Rapprochement Ankara-Damas: la Russie en quête de succès diplomatique au Moyen-Orient

Des diplomates russes et turcs, dont le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors de discussions à Moscou en 2020 (Photo, AFP).
Des diplomates russes et turcs, dont le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, lors de discussions à Moscou en 2020 (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 03 avril 2023

Rapprochement Ankara-Damas: la Russie en quête de succès diplomatique au Moyen-Orient

  • Moscou, alliée d'Assad, a accueilli en décembre la réunion de plus haut niveau entre ministres syriens et turcs depuis 2012
  • Le succès de Pékin dans son rôle de médiateur entre Riyad et Téhéran s'explique par ses relations cordiales avec les deux pays

ERBIL, KURDISTAN IRAKIEN: Après le succès de la Chine dans le rétablissement des relations diplomatiques entre l'Arabie saoudite et l'Iran, la Russie espère pouvoir faire de même en supervisant un rapprochement entre la Syrie et la Turquie. Les experts soulignent toutefois que les différences fondamentales entre les deux processus de normalisation ne permettent pas d'envisager une percée rapide.

Moscou a organisé en décembre une réunion entre les ministres syrien et turc de la Défense, perçue comme l'amorce d'un rapprochement potentiel entre les deux rivaux. Il s'agit de la réunion de plus haut niveau entre des responsables syriens et turcs depuis la rupture des liens entre les deux pays en 2012, après le début de la guerre civile syrienne.

Le président russe Vladimir Poutine reçoit des hauts-dignitaires turcs au Kremlin, le 24 août 2018 à Moscou (Photo, AFP).

La capitale accueillera une autre réunion entre les vice-ministres des Affaires étrangères de la Syrie, de la Turquie, de l'Iran et de la Russie les 3 et 4 avril, pour discuter de la situation en Syrie. Selon un haut responsable turc interrogé par Reuters, cette réunion «devrait s'inscrire dans le prolongement des réunions ministérielles qui ont débuté lors du processus de normalisation» promu par la Russie.

«La Russie dispose d'une influence importante sur le président syrien Bachar al-Assad et entretient de bonnes relations avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, ce qui lui donne de l'autorité et du poids dans les négociations entre la Turquie et la Syrie», estime Joshua Landis, directeur du Center of Middle East Studies et du Farzaneh Family Center for Iranian and Arabian Gulf Studies à l'université d'Oklahoma aux États-Unis.

«La Syrie et la Turquie se heurtent également à plusieurs obstacles majeurs qui empêchent la conclusion d'un accord. La Turquie occupe environ 10 % du territoire syrien et soutient les milices rebelles hostiles au régime d'Assad», a-t-il indiqué à Arab News.

Ankara a lancé en 2019 une vaste offensive terrestre sur les zones contrôlées par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie (Photo, AFP).

Si Pékin a réussi à jouer le rôle de médiateur entre Riyad et Téhéran en raison de ses relations cordiales avec les deux pays, les États-Unis n’entretiennent plus de liens diplomatiques avec l'Iran depuis des décennies. Washington s'oppose également à Assad et dissuade les pays alliés de rétablir leurs relations avec Damas. La Russie, pour sa part, maintient de bonnes relations avec la Turquie et la Syrie.

Chronologie des relations entre les deux pays

Mars 2012: Rupture des liens diplomatiques entre la Syrie et la Turquie.

Janvier 2017: Début du processus d'Astana, sous la médiation de la Russie, de la Turquie et de l'Iran.

Octobre 2021: Intervention des ministres syrien et turc des Affaires étrangères lors du sommet du Mouvement des non-alignés à Belgrade.

Septembre 2022: Réunions des chefs des services de renseignement syriens et turcs à Damas.

Décembre 2022: Rencontre entre les ministres syrien et turc de la Défense à Moscou.

Il existe toutefois une différence importante entre la nature de ces liens. La Chine entretient des relations beaucoup plus équilibrées avec l'Arabie saoudite et l'Iran que la Russie avec la Turquie et la Syrie.

