Irak: La quête de justice des survivants yézidis aux atrocités de Daech

Des restes humains de la minorité Yézidie, qui ont été tués lors d'attaques de Daech en 2014, après avoir été exhumés d'une fosse commune, à Mossoul, en Irak, le 20 juin 2023 (Photo, Reuters).
Des restes humains de la minorité Yézidie, qui ont été tués lors d'attaques de Daech en 2014, après avoir été exhumés d'une fosse commune, à Mossoul, en Irak, le 20 juin 2023 (Photo, Reuters).
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Publié le Vendredi 04 août 2023

Irak: La quête de justice des survivants yézidis aux atrocités de Daech

  • Neuf ans se sont écoulés depuis que les extrémistes ont envahi le territoire historique de Sinjar, dans le nord-ouest de l'Irak
  • Beaucoup de femmes yézidies ne peuvent pardonner aux hommes qui les ont réduites en esclavage, ont détruit leur vie, ont massacré leurs parents masculins

IRBIL, Kurdistan irakien: Peu après minuit, le 3 août 2014, des extrémistes de Daech lourdement armés ont déferlé sur le territoire yézidi de Sinjar, dans le nord-ouest de l'Irak, rassemblant la population civile pour la massacrer ou l'emmener en captivité.

Daech a délibérément pris pour cible la communauté yézidie, l'une des plus anciennes minorités ethnoreligieuses d'Irak, parce qu'il la considérait comme apostate en raison de ses traditions religieuses. Neuf ans plus tard, les survivants doivent encore faire face à ce qui s'est passé.

«Je me souviens que mes parents nous réveillaient désespérément, mes frères et sœurs et moi-même, vers 2 heures du matin», a révélé Barzan H., 23 ans, à Arab News à Irbil, la capitale de la région semi-autonome du Kurdistan irakien, où il réside désormais avec des milliers d'autres Yézidis déplacés.

«J'ai jeté un coup d'œil par les fenêtres et j'ai vu des camions noirs et des jeeps arriver au loin. Les hommes les plus âgés et les plus aptes ont pris les armes, avec les fusils qu'ils avaient à la maison et tout ce qui leur tombait sous la main pour nous protéger.»

Barzan n'avait que 14 ans lorsque Daech a attaqué sa ville natale. Face à l'avancée des extrémistes, lui et ses voisins ont pris tout ce qu'ils pouvaient transporter et ont fui leurs maisons. Environ 400 000 personnes ont été déplacées. Peu d'entre eux reviendront.

«Je me souviens m'être caché dans les montagnes jusqu'à 8 heures du matin. Nous avions soif et nous étions physiquement épuisés par la peur et la fuite», a déclaré Barzan.

Cependant, les combattants de Daech les ont rapidement rattrapés et ont encerclé la zone.

Les survivants yézidis des atrocités commises par Daech en 2014 ont parlé de leur lutte permanente pour obtenir justice et faire face au chagrin et à la perte de leurs proches (Photo, AFP).

«Ils étaient à nos trousses», a-t-il ajouté. «Ils nous ont mis dans leurs camions et nous ont emmenés dans un bâtiment désert. Ils ont séparé les femmes et les enfants de sexe féminin des mineurs de sexe masculin.»

Ceux qui avaient été capturés ont été emmenés dans un bâtiment scolaire, où les femmes et les enfants ont été séparés de leurs maris et de leurs frères. Les hommes et les personnes âgées qui refusaient de se convertir à l'Islam ont été massacrés.

Quant aux femmes et aux enfants, on estime que 7 000 d'entre eux ont été entassés dans des camions et déplacés de force vers la Syrie et d'autres régions d'Irak, où nombre d'entre eux ont été réduits à la servitude domestique ou à l'esclavage sexuel.

Les garçons et les jeunes hommes ont été enlevés pour être entraînés et subir un lavage de cerveau afin de devenir des «lionceaux du califat», contraints de se battre aux côtés des combattants de Daech.

