Expulsé par Israël, Salah Hamouri refuse d'être condamné au silence

Salah Hamouri "est un emblème de la répression contre la société civile" menée par Israël, qui veut "faire taire les voix dissidentes dans sa politique d'apartheid contre la population palestinienne", estime Nathalie Godard. (AFP).
Salah Hamouri "est un emblème de la répression contre la société civile" menée par Israël, qui veut "faire taire les voix dissidentes dans sa politique d'apartheid contre la population palestinienne", estime Nathalie Godard. (AFP).
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Publié le Lundi 23 janvier 2023

Expulsé par Israël, Salah Hamouri refuse d'être condamné au silence

  • «Quand il fait super froid, ça me fait un peu mal», explique l'avocat franco-palestinien Salah Hamouri à Paris, où les températures sont bien plus fraîches qu'à Jérusalem
  • «J'y repense tout le temps. Ça fait partie des traces de l'occupation qui me poursuivent», poursuit cet homme longiligne au regard bleu intense, en désignant une petite cicatrice ronde

PARIS : Depuis son expulsion en France par Israël le 18 décembre, l'avocat franco-palestinien Salah Hamouri dit souffrir plus souvent de sa cuisse droite, là où reste incrustée une balle israélienne récoltée en 2000, alors qu'il était adolescent.

"Quand il fait super froid, ça me fait un peu mal", explique-t-il à l'AFP mi-janvier à Paris, où les températures sont bien plus fraîches qu'à Jérusalem.

"J'y repense tout le temps. Ça fait partie des traces de l'occupation qui me poursuivent", poursuit cet homme longiligne au regard bleu intense, en désignant une petite cicatrice ronde.

Salah Hamouri a 15 ans en 2000 lorsque démarre la Seconde Intifada, le soulèvement palestinien qui durera jusque 2005. Alors que des Palestiniens font pleuvoir des pierres sur les soldats israéliens, il raconte sentir "quelque chose le toucher". "Il y avait beaucoup de sang. On m'a emmené à l'hôpital. Il n'ont pas pu enlever la balle."

L'épisode ancrera, affirme-t-il, sa détermination à défendre les droits des Palestiniens. Lui qui, à l'âge de "5-6 ans", s'était retrouvé pratiquement "toutes les nuits regroupé dans une pièce avec sa famille", alors que l'armée israélienne fouillait, en vain, sa maison à la recherche d'un oncle "accusé d'avoir participé à la Première Intifada" (1987-1993).

"A 6 ou 7 ans", Salah Hamouri dit découvrir la prison en rendant visite à cet oncle. Lui-même multipliera ensuite les séjours carcéraux. Aujourd'hui âgé de 37 ans, il en a vécu neuf, soit près d'un quart de sa vie passé en détention.

«Encore peur»

Cinq mois en 2001, quatre mois en 2004, treize mois en 2017, dix jours en 2020, puis neuf mois en 2022... "Ce qu'il fait n'est pas quelque chose de blâmable, donc on l’a toujours soutenu", assure sa mère Denise, venue le voir à Paris.

Ses plus courts séjours derrière les barreaux relevaient presque tous de la détention administrative, ce régime qualifié d'"illégal au niveau du droit international" par Nathalie Godard, une cadre d'Amnesty international, car ni l'accusé ni ses avocats ne connaissent les faits reprochés.

Entre 2005 et 2011, Salah Hamouri est emprisonné pour participation à la tentative d'assassinat d'Ovadia Yossef, ex-grand rabbin d'Israël et fondateur du parti ultra-orthodoxe Shass.

"Il s'est retrouvé à plaider coupable pour diminuer la peine qu'il risquait d'avoir, mais il était innocent", affirmait en novembre à l'AFP Elias Geoffroy, de l'ONG Association des chrétiens contre la torture (ACAT), qui lui a décerné son prix des droits humains 2022.

Le ministère israélien de l'Intérieur martèle toutefois que Salah Hamouri est "un terroriste" du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), une organisation considérée comme "terroriste" par l'Etat hébreu et l'Union européenne.