«La Russie est profondément impliquée en tant que garant de la sécurité du gouvernement syrien grâce au soutien apporté par Moscou à Damas au cours des dix années de guerre civile», indique à Arab News Emily Hawthorne, analyste principale du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord auprès la société de renseignement sur les risques RANE.

Le président syrien Bachar al-Assad en compagnie du président russe Vladimir Poutine et du ministre de la Défense Sergueï Shoigu à Lattaquié, en Syrie (Photo, AFP).

«Cette situation se distingue nettement des relations plus équilibrées de la Chine avec l'Arabie saoudite et l'Iran; la Chine n'est le garant de la sécurité ni de Téhéran, ni de Riyad.»

«Les relations étroites que la Russie entretient avec le gouvernement syrien lui confèrent certainement un pouvoir de médiation avec la Syrie que peu d'autres pays possèdent, mais la Russie ne bénéficie pas du même type de relations avec la Turquie», a-t-elle ajouté.

Anton Mardasov, analyste russe indépendant et chercheur pour le programme sur la Syrie du Middle East Institute, doute que Moscou parvienne à reproduire le succès de Pékin, étant donné qu'elle est «partie prenante au conflit en Syrie», même si elle a essayé de jouer le rôle de médiateur.

«Le Kremlin se trouve dans une position difficile : Il souhaite accroître le potentiel de Damas afin de se décharger de la responsabilité de sa survie», explique M. Mardasov à Arab News. «En ce sens, Moscou aspire au rétablissement des liens entre la Syrie et la Turquie et à la consolidation, par exemple, de la coopération économique.»

«De plus, compte tenu de la guerre en Ukraine et de l'importance de la Turquie en tant que partenaire économique, le Kremlin entend pousser Assad à se rapprocher de la Turquie, puisqu'il en va de l'intérêt d'Ankara, au vu surtout de la question des réfugiés», a-t-il ajouté.

Les désaccords profonds entre Damas et Ankara sur l'avenir du nord de la Syrie compliquent également les efforts déployés par Moscou pour la normalisation.

«Le territoire analogue le plus proche entre l'Arabie saoudite et l'Iran serait le Yémen, mais le Yémen est un pays souverain et la dynamique du conflit est très différente», explique Mme Hawthorne.

«Parmi les défis auxquels la Russie devrait faire face dans sa médiation entre Ankara et Damas, il y aurait la question difficile de l'avenir du nord de la Syrie, et la question de savoir si Damas peut promettre de résoudre les problèmes de sécurité de la Turquie concernant les militants kurdes dans cette région», poursuit-elle.

Les funérailles de Kurdes tués par des combattants affiliés à la Turquie, le 21 mars 2023 à Jindiyaris (Photo, AFP).

Selon M. Mardasov, Assad est en position de faiblesse et affiche des exigences irréalistes. Il souligne que la Turquie n'avait officiellement pas de troupes dans le nord de la Syrie puisque les factions d'opposition alliées contrôlent ces territoires, bien qu'elle ait des troupes à la frontière et qu'elle puisse intervenir rapidement au nom de ces factions.

«La présence des troupes turques à Idlib a été formellement approuvée non seulement par la Russie, mais aussi par l'Iran dans le cadre du processus d'Astana», précise-t-il, en référence au processus de paix tripartite Russie-Iran-Turquie en Syrie lancé en janvier 2017. «Par conséquent, insister sur leur retrait, c'est insister sur la rupture des accords d'Astana.»

En outre, la Turquie contrôle des territoires syriens où vivent des millions de personnes, ce qui lui confère une influence considérable.

«Il s'agit en réalité d'une situation assez délicate puisque la Russie, en tant que protectrice d'Assad, est également dépendante de la Turquie, aussi bien sur le plan des projets dans le contexte de la guerre en Ukraine que sur le plan des négociations sur le volet syrien», signale M. Mardasov. «Ici, il s'agit davantage de mesures tactiques pour que Moscou n'aggrave pas sa position car, stratégiquement, la situation est peu avantageuse pour le Kremlin.»

M. Landis s’attend à ce que les négociations soient en grande partie suspendues jusqu'à la fin des élections turques, le 14 mai.

Des réfugiés syriens passant la frontière turque (Photo, AFP).

