Le Hezbollah a construit un empire de la drogue à travers une «stratégie narcoterroriste»

Le Hezbollah est accusé de tirer parti du chaos qui règne en Syrie pour produire de la drogue dans un pays déchiré par la guerre et de l'exporter à des fins lucratives. Les agences antidrogue ont déjoué ces derniers temps de nombreuses opérations de contrebande (Photo, AFP).
Le Hezbollah est accusé de tirer parti du chaos qui règne en Syrie pour produire de la drogue dans un pays déchiré par la guerre et de l'exporter à des fins lucratives. Les agences antidrogue ont déjoué ces derniers temps de nombreuses opérations de contrebande (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 03 mai 2021

Le Hezbollah a construit un empire de la drogue à travers une «stratégie narcoterroriste»

  • En raison des amphétamines détectées dans deux lots de marchandises, le Royaume s'est vu dans l'obligation d'interdire l'importation de fruits et de légumes en provenance du Liban
  • Les pilules proviennent probablement de Syrie, pays où la production de drogues a explosé dans les régions contrôlées par le régime d'Al-Assad au cours de la guerre

DUBAÏ: Les fruits et légumes du Liban ne sont plus les bienvenus en Arabie saoudite. Cette décision intervient après une tentative de contrebande de stupéfiants dissimulés dans des grenades, déjouée grâce à la vigilance des autorités portuaires du Royaume.

En effet, les douanes du Jeddah Islamic Port (port islamique de Djeddah) ont saisi le mois dernier plus de 5 millions de pilules de Captagon, astucieusement camouflées dans une cargaison de grenades en provenance du Liban. Par ailleurs, des pilules d'amphétamine dissimulées dans une cargaison de grenades venant également du Liban ont également été interceptées dans le King Abdulaziz Port (port du roi Abdelaziz) de Dammam.

Le Royaume a réagi à cet incident en bannissant l'importation et le transit de fruits et légumes arrivant du Liban.

Walid al-Bukhari, ambassadeur d'Arabie saoudite au Liban, a révélé que, au cours des six dernières années, plusieurs tentatives avaient eu lieu pour acheminer clandestinement plus de 600 millions de comprimés en provenance du Liban.

Soulignant l'impact considérable de la saisie des stupéfiants et de l'interdiction d'importation sur l’économie, Michel Moawad, un politicien libanais qui a démissionné du Parlement pour dénoncer les explosions du 4 août 2020 à Beyrouth, affirme que les agriculteurs et les importateurs légitimes «paient aujourd'hui un lourd tribut à cause des trafiquants de Captagon».

«Que gagnons-nous en exportant des missiles, des milices et des stupéfiants? Quel intérêt avons-nous à nous montrer hostiles à l'égard des Arabes et de la communauté internationale, et lorsque nous allons combattre au Yémen et dans d'autres endroits?», lance Michel Moawad.

M. Moawad n'a certes pas eu besoin de nommer explicitement le Hezbollah lorsqu'il a exigé que le Liban «reste totalement souverain, exempt de bastions sécuritaires, d'armes illégales, de missiles, de camps d'entraînement militaire pour les Houthis, et d'usines de Captagon».

Sur cette photo, on voit exposés les comprimés de Captagon interceptés par les agents du service antidrogue de l'État saoudien dans une cargaison de grenades en provenance du Liban (Photo, SPA).

En outre, il est fort probable que la tentative avortée pour introduire cette amphétamine en Arabie saoudite soit liée au groupe chiite affilié à l'Iran et qui dispose d'une branche militaire active, confie une source anonyme citée par The Independent Persian.

Selon cette source, le Hezbollah est réputé pour la contrebande de drogues, notamment du Captagon fabriqué en Syrie; le groupe réfute fermement cette accusation.

La même source précise également que le Hezbollah exerce un contrôle absolu sur l'ensemble des activités liées à la drogue, compte tenu de l'autorité qu'il exerce sur les postes de contrôle frontaliers, «tant légaux qu'illégaux», qui existent entre la Syrie et le Liban. À ce jour, les officiels et les politiciens du Hezbollah n'ont pas fait de commentaires au sujet de ces accusations.

Les services de sécurité du Liban ont interpellé à ce jour quatre personnes soupçonnées d'être liées à la cargaison confisquée. Selon les médias locaux, les grenades qui provenaient de Syrie seraient passées par le poste de contrôle frontalier d'Al-Masnaa ou par celui d'Al-Aboudieh, au nord du pays.

Ainsi, le certificat d'origine syrien a été remplacé par un certificat libanais et le lot a été expédié à destination de l'Arabie saoudite via le port de Beyrouth, qui ne possède aucun dispositif de détection des drogues. La source citée par The Independent Persian affirme que «le Captagon est fabriqué en Syrie, transporté à Beyrouth puis expédié dans le Royaume».

