Le Hezbollah a construit un empire de la drogue à travers une «stratégie narcoterroriste»

Le Hezbollah est accusé de tirer parti du chaos qui règne en Syrie pour produire de la drogue dans un pays déchiré par la guerre et de l'exporter à des fins lucratives. Les agences antidrogue ont déjoué ces derniers temps de nombreuses opérations de contrebande (Photo, AFP).
Le Hezbollah est accusé de tirer parti du chaos qui règne en Syrie pour produire de la drogue dans un pays déchiré par la guerre et de l'exporter à des fins lucratives. Les agences antidrogue ont déjoué ces derniers temps de nombreuses opérations de contrebande (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 03 mai 2021

Le Hezbollah a construit un empire de la drogue à travers une «stratégie narcoterroriste»

  • En raison des amphétamines détectées dans deux lots de marchandises, le Royaume s'est vu dans l'obligation d'interdire l'importation de fruits et de légumes en provenance du Liban
  • Les pilules proviennent probablement de Syrie, pays où la production de drogues a explosé dans les régions contrôlées par le régime d'Al-Assad au cours de la guerre

DUBAÏ: Les fruits et légumes du Liban ne sont plus les bienvenus en Arabie saoudite. Cette décision intervient après une tentative de contrebande de stupéfiants dissimulés dans des grenades, déjouée grâce à la vigilance des autorités portuaires du Royaume.

En effet, les douanes du Jeddah Islamic Port (port islamique de Djeddah) ont saisi le mois dernier plus de 5 millions de pilules de Captagon, astucieusement camouflées dans une cargaison de grenades en provenance du Liban. Par ailleurs, des pilules d'amphétamine dissimulées dans une cargaison de grenades venant également du Liban ont également été interceptées dans le King Abdulaziz Port (port du roi Abdelaziz) de Dammam.

Le Royaume a réagi à cet incident en bannissant l'importation et le transit de fruits et légumes arrivant du Liban.

Walid al-Bukhari, ambassadeur d'Arabie saoudite au Liban, a révélé que, au cours des six dernières années, plusieurs tentatives avaient eu lieu pour acheminer clandestinement plus de 600 millions de comprimés en provenance du Liban.

Soulignant l'impact considérable de la saisie des stupéfiants et de l'interdiction d'importation sur l’économie, Michel Moawad, un politicien libanais qui a démissionné du Parlement pour dénoncer les explosions du 4 août 2020 à Beyrouth, affirme que les agriculteurs et les importateurs légitimes «paient aujourd'hui un lourd tribut à cause des trafiquants de Captagon».

«Que gagnons-nous en exportant des missiles, des milices et des stupéfiants? Quel intérêt avons-nous à nous montrer hostiles à l'égard des Arabes et de la communauté internationale, et lorsque nous allons combattre au Yémen et dans d'autres endroits?», lance Michel Moawad.

M. Moawad n'a certes pas eu besoin de nommer explicitement le Hezbollah lorsqu'il a exigé que le Liban «reste totalement souverain, exempt de bastions sécuritaires, d'armes illégales, de missiles, de camps d'entraînement militaire pour les Houthis, et d'usines de Captagon».

Sur cette photo, on voit exposés les comprimés de Captagon interceptés par les agents du service antidrogue de l'État saoudien dans une cargaison de grenades en provenance du Liban (Photo, SPA).

En outre, il est fort probable que la tentative avortée pour introduire cette amphétamine en Arabie saoudite soit liée au groupe chiite affilié à l'Iran et qui dispose d'une branche militaire active, confie une source anonyme citée par The Independent Persian.

Selon cette source, le Hezbollah est réputé pour la contrebande de drogues, notamment du Captagon fabriqué en Syrie; le groupe réfute fermement cette accusation.

La même source précise également que le Hezbollah exerce un contrôle absolu sur l'ensemble des activités liées à la drogue, compte tenu de l'autorité qu'il exerce sur les postes de contrôle frontaliers, «tant légaux qu'illégaux», qui existent entre la Syrie et le Liban. À ce jour, les officiels et les politiciens du Hezbollah n'ont pas fait de commentaires au sujet de ces accusations.