«Mes amis et moi avons été emmenés à Tel Afar, puis à Mossoul», a signalé Barzan. «Ils nous ont dit d'oublier notre religion, que nous devions nous convertir à l'Islam et commencer l'entraînement militaire.»

Son entraînement militaire s'est déroulé à Deir Ezzor, en Syrie, puis il a été déployé sur la ligne de front à Mossoul, en Irak, où se sont déroulés certains des combats les plus violents contre les forces irakiennes et les forces de la coalition.

«J'avais des amis pour qui le lavage de cerveau de Daech était efficace, et ce sont eux qui se sont transformés en kamikazes», a mentionné Barzan.

«J'ai vu des soldats de Daech tuer des fils devant leurs mères, je les ai vus enlever des filles préadolescentes des bras de leurs mères pour les violer», a-t-il déploré.

Alors que le califat autoproclamé de Daech commençait à s'effondrer, les combattants de Daech ont été progressivement repoussés jusqu'à leur dernier bastion de Baghouz, à Deir Ezzor. Début 2019, alors que les Forces démocratiques syriennes et leurs partenaires de la coalition se rapprochaient, le père de Barzan a contacté un passeur pour sauver son fils.

Sous un bombardement intensif, Barzan a pu déserter son régiment et s'échapper de Baghouz. Il lui a fallu cinq jours pour traverser le no man's land et se mettre à l'abri.

Bien qu'il ait finalement été réuni avec les membres survivants de sa famille, le sort de sa sœur et de ses deux frères reste inconnu. Sa famille, comme des milliers d'autres, n'est pas retournée à Sinjar.

Des milliers de Yézidis piégés dans les montagnes de Sinjar alors qu'ils tentaient d'échapper aux forces de Daech, secourus par les forces peshmerga kurdes et l'Unité de protection des peuples (YPG) à Mossoul, en Irak, en 2014 (Photo, Anadolu Agency/Getty Images).

«Il n'y a rien à retrouver», s’est désolé Barzan. «Les combattants de Daech ont détruit Sinjar. Trop de vies perdues, trop de sang.»

En mars 2021, le président irakien de l'époque, Barham Salih, a ratifié le projet de loi sur les survivants yézidis, qui prévoyait des réparations et des compensations matérielles pour les Yézidis et d'autres groupes minoritaires persécutés par Daech. Le gouvernement irakien a également déclaré qu'il investirait dans la reconstruction de Sinjar.

Cependant, le projet de loi et la reconstruction promise n'ont pas encore été correctement mis en œuvre et la majorité des Yézidis sont toujours déplacés dans la région du Kurdistan, principalement concentrés autour de la ville de Duhok dans des camps de fortune.

«Les maisons de la communauté musulmane ont été reconstruites», a indiqué Barzan. «Notre village est toujours en ruines et nous sommes fatigués de frapper aux portes des organisations sans être indemnisés. Le gouvernement irakien ne se préoccupe pas vraiment de nous.»

Les femmes et les filles yézidies ont subi les pires indignités aux mains de Daech, nombre d'entre elles ayant été vendues comme esclaves sexuelles et forcées de porter les enfants de leurs ravisseurs.

«J'avais environ 15 ans. Cette nuit-là me revient en mémoire comme un film. J'aimerais oublier certaines parties», a confié à Arab News, Siham Soleiman Hussein, une Yézidie de 23 ans qui vit aujourd'hui dans le camp de Khanke, près de Duhok, en se remémorant l'arrivée de Daech à Sinjar.

«Les combattants de Daech nous ont trouvées cachées dans les montagnes. Ils nous ont mises dans leurs camions et nous ont conduites en Irak. Ils nous ont gardées au Galaxy Hall, un lieu de mariage. Les jeunes filles ont été séparées de leurs mères. Les femmes âgées ont été envoyées à Mossoul», a-t-elle poursuivi.