«L'opposition turque dénonce la politique d'Erdogan à l'égard de la Syrie et assure qu'elle procédera rapidement à la normalisation des relations avec la Syrie», note-t-il. «L'opposition turque a peu d'obligations envers les groupes rebelles syriens qu'Erdogan soutient et a promis de protéger.»

«Si Kemal Kilicdaroglu gagne en mai, les relations entre Damas et Ankara devraient s'améliorer rapidement», ajoute-t-il, «même si le problème de la gestion des quatre millions de réfugiés et des miliciens islamistes ne disparaîtra pas.»

La Russie a pareillement tout intérêt à assurer la normalisation.

«Un État client plus stable pour la Russie lui confère un ancrage plus stable dans le Moyen-Orient élargi», a déclaré Mme Hawthorne.

Par ailleurs, en cas d'échec, les risques ne seront pas trop élevés pour la Russie.

«L'échec de Moscou dans cette tentative ne devrait pas compromettre la position de la Russie au Moyen-Orient, qui repose davantage sur sa capacité à maintenir une liste de relations bilatérales très différentes dans toute la région», estime Mme Hawthorne.

«La médiation russe pourrait faire avancer la conversation entre la Syrie et la Turquie, mais tant qu'Ankara et Damas n'auront pas trouvé leur propre accord sur l'avenir du nord de la Syrie, il est peu probable que Moscou y parvienne.

M. Landis considère également que la Russie a «énormément» investi dans la Syrie d'Assad et que la «victoire» du président russe Vladimir Poutine dans ce pays a été un «grand succès de politique étrangère» pour la Russie.

Des opposants au régime syrien manifestent à l'occasion du douzième anniversaire du soulèvement contre Assad, le 15 mars à Al-Bab, près de la frontière turque (Photo, AFP).

Toutefois, la Syrie reste «en danger» en raison du boycott général d'Assad et des «sanctions dévastatrices» imposées à Damas.

«Si Poutine parvient à rompre l'isolement de la Syrie et à relancer les accords diplomatiques et commerciaux régionaux, il aura réussi», estime M. Landis.

Il reste ainsi optimiste quant à la possibilité d'un accord entre Ankara et Damas.

«Je pense que la Syrie et la Turquie normaliseront leurs relations, même si le chemin est semé d'embûches», note-t-il. «Les deux pays partagent une frontière de 764 kilomètres. Ils ont un intérêt commun à faire sortir les troupes américaines de Syrie, à stopper l'armement des Kurdes et à lutter contre le "terrorisme".»

«Tous deux ont intérêt à revenir aux bonnes relations qu'ils partageaient avant la guerre et qui leur ont permis de prospérer et de se développer.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Les calculs à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien

« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
« Les calculs politiques à court terme de Netanyahou pourraient déclencher une “guerre régionale qui n’épargnera personne” », met en garde l’envoyé syrien. (Photo ONU)
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  • Ibrahim Olabi déclare au Conseil de sécurité de l’ONU qu’Israël a frappé la base aérienne d’Abu Al-Duhur à huit reprises et que les incursions et les « actes d’agression » se poursuivent, notamment les enlèvements, les bombardements et d’autres violations
  • La Syrie se trouve « à un moment charnière » alors que des millions de personnes déplacées rentrent enfin chez elles, a déclaré le coordinateur adjoint des secours d’urgence de l’ONU, mais « ce retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », a-t

NEW YORK : Les frappes militaires et les incursions israéliennes poussent la région vers la catastrophe, a déclaré jeudi au Conseil de sécurité de l’ONU le représentant permanent de la Syrie auprès de l’ONU, Ibrahim Olabi. 

« La région tout entière se trouve au seuil d’une guerre régionale qui n’épargnerait personne », a-t-il déclaré, en raison des « calculs électoraux étroits du Premier ministre israélien ». 

Ses remarques interviennent alors que de hauts responsables de l’ONU ont informé le Conseil de la situation humanitaire en Syrie et de l’avancement de la transition politique post-Assad. 

