à la coupure délibérée du Sud-Liban du reste du pays.

Des responsables libanais et des sources militaires estiment que les frappes sur les principaux points de passage reliant les zones situées au nord et au sud du Litani visaient à créer une division géographique qui isolerait de grandes parties du sud, perturberait les opérations d'aide et de secours et restreindrait les déplacements dans la région.

Ces dernières semaines, les opérations israéliennes sont passées de l'émission d'ordres d'évacuation pour les villages situés au sud du Litani à l'avertissement des résidents avant les frappes sur les ponts et les routes principales.

Le ministre israélien de la défense, Israël Katz, a déclaré qu'il avait ordonné à l'armée de détruire tous les ponts qui enjambent le fleuve reliant le sud à Beyrouth et à la région de la Bekaa, car ils étaient utilisés pour transporter des armes vers le Hezbollah.

Pourquoi les ponts sont-ils si importants ?

Le Litani, le plus long fleuve du Liban (environ 170 km), prend sa source à l'ouest de Baalbek et traverse la vallée de la Bekaa. Il se situe entre 6 et 30 km de la frontière israélo-libanaise, ses points les plus proches se trouvant dans le secteur oriental et le district de Nabatieh.

Les zones situées au sud de la rivière sont connues sous le nom de "frontière sud". Elles comprennent des parties des gouvernorats du Sud et de Nabatieh, notamment les districts de Tyr, de Bint Jbeil et de Marjayoun.

L'armée israélienne a identifié au moins 15 ponts et ponceaux, s'étendant de la région côtière à la Bekaa occidentale, comme cibles à détruire.

Parmi les plus importants figurent les ponts de Qasmiyeh, Tayr Falsay et Khardali, dont la perte couperait des voies de transport essentielles reliant le Sud-Liban au reste du pays et isolerait effectivement les régions situées au sud du fleuve.

Les frappes sur les ponts interviennent dans un contexte d'intensification des combats entre Israël et le Hezbollah dans des villes frontalières comme Khiam et Naqoura et d'une augmentation des démolitions, par les forces israéliennes, de maisons dans les villages de la ligne de front - des mesures qui, selon les observateurs, pourraient préparer le terrain pour une incursion terrestre plus large.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre contre l'Iran le 2 mars en lançant six roquettes sur un site militaire dans le nord d'Israël. Cette action répondait à ce que le groupe militant décrit comme la poursuite des attaques israéliennes contre le Liban, malgré l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 et l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le même jour, Israël a lancé une nouvelle offensive contre le Liban, menant des frappes aériennes sur la banlieue sud de Beyrouth ainsi que sur des zones situées au sud et à l'est du Liban. Le lendemain, il entame une incursion terrestre limitée dans le sud.

Quel est l'impact des bombardements sur les ponts ?

Le pont d'Al-Qasmiyeh, qui a été visé dimanche par des frappes aériennes israéliennes intensives, est l'un des points de passage les plus importants. Situé près de l'endroit où le fleuve rencontre la mer Méditerranée, il fait partie de la principale route côtière reliant Sidon et Tyr et est utilisé par les piétons, les voitures et les camions.

Sa destruction a gravement perturbé la principale artère reliant le sud du pays à la capitale.

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié le bombardement des ponts d'"escalade dangereuse et de violation flagrante de la souveraineté libanaise", de "prélude à une invasion terrestre" et de "tentative de rompre le lien géographique entre la région méridionale du Litani et le reste du territoire libanais".

Une source militaire a déclaré à Arab News qu'Israël avait jusqu'à présent visé 70 % des ponts.

"D'un point de vue militaire, l'objectif est de couper les lignes d'approvisionnement du Hezbollah.

Pourquoi Israël veut-il isoler le Sud-Liban ?

La source a déclaré que l'incursion dans le Sud-Liban et l'isolement de cette région avaient pour but d'accroître les gains d'Israël sur le terrain afin de renforcer sa position dans les négociations.