C'est là qu'Hussein a été mise en vente. Elle a d'abord été achetée par un combattant tunisien de Daech qui «heureusement est mort quelques jours après mon achat», a-t-elle affirmé. «Les quelques jours que j'ai passés avec lui ont été cruels.»

Elle a ensuite été achetée par un combattant libyen.

EN BREF

  • Daech a attaqué Sinjar, le pays natal des Yézidis, dans le nord-ouest de l'Irak, le 3 août 2014.
  • Près de 3 000 femmes et enfants sont toujours portés disparus neuf ans plus tard, selon Nadia Murad, une survivante.
  • Le Royaume-Uni a officiellement reconnu la persécution des Yézidis par Daech comme un génocide le 1er août 2023.

«Parfois ma mémoire est vive, d'autres fois j'ai l'impression qu'il y a des espaces vides», a-t-elle indiqué. «Je pense que mon cerveau omet activement et délibérément certaines choses pour me protéger.

«J'ai résisté tout au long de ma captivité. Je n'ai jamais perdu l'espoir d'être secourue.»

Hussein est restée avec le Libyen pendant quelques mois avant qu'il ne l’«offre» à un ami syrien.

«J'ai été constamment battue et affamée», a-t-elle dévoilé. «Ils m'ont même brisé des os.»

Elle a tenté de s'échapper à plusieurs reprises, mais sans succès. Chaque fois qu'elle est ramenée, les punitions sont de plus en plus sévères.

Après une tentative d'évasion, elle raconte que le combattant syrien «a apporté un couteau, l'a tenu contre mon cou et m'a murmuré à l'oreille qu'il me trancherait la gorge si je tentais à nouveau de m'échapper. Mais je lui ai dit que je n'avais vraiment pas peur de la mort, surtout après le massacre de ma communauté».

Hussein a finalement été sauvée grâce à son oncle, Abdallah, qui a envoyé un Arabe se faisant passer pour un combattant de Daech intéressé par son achat.

«Au moment de l'achat, je criais pour qu'on me laisse tranquille», a-t-elle déclaré. «Je leur criais dessus, je leur disais qu'ils étaient des monstres, que les gens ne devraient pas être achetés et vendus.»

L'homme envoyé par son oncle lui a chuchoté qu'il était là pour la sauver. Plus tard, elle a retrouvé ce qui restait de sa famille.

Les Yézidis, dont la religion préislamique a fait d'eux la cible des extrémistes de Daech, ont été victimes de massacres, de mariages forcés et d'esclavage sexuel pendant le règne des djihadistes en 2014-2015 dans la province de Sinjar, dans le nord de l'Irak, qui est le pays natal traditionnel des Yézidis (Photo, AFP).

«J'ai perdu mon père, mon grand-père et mes frères», s’est désolée Hussein. «Nous ne savons pas s'ils sont morts ou vivants.

«La vie est si dure sans eux. Nous vivons dans ce camp, nous sommes des femmes seules. Certaines ONG (organisations non gouvernementales) venaient nous apporter leur soutien, mais l'aide a diminué. J'avais aussi l'habitude de suivre une thérapie, mais j'ai arrêté. J'ai l'impression que la guérison doit se faire par soi-même», a-t-elle relaté.

Repensant à la vie qui lui a été si cruellement enlevée, Hussein a souligné qu'elle ne pourra jamais pardonner aux combattants qui l'ont kidnappée et qui ont détruit sa maison et sa famille.

«Mon ancienne vie me manque», a-t-elle signalé. «Nous étions une famille heureuse, nous avions une ferme et tant d'animaux. Nous étions innocents et on nous a volé notre innocence. Je souhaite à ces terroristes de souffrir deux fois plus que ce qu'ils nous ont fait.»

À l'approche du neuvième anniversaire de l'attaque de Sinjar, le gouvernement britannique a officiellement reconnu que les actes commis contre la communauté yézidie constituaient un génocide.

