Irak: La quête de justice des survivants yézidis aux atrocités de Daech

Des restes humains de la minorité Yézidie, qui ont été tués lors d'attaques de Daech en 2014, après avoir été exhumés d'une fosse commune, à Mossoul, en Irak, le 20 juin 2023 (Photo, Reuters).
Des restes humains de la minorité Yézidie, qui ont été tués lors d'attaques de Daech en 2014, après avoir été exhumés d'une fosse commune, à Mossoul, en Irak, le 20 juin 2023 (Photo, Reuters).
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Publié le Vendredi 04 août 2023

Irak: La quête de justice des survivants yézidis aux atrocités de Daech

  • Neuf ans se sont écoulés depuis que les extrémistes ont envahi le territoire historique de Sinjar, dans le nord-ouest de l'Irak
  • Beaucoup de femmes yézidies ne peuvent pardonner aux hommes qui les ont réduites en esclavage, ont détruit leur vie, ont massacré leurs parents masculins

IRBIL, Kurdistan irakien: Peu après minuit, le 3 août 2014, des extrémistes de Daech lourdement armés ont déferlé sur le territoire yézidi de Sinjar, dans le nord-ouest de l'Irak, rassemblant la population civile pour la massacrer ou l'emmener en captivité.

Daech a délibérément pris pour cible la communauté yézidie, l'une des plus anciennes minorités ethnoreligieuses d'Irak, parce qu'il la considérait comme apostate en raison de ses traditions religieuses. Neuf ans plus tard, les survivants doivent encore faire face à ce qui s'est passé.

«Je me souviens que mes parents nous réveillaient désespérément, mes frères et sœurs et moi-même, vers 2 heures du matin», a révélé Barzan H., 23 ans, à Arab News à Irbil, la capitale de la région semi-autonome du Kurdistan irakien, où il réside désormais avec des milliers d'autres Yézidis déplacés.

«J'ai jeté un coup d'œil par les fenêtres et j'ai vu des camions noirs et des jeeps arriver au loin. Les hommes les plus âgés et les plus aptes ont pris les armes, avec les fusils qu'ils avaient à la maison et tout ce qui leur tombait sous la main pour nous protéger.»

Barzan n'avait que 14 ans lorsque Daech a attaqué sa ville natale. Face à l'avancée des extrémistes, lui et ses voisins ont pris tout ce qu'ils pouvaient transporter et ont fui leurs maisons. Environ 400 000 personnes ont été déplacées. Peu d'entre eux reviendront.

«Je me souviens m'être caché dans les montagnes jusqu'à 8 heures du matin. Nous avions soif et nous étions physiquement épuisés par la peur et la fuite», a déclaré Barzan.

Cependant, les combattants de Daech les ont rapidement rattrapés et ont encerclé la zone.

Les survivants yézidis des atrocités commises par Daech en 2014 ont parlé de leur lutte permanente pour obtenir justice et faire face au chagrin et à la perte de leurs proches (Photo, AFP).

«Ils étaient à nos trousses», a-t-il ajouté. «Ils nous ont mis dans leurs camions et nous ont emmenés dans un bâtiment désert. Ils ont séparé les femmes et les enfants de sexe féminin des mineurs de sexe masculin.»

Ceux qui avaient été capturés ont été emmenés dans un bâtiment scolaire, où les femmes et les enfants ont été séparés de leurs maris et de leurs frères. Les hommes et les personnes âgées qui refusaient de se convertir à l'Islam ont été massacrés.

Quant aux femmes et aux enfants, on estime que 7 000 d'entre eux ont été entassés dans des camions et déplacés de force vers la Syrie et d'autres régions d'Irak, où nombre d'entre eux ont été réduits à la servitude domestique ou à l'esclavage sexuel.

Les garçons et les jeunes hommes ont été enlevés pour être entraînés et subir un lavage de cerveau afin de devenir des «lionceaux du califat», contraints de se battre aux côtés des combattants de Daech.

«Mes amis et moi avons été emmenés à Tel Afar, puis à Mossoul», a signalé Barzan. «Ils nous ont dit d'oublier notre religion, que nous devions nous convertir à l'Islam et commencer l'entraînement militaire.»

Son entraînement militaire s'est déroulé à Deir Ezzor, en Syrie, puis il a été déployé sur la ligne de front à Mossoul, en Irak, où se sont déroulés certains des combats les plus violents contre les forces irakiennes et les forces de la coalition.

«J'avais des amis pour qui le lavage de cerveau de Daech était efficace, et ce sont eux qui se sont transformés en kamikazes», a mentionné Barzan.

