Le déchargement du FSO Safer peut désamorcer la bombe à retardement écologique en mer Rouge

Le Nautica, navire de l'ONU, est amarré à côté du FSO Safer, battant pavillon du Yémen, en mer Rouge, au large d’Al-Hodeïda, pour pomper plus d'un million de barils de pétrole du pétrolier en dégradation, afin d'éviter une marée noire catastrophique (Photo fournie, AFP).
Le Nautica, navire de l'ONU, est amarré à côté du FSO Safer, battant pavillon du Yémen, en mer Rouge, au large d’Al-Hodeïda, pour pomper plus d'un million de barils de pétrole du pétrolier en dégradation, afin d'éviter une marée noire catastrophique (Photo fournie, AFP).
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Publié le Samedi 29 juillet 2023

Le déchargement du FSO Safer peut désamorcer la bombe à retardement écologique en mer Rouge

  • Une équipe de l'ONU pompe le pétrole brut du Safer pour le transférer à un autre navire en vue de la mission de sauvetage
  • On s'attend encore à des litiges concernant la propriété du pétrole et du navire dans lequel il est pompé

DJEDDAH: Les risques d'une catastrophe écologique et humanitaire au large des côtes du Yémen s'amenuisent à mesure que progresse l'opération menée par les Nations unies pour pomper plus d'un million de barils de pétrole brut d'un navire de stockage abandonné et les transférer dans un pétrolier de remplacement.

L'opération, d'une durée de trois semaines et d'un coût de 143 millions de dollars américains (1 dollar américain = 0,90 euro), a débuté mardi pour désamorcer ce que les experts ont qualifié de bombe à retardement. Si l'on avait laissé l'état du FSO Safer se détériorer davantage, d'énormes quantités de pétrole auraient pu se déverser dans la mer, causant des dommages environnementaux et économiques incalculables.

«C'est un grand soulagement de voir le début de l'opération de sauvetage tant attendue par l'ONU du FSO Safer en dégradation, ancré au large des côtes yéménites avec 1,14 million de barils de pétrole», a déclaré Ghiwa Nakat, directrice exécutive de Greenpeace MENA, à Arab News, ce vendredi.

«Nous en sommes au troisième jour et les progrès sont constants», a-t-elle assuré.

Une équipe internationale pompe le brut du Safer vers un autre navire — le Nautica, rebaptisé Yémen — acheté par l'ONU pour la mission de sauvetage. L'opération fait suite à des mois de travaux préparatoires sur place. Selon l'ONU, elle sera achevée en moins de trois semaines. 

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1,1 million de barils de pétrole stockés dans le Safer en détérioration (Photo fournie).

«Atteindre ce moment crucial dans le plan de l'ONU pour empêcher un déversement en mer Rouge est un exemple remarquable du pouvoir de la coopération internationale et de la diplomatie», a déclaré Achim Steiner, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement, dans un tweet cette semaine.

Dans des commentaires adressés aux médias dimanche, Steiner a révélé qu'une fois le processus achevé, le Yémen serait relié à un oléoduc sous-marin qui achemine le pétrole brut depuis les gisements.

Les efforts pour mettre en place la mission de récupération du pétrole du Safer ont d'abord été retardés par la milice Houthie soutenue par l'Iran, qui contrôle le territoire maritime, et qui a refusé aux équipes de l'ONU l'accès au site. Des mois de diplomatie ont finalement permis d'entamer les travaux.

On s'attend toujours à des différends concernant la propriété du pétrole et du navire de remplacement dans lequel il est pompé. Néanmoins, de nombreux Yéménites considèrent les progrès réalisés sur la question du Safer comme un signe positif.

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L'équipe de l'ONU, assistée par le spécialiste Kevin O'Connell, utilise des pompes hydrauliques (Photo, AFP).

«J'espère que ce sera le début du processus de paix», a déclaré aux médias Fathi Fahem, le chef d'entreprise yéménite qui a proposé un navire de remplacement pour le Safer il y a deux ans.

Ce mardi, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a déclaré dans un communiqué: «Le transfert de pétrole de navire à navire qui a commencé aujourd'hui est la prochaine étape cruciale pour éviter une catastrophe environnementale et humanitaire à une échelle colossale.»

«Les Nations unies ont lancé une opération visant à désamorcer ce qui pourrait être la plus grande bombe à retardement du monde. Il s'agit d'une mission où tout le monde met la main à la pâte et qui est l'aboutissement de près de deux ans de travail politique, de collecte de fonds et d'élaboration de projets», a-t-il ajouté.

Guterres a demandé 20 millions de dollars supplémentaires pour achever le projet qui comprendrait la mise au rebut du Safer et l'élimination de toutes les menaces écologiques qui pèsent encore sur la mer Rouge.

EN CHIFFRES

Cela fait 30 ans que le FSO Safer est amarré au large des côtes yéménites.

143 millions de dollars: Le coût de l'opération de pompage du pétrole du Safer.

1,1 million de barils de pétrole stockés dans le Safer en détérioration

 

Le Safer, un navire flottant de stockage et de déchargement de pétrole vieux de 47 ans, est amarré en mer Rouge, au nord des ports yéménites d’Al-Hodeïda et de Ras Issa, une zone stratégique contrôlée par les Houthis.

Le navire a été construit dans les années 1970 et vendu par la suite au gouvernement yéménite pour contenir jusqu'à 3 millions de barils de pétrole brut pompés dans les champs de Marib, une province de l'est du Yémen.