Tariq Mahmoud Ahmad, ministre d'État britannique pour le Moyen-Orient, a déclaré la semaine dernière que la population yézidie «a énormément souffert aux mains de Daech il y a neuf ans et que les répercussions se font encore sentir aujourd'hui. La justice et l’obligation de rendre compte sont essentielles pour ceux dont les vies ont été dévastées».

Il a ajouté : «Aujourd'hui, nous avons reconnu de manière historique que des actes de génocide ont été commis à l'encontre du peuple yézidi. Cette détermination ne fait que renforcer notre engagement à veiller à ce qu'ils reçoivent l'indemnisation qui leur est due et qu'ils puissent accéder à une justice digne de ce nom.»

«Le Royaume-Uni continuera à jouer un rôle de premier plan dans l'éradication de Daech, notamment en reconstruisant les communautés touchées par son terrorisme et en dirigeant les efforts mondiaux contre sa propagande toxique», a-t-il assuré.

Nadia Murad, survivante yézidie et lauréate du prix Nobel de la paix, s'est félicitée de cette annonce.

«Aujourd'hui, le gouvernement britannique reconnaît officiellement que les attaques de Daech contre ma communauté yézidie en 2014 étaient un génocide», a-t-elle déclaré dans un message publié sur Twitter.

«Des milliers de personnes sont mortes, des milliers d'autres ont été réduites en esclavage et beaucoup d'entre nous sont déplacés et traumatisés. J'espère que cette démarche de Tariq Mahmoud Ahmad et du Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du développement du Royaume-Uni nous rapprochera de la justice.»

Le Royaume-Uni a officiellement reconnu cinq génocides : l'Holocauste, le Rwanda, Srebrenica, le Cambodge et maintenant les Yézidis.

Masrour Barzani, Premier ministre de la région du Kurdistan, a déclaré sur Twitter qu'il «saluait la décision du Royaume-Uni».

Il a ajouté : «Nos frères et sœurs yézidis ont gagné et restent forts. Nous sommes aux côtés de notre peuple fier, qui est en train guérir et de se reconstruire.»

Le gouvernement de Barzani continue d'appeler les autorités fédérales de Bagdad à tenir leur promesse de reconstruire Sinjar afin que la communauté yézidie puisse retourner dans son pays d'origine.

Entre-temps, le survivant Barzan gagne sa vie en dressant des animaux domestiques et a déclaré qu'il avait réussi à trouver un certain degré de libération émotionnelle en travaillant avec des animaux. Cependant, les blessures émotionnelles causées par le traumatisme de son enlèvement, la perte de sa famille et ses années de combat sous le commandement de ses ravisseurs restent encrées dans sa mémoire.

«Tout ce que je peux dire, c'est qu'Alhamdoullah (Dieu soit loué), la vie continue», a-t-il soutenu. «Le destin de chacun de nous est écrit et scellé.»

«Les branches de mon arbre généalogique ont été coupées et je ne pardonnerai jamais à ces monstres. Les batailles sont terminées mais nous continuons avec une trace de traumatisme.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Trois journalistes libanais, dont un de la chaîne du Hezbollah, tués par une frappe israélienne

Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
Des hommes se tiennent à côté d’un immeuble endommagé après le largage de tracts d’avertissement par Israël, dans un contexte d’escalade des hostilités entre Israël et le Hezbollah, alors que le conflit entre les États-Unis et Israël avec l’Iran se poursuit, à Beyrouth, au Liban, le 28 mars 2026. (Reuters/Stringer)
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  • Trois journalistes ont été tués dans une frappe israélienne au sud du Liban, suscitant de vives condamnations des autorités libanaises, qui dénoncent un « crime de guerre »
  • Le conflit entre Israël et le Hezbollah s’intensifie, avec de lourdes pertes civiles, des attaques contre des secouristes et une aggravation de la crise humanitaire

BEYROUTH: Trois journalistes libanais, dont un correspondant vedette de la chaîne al-Manar du Hezbollah, ont été tués samedi au Liban, les autorités dénonçant un "crime flagrant".

