Initiatives vertes saoudiennes: le soutien au développement durable d'un Moyen-Orient en manque d'eau

Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a annoncé en septembre dernier le projet du Royaume de créer une organisation mondiale de l'eau basée à Riyad (Photo, AFP).
Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a annoncé en septembre dernier le projet du Royaume de créer une organisation mondiale de l'eau basée à Riyad (Photo, AFP).
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Publié le Vendredi 08 décembre 2023

Initiatives vertes saoudiennes: le soutien au développement durable d'un Moyen-Orient en manque d'eau

  • Jusqu'à 83% de la population de la région MENA est confrontée à une pénurie d'eau en raison de l'impact du changement climatique
  • La plupart des consommateurs saoudiens considèrent que les dirigeants gouvernementaux sont plus préoccupés que leurs homologues du monde des affaires par la pénurie d'eau et le changement climatique

DUBAÏ: Bien qu'elle soit considérée comme le pays le plus riche du monde en termes de ressources naturelles, l'Arabie saoudite est l'un des pays du monde où l'eau est la plus rare. Alors que la référence mondiale en matière de pénurie absolue d'eau est de 500 mètres cubes par habitant et par an, l'Arabie saoudite ne dispose que de 89,5 mètres cubes.

Alors que l'évolution à long terme des températures et des conditions météorologiques entraîne l'assèchement des masses d'eau, l'Arabie saoudite et ses voisins sont confrontés à un défi commun: assurer à leurs citoyens et à leurs résidents un niveau de vie raisonnablement bon dans la région la plus aride du monde.

Pour favoriser le changement, l'Arabie saoudite joue un rôle de premier plan dans les forums mondiaux, tirant parti de son influence au sein du forum intergouvernemental du G20 et de la réunion ministérielle sur l'énergie propre pour mettre en avant non seulement les préoccupations environnementales, mais aussi l'expertise régionale.

Cela n'est nulle part plus évident que lors de la conférence des Nations unies sur le changement climatique, ou la COP28, qui se tient actuellement à Dubaï, où Jean-François Gagne, chef du secrétariat de la conférence ministérielle sur l'énergie propre, a souligné l'importance de la coordination régionale afin de faire progresser les ambitions en matière de lutte contre le changement climatique.

Environ 53% des consommateurs saoudiens ont mentionné l'eau propre et salubre comme une préoccupation environnementale importante (Photo, AFP).

«L'Arabie saoudite a l'avantage d'être à la table du G20, ce qui lui permet de jouer un rôle de premier plan en apportant les connaissances régionales et les préoccupations environnementales à la table internationale. C'est essentiel, car nous avons besoin que toutes les régions du monde progressent ensemble», a déclaré Gagne à Arab News.

«Lorsque vous avez des champions régionaux, cela permet vraiment de s'assurer que personne n'est laissé de côté pour faire avancer nos objectifs en matière d'énergie propre», a-t-il précisé.

Parallèlement, la perception qu'a le public saoudien des défis posés par le changement climatique a sensiblement évolué ces derniers temps.

L'étude Watermark d'Ecolab, une enquête mondiale qui mesure la perception de l'eau par les consommateurs dans 15 pays, indique que les consommateurs saoudiens sont très sensibilisés et qu'ils sont à la fois inquiets et optimistes quant à la possibilité de relever les défis climatiques.

Selon l'étude, qui a été lancée en 2023, environ 53% des consommateurs saoudiens ont mentionné l'eau propre et salubre comme une préoccupation environnementale importante, tandis que 80% ont reconnu que la pénurie d'eau peut être traitée de manière efficace.

L'Arabie saoudite dépend actuellement fortement des eaux souterraines et des usines de dessalement pour répondre à ses besoins en eau (Photo, AFP).

«Les consommateurs saoudiens ont raison, et avec une combinaison de stratégies entre le gouvernement, les entreprises et l'industrie, et l'adoption de technologies intelligentes de l'eau, la gestion, la conservation et la sécurité de l'eau peuvent être abordées de manière significative», a déclaré Stefan Umiastowski, vice-président senior d'Ecolab et responsable du marché de l'Inde, du Moyen-Orient et de l'Afrique.