«J'ai vu des soldats de Daech tuer des fils devant leurs mères, je les ai vus enlever des filles préadolescentes des bras de leurs mères pour les violer», a-t-il déploré.

Alors que le califat autoproclamé de Daech commençait à s'effondrer, les combattants de Daech ont été progressivement repoussés jusqu'à leur dernier bastion de Baghouz, à Deir Ezzor. Début 2019, alors que les Forces démocratiques syriennes et leurs partenaires de la coalition se rapprochaient, le père de Barzan a contacté un passeur pour sauver son fils.

Sous un bombardement intensif, Barzan a pu déserter son régiment et s'échapper de Baghouz. Il lui a fallu cinq jours pour traverser le no man's land et se mettre à l'abri.

Bien qu'il ait finalement été réuni avec les membres survivants de sa famille, le sort de sa sœur et de ses deux frères reste inconnu. Sa famille, comme des milliers d'autres, n'est pas retournée à Sinjar.

Des milliers de Yézidis piégés dans les montagnes de Sinjar alors qu'ils tentaient d'échapper aux forces de Daech, secourus par les forces peshmerga kurdes et l'Unité de protection des peuples (YPG) à Mossoul, en Irak, en 2014 (Photo, Anadolu Agency/Getty Images).

«Il n'y a rien à retrouver», s’est désolé Barzan. «Les combattants de Daech ont détruit Sinjar. Trop de vies perdues, trop de sang.»

En mars 2021, le président irakien de l'époque, Barham Salih, a ratifié le projet de loi sur les survivants yézidis, qui prévoyait des réparations et des compensations matérielles pour les Yézidis et d'autres groupes minoritaires persécutés par Daech. Le gouvernement irakien a également déclaré qu'il investirait dans la reconstruction de Sinjar.

Cependant, le projet de loi et la reconstruction promise n'ont pas encore été correctement mis en œuvre et la majorité des Yézidis sont toujours déplacés dans la région du Kurdistan, principalement concentrés autour de la ville de Duhok dans des camps de fortune.

«Les maisons de la communauté musulmane ont été reconstruites», a indiqué Barzan. «Notre village est toujours en ruines et nous sommes fatigués de frapper aux portes des organisations sans être indemnisés. Le gouvernement irakien ne se préoccupe pas vraiment de nous.»

Les femmes et les filles yézidies ont subi les pires indignités aux mains de Daech, nombre d'entre elles ayant été vendues comme esclaves sexuelles et forcées de porter les enfants de leurs ravisseurs.

«J'avais environ 15 ans. Cette nuit-là me revient en mémoire comme un film. J'aimerais oublier certaines parties», a confié à Arab News, Siham Soleiman Hussein, une Yézidie de 23 ans qui vit aujourd'hui dans le camp de Khanke, près de Duhok, en se remémorant l'arrivée de Daech à Sinjar.

«Les combattants de Daech nous ont trouvées cachées dans les montagnes. Ils nous ont mises dans leurs camions et nous ont conduites en Irak. Ils nous ont gardées au Galaxy Hall, un lieu de mariage. Les jeunes filles ont été séparées de leurs mères. Les femmes âgées ont été envoyées à Mossoul», a-t-elle poursuivi.

C'est là qu'Hussein a été mise en vente. Elle a d'abord été achetée par un combattant tunisien de Daech qui «heureusement est mort quelques jours après mon achat», a-t-elle affirmé. «Les quelques jours que j'ai passés avec lui ont été cruels.»

Elle a ensuite été achetée par un combattant libyen.

EN BREF

  • Daech a attaqué Sinjar, le pays natal des Yézidis, dans le nord-ouest de l'Irak, le 3 août 2014.
  • Près de 3 000 femmes et enfants sont toujours portés disparus neuf ans plus tard, selon Nadia Murad, une survivante.
  • Le Royaume-Uni a officiellement reconnu la persécution des Yézidis par Daech comme un génocide le 1er août 2023.

«Parfois ma mémoire est vive, d'autres fois j'ai l'impression qu'il y a des espaces vides», a-t-elle indiqué. «Je pense que mon cerveau omet activement et délibérément certaines choses pour me protéger.

«J'ai résisté tout au long de ma captivité. Je n'ai jamais perdu l'espoir d'être secourue.»

Hussein est restée avec le Libyen pendant quelques mois avant qu'il ne l’«offre» à un ami syrien.

«J'ai été constamment battue et affamée», a-t-elle dévoilé. «Ils m'ont même brisé des os.»

Elle a tenté de s'échapper à plusieurs reprises, mais sans succès. Chaque fois qu'elle est ramenée, les punitions sont de plus en plus sévères.