L'armée israélienne a affirmé avoir tué Ali Shoeib, qu'elle qualifie de membre de la force al-Radwan, unité d'élite du Hezbollah, opérant "sous la couverture d'un journaliste".

Depuis que le Liban a été entraîné le 2 mars dans la guerre régionale par une attaque du Hezbollah pro-iranien contre Israël, 1.189 personnes ont été tuées, dont 124 enfants et 51 secouristes et membres du personnel de santé, dans les frappes israéliennes massives, et plus d'un million ont été déplacées.

Les trois journalistes ont été tués par une frappe qui a visé leur voiture dans la région de Jezzine, éloignée de la frontière, dans le sud du Liban, selon une source militaire et les médias pour lesquels ils travaillaient.

Outre Ali Shoeib, correspondant de guerre de longue date d'al-Manar dans le sud du Liban, la journaliste d'al-Mayadeen, chaîne proche du Hezbollah, Fatima Ftouni, et son frère, le caméraman Mohammed Ftouni, ont été tués.

Le Hezbollah a dénoncé dans un communiqué l'assassinat de son reporter, tandis que des journalistes ont organisé un rassemblement dans le centre de Beyrouth.

- "Crime de guerre" -

Le président libanais Joseph Aoun a qualifié cette frappe de "crime flagrant" et a rappelé que "les journalistes bénéficient d'une protection internationale en temps de guerre".

Le premier ministre Nawaf Salam a quant à lui dénoncé "une violation flagrante du droit international humanitaire".

"Ces actes relèvent de la catégorie des crimes de guerre", a fustigé le ministre de l'Information, Paul Morcos.

Cette attaque intervient alors que deux journalistes de la chaîne russe RT ont été blessés le 19 mars dans une frappe israélienne, qui n'était pas "accidentelle" selon Moscou.

Le 17 mars, le directeur des programmes politiques d'al-Manar, Mohammed Cherri, avait été tué aux côtés de sa femme dans une frappe ayant visé son appartement du centre de Beyrouth, et blessé ses enfants et petits-enfants.

Ce n'est pas la première fois que des journalistes de ces deux chaînes sont visés par l'armée israélienne. En octobre 2024, trois reporters, deux d'al-Mayadeen et un d'al-Manar avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud.

En novembre 2023, deux autres journalistes d'al-Mayadeen avaient été tués par une frappe israélienne dans le sud du pays.

Un mois plus tôt, une frappe a tué le vidéaste de l'agence Reuters, Issam Abdallah, et blessé six autres reporters, dont deux de l'AFP, Dylan Collins et Christina Assi, amputée de la jambe droite.

- Neuf secouristes tués -

Le secteur de la santé est aussi durement touché par l'offensive israélienne: samedi, neuf secouristes ont été tués dans plusieurs frappes israéliennes, selon le ministre de la Santé.

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué 46 secouristes et cinq membres du personnel soignant, a précisé Rakan Nassereddine, ajoutant que 75 attaques ont visé des services de secours et de santé.

Samedi, Israël a poursuivi ses frappes aériennes sur plusieurs localités du sud du Liban, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Le Hezbollah a annoncé des attaques contre les forces israéliennes qui progressent dans la région frontalière.

Il a notamment dit avoir frappé un char Merkava à l'aide d'un drone dans la localité de Debel, à majorité chrétienne, où certains habitants sont restés malgré la guerre.

Près de cette localité, un homme qui conduisait sa voiture et son fils ont été tués par "des tirs israéliens", selon l'Ani.

L'armée israélienne a de son côté annoncé poursuivre ses frappes "contre les infrastructures terroristes du Hezbollah à travers le Liban".

Elle a aussi tenté de larguer des tracts au-dessus de Beyrouth, mais le conteneur ne s'est pas ouvert en vol et est tombé sur un immeuble au sud de Beyrouth, selon un journaliste de l'AFP.