Israël a mené huit frappes aériennes contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, a poursuivi ses incursions sur le territoire syrien et a persisté dans des « actes d’agression, notamment des enlèvements, des bombardements et des violations » qui « ne cessent pas », a déclaré M. Olabi. 

Il a critiqué « l’attitude irresponsable » du ministre israélien de la Défense, Israel Katz, qui s’est rendu cette semaine auprès des troupes israéliennes du côté syrien du mont Hermon et a déclaré qu’elles y resteraient indéfiniment, qualifiant cela de « défi flagrant à la légitimité internationale et aux résolutions de ce Conseil ». 

Il a indiqué que la Syrie s’engageait sérieusement dans les efforts diplomatiques menés sous l’égide des États-Unis visant à désamorcer l’escalade, mais a averti que « tous les efforts internationaux et régionaux déployés depuis des mois pour assurer la sécurité et la stabilité dans la région risquent désormais d’être réduits à néant par les illusions qui n’existent que dans l’imagination d’un gouvernement imprudent et extrémiste ». 

Les attaques israéliennes « ne nous feront pas changer de cap », a ajouté M. Olabi, ni « le choix de la Syrie en faveur de la stabilité », qui, selon lui, ne peut être réalisé que si Israël met fin à ses attaques, cesse ses incursions, se conforme pleinement à l’accord de désengagement de 1974 et se retire des territoires qu’il occupe depuis le 8 décembre 2024. 

Abordant la question du Golan occupé, M. Olabi a cité la résolution 497 du Conseil de sécurité, adoptée en 1981, et en a rappelé la conclusion selon laquelle la « décision d’Israël d’imposer ses lois, sa juridiction et son administration dans le Golan syrien occupé » était « nulle et non avenue, et sans effet juridique international ». 

Il a noté qu’une résolution de l’Assemblée générale adoptée ce mois-ci, réaffirmant ce principe, avait recueilli le soutien de 123 États, contre 97 auparavant. 

M. Olabi a exposé sa vision de ce qu’il a qualifié de tournant pour la Syrie. Il a notamment mis en avant trois événements marquants survenus ce mois-ci. Premièrement, la visite du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, à Damas, qui, selon lui, a mis fin à « une ère de tensions entre les Nations unies et la Syrie » au profit d’« une nouvelle phase […] placée sous le signe du partenariat ». 

Deuxièmement, la visite du Haut-Commissaire des Nations unies pour les réfugiés, qui a marqué ce qu’il a qualifié de fin de « l’ère des déplacements et des réfugiés » et le début d’une ère de « retour », plus de 3 millions de Syriens étant déjà rentrés chez eux. 

Et troisièmement, la visite de Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, qui, selon lui, a ouvert «une nouvelle phase de coopération plus large» après «l’ère de l’ambiguïté». 

M. Olabi s’est également félicité de la décision prise cette semaine par les États-Unis de retirer la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme après 47 ans, et a remercié le président Donald Trump. 

Il a évoqué le réchauffement des relations avec la Russie, la Chine et le Pakistan, et a souligné que l’intégration et la dissolution complètes des Forces démocratiques syriennes au sein de l’Armée arabe syrienne constituaient la preuve d’« un véritable processus d’intégration nationale […] fondé sur l’égalité entre les citoyens et non sur des quotas sectaires ». 

Il a cité une série de signes de reprise économique en Syrie : la reprise des vols internationaux vers l’Allemagne ; de nouveaux systèmes de paiement électronique ; les préparatifs en vue de sortir de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI), qui recense les pays présentant des faiblesses reconnues dans leurs efforts de lutte contre le blanchiment d’argent et d’autres crimes financiers ; et la réouverture du salon commercial de la Foire internationale de Damas. 

Pour les Syriens, « le rétablissement d’un vol direct ou l’ouverture d’un compte bancaire… ce ne sont pas des détails mineurs ; ce sont au contraire des signes du retour à la vie elle-même », a déclaré M. Olabi. 

Il a également noté que les tribunaux avaient rendu des jugements à l’encontre de l’ancien président syrien, Bachar al-Assad, de son frère Maher et d’autres membres de l’ancien régime pour des crimes commis contre des citoyens syriens, et a remercié le Liban d’avoir extradé un ancien officier recherché. 