Grâce à un renseignement fourni par la Drug Enforcement Administration (DEA) [agence fédérale américaine chargée de lutter contre le trafic de drogue aux États-Unis, NDLR], les autorités grecques ont saisi au mois d’avril dernier au Pirée, le port principal du pays, plus de quatre tonnes de cannabis dissimulées dans une cargaison de machines servant à confectionner des desserts. Cette cargaison provenait également du Liban et se dirigeait vers la Slovaquie.

Les autorités grecques ont fait savoir que la valeur marchande de la drogue était estimée à 4 millions de dollars (1 dollar = 0,83 euro) et qu'elles avaient été aidées par l'Agence saoudienne de lutte contre la drogue pour mener à bien cette opération.

Des partisans du Hezbollah, mouvement chiite, circulent dans un convoi à Kfar Kila, à la frontière entre le Liban et Israël, le 25 octobre 2019 (Photo, AFP).

Au mois de janvier dernier, un documentaire diffusé par la BBC montre la police italienne en train de brûler 85 millions de pilules d'amphétamine de 14 tonnes confisquées en juin 2020. La police qui lutte contre les crimes financiers de l'Italie a révélé que cette marchandise provenait du port syrien de Lattaquié.

D'après le documentaire de la BBC, cette contrebande, initialement soupçonnée d'être acheminée par Daech, provenait en réalité de Syrie. Le documentaire avance en outre que le régime syrien et son allié, le Hezbollah, utilisent le commerce de la drogue comme principale source de financement.

La taille de la cargaison laisse présager que ces pilules d'amphétamine sont fabriquées à très grande échelle dans des usines en bonne et due forme; cela dépasse manifestement les capacités de Daech, qui a perdu la majeure partie de son territoire. Les régions contrôlées par le président syrien, Bachar al-Assad, constituent donc la source la plus probable de ces pilules.

Toutefois, le rapport de la BBC précise que le Captagon est illégalement produit au Liban. Pour leur part, les autorités italiennes n'ont pas révélé l'identité du fabricant éventuel de ces comprimés; elles ont néanmoins affirmé qu'ils provenaient de Lattaquié.

En effet, la production de stupéfiants illégale semble avoir augmenté de manière exponentielle en Syrie au cours de la guerre civile. Elle constitue désormais une source de revenus dont le régime d'Al-Assad a cruellement besoin. Ce dernier, ainsi que ses alliés étrangers, se servent des recettes générées par le trafic de drogue pour contourner les sanctions imposées par l'Occident.

Les stupéfiants tels que les comprimés de Captagon et le haschisch constituent des sources de revenus importantes pour le Hezbollah et le régime syrien (Photo, AFP).

L'amphétamine contenue dans le Captagon est également connue pour son efficacité à inhiber la peur et à stimuler l'esprit. Ces effets s’avèrent utiles au cours des combats interminables qui sévissent dans les régions du Moyen-Orient ravagées par la guerre.

Ces dernières années, les autorités d'Arabie saoudite, du Koweït, des Émirats arabes unis et de Jordanie, parmi d'autres pays, ont confisqué d'énormes quantités de Captagon dissimulées dans des cargaisons provenant le plus souvent de Syrie.

Au mois de janvier dernier, le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré dans une allocution télévisée que les accusations selon lesquelles il serait impliqué dans la production d'amphétamines étaient «infondées».

«Notre position au sujet des drogues, quelles qu'elles soient, est [claire]. La religion nous interdit de les fabriquer, de les vendre, de les acheter, de les trafiquer et de les consommer. Dans certains cas, la punition peut même être l'exécution, selon les lois de la charia», a-t-il affirmé.

Néanmoins, les agences de lutte contre la drogue américaines et européennes restent persuadées pour leur part que le Hezbollah exploite le commerce de la drogue. Europol, une agence européenne chargée de faire appliquer la loi, a émis en 2020 un rapport dans lequel elle met en garde contre l'activité de membres du Hezbollah dans les villes européennes où ils vendent «de la drogue et des diamants» et blanchissent les profits obtenus par ce commerce.

En chiffres

10 100: nombre de paquets de haschisch saisis à la frontière entre la Syrie et la Jordanie en 2020.

4,1 millions: nombre de pilules de Captagon saisies à la frontière entre la Syrie et la Jordanie en 2020.

4 millions de dollars: valeur marchande des stupéfiants saisis en avril par la Grèce, avec le soutien de l'Arabie saoudite.

24 millions de dollars: valeur du commerce annuel de fruits et légumes du Liban avec l'Arabie saoudite avant la suspension.

85 millions de dollars: valeur des comprimés d'amphétamine saisis en Italie au mois de juin 2020.