L'Arabie saoudite dépend actuellement fortement des eaux souterraines et des usines de dessalement pour répondre à ses besoins en eau, et avec la croissance rapide de sa population et de son industrie, la demande ne cesse d'augmenter.

Umiastowski a souligné qu'avec la baisse continue du niveau des nappes phréatiques et la pression accrue sur les ressources existantes, une éventuelle crise de l'eau ne peut être exclue.

«La bonne nouvelle, c'est que des pratiques et des solutions de gestion durable de l'eau sont disponibles et peuvent être mises en œuvre rapidement et efficacement», a-t-il expliqué à Arab News.

L'étude d'Ecolab a révélé que, bien qu'une grande majorité de consommateurs pense qu'il est possible de remédier à la pénurie d'eau, environ 74% d'entre eux estiment que les entreprises et les fabricants ont besoin d'orientations et de plans plus clairs.

En fait, environ trois quarts des consommateurs saoudiens considèrent que les dirigeants gouvernementaux sont plus préoccupés que les dirigeants d'entreprises et d'organisations à but non lucratif par la nécessité d'économiser l'eau et le changement climatique.

«Cette perception de la gestion de l'eau du point de vue des consommateurs montre la nécessité d'une action à la fois urgente et plus visible de la part des entreprises et de l'industrie afin de renforcer les mesures de durabilité», a déclaré Umiastowski.

Batoul Almutab, experte en matière environnementale, sociale et de gouvernance et fondatrice d'Incora Consultancy, affirme qu'il y a des signes de changement dans la façon dont les consommateurs saoudiens perçoivent le changement climatique, car le Royaume travaille activement à la sensibilisation et à la promotion de comportements durables.

Selon Almutab, cet engagement est évident dans le système éducatif, où les enfants apprennent les pratiques durables dans le cadre du programme scolaire national. Elle estime également que la jeune génération de Saoudiens est beaucoup plus encline à acheter des articles provenant de marques qui accordent la priorité à la durabilité.

«En fait, 62% des acheteurs de la génération Z optent pour des marques durables, et 73% d'entre eux sont prêts à dépenser plus pour des produits durables», a-t-elle signalé à Arab News.

«Alors que nous n'avons pas encore eu de réveil culturel collectif, les générations futures seront le fer de lance de ce changement», a-t-elle estimé.

Malgré les nombreuses initiatives visant à résoudre le problème de la pénurie d'eau en Arabie saoudite, Almutab estime qu'il y a encore des progrès à faire.

Une gestion efficace et durable de l'eau et des déchets constituera une avancée significative dans la résolution des principaux problèmes environnementaux, a souligné Daymion Jenkins (Photo, AFP).

«Le pays est l'un de ceux qui manquent le plus d'eau dans le monde. Ses ressources en eau douce sont limitées et ses taux de consommation sont élevés», a-t-elle spécifié.

Elle énumère les principales causes de la pénurie d'eau en Arabie saoudite: la croissance rapide de la population, l'urbanisation accrue et les activités agricoles extensives, qui ont toutes mis à rude épreuve les sources disponibles.

Heureusement, selon Umiastowski, il est possible de réduire la consommation d'eau, de la réutiliser, de la rendre plus efficace et de mieux la sécuriser.

«Du consommateur à l'entreprise, en passant par l'industrie et le gouvernement, des actions et des solutions sont possibles. La prise de conscience est certainement en hausse, et la mise en œuvre a commencé, mais elle doit être accélérée rapidement», a-t-il indiqué.

Le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, a annoncé en septembre dernier que le Royaume prévoyait de créer une organisation mondiale de l'eau basée à Riyad.

Cette initiative témoigne de l'engagement de l’Arabie saoudite en faveur d'une coopération mondiale pour résoudre les problèmes de pénurie d'eau et plaider en faveur de pratiques de gestion responsables.

L'Arabie saoudite a également pris des engagements importants pour relever les défis mondiaux en matière d'approvisionnement en eau. L'Autorité saoudienne pour les villes industrielles et les zones technologiques a lancé l'initiative «Voluntary Commitment to Water Sustainability» («Engagement volontaire en faveur de la durabilité de l'eau»), qui s'inscrit dans le cadre de la priorité accordée par le pays à l'amélioration de la sécurité de l'eau pour un progrès économique et social.