Moment charnière

Lors d’un point d’information au Conseil sur la situation humanitaire en Syrie, Indrika Ratwatte, secrétaire général adjoint par intérim et coordinateur adjoint des secours d’urgence, a déclaré que le pays se trouvait « à un moment charnière », avec près de 2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et plus de 1,7 million de réfugiés ayant regagné leur foyer depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024. 

Il a toutefois averti que « le retour ne signifie pas la fin des besoins humanitaires », soulignant que plus de 5,5 millions de personnes restent déplacées à l’intérieur du pays, dont 833 000 vivent dans plus de 1 200 camps. 

Il a indiqué que les engins explosifs avaient fait plus de 2 400 victimes, dont 865 morts, depuis décembre 2024, et que l’appel humanitaire international en faveur de la Syrie n’était financé qu’à hauteur de 30 %. 

« C’est précisément le moment où les investissements peuvent transformer des progrès fragiles en une reprise durable », a déclaré M. Ratwatte, appelant à un financement soutenu, à un soutien aux rapatriés et à des efforts pour « empêcher la Syrie d’être entraînée dans un conflit régional ». 

S’exprimant depuis Damas, le représentant spécial adjoint pour la Syrie, Claudio Cordone, s’est félicité de la décision américaine de lever la désignation de la Syrie comme «État soutenant le terrorisme », et a cité une projection du Fonds monétaire international prévoyant «une croissance à deux chiffres en 2026» pour le pays. 

Il a toutefois averti que « la pauvreté généralisée et la recrudescence de l’inflation signifient que les conditions restent très difficiles pour la plupart des Syriens ». 

M. Cordone a également fait part de ses inquiétudes concernant la poursuite des opérations militaires israéliennes dans le sud de la Syrie, « notamment les incursions terrestres répétées, les perquisitions domiciliaires et la destruction de biens privés et agricoles », et a déclaré que la présence d’Israël à l’est de la ligne de cessez-le-feu « violait la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie ». 

Il a condamné la frappe israélienne du 18 août contre la base aérienne d’Abu Al-Duhur, dans le gouvernorat d’Idlib, et s’est félicité des « récents contacts directs entre Israël et la Syrie et des pourparlers en Jordanie », ainsi que des efforts de médiation américains. Il a également soulevé un certain nombre de préoccupations d’ordre national, notamment des informations faisant état de décès en détention et de disparitions, et a exhorté les autorités syriennes à instaurer « un moratoire sur toutes les exécutions ».


Syrie: le président Chareh fait du chef kurde Mazloum Abdi l'un de ses conseillers

Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas. (AFP)
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  • M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI)
  • Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat

DAMAS: Le président syrien Ahmed al-Chareh a nommé vendredi conseiller à la présidence le dirigeant kurde Mazloum Abdi, quelques jours après que celui-ci a annoncé la dissolution de ses Forces démocratiques syriennes (FDS) dans le cadre d'un accord d'intégration avec Damas.

"Moustafa Khalil Abdi est nommé conseiller auprès de la présidence de la République", indique le décret signé par M. Chareh et publié par l'agence de presse officielle Sana.

M. Abdi, connu sous plusieurs noms, a été pendant des années le chef des FDS, un groupe dirigé par les Kurdes et soutenu par Washington, qui avaient été le fer de lance de la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

Mardi, il a annoncé la dissolution des FDS, dans le cadre d'un accord conclu en janvier avec Ahmed al-Chareh visant à intégrer complètement les institutions kurdes dans l'appareil d'Etat.

L'accord d'intégration représente une victoire majeure pour M. Chareh, mais met fin aux espoirs d'autonomie des Kurdes.

"Absolument historique": l'envoyé spécial américain en Syrie, également ambassadeur en Turquie, Tom Barrack, s'est félicité mardi de cette décision qui "ressemble à une véritable intégration (...) visant à renforcer la souveraineté de la Syrie".

"Sacrifices consentis"

"Garantir des rôles de premier plan à nos précieux partenaires", y compris M. Abdi au sein du gouvernement, "témoigne du respect dû à leur leadership, aux sacrifices consentis par nos partenaires kurdes et à la contribution constructive qu'ils ont apportée à la stabilité régionale", avait ajouté M. Barrack, sans préciser quel rôle l'ex-chef des FDS était appelé à occuper.