Le Safer, qui mesure 1 181 pieds de long (359,97 mètres) et compte 34 réservoirs de stockage, contenait plus de 1,14 million de barils de pétrole avant le début de l'opération de l'ONU. Toutefois, comme il n'a fait l'objet que d'un entretien minimal depuis le début de la guerre civile au Yémen en 2015, l'intégrité structurelle du navire a été corrodée, ce qui augmente la probabilité de fuites.

Selon les Nations unies, une fuite causerait des dommages considérables aux écosystèmes marins vulnérables et aux moyens de subsistance des communautés côtières dans une zone clé pour le transport maritime mondial, notamment le canal de Suez et le détroit de Bab al-Mandab, d'une importance vitale.

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Le pétrole du FSO Safer est transféré vers le Nautica, qui a été rebaptisé Yémen (Photo, AFP).

Sarah Bel, porte-parole du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a prévenu qu'un déversement risquait «d'anéantir instantanément 200 000 moyens de subsistance» et que « les réserves de poissons mettraient 25 ans à se reconstituer.»

Dans une déclaration, elle a qualifié l'opération actuelle de «phase d'urgence» et a indiqué que tout était mis en œuvre pour «garantir le succès» de l'opération.

Pendant des années, les Nations unies, les gouvernements régionaux et les groupes de défense de l'environnement ont mis en garde contre une explosion ou une marée noire qui non seulement perturberait les voies mondiales de navigation, mais aurait également des effets dévastateurs sur l'économie mondiale et l'environnement marin.

Ce mardi, l'Arabie saoudite a salué le début de l'opération de récupération du pétrole du Safer. «Le ministère des Affaires étrangères exprime la satisfaction du Royaume d'Arabie saoudite quant à la mise en œuvre par l'ONU de son plan opérationnel visant à résoudre le problème du FSO Safer et à commencer à décharger sa cargaison de pétrole brut, estimée à 1,14 million de barils», a indiqué un communiqué officiel. 

Le communiqué a ajouté que Riyad appréciait les efforts internationaux et les efforts des Nations unies au cours des dernières années qui ont abouti au début du déchargement du FSO Safer et ont permis d'éviter une catastrophe environnementale marine, qui aurait menacé la sécurité maritime et l'économie mondiale en mer Rouge.

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L'équipe de l'ONU utilise des pompes pour évacuer le pétrole du navire rouillé, vieux de 47 ans (Photo fournie).

«L’Arabie saoudite apprécie le travail du Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, et de l'équipe de travail de l'ONU visant à mobiliser tous les efforts afin de résoudre le problème du FSO Safer. Le Royaume apprécie également le soutien financier généreux des pays donateurs pour mettre fin à la menace du FSO Safer», a souligné le communiqué.

«Le Royaume d'Arabie saoudite a été l'un des premiers pays donateurs à fournir des subventions financières par l'intermédiaire du Centre d'aide humanitaire et de secours du roi Salmane (KSrelief) afin d'aider la communauté internationale à résoudre la question du FSO Safer.»

Selon le PNUD, une marée noire pourrait entraîner la fermeture de tous les ports de la région, ce qui interromprait les livraisons de nourriture, de carburant et de fournitures médicales vitales au Yémen, où 80% de la population dépend de l'aide.

En outre, une telle catastrophe pourrait causer des dommages irréparables aux écosystèmes de la mer Rouge et aux communautés côtières, déjà éprouvées par la guerre et les crises humanitaires et climatiques.

Pour donner une idée de l'ampleur de la catastrophe potentielle, le Safer contient quatre fois plus de pétrole que lors de la catastrophe de l'Exxon Valdez en 1989 au large de l'Alaska, l'une des pires crises écologiques au monde, selon les Nations unies.

«L'opération dangereuse devrait durer environ trois semaines cruciales», a signalé Nakat. «Elle comporte ses propres risques. Compte tenu des conditions dans lesquelles se trouve le Safer, il est possible que ce moment déclenche la vaste marée noire qu'on essaye d'éviter, ou une explosion.»

«Pourtant, ces risques sont moindres que de laisser le pétrole sur un superpétrolier rouillé qui a été abandonné sans entretien depuis 2015», a-t-elle estimé.

«Nous sommes convaincus que les Nations unies et SMIT Boskalis, l'opérateur de sauvetage, ont pris toutes les précautions nécessaires en matière de sûreté et de sécurité et ont mis en place des plans d'atténuation. Nous souhaitons que l'équipage soit en sécurité et que l'opération soit couronnée de succès», a -t-elle déclaré.

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Le Nautica, navire de l'ONU, est amarré à côté du FSO Safer, battant pavillon du Yémen, en mer Rouge, au large d’Al-Hodeïda, pour pomper plus d'un million de barils de pétrole du pétrolier rouillé, afin d'éviter une marée noire catastrophique (Photo, AFP).

Nakat a ajouté: «Même après l'achèvement réussi de la première phase et le transfert du pétrole, le risque environnemental demeure en raison du pétrole visqueux qui restera dans le pétrolier en dégradation. C'est pourquoi les Nations unies devraient passer à la phase suivante, à savoir le recyclage écologique du Safer et le stockage sûr du pétrole. Cette deuxième phase nécessite un financement supplémentaire urgent.»

Reconnaissant la nature inachevée de la mission, le coordinateur humanitaire des Nations unies pour le Yémen, David Gressly, a déclaré lundi dans un communiqué: «Le transfert du pétrole au Yémen permettra d'éviter le pire des scénarios, à savoir un déversement catastrophique dans la mer Rouge, mais ce n'est pas la fin de l'opération.»

Selon Steiner du PNUD, l'étape finale consisterait à remorquer le Safer jusqu'à une casse pour qu'il soit recyclé.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".