L'armée israélienne a ajouté avoir frappé pendant la nuit des dizaines de cibles du Hezbollah et avoir tué vendredi deux responsables de l'unité de communications du mouvement dans une frappe à Beyrouth.

L'armée libanaise, qui reste à l'écart des violences, a annoncé samedi la mort d'un soldat de 29 ans dans une frappe israélienne dans la région de Nabatiyeh.

Il n'était pas en service, selon un porte-parole de l'armée joint par l'AFP.


Au Liban, un demi-million d'élèves privés d'école à cause de la guerre et des déplacements forcés

Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
Une photographie prise depuis la région de Marjayoun, dans le sud du Liban, montre de la fumée s’élevant du site d’une frappe aérienne israélienne visant le village de Deir al-Zahrani, le 28 mars 2026. (AFP)
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  • La guerre au Liban prive près de 500.000 élèves d’école, beaucoup étant déplacés et contraints de suivre des cours à distance dans des conditions précaires
  • Les difficultés d’accès à internet et le manque de ressources aggravent les inégalités, faisant craindre abandon scolaire, fracture numérique et risques accrus pour les élèves les plus vulnérables

BEYROUTH: Dans une salle d'un lycée transformé en centre d'accueil pour déplacés, Ahmad Melhem essaye tant bien que mal de suivre sur sa tablette un cours préenregistré. Comme des centaines de milliers d'élèves libanais, il est privé d'école en raison de la guerre.

"Nous essayons, avec les moyens du bord, de continuer à étudier pour réaliser nos rêves", explique à l'AFP cet adolescent de 17 ans, alors que certains cours à distance ont repris.

Avec sa famille, ils ont dû fuir la banlieue sud de Beyrouth, pilonnée par l'armée israélienne depuis que le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, lorsque le Hezbollah a commencé à tirer des roquettes sur Israël, pour venger l'assassinat du guide suprême iranien Ali Khamenei au premier jour de l'offensive américano-israélienne contre l'Iran le 28 février.

Avec d'autres familles, ils ont trouvé refuge dans cette salle du lycée Abdel Kader, au coeur de la capitale.

"On a pris des risques pour aller chercher nos livres scolaires", alors que les frappes israéliennes sont quotidiennes sur la banlieue sud, raconte encore Ahmad Melhem, qui veut à tout prix terminer le lycée.

- "La guerre a tout détruit" -

Au total, près de 500.000 élèves ont dû cesser de se rendre en classe depuis le 2 mars, selon l'Unicef; quelque 350 écoles publiques ont été transformées en centre d'accueil, et les établissements scolaires dans les quartiers et localités bombardés par Israël ont fermé leurs portes pour une durée indéterminée.

Les frappes israéliennes ont tué plus de 1.100 personnes, dont 122 enfants, et déplacé plus d'un million de personnes, selon les autorités libanaises.

Dans la salle de classe où s'étalent matelas et couvertures, Ahmad, qui espère plus tard suivre des études d'ingénieur, s'est aménagé un coin avec ses livres et un écran d'ordinateur, mais il ne dispose pas de connexion internet.

Son école privée de la banlieue sud de Beyrouth a fini par reprendre des cours à distance, deux semaines après le début de la guerre, mais avec des aménagements: les matières facultatives restent suspendues, et les cours durent moins longtemps.

Une ONG a installé une connexion internet dans la cour, qui grouille d'enfants en train de jouer et d'adultes qui discutent autour de narguilés, mais Ahmad dit avoir a du mal à se concentrer.

"Les travaux de groupe et les projets scientifiques me manquent", confie le lycéen, qui décrit les cours en présentiel comme "plus stimulants".

Sa mère, Amira Salameh, 41 ans, tente d'aider son fils cadet, huit ans, à suivre lui aussi l'école en ligne.

"Si je laisse tout seul, il se met à rêvasser", dit-elle.  "La guerre a tout détruit, l'éducation est la seule chose qu'il reste à mes enfants."