"L'impact que la supériorité israélienne imposera au Liban dans les étapes à venir reste incertain", a déclaré la source.

"Nous savons seulement qu'elle possède des capacités militaires supérieures et redoutables, inégalées par toute autre force au Moyen-Orient, ainsi qu'une importante supériorité aérienne et technologique.

"En revanche, le Hezbollah ne dispose d'aucune ligne de ravitaillement, ni depuis la Syrie ni depuis l'Irak, et l'armée libanaise est confrontée à d'importantes limitations en termes de capacités et de ressources, s'efforçant de maintenir sa présence militaire par tous les moyens possibles."

La source a indiqué que, sur la base d'informations fournies par des unités de l'armée libanaise stationnées au sud du Litani, à environ 10 km de la frontière, les forces israéliennes étaient entrées dans la ville de Khiam, sans que l'on connaisse l'ampleur de l'incursion.

L'analyste politique Ali Al-Amin a déclaré à Arab News que les opérations menées par le Hezbollah dans le sud du Liban n'empêcheraient pas les Israéliens d'avancer, mais qu'elles en augmenteraient le coût.

"L'objectif d'Israël était d'établir une zone tampon, ce dont il avait déjà discuté lors de la dernière guerre, sur une région vidée de sa population, de ses installations résidentielles et agricoles et de ses infrastructures.

La zone tampon s'étendrait probablement sur une profondeur de 3 à 5 km.

"L'armée israélienne pourrait pénétrer plus loin, mais je pense que l'opération se limitera à des incursions et à des retraits sans maintenir une présence permanente.

Sur la base de ses précédentes guerres au Sud-Liban, Israël a compris qu'une occupation terrestre serait coûteuse, a déclaré M. Al-Amin.

"Grâce à sa supériorité technologique, il n'a pas besoin d'occuper un territoire. Il a déjà forcé des gens à quitter leurs maisons par des menaces et des barrages routiers aériens, sans avoir besoin de troupes au sol."

Il a ajouté qu'il pensait que les Israéliens poursuivraient leurs destructions et chercheraient à relier les zones méridionales à Hasbaya, Arqoub et aux villages chrétiens - des zones qui n'ont pas été détruites, contrairement aux villages chiites.

Les habitants de ces zones pourraient être contraints d'évacuer après avoir perdu l'accès aux routes d'approvisionnement en nourriture ou de recourir aux provisions israéliennes, a-t-il ajouté.

"Toutefois, cela ne signifie pas un retour à la bande frontalière que le Liban a connue dans les années 1970. Elle pourrait au contraire devenir une bande frontalière sans chiites, car ceux-ci seraient empêchés de reconstruire leurs villages ou d'y retourner.

"Si des négociations devaient s'ouvrir entre le Liban et Israël, la situation changerait alors, car Israël, disposant d'un levier important, serait en mesure d'imposer ses conditions", a-t-il ajouté.

Quel est le coût de cette nouvelle escalade ?

Il n'existe pas encore d'estimation officielle des pertes résultant de la destruction des ponts dans le sud du Liban.

La Banque mondiale a déjà estimé le coût de la réhabilitation des infrastructures libanaises à plusieurs milliards de dollars. La reconstruction des ponts ne ferait qu'alourdir les dépenses.

Le bilan humanitaire est également lourd : plus de 1 070 personnes ont été tuées et plus d'un million ont été déplacées, soit environ 14 % de la population, selon l'unité de gestion des risques de catastrophes du bureau du Premier ministre et du ministère des Affaires sociales.


Le Hezbollah refuse toute négociation «sous le feu» avec Israël

Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban. (AFP)
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  • Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation"
  • Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

BEYROUTH: Le Hezbollah a balayé mercredi toute négociation "sous le feu" avec Israël, qui a poursuivi ses frappes sur les bastions du groupe pro-iranien au Liban.

Les frappes israéliennes ont tué 1.094 personnes, dont 121 enfants, fait plus de 3.000 blessés et plus d'un million de déplacés depuis le 2 mars, selon un nouveau bilan mercredi du ministère de la Santé.