Les services de sécurité du Liban ont interpellé à ce jour quatre personnes soupçonnées d'être liées à la cargaison confisquée. Selon les médias locaux, les grenades qui provenaient de Syrie seraient passées par le poste de contrôle frontalier d'Al-Masnaa ou par celui d'Al-Aboudieh, au nord du pays.

Ainsi, le certificat d'origine syrien a été remplacé par un certificat libanais et le lot a été expédié à destination de l'Arabie saoudite via le port de Beyrouth, qui ne possède aucun dispositif de détection des drogues. La source citée par The Independent Persian affirme que «le Captagon est fabriqué en Syrie, transporté à Beyrouth puis expédié dans le Royaume».

Grâce à un renseignement fourni par la Drug Enforcement Administration (DEA) [agence fédérale américaine chargée de lutter contre le trafic de drogue aux États-Unis, NDLR], les autorités grecques ont saisi au mois d’avril dernier au Pirée, le port principal du pays, plus de quatre tonnes de cannabis dissimulées dans une cargaison de machines servant à confectionner des desserts. Cette cargaison provenait également du Liban et se dirigeait vers la Slovaquie.

Les autorités grecques ont fait savoir que la valeur marchande de la drogue était estimée à 4 millions de dollars (1 dollar = 0,83 euro) et qu'elles avaient été aidées par l'Agence saoudienne de lutte contre la drogue pour mener à bien cette opération.

Des partisans du Hezbollah, mouvement chiite, circulent dans un convoi à Kfar Kila, à la frontière entre le Liban et Israël, le 25 octobre 2019 (Photo, AFP).

Au mois de janvier dernier, un documentaire diffusé par la BBC montre la police italienne en train de brûler 85 millions de pilules d'amphétamine de 14 tonnes confisquées en juin 2020. La police qui lutte contre les crimes financiers de l'Italie a révélé que cette marchandise provenait du port syrien de Lattaquié.

D'après le documentaire de la BBC, cette contrebande, initialement soupçonnée d'être acheminée par Daech, provenait en réalité de Syrie. Le documentaire avance en outre que le régime syrien et son allié, le Hezbollah, utilisent le commerce de la drogue comme principale source de financement.

La taille de la cargaison laisse présager que ces pilules d'amphétamine sont fabriquées à très grande échelle dans des usines en bonne et due forme; cela dépasse manifestement les capacités de Daech, qui a perdu la majeure partie de son territoire. Les régions contrôlées par le président syrien, Bachar al-Assad, constituent donc la source la plus probable de ces pilules.

Toutefois, le rapport de la BBC précise que le Captagon est illégalement produit au Liban. Pour leur part, les autorités italiennes n'ont pas révélé l'identité du fabricant éventuel de ces comprimés; elles ont néanmoins affirmé qu'ils provenaient de Lattaquié.

En effet, la production de stupéfiants illégale semble avoir augmenté de manière exponentielle en Syrie au cours de la guerre civile. Elle constitue désormais une source de revenus dont le régime d'Al-Assad a cruellement besoin. Ce dernier, ainsi que ses alliés étrangers, se servent des recettes générées par le trafic de drogue pour contourner les sanctions imposées par l'Occident.

Les stupéfiants tels que les comprimés de Captagon et le haschisch constituent des sources de revenus importantes pour le Hezbollah et le régime syrien (Photo, AFP).

L'amphétamine contenue dans le Captagon est également connue pour son efficacité à inhiber la peur et à stimuler l'esprit. Ces effets s’avèrent utiles au cours des combats interminables qui sévissent dans les régions du Moyen-Orient ravagées par la guerre.

Ces dernières années, les autorités d'Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et de Jordanie, parmi d'autres pays, ont confisqué d'énormes quantités de Captagon dissimulées dans des cargaisons provenant le plus souvent de Syrie.

Au mois de janvier dernier, le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré dans une allocution télévisée que les accusations selon lesquelles il serait impliqué dans la production d'amphétamines étaient «infondées».

«Notre position au sujet des drogues, quelles qu'elles soient, est [claire]. La religion nous interdit de les fabriquer, de les vendre, de les acheter, de les trafiquer et de les consommer. Dans certains cas, la punition peut même être l'exécution, selon les lois de la charia», a-t-il affirmé.