En 2016, le gouvernement israélien expulse sa femme Elsa Lefort, alors employée consulaire française et enceinte du premier de leurs deux enfants. Cinq ans plus tard, Amnesty international, après analyse de son téléphone portable, constate qu'il est piraté par le logiciel espion israélien Pegasus.

"Depuis son plus jeune âge, (Salah) Hamouri soutient des actes terroristes et a profité de son permis de résidence en Israël pour ces actes", affirmaient récemment les autorités israéliennes, qui le 18 décembre ont fini par l'expulser en France, qui appelait à ce que lui et sa famille puissent vivre ensemble à Jérusalem et a regretté son expulsion.

«Crime de guerre»

Une décision qualifiée de "crime de guerre" par l'ONU, car le droit international humanitaire "interdit l'expulsion de personnes protégées d'un territoire occupé", selon l'un de ses porte-paroles.

Né à Jérusalem-Est, partie de la Ville sainte annexée et occupée par l'Etat hébreu, où il a passé toute sa vie, l'avocat ne disposait pas de la nationalité israélienne mais uniquement d'un permis de résidence jérusalémite. En plus d'un passeport français, hérité de sa mère.

Salah Hamouri "est un emblème de la répression contre la société civile" menée par Israël, qui veut "faire taire les voix dissidentes dans sa politique d'apartheid contre la population palestinienne", estime Nathalie Godard.

Son expulsion constitue en ce sens "un précédent extrêmement dangereux pour les Palestiniens de Jérusalem, pour qui sera requise la loyauté à la puissance occupante" s'ils veulent rester vivre sur place, s'inquiète la palestinienne Milena Ansari, collègue de l'avocat à Addameer, une ONG défendant les droits des prisonniers palestiniens, qu'Israël qualifie également de "terroriste".

"En déportant Salah, (Israël) croit le réduire au silence, qu'il verra la beauté de la France et oubliera l'agonie de la Palestine. Mais je suis sûre que cela ne se produira pas", lance-t-elle.

De fait, l'avocat multiplie les interventions depuis cinq semaines qu'il est en France. Mercredi, il était reçu au Parlement européen.

"Israël n'a pas gagné dans sa volonté de me faire taire. Ma voix sera plus haute, plus forte. Mon combat va continuer", insiste-t-il. "Je ne donnerai pas cette occasion à l'occupant de sentir qu'il a gagné en me déportant de force de Palestine".


Désarmement du Hezbollah: le Liban demande à l'Iran "une nouvelle approche"

Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, serre la main de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. (AP)
Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, serre la main de son homologue iranien, Abbas Araghchi, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. (AP)
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  • Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, a appelé l’Iran à adopter une nouvelle approche pour le désarmement du Hezbollah et a insisté sur le monopole des armes par l’État libanais
  • L’armée libanaise a achevé le désarmement dans le Sud du pays, mais Israël juge les efforts insuffisants, tandis que Beyrouth renforce sa vigilance face aux pressions et ingérences iraniennes

BEYROUTH: Le chef de la diplomatie libanaise a appelé vendredi son homologue iranien, en visite au Liban, à trouver "une nouvelle approche" pour régler l'épineux problème du désarmement du Hezbollah financé par Téhéran.

Beyrouth est soumis à une intense pression des Etats-Unis pour désarmer le Hezbollah, affaibli par une guerre avec Israël, alors que l'Iran, comme la formation islamiste, ont affiché leur opposition à cette mesure.

"La défense du Liban est de la responsabilité de l'Etat libanais (...) qui doit avoir le monopole des armes", a déclaré le ministre Youssef Raggi à son homologue iranien Abbas Araghchi, selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères.

Il a demandé à son interlocuteur "si Téhéran accepterait l'existence d'une formation armée illégale sur son territoire".

Dans ces conditions, le ministre a exhorté l'Iran à "discuter avec le Liban afin de trouver une nouvelle approche concernant les armes du Hezbollah, en s'appuyant sur sa relation avec le parti, afin que ces armes ne soient pas un prétexte pour affaiblir le Liban".

En décembre, M. Raggi avait décliné une invitation de son homologue à se rendre en Iran, et proposé une rencontre dans un pays tiers.