«Ces initiatives montrent clairement que l'Arabie saoudite est déterminée à relever les défis de la sécurité de l'eau au niveau national et à s'appuyer sur les enseignements tirés au niveau mondial sur la manière de gérer efficacement la source et la qualité des réserves d'eau souterraine, afin de garantir la résilience dans une période de croissance sociale et économique rapide», a déclaré à Arab News Daymion Jenkins, directeur de la pratique sur la Terre et l’Environnement au sein de la branche Moyen-Orient de la société de conseil canadienne WSP.

La loi sur l'eau, qui fait partie de la Vision saoudienne 2030, définit également une série d'actions clés pour relever les défis. Il s'agit notamment de centraliser la propriété et l'octroi de licences pour l'utilisation et l'exploitation des ressources en eau, ainsi que de préparer une stratégie nationale et un plan de gestion des situations d'urgence pour l'approvisionnement.

«Au fur et à mesure que ces politiques et ces orientations se développent, il y aura un plan cohérent pour gérer les risques associés à l'intégrité et à l'approvisionnement en eau. Un travail technique important est nécessaire pour développer ces stratégies, qui sont essentielles pour faire face à la pénurie d'eau potentielle en Arabie saoudite» a expliqué Jenkins.

L'Arabie saoudite a également pris des engagements importants pour relever les défis mondiaux en matière d'approvisionnement en eau (Photo, AFP).

Il souligne qu'au moins 40% de l'approvisionnement en eau de l'Arabie saoudite provient des eaux souterraines et que, dans certains cas, la fiabilité de ces sources est essentielle.

En outre, l'extraction excessive des eaux souterraines pourrait diminuer leur rendement, ce qui poserait des problèmes aux régions fortement tributaires de cette ressource rare pour répondre aux besoins des zones urbaines densément peuplées, des terres agricoles et des zones industrielles.

«Les aquifères, qui stockent et alimentent ces sources d'eau souterraine, comprennent des masses d'eau peu profondes qui ont la capacité de se recharger, et des réserves d'eau “fossiles”, qui sont isolées dans des couches géologiques profondes et constituent des ressources limitées», a éclairci Jenkins.

EN CHIFFRES

- 89,5 mètres cubes d'eau disponible en Arabie saoudite par habitant et par an.

- 53% des consommateurs saoudiens considèrent la pénurie d'eau comme une préoccupation.

- 73% des acheteurs de la génération Z sont prêts à dépenser plus pour des marques durables.

Le nord-est de l'Arabie saoudite, où l'approvisionnement en eau provient principalement des nappes phréatiques, constitue un bon exemple.

Une meilleure compréhension de ces systèmes aquifères et la mise en œuvre de pratiques de gestion efficaces contribueront de manière significative à aligner les taux d'extraction sur les taux de recharge des zones élevées. Cet alignement permettrait à son tour de soutenir leur viabilité à long terme et d'avoir un impact positif sur la sécurité globale de l'eau, a-t-il illustré.

Dans ce contexte, Jenkins estime qu'il est important de noter que la gestion des déchets est à la base de nombreuses initiatives environnementales.

80% des Saoudiens estiment qu'il est possible de remédier efficacement à la pénurie d'eau (Photo, AFP).

Les programmes visant la réduction, le recyclage, l'utilisation efficace des déchets pour la production d'énergie verte et la promotion d'une économie circulaire, où les matériaux sont réutilisés de manière bénéfique, sont des éléments cruciaux de ce programme.

«L'Arabie saoudite s'est fixé pour objectif de détourner 82% des déchets du centre d'enfouissement des déchets, avec des objectifs importants en matière de recyclage, de compostage et de valorisation énergétique des déchets. Une gestion efficace et durable de l'eau et des déchets constituera une avancée significative dans la résolution des principaux problèmes environnementaux», a indiqué Jenkins.

Tout bien considéré, il y a peu de doute que le gouvernement de l'Arabie saoudite poursuit activement de multiples mesures et initiatives non conventionnelles pour lutter contre la pénurie d'eau.

Ces efforts englobent des réglementations et des normes strictes régissant l'utilisation, la promotion de technologies et de pratiques applicables, et des investissements substantiels dans la recherche et le développement visant à promouvoir des solutions innovantes pour la gestion de l'eau.