Néanmoins, les agences de lutte contre la drogue américaines et européennes restent persuadées pour leur part que le Hezbollah exploite le commerce de la drogue. Europol, une agence européenne chargée de faire appliquer la loi, a émis en 2020 un rapport dans lequel elle met en garde contre l'activité de membres du Hezbollah dans les villes européennes où ils vendent «de la drogue et des diamants» et blanchissent les profits obtenus par ce commerce.

En chiffres

10 100: nombre de paquets de haschisch saisis à la frontière entre la Syrie et la Jordanie en 2020.

4,1 millions: nombre de pilules de Captagon saisies à la frontière entre la Syrie et la Jordanie en 2020.

4 millions de dollars: valeur marchande des stupéfiants saisis en avril par la Grèce, avec le soutien de l'Arabie saoudite.

24 millions de dollars: valeur du commerce annuel de fruits et légumes du Liban avec l'Arabie saoudite avant la suspension.

85 millions de dollars: valeur des comprimés d'amphétamine saisis en Italie au mois de juin 2020.

En 2018, le département d'État américain a classé le Hezbollah parmi les cinq principales organisations criminelles au niveau mondial. Des rapports indiquent que le groupe islamiste a intensifié ses opérations criminelles ces derniers temps, agissant ainsi selon les directives de l'Iran qui souhaite générer des revenus afin de contourner les sanctions américaines.

Pour sa part, la police israélienne a accusé le Hezbollah de contrebande de haschisch en Israël.

En effet, le Liban compte parmi les principaux producteurs de cannabis, abondamment cultivé dans les bastions du Hezbollah, notamment à Baalbek et à Hermel.

L'année dernière, le département d'État américain et les services de renseignement de Washington ont annoncé que de nombreuses preuves étayaient les accusations qui lient le Hezbollah à des activités criminelles en Amérique du Sud et en Europe, et notamment au trafic de drogue.

Un agent saoudien de la brigade antidrogue expose les grenades et les comprimés de Captagon importés du Liban (Photo, SPA).

De nombreux Libanais font l'objet de sanctions imposées par le Trésor américain dès 2009 en raison de leurs connexions avec le crime organisé, en particulier le trafic de drogue et le blanchiment d'argent. Bon nombre des personnes sanctionnées sont liées au Hezbollah.

En outre, le Hezbollah entretient des liens étroits avec la région tri-frontalière que sont le Paraguay, l'Argentine et le Brésil en Amérique du Sud. Cette zone abrite plus de 5 millions d’individus originaires du Liban. Des personnes qui vivent dans cette région sont soupçonnées de faciliter et de dissimuler les opérations de trafic de drogue, de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme du Hezbollah.

Selon Antoine Kanaan, rédacteur en chef de la Lebanon Law Review, il ne fait aucun doute que le Hezbollah est derrière le Captagon retrouvé dans la cargaison de grenades qui a atterri à Djeddah.

Le journaliste soutient que la culture des grenades ne revêt pas un caractère commercial au Liban et qu'il s'agit d'un fruit secondaire, dont la culture se limite à «des parcelles de terre modestes, comme les vergers et les jardins privés».

Les grenades constituent l'une des principales exportations agricoles du Liban à destination de l'Arabie saoudite (Photo, SPA).

En revanche, la Syrie est réputée pour la production de grenades, notamment dans des régions comme Deraa, confie-t-il à Arab News.

«Les grenades ont donc transité du Liban vers l'Arabie saoudite depuis la Syrie», explique M. Kanaan, qui pense que c’est au Liban que le Captagon a été introduit dans les fruits.

La quantité de Captagon et l'ingéniosité du montage attestent de l'implication du Hezbollah, ou du moins de son consentement et de son implication dans le partage des bénéfices, selon ajoute le rédacteur en chef de la Lebanon Law Review. Il rappelle par ailleurs que, au Liban, tout est régi par le consensus, y compris les drogues.

«Le Hezbollah représente le premier fournisseur de Captagon dans la région et aucun commerçant libanais indépendant, ni même le gouvernement syrien, n'aurait osé monter ce coup sans faire appel au Hezbollah», affirme-t-il.

Pour ce qui est du motif du transfert de la drogue en Arabie saoudite, M. Kanaan explique qu’«on peut penser, mais c'est peu probable, qu'elle se dirigeait vers le Yémen pour alimenter les combattants [houthis soutenus par l'Iran]».