Dans un communiqué retransmis par la chaîne du Hezbollah, le chef du groupe, Naïm Qassem, a affirmé que toute négociation "sous le feu" avec Israël était une "capitulation", alors que le gouvernement libanais appelle à des pourparlers avec le pays ennemi.

Il a demandé aux autorités libanaises de revenir sur leur décision de "criminaliser" l'action militaire de sa formation, que Beyrouth a décidé d'interdire début mars.

Sur le terrain, le Hezbollah a affirmé avoir mené mercredi plus de 80 attaques contre des positions de l'armée israélienne et des localités en Israël, le nombre d'attaques en un jour le plus élevé depuis le début de la guerre avec Israël.

La formation pro-iranienne a aussi affirmé avoir visé des troupes israéliennes dans neuf villages libanais à la frontière.

Le groupe a aussi revendiqué une série d'attaques contre des localités du nord d'Israël, notamment Kiryat Shmona, qui n'ont pas fait de victimes selon les autorités israéliennes.

"Transformer en profondeur" 

Selon une vidéo diffusée par son bureau, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui affirmé en soirée qu'Israël était en train d'élargir la "zone tampon" au Liban pour "éloigner la menace des missiles" du Hezbollah. "Nous sommes résolus à transformer en profondeur la situation", a-t-il dit.

La veille, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, avait affirmé que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière.

Dans le même temps, l'aviation israélienne avait mené une frappe dans la nuit de mardi à mercredi contre la banlieue sud de la capitale, selon l'agence libanaise ANI.

Israël avait ordonné mardi aux habitants de sept quartiers de cette banlieue qu'il considère comme un fief du Hezbollah d'évacuer en prévision d'actions militaires.

Un correspondant de l'AFP a vu une rue jonchée de débris, de morceaux de ciment et de métal tordu, et un appartement endommagé, après une frappe tôt mercredi matin.

Depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre régionale le 2 mars, Israël pilonne la banlieue sud de Beyrouth, vidée de la majorité de ses habitants qui ont fui.

Huit personnes tuées 

Huit personnes ont par ailleurs été tuées dans les frappes israéliennes dans le sud du Liban, selon le ministère libanais de la Santé.

A Nabatiyeh, dans le sud, deux secouristes, vêtus de leur uniforme et qui circulaient sur un scooter, ont été tués par une frappe israélienne mardi, a indiqué mercredi le ministère, portant à 42 le nombre de soignants libanais tués par Israël.

Celui-ci a dénoncé dans un communiqué "une obstruction délibérée des opérations de sauvetage et une violation flagrante du droit international humanitaire".

L'armée israélienne a déclaré de son côté mercredi matin avoir visé "un centre de commandement" du Hezbollah dans la banlieue sud, ainsi que des stations essence de l'entreprise Al-Amana dont elle dit qu'elles appartiennent au mouvement et le financent.

Israël avait aussi annoncé avoir, au cours de son opération terrestre dans le sud du Liban, "démantelé des centres de commandement du Hezbollah" ainsi qu'un dépôt d'armes, et avoir tué plusieurs combattants de la formation, sans en préciser le nombre.

"Le Hezbollah doit cesser de lancer des attaques contre Israël. Et Israël doit cesser ses opérations militaires et ses frappes contre le Liban, où les civils sont le plus touchés", a pour sa part plaidé mercredi le secrétaire général de l'ONU. "Le modèle de Gaza ne doit pas être reproduit au Liban", a insisté Antonio Guterres.

Dans la ville millénaire de Tyr, à une vingtaine de km de la frontière israélienne, environ 20.000 personnes dont quelque 15.000 déplacés des villages environnants s'entassent dans le quartier chrétien - le seul encore épargné par les frappes - et dans quelques écoles.

"Nous n'abandonnerons pas notre terre, nos cœurs sont ici", a affirmé Khalil, l'un de ceux qui ont décider de rester dans la ville, désormais très isolée.