Les FDS ont été formées en 2015 à l'initiative des Etats-Unis, impressionnés par les combattants kurdes qui avaient vaincu l'EI à Kobané, dans le nord de la Syrie, et qui cherchaient un partenaire fiable dans la lutte en cours contre les jihadistes.

A leur apogée, elles comptaient environ 100.000 combattants, kurdes et arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est de la Syrie, des régions riches en pétrole.

Mais Mazloum a adhéré à l'accord d'intégration à la suite des affrontements de janvier dernier, au cours desquels les Kurdes ont perdu de vastes portions de territoire au profit des troupes gouvernementales, alors même que Washington, soutien de longue date des Kurdes, se rapprochait des nouvelles autorités de Damas.

M. Chareh a de son côté signé un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale – une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946.

M. Abdi a annoncé la semaine dernière que l'intégration de l'administration kurde à l'Etat syrien était achevée, ajoutant "notre combat se poursuivra afin d'inscrire les droits de notre peuple dans la Constitution."


Tunisie: pour les coupures d'eau et électricité, le président dénonce des «actes prémédités»

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics. (AFP)
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  • Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics
  • Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés"

TUNIS: Le président tunisien Kais Saied, doté des pleins pouvoirs depuis l'été 2021, a dénoncé des "actes prémédités" visant à "attiser les tensions" pour expliquer les coupures d'eau et d'électricité qui rythment le quotidien des Tunisiens depuis le début de l'été.

Tout juillet, puis de nouveau en cette fin août, des températures caniculaires frôlant les 50 degrés ont fait grimper la consommation d'électricité et d'eau, deux services publics.

Dans un communiqué publié dans la nuit de mercredi à jeudi, M. Saied a assuré que les longues coupures, qui peuvent dépasser les dix heures d'affilée, y compris à Tunis, "ne sont pas de simples événements passagers ni des cas isolés".

M. Saied s'est exprimé après une réunion avec sa cheffe de gouvernement, les ministres concernés et les dirigeants des deux entreprises publiques, Steg (électricité) et Sonède (eau).

Dans son communiqué, M. Saied, coutumier des déclarations à caractère complotiste, affirme que "les enquêtes ont démontré" que les coupures "dans plusieurs zones ne résultaient pas de pannes ordinaires".

Selon lui, il s'agit "d'actes prémédités visant à enflammer la situation par tous les moyens, à répandre mensonges et rumeurs afin de semer la confusion" et à "maltraiter les citoyens jusque dans les services les plus élémentaires".

Comme en juillet, la Steg a recommencé à publier des avis de "délestages", destinés à soulager son réseau sous forte tension, en listant les villes concernées ainsi que les quartiers de Tunis, une agglomération d'environ trois millions d'habitants sur 12 millions.

Les Tunisiens subissent aussi de fréquentes coupures d'eau, car une bonne partie de l'approvisionnement en eau courante nécessite un pompage.

La production de bouteilles d'eau minérale, dont les Tunisiens sont de gros consommateurs, a en outre été perturbée par ces coupures d'électricité et une pénurie de bouteilles en plastique. Dans les supermarchés, l'eau est rationnée à un pack de six par personne et est devenue introuvable dans les épiceries.

"Les ennemis de la patrie et ceux qui les soutiennent sont désormais démasqués aux yeux du peuple tunisien", a poursuivi M. Saied, prévoyant "un échec" pour ces "tentatives de provocation" et "ces plans criminels, d'où qu'ils viennent" tant que le pays restera "soudé".

En juillet 2021, M. Saied avait limogé son Premier ministre et gelé le Parlement, réduit depuis à un rôle de chambre d'enregistrement.

Plusieurs ONG tunisiennes et étrangères, dont Human Rights Watch et Amnesty International, l'ont accusé de dérive autoritaire à travers une restriction des droits et libertés et l'emprisonnement des principaux leaders de l'opposition, de dizaines de journalistes, avocats et militants.