En vue de financer ses forces paramilitaires, le Hezbollah, mouvement chiite libanais soutenu par l'Iran, exporte de la drogue vers des pays qu’il considère comme non alliés, tels que l'Arabie saoudite (Photo, AFP).

Le général de brigade Adel Machmouchi, ancien responsable du département antidrogue au sein des Forces de sécurité intérieure du Liban, estime que la marchandise interceptée à Djeddah montre que le Liban ne coopère pas avec les organismes internationaux de lutte contre la drogue.

Dans une interview télévisée diffusée le week-end dernier, il a annoncé qu'il incombait aux ministères et aux organes de sécurité compétents du Liban d'exercer un «contrôle plus efficace et plus rigoureux» sur les zones de culture et de production illégales de drogues, dans la plaine de la Bekaa ainsi qu’au nord du Liban.

Il a conseillé au gouvernement de convertir ces activités illégales en projets légitimes et productifs.

Pour le général Machmouchi, les sanctions «ne sont pas suffisamment sévères pour réprimer les crimes liés à la production, au trafic et à la contrebande de drogues» et il convient de les durcir afin qu'elles jouent un rôle dissuasif.

Adel Machmouchi affirme que le Liban compte environ vingt usines de production de comprimés de Captagon.

«Les services antidrogue du Liban sont tenus de [joindre leurs forces] avec celles de leurs homologues en Arabie saoudite et dans d'autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) de manière à contrer ce crime et à éviter que le Liban ne serve de tremplin à la contrebande de drogues», prévient le général Machmouchi.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


L'Arabie saoudite abat 4 missiles balistiques visant Riyad

Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
Les défenses aériennes de l'Arabie saoudite ont réussi à intercepter des drones et des missiles tirés sur le Royaume depuis le début du conflit. (Capture d'écran du ministère saoudien de la Défense)
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  • Le quartier des ambassades à Riyad est la cible d'un drone, des débris de missiles balistiques tombent près de la base aérienne Prince Sultan.
  • Les Émirats arabes unis, le Qatar et le Koweït interceptent également les attaques de drones

RIYAD: Les systèmes de défense aérienne de l'Arabie saoudite ont intercepté des vagues de drones et de missiles balistiques tirés sur le Royaume mercredi.

Un drone a été intercepté et détruit alors qu'il s'approchait du quartier diplomatique de Riyad, a déclaré un porte-parole du ministère de la défense vers midi.

Vers 19h30, le ministère a déclaré que les défenses aériennes traitaient une menace balistique à Riyad.

Plus tôt, un missile balistique lancé vers le gouvernorat d'Al-Kharj a été abattu et les débris de l'interception sont tombés près de la base aérienne Prince Sultan "sans causer de dommages", a déclaré un porte-parole.

Deux autres missiles balistiques lancés vers la province orientale ont été interceptés et détruits dans la soirée.

Le ministère a fait état de neuf drones ciblant la même région depuis minuit heure locale.

Les attaques contre l'Arabie saoudite s'inscrivent dans le cadre d'une nouvelle journée de tentatives iraniennes de frapper les pays du Golfe.

Aux Émirats arabes unis, le ministère de la défense a déclaré avoir abattu 13 missiles balistiques et 27 drones lancés depuis l'Iran mercredi.

De fortes détonations ont été entendues au-dessus de Dubaï dans la matinée.

Les Émirats ont également cité les six victimes civiles des attaques iraniennes depuis le début du conflit, le 28 février.

Il s'agit notamment de la Palestinienne Alaa Mushtaha, qui a été tuée lundi à Abou Dhabi lorsqu'un missile est tombé sur sa voiture. Ses funérailles ont eu lieu mardi soir, ont rapporté les médias locaux.

Le ministre des affaires étrangères, Sheikh Abdullah, a exprimé mercredi ses "sincères condoléances et sa profonde sympathie aux familles des victimes des attaques terroristes non provoquées de l'Iran contre les Émirats arabes unis".

Il a condamné les attaques de missiles et de drones iraniens visant des infrastructures civiles essentielles, des aéroports, des zones résidentielles et des sites civils dans l'ensemble des Émirats arabes unis.

Le Qatar et le Koweït ont également signalé avoir intercepté des attaques de drones mercredi.