Après une tentative d'évasion, elle raconte que le combattant syrien «a apporté un couteau, l'a tenu contre mon cou et m'a murmuré à l'oreille qu'il me trancherait la gorge si je tentais à nouveau de m'échapper. Mais je lui ai dit que je n'avais vraiment pas peur de la mort, surtout après le massacre de ma communauté».

Hussein a finalement été sauvée grâce à son oncle, Abdallah, qui a envoyé un Arabe se faisant passer pour un combattant de Daech intéressé par son achat.

«Au moment de l'achat, je criais pour qu'on me laisse tranquille», a-t-elle déclaré. «Je leur criais dessus, je leur disais qu'ils étaient des monstres, que les gens ne devraient pas être achetés et vendus.»

L'homme envoyé par son oncle lui a chuchoté qu'il était là pour la sauver. Plus tard, elle a retrouvé ce qui restait de sa famille.

Les Yézidis, dont la religion préislamique a fait d'eux la cible des extrémistes de Daech, ont été victimes de massacres, de mariages forcés et d'esclavage sexuel pendant le règne des djihadistes en 2014-2015 dans la province de Sinjar, dans le nord de l'Irak, qui est le pays natal traditionnel des Yézidis (Photo, AFP).

«J'ai perdu mon père, mon grand-père et mes frères», s’est désolée Hussein. «Nous ne savons pas s'ils sont morts ou vivants.

«La vie est si dure sans eux. Nous vivons dans ce camp, nous sommes des femmes seules. Certaines ONG (organisations non gouvernementales) venaient nous apporter leur soutien, mais l'aide a diminué. J'avais aussi l'habitude de suivre une thérapie, mais j'ai arrêté. J'ai l'impression que la guérison doit se faire par soi-même», a-t-elle relaté.

Repensant à la vie qui lui a été si cruellement enlevée, Hussein a souligné qu'elle ne pourra jamais pardonner aux combattants qui l'ont kidnappée et qui ont détruit sa maison et sa famille.

«Mon ancienne vie me manque», a-t-elle signalé. «Nous étions une famille heureuse, nous avions une ferme et tant d'animaux. Nous étions innocents et on nous a volé notre innocence. Je souhaite à ces terroristes de souffrir deux fois plus que ce qu'ils nous ont fait.»

À l'approche du neuvième anniversaire de l'attaque de Sinjar, le gouvernement britannique a officiellement reconnu que les actes commis contre la communauté yézidie constituaient un génocide.

Tariq Mahmoud Ahmad, ministre d'État britannique pour le Moyen-Orient, a déclaré la semaine dernière que la population yézidie «a énormément souffert aux mains de Daech il y a neuf ans et que les répercussions se font encore sentir aujourd'hui. La justice et l’obligation de rendre compte sont essentielles pour ceux dont les vies ont été dévastées».

Il a ajouté : «Aujourd'hui, nous avons reconnu de manière historique que des actes de génocide ont été commis à l'encontre du peuple yézidi. Cette détermination ne fait que renforcer notre engagement à veiller à ce qu'ils reçoivent l'indemnisation qui leur est due et qu'ils puissent accéder à une justice digne de ce nom.»

«Le Royaume-Uni continuera à jouer un rôle de premier plan dans l'éradication de Daech, notamment en reconstruisant les communautés touchées par son terrorisme et en dirigeant les efforts mondiaux contre sa propagande toxique», a-t-il assuré.

Nadia Murad, survivante yézidie et lauréate du prix Nobel de la paix, s'est félicitée de cette annonce.

«Aujourd'hui, le gouvernement britannique reconnaît officiellement que les attaques de Daech contre ma communauté yézidie en 2014 étaient un génocide», a-t-elle déclaré dans un message publié sur Twitter.

«Des milliers de personnes sont mortes, des milliers d'autres ont été réduites en esclavage et beaucoup d'entre nous sont déplacés et traumatisés. J'espère que cette démarche de Tariq Mahmoud Ahmad et du Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du développement du Royaume-Uni nous rapprochera de la justice.»

Le Royaume-Uni a officiellement reconnu cinq génocides : l'Holocauste, le Rwanda, Srebrenica, le Cambodge et maintenant les Yézidis.

Masrour Barzani, Premier ministre de la région du Kurdistan, a déclaré sur Twitter qu'il «saluait la décision du Royaume-Uni».

Il a ajouté : «Nos frères et sœurs yézidis ont gagné et restent forts. Nous sommes aux côtés de notre peuple fier, qui est en train guérir et de se reconstruire.»