- "Fracture numérique" -

L'Unicef s'est en particulier inquiété pour les lycéens comme Ahmad qui doivent passer le baccalauréat cette année, craignant qu'ils ne puissent rejoindre les rangs de l'université l'an prochain.

Autre sujet d'inquiétude: un possible abandon de l'école par les filles et adolescentes sous la menace de "mariages forcés", explique le directeur de l'éducation de l'Unicef au Liban, Atif Ratique.

Dans un lycée professionnel de la banlieue nord de Beyrouth, à Dekwaneh, Aya Zahran, 17 ans, passe ses journées "à cuisiner et à travailler à rendre l'endroit vivable", après avoir elle aussi fui la banlieue sud avec sa famille.

"Nous n'avons qu'un téléphone que l'on partage avec mes frères et soeurs" pour suivre les cours en ligne, et souvent, les liens transmis par l'école publique ne fonctionnent pas, dit l'adolescente.

Une illustration du manque de moyens de ces établissements publics, qui n'ont pas les ressources pour donner des cours à distance, et de la "fracture numérique" entre élèves, notamment ceux du sud du pays, les plus affectés par la guerre, selon M. Rafique.

Ces lacunes ont poussé le ministère de l'Education et l'Unicef à lancer une plateforme en ligne de cours préenregistrés. Un service d'assistance par téléphone où les élèves peuvent joindre un professeur sans avoir besoin de connexion internet a aussi été mis en place par l'Unicef et une ONG libanaise.

"Mes enfants sont d'excellents élèves, je ne veux pas qu'ils arrêtent l'école comme nous quand nous étions enfants", clame Nassima Ismaël, déplacée de l'est du pays, en évoquant sa propre enfance pendant la guerre civile (1975-1990).


L'armée israélienne dit faire face à un tir de missile du Yémen

Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
Les Houthis manifestent en solidarité avec l’Iran et le Liban dans la capitale yéménite Sanaa le 27 mars 2026. (AFP)
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  • L'armée israélienne a détecté un missile tiré depuis le Yémen par les Houthis, première menace directe depuis un mois de conflit, déclenchant l'activation des systèmes de défense anti-aérienne
  • Les Houthis, alliés à l'Iran et à l'"axe de la résistance", menacent d'intervenir militairement contre Israël et les États-Unis en cas d'escalade régionale

JERUSALEM: L'armée israélienne a indiqué samedi avoir détecté un tir de missile depuis le Yémen, une première en un mois de guerre au Moyen-Orient, après que les rebelles Houthis soutenus par Téhéran ont menacé de se joindre au conflit.

Les forces israéliennes ont "identifié le tir d'un missile depuis le Yémen en direction du territoire israélien, les systèmes de défense anti-aérienne sont en action pour intercepter cette menace", a indiqué l'armée sur Telegram.

Les Houthis sont alliés à Téhéran au sein de ce que l'Iran a baptisé "axe de la résistance", aux côtés du Hezbollah libanais, du Hamas palestinien et de groupes armés irakiens pro-iraniens.

"Nous sommes prêts à une intervention militaire directe en cas de nouvelle alliance avec les Etats-Unis et Israël contre l'Iran (...), de conduite d'opérations hostiles à l'Iran ou tout pays musulman depuis la mer Rouge (...), et en cas de poursuite de l'escalade contre la République islamique" d'Iran, a déclaré vendredi le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, dans une vidéo diffusée sur X.

Ces insurgés pro-iraniens, qui contrôlent une grande partie du Yémen, avaient mené de nombreuses attaques contre Israël et les navires commerciaux en mer Rouge pendant la guerre entre Israël et le Hamas palestinien à Gaza, entre 2023 et 2025.

Leurs tirs de missiles et de drones avaient fortement perturbé le trafic dans cette voie maritime stratégique, aujourd'hui utilisée notamment par l'Arabie saoudite pour exporter son pétrole sans passer par le détroit d'Ormuz, où la navigation est bloquée par Téhéran.