Liban: effroi et destructions au coeur de Beyrouth, pilonné par Israël avec et sans avertissement

Des nuages de cendre flottent dans l’air et des cris venant d'un bâtiment, derrière une fenêtre éventrée, mettent en garde les passants qu'une vitre est sur le point de tomber. Un scooter endommagé est laissé près du trottoir. (AFP)
Des nuages de cendre flottent dans l’air et des cris venant d'un bâtiment, derrière une fenêtre éventrée, mettent en garde les passants qu'une vitre est sur le point de tomber. Un scooter endommagé est laissé près du trottoir. (AFP)
Ces frappes israéliennes à répétition, qui ont fait au moins 12 morts et 41 blessés, selon les autorités, sont les plus intenses sur la capitale depuis le début de la guerre le 2 mars entre le Hezbollah pro-iranien et Israël. (AFP)
Ces frappes israéliennes à répétition, qui ont fait au moins 12 morts et 41 blessés, selon les autorités, sont les plus intenses sur la capitale depuis le début de la guerre le 2 mars entre le Hezbollah pro-iranien et Israël. (AFP)
Ces frappes israéliennes à répétition, qui ont fait au moins 12 morts et 41 blessés, selon les autorités, sont les plus intenses sur la capitale depuis le début de la guerre le 2 mars entre le Hezbollah pro-iranien et Israël. (AFP)
Ces frappes israéliennes à répétition, qui ont fait au moins 12 morts et 41 blessés, selon les autorités, sont les plus intenses sur la capitale depuis le début de la guerre le 2 mars entre le Hezbollah pro-iranien et Israël. (AFP)
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  • Ces frappes israéliennes à répétition, qui ont fait au moins 12 morts et 41 blessés, selon les autorités, sont les plus intenses sur la capitale depuis le début de la guerre le 2 mars entre le Hezbollah pro-iranien et Israël
  • "Il était quatre heures du matin (02H00 GMT), on dormait" lorsque l'armée israélienne a lancé son avertissement, raconte à l'AFP Sarah Saleh, 29 ans, qui dit avoir entendu des tirs alertant les habitants du danger

BEYROUTH: Sarah Saleh et sa famille ont fui en pyjama mercredi, après que l'armée israélienne a averti d'une frappe sur un immeuble du coeur de Beyrouth, proche de l'école reconvertie en centre d'accueil qui les abrite.

Mais plusieurs autres bombardements contre deux quartiers populaires voisins, sans avertissement, ont violemment pris par surprise les habitants, en pleine nuit et au petit matin.

Ces frappes israéliennes à répétition, qui ont fait au moins 12 morts et 41 blessés, selon les autorités, sont les plus intenses sur la capitale depuis le début de la guerre le 2 mars entre le Hezbollah pro-iranien et Israël.

"Il était quatre heures du matin (02H00 GMT), on dormait" lorsque l'armée israélienne a lancé son avertissement, raconte à l'AFP Sarah Saleh, 29 ans, qui dit avoir entendu des tirs alertant les habitants du danger.

Avec ses parents, son frère, ses soeurs et leurs enfants, "nous avons fui en pyjama", vers une place du centre-ville, ajoute-t-elle.

Les enfants "se sont mis à pleurer et à paniquer, c'était déchirant", dit-elle, portant un masque pour se protéger de la poussière qui se dégage des décombres du bâtiment visé, dans le quartier de Bachoura, proche d'une des principales artères de la capitale.

"Le bruit était terrifiant (...) Tout Beyrouth a été secoué", affirme cette déplacée de la banlieue sud de Beyrouth, réfugiée dans la même école qui l'avait abritée lors de la guerre précédente de 2024.

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale avec l'Iran en menant une attaque contre Israël en représailles des frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Israël a riposté en lançant une vaste campagne de frappes aériennes, notamment sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, en parallèle d'opérations terrestres dans le sud du Liban.

L'armée israélienne a également bombardé à plusieurs reprises des bâtiments en plein coeur de la capitale, parfois sans avertissement.

"Ce qui est effrayant, c'est qu’ils sont en train de frapper sans prévenir", déclare la jeune femme.

"Heureusement qu'ils ont émis un avertissement ici, parce que dans l’école qui nous accueille il y a des enfants et des bébés", ainsi que des personnes âgées, soupire-t-elle.