Le gouvernement de Barzani continue d'appeler les autorités fédérales de Bagdad à tenir leur promesse de reconstruire Sinjar afin que la communauté yézidie puisse retourner dans son pays d'origine.

Entre-temps, le survivant Barzan gagne sa vie en dressant des animaux domestiques et a déclaré qu'il avait réussi à trouver un certain degré de libération émotionnelle en travaillant avec des animaux. Cependant, les blessures émotionnelles causées par le traumatisme de son enlèvement, la perte de sa famille et ses années de combat sous le commandement de ses ravisseurs restent encrées dans sa mémoire.

«Tout ce que je peux dire, c'est qu'Alhamdoullah (Dieu soit loué), la vie continue», a-t-il soutenu. «Le destin de chacun de nous est écrit et scellé.»

«Les branches de mon arbre généalogique ont été coupées et je ne pardonnerai jamais à ces monstres. Les batailles sont terminées mais nous continuons avec une trace de traumatisme.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Maroc: au moins quatre morts dans l'effondrement d'un immeuble à Fès

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  • Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur
  • Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales

RABAT: Au moins quatre personnes sont décédées jeudi dans l'effondrement d'un immeuble à Fès, dans le nord du Maroc, selon un bilan provisoire des autorités locales qui poursuivent leurs opérations à la recherche d'éventuelles autres victimes coincées sous les décombres.

Six autres personnes ont été blessées à des degrés divers dans l'effondrement de cet immeuble résidentiel de quatre étages, situé dans un quartier périphérique de cette ville, selon les mêmes sources, citées par l'agence officielle MAP.

Dans certains quartiers périphériques de Fès, de nombreux bâtiments sont érigés sans respecter les normes de construction en vigueur.

Les opérations de recherches se poursuivent pour tenter de secourir "d'autres personnes susceptibles d'être piégées sous les décombres", ont précisé les autorités locales.

Le périmètre de l'accident a été sécurisé et les habitants des immeubles mitoyens ont été évacués à titre préventif.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances et les causes du sinistre.

Début décembre, 22 personnes avaient été tuées dans l'effondrement de deux immeubles mitoyens déjà à Fès, le pire accident de ce type ces dernières années dans le pays.

Toujours à Fès, neuf personnes avaient péri en mai 2025 dans l'effondrement d'un immeuble d'habitation. En février 2024, cinq personnes étaient aussi mortes dans l'effondrement d'une maison dans la vieille ville.

 


«Flottille pour Gaza»: un ministre d'extrême droite choque avec une vidéo de militants à genoux et mains liées

Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer. (AFP)
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  • Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël"
  • Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux"

ASHDOD: Le ministre d'extrême droite israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a provoqué un tollé au sein même de son gouvernement et à l'étranger en publiant une vidéo de militants d'une nouvelle "flottille pour Gaza" agenouillés et les mains liées, après leur arrestation en mer.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a jugé de telles images "pas conformes avec les valeurs d'Israël". Et son ministre des Affaires étrangères Gideon Saar a accusé son collègue d'avoir "sciemment nui" à l'image du pays avec "ce spectacle honteux".

"Non, vous n'êtes pas le visage d'Israël", a insisté le chef de la diplomatie, M. Ben Gvir défendant au contraire "une grande source de fierté".

Les forces israéliennes, qui avaient intercepté lundi au large de Chypre les bateaux de la flottille, ont entamé mercredi le transfert et le placement en détention, dans le sud d'Israël, des centaines de militants propalestiniens qui se trouvaient à bord.

"Bienvenue en Israël, nous sommes chez nous", lance, triomphant, Itamar Ben Gvir sur des images publiées sur sa chaîne Télégram, avec l'hymne national israélien en musique de fond.

On y voit des dizaines de militants agenouillés les uns à côté des autres, visages collés au sol et mains liées, sur le pont d'un bateau de la marine israélienne. Une jeune femme qui crie "Libérez la Palestine" au passage du ministre, se retrouve la tête pressée vers le sol par les services de sécurité.

"Monstrueux" 

Les réactions étrangères, tout particulièrement de pays comptant des ressortissants arrêtés, n'ont pas tardé. Le traitement réservé aux détenus a été jugé "inadmissible" par Rome qui a exigé "des excuses", "monstrueux, indigne et inhumain" par Madrid, "odieux" par Ottawa.

Dublin s'est dit "consterné et choqué", alors que la sœur de la présidente irlandaise Catherine Connolly figure parmi les participants à la flottille.

La France a convoqué l'ambassadeur israélien pour les "agissements inadmissibles" du ministre Ben Gvir, coutumier des outrances, tout comme la Belgique qui a jugé les images "profondément troublantes", l'Espagne, l'Italie, les Pays-Bas et la Nouvelle-Zélande.