L'armée libanaise a annoncé jeudi avoir mené à terme le désarmement du Hezbollah dans la partie sud du pays proche d'Israël, qui a cependant jugé les efforts du Liban "loin d'être suffisants" et de nouveau frappé son voisin vendredi.

Le ministre iranien, arrivé jeudi au Liban, a également été reçu par le président Joseph Aoun vendredi matin et devait rencontrer plusieurs autres hauts dirigeants libanais.

Il s'était rendu jeudi après-midi au mausolée de Hassan Nasrallah, l'ancien chef du Hezbollah tué dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth en septembre 2024.

Depuis la guerre entre le Hezbollah et Israël, les responsables libanais se sont montrés plus critiques envers l'Iran.

En août, le Liban avait signifié à un haut responsable iranien, Ali Larijani, en visite à Beyrouth, son refus catégorique de "toute ingérence" dans ses affaires internes, après des critiques par Téhéran de la décision du gouvernement de désarmer le Hezbollah.


Le ministre saoudien de la Défense : Riyad engagé pour une solution juste pour le Sud, la dissolution du STC est une décision courageuse

« Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence qui seront présentés lors des discussions sur une solution politique globale au Yémen », a-t-il déclaré. (AFP)
« Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence qui seront présentés lors des discussions sur une solution politique globale au Yémen », a-t-il déclaré. (AFP)
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  • Riyad affirme son engagement en faveur d’une solution juste pour le Sud, soutenue par la communauté internationale à travers la Conférence de Riyad
  • Le ministre saoudien de la Défense salue la dissolution du STC comme une décision courageuse favorisant une participation plus inclusive des acteurs du Sud.

RIYAD : Le ministre saoudien de la Défense, le prince Khalid ben Salmane, a déclaré que l’annonce de la dissolution du Conseil de transition du Sud (STC) allait dans le sens de l’intérêt général. Dans son premier commentaire depuis cette annonce, il a affirmé que « la question du Sud dispose désormais d’une véritable voie, parrainée par le Royaume et soutenue par la communauté internationale à travers la Conférence de Riyad, visant à rassembler nos frères du Sud afin d’élaborer une vision globale de solutions justes répondant à leur volonté et à leurs aspirations ».

Dans un message publié sur la plateforme X, le ministre de la Défense a ajouté : « Le Royaume constituera un comité préparatoire, en concertation avec des personnalités du Sud, afin d’organiser la conférence, laquelle réunira des participants de tous les gouvernorats du Sud, sans exclusion ni discrimination. Le Royaume soutiendra les résultats de la conférence afin qu’ils puissent être présentés dans le cadre du dialogue sur une solution politique globale au Yémen. »

Il a conclu en déclarant : « La décision prise par des figures et des dirigeants du Sud de dissoudre le Conseil de transition est une décision courageuse, motivée par la préoccupation pour l’avenir de la cause du Sud et visant à encourager une participation plus large des forces du Sud à la Conférence de Riyad, au service de leur cause. »

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le STC annonce sa dissolution

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  • Des membres du groupe se sont exprimés vendredi lors de la Conférence du dialogue du Sud à Riyad

RIYAD : Le Conseil de transition du Sud (STC), groupe séparatiste yéménite, a annoncé sa dissolution à l’issue de discussions tenues en Arabie saoudite. Plusieurs membres du STC se trouvent actuellement à Riyad pour des pourparlers visant à mettre fin aux troubles dans le sud du Yémen. Le groupe a salué les efforts de l’Arabie saoudite, tandis que l’ancien chef du STC, Aidarous al-Zubaidi — désormais recherché par le Conseil présidentiel pour haute trahison — a fui le Yémen et n’a pas pris part aux discussions.

Une source yéménite a déclaré à Arab News :
« Cette annonce et la facilité affichée dans la déclaration télévisée montrent en réalité qu’Al-Zubaidi constituait l’obstacle, et que la majorité des habitants du Sud sont ouverts à un règlement de leur cause par le dialogue et la discussion. »

Les membres du Conseil de transition du Sud (STC) se sont exprimés vendredi lors de la Conférence du dialogue du Sud organisée à Riyad.