"Terrifiant" 

A quelques encablures de là, à Zokak al-Blatt, quartier densément peuplé proche du siège du gouvernement et de plusieurs ambassades, des habitants déblayent les débris et les éclats de verre laissés par la dernière frappe sur les voitures et dans les rues.

Des engins dégagent la route et transportent les décombres, tandis que des commerçants vont et viennent devant des devantures brisées, sous le bourdonnement d'un drone israélien survolant la capitale.

Des nuages de cendre flottent dans l’air et des cris venant d'un bâtiment, derrière une fenêtre éventrée, mettent en garde les passants qu'une vitre est sur le point de tomber. Un scooter endommagé est laissé près du trottoir.

"Ma famille et moi avons été terrifiés", raconte Haidar, 68 ans, qui habite à proximité. "Quand il n’y a pas d’avertissement, c’est très difficile", ajoute ce commerçant.

Il explique que sa femme, cédant à l'effroi, tente de trouver refuge ailleurs après que le quartier a été visé plusieurs fois depuis le début de la guerre.

Dans la rue, une femme pleure et une famille avec enfants, portant des sacs et une poupée rose, quitte les lieux.

L'une des frappes, menée sans avertissement, a tué le directeur des programmes politiques de la télévision du Hezbollah, al-Manar, selon la chaîne.

Les bombardements israéliens ont tué au moins 912 personnes, dont 111 enfants, depuis début mars, et jeté sur les routes plus d'un million de personnes - plus du sixième de la population du petit pays.

"Nous pouvons à peine parler (...) Nous sommes épuisés", dit Zainab, 65 ans, qui vit à proximité  et se trouvait chez elle avec des proches lors de la dernière frappe.

Le bombardement "était très fort (..) comme s'il se produisait au-dessus de nos têtes", dit-elle.

"Nous avons peur (..) toutes les heures ou deux heures, ils frappent quelque part", ajoute-t-elle. Mais "où sommes-nous censés partir?".


Iran: les Etats-Unis et Israël frappent l'installation gazière de South Pars 

Une frappe menée mercredi par Israël et les Etats-Unis a touché des installations iraniennes sur un important site gazier du Golfe, provoquant un incendie, a annoncé la télévision d'Etat, alors que la guerre est dans sa troisième semaine. (AFP)
Une frappe menée mercredi par Israël et les Etats-Unis a touché des installations iraniennes sur un important site gazier du Golfe, provoquant un incendie, a annoncé la télévision d'Etat, alors que la guerre est dans sa troisième semaine. (AFP)
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  • "Il y a quelques instants, certaines parties des installations gazières" du gisement de South Pars/North Dome, située dans la ville portuaire de Kangan, "ont été frappées par des projectiles de l'ennemi américano-sioniste"
  • L'immense champ gazier de South Pars/North Dome est la plus grande réserve de gaz connue au monde, que l'Iran partage avec le Qatar. Il fournit environ 70 % du gaz naturel consommé en Iran, qui l'exploite depuis la fin des années 1990

TEHERAN: Une frappe menée mercredi par Israël et les Etats-Unis a touché des installations iraniennes sur un important site gazier du Golfe, provoquant un incendie, a annoncé la télévision d'Etat, alors que la guerre est dans sa troisième semaine.

"Il y a quelques instants, certaines parties des installations gazières" du gisement de South Pars/North Dome, située dans la ville portuaire de Kangan, "ont été frappées par des projectiles de l'ennemi américano-sioniste", a déclaré la télévision, citant le gouverneur adjoint de la province méridionale de Bouchehr.

Elle a ajouté que des équipes de pompiers avaient été dépêchées sur les lieux pour maîtriser l'incendie.

L'immense champ gazier de South Pars/North Dome est la plus grande réserve de gaz connue au monde, que l'Iran partage avec le Qatar. Il fournit environ 70 % du gaz naturel consommé en Iran, qui l'exploite depuis la fin des années 1990.

Israël avait déjà frappé des installations iraniennes de ce site au cours de la guerre des 12 jours de juin 2025.

Le pays a lancé de nouvelles frappes contre l'Iran le 28 février, conjointement avec les Etats-Unis, tuant au premier jour son guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, et déclenchant une guerre qui s'est étendue à tout le Moyen-Orient.