L'Allemagne, qualifiant l'épisode de "totalement inacceptable", s'est réjouie d'entendre des voix israéliennes critiques du ministre, dont l'ambassadeur américain en Israël Mike Huckabee a critiqué les "actes méprisables".

La Turquie, d'où était précisément partie la flottille, s'est montrée la plus virulente en dénonçant la "mentalité barbare" du gouvernement israélien.

"Vous n'avez pas le droit de traiter ainsi des citoyens polonais qui n'ont commis aucun crime. Dans le monde démocratique, nous n'abusons pas des personnes détenues et nous ne réjouissons pas à leurs dépens", s'est indigné le chef de la diplomatie polonaise Radoslaw Sikorski en exigeant des "conséquences" pour M. Ben Gvir.

La ministre australienne des Affaires étrangères Penny Wong a qualifié d'"humiliant" le traitement infligé par Israël aux militants et dénoncé des images "choquantes et inacceptables".

 "Au service du Hamas" 

Dans la nuit de mardi à mercredi, le ministère israélien des Affaires étrangères a indiqué que les 430 membres de la flottille avaient été transférés à bord de navires israéliens et faisaient route vers Israël.

"Ayant mis le cap sur Gaza pour y apporter de l'aide humanitaire et contester le blocus illégal, ces participants civils ont été enlevés de force dans les eaux internationales", a fustigé l'organisation de défense des droits humains Adalah.

Une cinquantaine de navires avaient quitté la Turquie la semaine dernière avec pour objectif de briser le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza, ravagée par deux ans de guerre.

S'il a critiqué le comportement de son ministre, Benjamin Netanyahu a appelé à expulser les militants "dès que possible". "Israël a pleinement le droit d'empêcher de provocatrices flottilles de partisans terroristes du Hamas d'entrer dans nos eaux territoriales et d'atteindre Gaza", a-t-il jugé dans un communiqué.

Pour le ministère des Affaires étrangères, cette initiative n'est "rien de plus qu'un coup de communication au service" du mouvement islamiste palestinien qui a mené l'attaque sans précédent contre Israël en octobre 2023, déclenchant la guerre à Gaza.

Le Hamas a également fustigé mercredi la vidéo, en dénonçant la "dépravation morale" d'Israël.

Israël contrôle tous les points d'entrée vers la bande de Gaza, sous blocus israélien depuis 2007.

Pendant la guerre à Gaza, où une trêve fragile est en vigueur depuis octobre 2025, le territoire a connu de graves pénuries de nourriture, de médicaments et d'autres biens essentiels, Israël ayant parfois complètement interrompu les livraisons d'aide humanitaire.

Une précédente flottille avait été interceptée en avril dans les eaux internationales au large de la Grèce et la plupart des militants expulsés vers l'Europe.


L'armée israélienne appelle à évacuer de nouveaux villages du sud du Liban

L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours. (AFP)
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  • La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations
  • Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune"

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé mardi à évacuer douze villages du sud du Liban, en prévision de nouvelles attaques contre le Hezbollah malgré un cessez-le-feu en cours.

"Les violations répétées de l'accord de cessez-le-feu par le Hezbollah obligent l'armée israélienne à opérer", écrit sur son compte X le porte-parole de l'armée, Avichay Adraee, quelques jours après la tenue de discussions à Washington entre représentants israéliens et libanais et l'annonce de la prolongation de la trêve entre les deux pays.

La majorité des villages énumérés par M. Adraee sont situés au-delà de la "ligne jaune", qui délimite une zone d'une dizaine de kilomètres de profondeur dans le sud du Liban à l'intérieur de laquelle l'armée israélienne poursuit ses opérations afin de protéger la population du nord d'Israël des tirs du Hezbollah.

Israël et le Hezbollah pro-iranien poursuivent leurs affrontements malgré la trêve, principalement dans le sud du Liban, et l'armée israélienne a déjà mené des frappes au-delà de cette "ligne jaune".

Selon l'agence nationale d'information libanaise ANI, des frappes israéliennes ont visé mardi "plusieurs localités dans le sud" du pays.

Le mouvement pro-iranien Hezbollah a pour sa part affirmé dans un communiqué avoir visé un rassemblement de soldats et de véhicules dans le nord d’Israël avec "un essaim de drones d'attaque".

Depuis le début de la guerre, les frappes israéliennes ont tué plus de 3.000 personnes au Liban selon les autorités libanaises.

Côté israélien, 20 soldats et un contractuel travaillant pour l'armée ont été tués au Liban depuis le début de la guerre, le 2 mars.