Au cours de la réunion, le Conseil a estimé que les opérations militaires menées dans les gouvernorats de l’Hadramaout et d’Al-Mahra avaient porté atteinte à la cause du Sud au Yémen.

Le STC a affirmé ne pas avoir participé à la décision de lancer ces opérations militaires.

« Nous espérons parvenir à une vision et à un cadre pour résoudre la question du Sud lors de la conférence de Riyad », a déclaré le Conseil.

Le STC a remercié l’Arabie saoudite pour l’accueil et l’organisation de la conférence de dialogue à Riyad.

Traduction intégrale du communiqué du STC, selon l’agence de presse yéménite SABA

Annonce de la dissolution du Conseil de transition du Sud

La présidence du Conseil de transition du Sud, la direction exécutive suprême, le secrétariat général ainsi que les autres organes affiliés ont tenu une réunion afin d’évaluer les récents événements malheureux survenus dans les gouvernorats de l’Hadramaout et d’Al-Mahra, ainsi que le rejet de toutes les initiatives visant à la désescalade et au règlement de la situation. Ces développements ont entraîné des conséquences graves et douloureuses.

En référence au communiqué publié par le ministère des Affaires étrangères du Royaume d’Arabie saoudite concernant son parrainage d’un dialogue du Sud pour résoudre la question du Sud — et afin de préserver l’avenir de la cause du Sud et le droit des populations du Sud à restaurer leur État conformément à leur volonté et à leurs aspirations, tout en maintenant la paix et la sécurité sociale dans le Sud et la région — nous annonçons ce qui suit :

Le Conseil de transition du Sud a été créé pour porter la cause des populations du Sud, les représenter et les guider vers la réalisation de leurs aspirations et la restauration de leur État. Il n’a jamais été conçu comme un instrument d’accaparement du pouvoir, de monopole de la décision ou d’exclusion d’autrui.

Étant donné que nous n’avons pas participé à la décision de lancer l’opération militaire en Hadramaout et à Al-Mahra — opération qui a porté atteinte à l’unité du Sud et nui aux relations avec la Coalition dirigée par le Royaume d’Arabie saoudite, laquelle a consenti et continue de consentir d’importants sacrifices et un soutien politique, économique et militaire constant — la poursuite de l’existence du Conseil ne sert plus l’objectif pour lequel il a été fondé.

En conséquence, et conformément à notre responsabilité historique envers la cause du Sud, nous annonçons la dissolution du Conseil de transition du Sud, la dissolution de tous ses organes principaux et subsidiaires, ainsi que la fermeture de l’ensemble de ses bureaux à l’intérieur et à l’extérieur du pays. Nous œuvrerons désormais à la réalisation de notre juste cause du Sud en nous préparant à participer à la conférence du Sud sous le parrainage du Royaume.

Nous saluons le Royaume d’Arabie saoudite pour ses engagements clairs et explicites, ainsi que pour l’attention sincère qu’il porte à notre cause en recherchant des solutions conformes à la volonté et aux aspirations des populations du Sud.

Nous appelons toutes les figures et forces actives du Sud à s’engager dans la voie du dialogue du Sud, dans l’espoir de parvenir à une vision et à un cadre permettant de résoudre la question du Sud et de répondre aux aspirations de la population par sa libre volonté, au sein d’un cadre du Sud inclusif.

Depuis cette tribune, nous appelons les populations du Sud, nos collègues de la capitale Aden et de l’ensemble des gouvernorats de notre cher Sud à mesurer la gravité de ce moment, la sensibilité de cette phase et l’importance d’unir les efforts afin de préserver nos acquis et de protéger le Sud du chaos et de l’instabilité.

Nous réaffirmons notre engagement continu à servir la cause juste et légitime des populations du Sud et à réaliser leurs aspirations conformément à leur volonté. Nous exprimons également notre gratitude à la direction et au peuple du Royaume d’Arabie saoudite pour l’organisation de la conférence de dialogue du Sud et pour leur soutien constant au Sud, à sa cause et à ses populations à toutes les étapes.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com