«L'Arabie saoudite dispose des bons outils pour s'attaquer efficacement au problème de la pénurie d'eau», a soutenu Umiastowski. «Grâce à des investissements continus dans la recherche et l'innovation, à la sensibilisation et à l'éducation du public et à la collaboration avec des experts internationaux, elle peut devenir plus sûre en matière d'eau», a-t-il conclu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Léon XIV est arrivé en Algérie pour une visite historique, la première d'un pape dans le pays 

La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
La basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger. (AFP)
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  • Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman "
  • Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962)

ALGER: Léon XIV est arrivé lundi matin en Algérie pour une visite de deux jours hautement symbolique, la première d'un pape dans ce pays à majorité musulmane, terre natale de Saint Augustin, a constaté l'AFP à bord de l'avion papal.

Le pape américain est arrivé peu avant 10H00 locales (09H00 GMT) à l'aéroport d'Alger et doit rendre hommage aux victimes algériennes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-1962).

Une visite historique 

Le pape Léon XIV est parti lundi matin pour un voyage historique en Algérie, marquant le début d'une tournée de onze jours en Afrique, premier voyage international de son pontificat mais qui risque d'être éclipsé par les critiques du président américain Donald Trump.

Son avion a décollé peu après 07H00 GMT de l'aéroport romain de Fiumicino.

Première étape d'une grande tournée dans quatre pays d'Afrique, le pape américain se rend en Algérie pendant deux jours "pour continuer à construire des ponts entre le monde chrétien et le monde musulman ", a déclaré à l'AFP l'archevêque d'Alger, le cardinal Jean-Paul Vesco.

Ce déplacement revêt aussi une forte dimension personnelle pour le pape américain: il marchera dans les pas de Saint Augustin, grand penseur chrétien du IVe siècle dont l'héritage spirituel irrigue son pontificat.

Dans un contexte international tendu par la guerre au Moyen-Orient, la coexistence pacifique sera au cœur du message du pape dans ce pays de 47 millions d'habitants, où l'islam sunnite est religion d'Etat.

Sa récente allocution antiguerre lui a valu dimanche soir une diatribe de Donald Trump: "Je ne suis pas un grand fan du pape Léon (...), c'est un homme qui ne croit pas à la lutte contre la criminalité", a déclaré le président américain à la presse. Puis d'ajouter sur son réseau Truth Social: "Je ne veux pas d'un pape qui critique le président des Etats-Unis" - même si celui-ci n'avait nommé personne dans son discours.

Première grande tournée 

Attendu à 10H00 (09H00 GMT) à Alger, Léon XIV sera accueilli avec les honneurs. Il rendra d'abord hommage, devant le monument des martyrs, aux victimes de la guerre d'indépendance contre la France (1954-62), un geste de reconnaissance de la douloureuse histoire nationale.

Dans la foulée, il sera reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et prononcera un premier discours devant les autorités et le corps diplomatique.

L'après-midi, il visitera la Grande Mosquée, complexe monumental au plus haut minaret du monde (267 m), avant de se rendre à la basilique Notre-Dame d'Afrique, site chrétien emblématique du pays qui surplombe la baie d'Alger.

Au cours d'une célébration à dimension interreligieuse mêlant chrétiens et musulmans, le chef des 1,4 milliard de catholiques y lancera un appel à la fraternité dans le pays où les catholiques représentent moins de 0,01 % de la population.

Ce déplacement ouvre la première grande tournée internationale du pape de 70 ans, qui le conduira ensuite au Cameroun, en Angola et en Guinée équatoriale (13-23 avril), un marathon de 18.000 km à l'agenda très dense.

Fleurs et travaux 

Pour cette visite historique, Alger a sorti ses plus beaux atours, et l'ambiance des grands jours règne dans la capitale algérienne.

Les murs de certaines façades ont été rafraîchis, des routes refaites à neuf, des espaces verts agrémentés de plantes et de grands pots de fleurs déposés sur une partie du parcours.

Dans certains quartiers, comme celui de Bab El Oued, les travaux se sont poursuivis pendant la nuit, créant parfois des embouteillages à des heures tardives.

Des barrières ont été posées le long du parcours qu'empruntera le souverain pontife. Aucun bain de foule n'est cependant prévu dans la capitale et la fameuse papamobile, ce véhicule blanc emblématique, restera à l'aéroport, selon le site d'information Casbah Tribune.