En 2018, le département d'État américain a classé le Hezbollah parmi les cinq principales organisations criminelles au niveau mondial. Des rapports indiquent que le groupe islamiste a intensifié ses opérations criminelles ces derniers temps, agissant ainsi selon les directives de l'Iran qui souhaite générer des revenus afin de contourner les sanctions américaines.

Pour sa part, la police israélienne a accusé le Hezbollah de contrebande de haschisch en Israël.

En effet, le Liban compte parmi les principaux producteurs de cannabis, abondamment cultivé dans les bastions du Hezbollah, notamment à Baalbek et à Hermel.

L'année dernière, le département d'État américain et les services de renseignement de Washington ont annoncé que de nombreuses preuves étayaient les accusations qui lient le Hezbollah à des activités criminelles en Amérique du Sud et en Europe, et notamment au trafic de drogue.

Un agent saoudien de la brigade antidrogue expose les grenades et les comprimés de Captagon importés du Liban (Photo, SPA).

De nombreux Libanais font l'objet de sanctions imposées par le Trésor américain dès 2009 en raison de leurs connexions avec le crime organisé, en particulier le trafic de drogue et le blanchiment d'argent. Bon nombre des personnes sanctionnées sont liées au Hezbollah.

En outre, le Hezbollah entretient des liens étroits avec la région tri-frontalière que sont le Paraguay, l'Argentine et le Brésil en Amérique du Sud. Cette zone abrite plus de 5 millions d’individus originaires du Liban. Des personnes qui vivent dans cette région sont soupçonnées de faciliter et de dissimuler les opérations de trafic de drogue, de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme du Hezbollah.

Selon Antoine Kanaan, rédacteur en chef de la Lebanon Law Review, il ne fait aucun doute que le Hezbollah est derrière le Captagon retrouvé dans la cargaison de grenades qui a atterri à Djeddah.

Le journaliste soutient que la culture des grenades ne revêt pas un caractère commercial au Liban et qu'il s'agit d'un fruit secondaire, dont la culture se limite à «des parcelles de terre modestes, comme les vergers et les jardins privés».

Les grenades constituent l'une des principales exportations agricoles du Liban à destination de l'Arabie saoudite (Photo, SPA).

En revanche, la Syrie est réputée pour la production de grenades, notamment dans des régions comme Deraa, confie-t-il à Arab News.

«Les grenades ont donc transité du Liban vers l'Arabie saoudite depuis la Syrie», explique M. Kanaan, qui pense que c’est au Liban que le Captagon a été introduit dans les fruits.

La quantité de Captagon et l'ingéniosité du montage attestent de l'implication du Hezbollah, ou du moins de son consentement et de son implication dans le partage des bénéfices, selon ajoute le rédacteur en chef de la Lebanon Law Review. Il rappelle par ailleurs que, au Liban, tout est régi par le consensus, y compris les drogues.

«Le Hezbollah représente le premier fournisseur de Captagon dans la région et aucun commerçant libanais indépendant, ni même le gouvernement syrien, n'aurait osé monter ce coup sans faire appel au Hezbollah», affirme-t-il.

Pour ce qui est du motif du transfert de la drogue en Arabie saoudite, M. Kanaan explique qu’«on peut penser, mais c'est peu probable, qu'elle se dirigeait vers le Yémen pour alimenter les combattants [houthis soutenus par l'Iran]».

En vue de financer ses forces paramilitaires, le Hezbollah, mouvement chiite libanais soutenu par l'Iran, exporte de la drogue vers des pays qu’il considère comme non alliés, tels que l'Arabie saoudite (Photo, AFP).

Le général de brigade Adel Machmouchi, ancien responsable du département antidrogue au sein des Forces de sécurité intérieure du Liban, estime que la marchandise interceptée à Djeddah montre que le Liban ne coopère pas avec les organismes internationaux de lutte contre la drogue.

Dans une interview télévisée diffusée le week-end dernier, il a annoncé qu'il incombait aux ministères et aux organes de sécurité compétents du Liban d'exercer un «contrôle plus efficace et plus rigoureux» sur les zones de culture et de production illégales de drogues, dans la plaine de la Bekaa ainsi qu’au nord du Liban.

Il a conseillé au gouvernement de convertir ces activités illégales en projets légitimes et productifs.

Pour le général Machmouchi, les sanctions «ne sont pas suffisamment sévères pour réprimer les crimes liés à la production, au trafic et à la contrebande de drogues» et il convient de les durcir afin qu'elles jouent un rôle dissuasif.

Adel Machmouchi affirme que le Liban compte environ vingt usines de production de comprimés de Captagon.

«Les services antidrogue du Liban sont tenus de [joindre leurs forces] avec celles de leurs homologues en Arabie saoudite et dans d'autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) de manière à contrer ce crime et à éviter que le Liban ne serve de tremplin à la contrebande de drogues», prévient le général Machmouchi.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".