La situation désastreuse du peuple soudanais ne saurait être ignorée

Le conflit au Soudan, qui en est maintenant à son 10e mois, a provoqué une grave crise humanitaire (Photo, AFP).
Le conflit au Soudan, qui en est maintenant à son 10e mois, a provoqué une grave crise humanitaire (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 04 février 2024

La situation désastreuse du peuple soudanais ne saurait être ignorée

La situation désastreuse du peuple soudanais ne saurait être ignorée
  • Le Soudan a actuellement la malheureuse particularité de compter le plus grand nombre de personnes déplacées au monde
  • Faire face à cette crise nécessite une approche globale et concertée, notamment en mobilisant les organisations humanitaires internationales et les gouvernements

Le conflit interminable au Soudan, qui en est maintenant à son dixième mois, a provoqué une grave crise humanitaire qui cause de profondes souffrances à des millions de personnes au Soudan de même que dans les pays voisins. Les répercussions de cette guerre sont particulièrement graves pour les femmes et les enfants, qui en subissent les retombées destructrices.

À mesure que la situation évolue, des difficultés omniprésentes s’étendent au-delà des frontières nationales, causant un profond désarroi qui requiert une attention pressante et des efforts internationaux concertés pour alléger le sort des personnes touchées par le conflit.

Le Soudan a actuellement la malheureuse particularité de compter le plus grand nombre de personnes déplacées au monde, ce qui en fait également le lieu du plus important déplacement d’enfants au monde. Commentant les répercussions persistantes du conflit, qui a débuté en avril dernier, Marie David, directrice pays par intérim de CARE Sudan, a précisé: «Les pertes en vies humaines, les déplacements massifs, la violence sexiste, la faim et le choléra sont tous en augmentation, et se produisent à un rythme alarmant. Entre 70 et 80% des hôpitaux dans les zones touchées par le conflit ne sont plus fonctionnels. Cette crise exige plus d’attention et de financement.»

De nouvelles données de l'Organisation internationale pour les migrations montrent que 10,7 millions de personnes ont été déplacées par les conflits au Soudan, dont 9 millions se trouvent toujours dans le pays. Cette organisation demande une coordination des efforts internationaux visant à renforcer de toute urgence l’action humanitaire et faire face à ces déplacements massifs. Parmi les personnes déplacées, 1,7 million ont cherché refuge dans les pays voisins, dont la majorité (62 %) est soudanaise.

Ce déplacement massif aggrave les besoins humanitaires dans une région déjà fortement agitée.

Dr Majid Rafizadeh

Le Tchad accueille le taux le plus élevé de ceux qui quittent le Soudan, soit 37%, suivi du Soudan du Sud avec 30%, et de l'Égypte avec 24%, tandis que l'Éthiopie, la Libye et la République centrafricaine accueillent les réfugiés restants. Ce déplacement massif aggrave les besoins humanitaires dans une région déjà fortement agitée.»

Amy Pope, directrice générale de l'Organisation internationale pour les migrations, a déclaré: «À l'heure actuelle, une personne sur huit déplacée interne dans le monde se trouve au Soudan.» Elle a mis en relief les besoins immenses de ces personnes déplacées, notamment en termes de nourriture, d’abris, de soins de santé et d’hygiène. Cela les expose à un risque accru de maladie, de malnutrition et de violence.

Malgré la gravité de la situation, l’aide humanitaire actuelle ne parvient pas à répondre à ces besoins cruciaux. Comme l’a souligné Amy Pope, il est important de ne pas se détourner de ces millions de personnes qui ont un criant besoin de soutien.

Ce conflit interminable au Soudan continue d'avoir des conséquences dévastatrices sur la vie des citoyens ordinaires. Les importantes destructions s’étendent à l’infrastructure de base, englobant les services de santé, les établissements d’enseignement, les réseaux de transport et les services publics primordiaux tels que l’électricité et l’eau. Ces dégâts considérables ont sensiblement réduit l’accès aux produits de première nécessité et aux services vitaux, plongeant les communautés dans des situations désespérées. La pénurie qui en résulte a non seulement conduit à une propension accrue aux épidémies, à la faim et à la malnutrition, mais a également accentué la vulnérabilité de la population face aux violences sexuelles et sexistes.

Les femmes et les filles se trouvent particulièrement menacées dans la confusion qui règne. Cela met en évidence l’extrême nécessité d’une intervention humanitaire globale.

Exprimant les difficultés auxquelles elle est confrontée, Manal Adam Yousif, une femme d'une vingtaine d'années originaire de la ville de Nyala, dans l'État du Darfour du Sud, a confié à ONU Femmes: «Par malheur, notre maison et toutes les autres maisons autour ont été cambriolées. J'ai donc très peur pour les autres membres de ma famille. Nous avons juste pu fuir avec les vêtements que nous portons… l’hiver apporte de nombreuses maladies.» Elle a ensuite fait part des difficultés qu'elle rencontre, tout en indiquant que son fils et plusieurs autres enfants sont malades. Elle a également mis l’accent sur ses problèmes financiers: «Je n'ai pas d'argent pour emmener mon fils à l'hôpital. J’espère que la guerre s’arrêtera et qu’il y aura la sécurité et la stabilité, afin que nous puissions retourner dans nos maisons et nos familles.»

La communauté internationale doit garantir la sécurité des femmes et des filles dans les zones touchées par le conflit.

Dr Majid Rafizadeh

Faire face à cette crise nécessite une approche globale et concertée, notamment en mobilisant les organisations humanitaires internationales et les gouvernements pour fournir une aide immédiate et soutenue aux régions touchées. Ils doivent fournir des secours d’urgence, notamment de la nourriture, de l’eau potable, des fournitures médicales et des abris, pour répondre aux besoins urgents des personnes déplacées, et entreprendre des actions pour rétablir certaines des infrastructures essentielles afin que la population puisse plus facilement avoir accès aux services de base.

Une autre approche consisterait à créer des unités de santé et des cliniques mobiles pour fournir une assistance médicale aux personnes confrontées à des problèmes de santé. Cela permettrait de résoudre des problèmes tels que les épidémies et la malnutrition, et améliorer d’une manière générale le bien-être de la population. Cela faciliterait également l'accès aux soins médicaux, en particulier pour les groupes vulnérables comme les enfants, les femmes et les personnes âgées.

En outre, la communauté internationale doit garantir la sécurité des femmes et des filles dans les zones touchées par le conflit. Des espaces temporaires d'apprentissage peuvent également être créés afin de s’assurer que les enfants touchés par le déplacement continuent d'avoir accès à l'éducation.

Enfin, il est impératif de mettre en œuvre de sérieuses négociations et actions diplomatiques pour mettre fin à ce conflit.

En bref, la situation désastreuse au Soudan met en évidence les conséquences et les profondes répercussions de ce conflit, en particulier sur la vie des personnes ordinaires. Il est urgent d’avoir une réponse globale et coordonnée de la part de la communauté internationale.

 

Le Dr Majid Rafizadeh est un politologue irano-américain diplômé de Harvard.
X: @Dr_Rafizadeh

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est celle de l’auteur et ne reflète pas nécessairement le point de vue d’Arab News en français.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com