Lundi, Léon XIV se recueillera aussi en privé dans la chapelle des 19 "martyrs d'Algérie", des prêtres et religieuses assassinés pendant la décennie noire de guerre civile (1992-2002), symbole du prix payé par les religieux engagés dans le dialogue avec l'islam.

Mais aucun déplacement n'est prévu au monastère de Tibhirine, dont les moines furent enlevés et assassinés en 1996, un épisode encore entouré de zones d'ombre.

Dans un pèlerinage à la dimension plus personnelle, le pape se rendra mardi à Annaba (est), près de la frontière tunisienne, l'antique Hippone dont Saint Augustin (354-430) fut l'évêque.

Dans son premier discours en tant que pape, depuis le balcon de la basilique Saint‑Pierre, Léon XIV s'était présenté comme "un fils de Saint Augustin" en référence à l'ordre qui porte son nom.

Avant son élection à la tête de l'Eglise catholique en mai 2025, Robert Francis Prevost s'était rendu deux fois en Algérie, en tant que responsable de cet ordre, fondé au XIIIe siècle sur des préceptes de vie commune et de partage.


L'Iran a exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, selon des ONG

Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, ont indiqué lundi deux ONG, qui ont averti que le recours à la peine capitale pourrait s'accroître du fait de la guerre contre Israël et les Etats-Unis. (AFP)
Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, ont indiqué lundi deux ONG, qui ont averti que le recours à la peine capitale pourrait s'accroître du fait de la guerre contre Israël et les Etats-Unis. (AFP)
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  • "En semant la peur, en procédant à une moyenne de quatre à cinq exécutions par jour en 2025, les autorités ont tenté d'empêcher de nouvelles manifestations"
  • Depuis le début de la guerre contre Israël et les Etats-Unis le 28 février, l'Iran a pendu sept personnes en lien avec les manifestations de janvier

PARIS: Les autorités iraniennes ont exécuté au moins 1.639 personnes en 2025, un record depuis 1989, ont indiqué lundi deux ONG, qui ont averti que le recours à la peine capitale pourrait s'accroître du fait de la guerre contre Israël et les Etats-Unis.

Le nombre d'exécutions a progressé de 68% par rapport à 2024 (975 personnes tuées) et inclut 48 femmes pendues, ont comptabilisé dans leur rapport annuel conjoint l'organisation norvégienne Iran Human Rights (IHR) et l'organisation parisienne Ensemble contre la peine de mort (ECPM).

Si la République islamique "survit à la crise actuelle, il existe un risque sérieux que les exécutions soient utilisées de manière encore plus poussée comme outil d'oppression et de répression", alerte le rapport.

L'IHR - qui exige deux sources pour confirmer des exécutions, pour la plupart non relayées par les médias officiels iraniens - considère que l'estimation des pendaisons pour 2025 représente un "minimum".

Le chiffre retenu représente une moyenne de plus de quatre exécutions par jour.

Selon le rapport, le nombre d'exécutions est un record depuis que l'IHR a commencé à faire ce recensement en 2008 et le plus élevé jamais signalé depuis 1989.

Les ONG avertissent que "des centaines de manifestants détenus risquent toujours la peine de mort et l'exécution" après avoir été inculpés de crimes passibles de la peine capitale pour avoir participé aux manifestations de janvier 2026 contre les autorités.

Ces manifestations avaient été réprimées dans le sang, des organisation de défense des droits humains faisant état de milliers de morts et de l'arrestation de dizaines de milliers de personnes.

"Semer la peur" 

"En semant la peur, en procédant à une moyenne de quatre à cinq exécutions par jour en 2025, les autorités ont tenté d'empêcher de nouvelles manifestations", analyse Mahmood Amiry-Moghaddam, directeur de l'IHR.

Depuis le début de la guerre contre Israël et les Etats-Unis le 28 février, l'Iran a pendu sept personnes en lien avec les manifestations de janvier.

"En Iran, la peine de mort est utilisée comme un outil politique d'oppression et de répression, les minorités ethniques et d'autres groupes marginalisés étant surreprésentés parmi les personnes exécutées", explique Raphaël Chenuil-Hazan, directeur général de l'association Ensemble contre la peine de mort.

La minorité kurde dans l'ouest et les Baloutches dans le sud-est  -qui adhèrent pour la plupart à la branche sunnite de l'islam plutôt qu'à la branche chiite dominante en Iran- sont particulièrement visés.

Le rapport précise que près de la moitié des personnes exécutées en 2025 avaient été condamnées pour des infractions liées à la drogue.

Au moins 48 femmes ont été exécutées, le nombre le plus élevé enregistré depuis plus de 20 ans, représentant une hausse de 55% par rapport à 2024 (31 femmes pendues), selon les ONG.

Selon le rapport, 21 de ces femmes ont été exécutées pour avoir tué leur mari ou leur fiancé.

Presque toutes les exécutions par pendaison ont eu lieu à l'intérieur des prisons, mais le nombre d'exécutions publiques a plus que triplé avec un total de 11 en 2025.

Le code pénal iranien autorise d'autres méthodes de peine capitale, mais ces dernières années, toutes les exécutions connues ont été effectuées par pendaison.

Des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, affirment que l'Iran est le pays qui procède au plus grand nombre d'exécutions par habitant au monde et le plus grand nombre parmi tous les pays, à l'exception de la Chine, pour laquelle aucune donnée fiable n'est disponible.

 


Iran: les Gardiens menacent de piéger leurs ennemis dans un «tourbillon mortel» dans le détroit d'Ormuz

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé dimanche avoir "entièrement sous contrôle" le trafic dans le détroit d'Ormuz, menaçant d'y piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel", après l'annonce par Donald Trump d'un blocus de ce passage maritime. (AFP)
Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé dimanche avoir "entièrement sous contrôle" le trafic dans le détroit d'Ormuz, menaçant d'y piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel", après l'annonce par Donald Trump d'un blocus de ce passage maritime. (AFP)
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  • "L'ennemi se retrouvera piégé dans un tourbillon mortel dans le détroit s'il fait un faux pas"
  • "Tout navire militaire qui tenterait de s'approcher du détroit d'Ormuz sous quelque prétexte que ce soit sera considéré comme violant le cessez-le-feu et fera l'objet de mesures sévères"

TEHERAN: Les Gardiens de la Révolution iraniens ont affirmé dimanche avoir "entièrement sous contrôle" le trafic dans le détroit d'Ormuz, menaçant d'y piéger leurs ennemis dans un "tourbillon mortel", après l'annonce par Donald Trump d'un blocus de ce passage maritime.

"Tout le trafic (...) est entièrement sous contrôle des forces armées", a déclaré le commandement naval des Gardiens dans un message publié sur X.

"L'ennemi se retrouvera piégé dans un tourbillon mortel dans le détroit s'il fait un faux pas", a ajouté le commandement naval, en publiant une vidéo montrant des navires dans le viseur.

"Tout navire militaire qui tenterait de s'approcher du détroit d'Ormuz sous quelque prétexte que ce soit sera considéré comme violant le cessez-le-feu et fera l'objet de mesures sévères", a prévenu le commandement naval, dans un communiqué distinct.

Il a stipulé que "contrairement aux fausses allégations de certains responsables ennemis", le détroit d'Ormuz est "ouvert au passage inoffensif des navires civils, conformément à des réglementations spécifiques".

L'Iran a instauré de facto des droits de passage pour franchir le détroit, qu'il entend maintenir.

Donald Trump a annoncé dimanche un blocus naval américain du détroit d'Ormuz, après l'échec des négociations avec l'Iran au Pakistan ce week-end, faisant planer un doute sur le respect de la trêve de deux semaines actuellement en cours.

"A compter de maintenant, la marine américaine, la meilleure au monde, entamera le processus de BLOCUS de tous les navires tentant d'entrer ou de sortir du détroit d'Ormuz", a-t-il dit sur sa plateforme Truth Social.

"Tout Iranien qui nous tire dessus, ou qui tire sur des navires pacifiques, sera PULVÉRISÉ!", a-t-il averti, laissant entendre que "d'autres pays" seraient impliqués, sans toutefois les nommer.

Samedi, l'armée américaine avait annoncé que deux de ses navires de guerre avaient franchi le détroit d'Ormuz, marquant le début d'une opération de déminage. Des affirmations démenties par Téhéran.