La guerre entre Israël et le Hamas pourrait-elle changer la donne en Palestine?

La guerre entre Israël et le Hamas pourrait-elle changer la donne en Palestine?
Short Url
Publié le Mercredi 15 novembre 2023

La guerre entre Israël et le Hamas pourrait-elle changer la donne en Palestine?

  • Les décombres du plus long conflit au monde pourraient contenir des indices sur la manière dont la guerre de Gaza pourrait se terminer
  • L’érudit israélien Ahron Bregman estime que la guerre peut encore remettre les pendules à l'heure et ouvrir la voie à une solution à deux États

LONDRES: Alors que les missiles et les bombes continuent de pleuvoir sur Gaza, réduisant des quartiers entiers en ruines et portant le nombre de morts à des niveaux toujours plus obscurs, on peut trouver, enfouis dans les décombres de l'histoire sanglante de la plus longue guerre du monde, des indices sur la manière dont le conflit actuel pourrait se terminer et sur l'impact qu'il pourrait avoir sur le paysage politique du Proche-Orient.

C'est du moins l'avis de l'historien et politologue israélien Ahron Bregman, basé au Royaume-Uni.

Auteur d'une demi-douzaine de livres sur les guerres apparemment sans fin d'Israël, il pense qu'il y a une chance que, dans ce dernier cycle de la saga israélo-palestinienne, quelque chose d'important se produise – un moment de «cygne noir», une métaphore utilisée par les théoriciens politiques et les analystes financiers pour décrire un événement rare, inattendu et imprévisible qui a des conséquences dramatiques et imprévues.

Des volutes de fumée se dégagent lors du bombardement militaire israélien du nord de la bande de Gaza, le 14 novembre 2023 (Photo, AFP).

Israël est en guerre depuis soixante-quinze ans, depuis que David Ben-Gourion, le chef d'origine polonaise de l'Organisation sioniste mondiale, a déclaré la fondation de l'État le 14 mai 1948, le jour où le mandat britannique sur la Palestine a pris fin.

Pour des raisons politiques qui lui sont propres, la Grande-Bretagne a défendu la création d'un foyer national pour le peuple juif en Palestine depuis 1917, date à laquelle son gouvernement a publié la déclaration Balfour, s'engageant à soutenir «un foyer national pour le peuple juif en Palestine».

Mais c'est en Grande-Bretagne que se sont élevées les premières voix mettant en garde contre les conséquences inévitables du «déversement d'une population étrangère sur un pays arabe», comme l'a dit un membre de la Chambre des Lords britannique en 1920.

Le mal que cela causerait, a indiqué Lord Sydenham lors d'un débat sur le mandat palestinien à la Chambre des Lords le 21 juin 1922, «ne pourra jamais être remédié... ce que nous avons fait, c'est, par des concessions, non pas au peuple juif mais à une section extrême du sionisme, d’ouvrir une plaie à l'Est, et personne ne peut dire jusqu'où cette plaie s'étendra».

À ce jour, cette plaie s'étend sur un trois quarts de siècle.

La liste des conflits qui ont découlé de ce que Lord Sydenham a décrit comme «une injustice flagrante... contraire aux sentiments et aux souhaits de la grande majorité du peuple de Palestine» est longue.

Des Israéliens à Nitzan s'abritent dans un grand tuyau en béton après un tir de roquette depuis la bande de Gaza, le 15 novembre 2012 (Photo, Getty Images).

La guerre israélo-arabe de 1948, précédée d'une guerre civile entre les communautés arabe et juive et déclenchée par l'indignation du monde arabe face au plan de partage de la Palestine établi par les Nations unies, a constitué le premier acte de cette longue tragédie qui se joue encore aujourd'hui.

Adopté par l'Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, ce plan attribue 56% du territoire aux Juifs, alors même que la Palestine compte encore deux fois plus d'Arabes.

Malgré les tentatives des commentateurs, des gouvernements et même de certains acteurs de présenter la conflagration palestinienne comme une bataille entre idéologies religieuses concurrentes, le thème central de tous les conflits ultérieurs est resté le même: la terre.

Des chars et artillerie égyptiens avancent sur le front pendant la guerre israélo-arabe de 1948 (Photo, AFP).

Comme l'écrit Bregman dans son ouvrage de 2010 intitulé «Israel's Wars - A History Since 1947» («Les guerres d’Israël – Une histoire qui dure depuis 1947»): «Dans une perspective historique, ces guerres courtes et distinctes peuvent être considérées comme un conflit continu où le territoire – d'abord la terre de Palestine, puis les terres saisies par Israël au cours des guerres ultérieures – est le principal, mais non le seul, élément déclencheur de conflagrations répétées.

«Le bilan, après plus de soixante ans de conflit israélo-arabe, indique que sur le champ de bataille, il n'y a pas eu de vainqueur clair – ni arabe, ni israélien», a-t-il ajouté.

Pourtant, selon lui, malgré l'horreur sans bornes de l'attaque du Hamas le 7 octobre et la réponse militaire intransigeante de plus en plus largement condamnée d'Israël, le conflit actuel pourrait s'avérer avoir remis les pendules à l'heure, ouvrant enfin la voie à une solution à deux États.

À première vue, cela semble contre-intuitif. Bien que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, ait nié qu'Israël envisage de réoccuper la bande de Gaza, libérée par son prédécesseur Ariel Sharon il y a près de vingt ans, c'est précisément ce que réclament les faucons de son gouvernement.

«Il y a des personnes de l’extrême droite au sein du gouvernement qui souhaitent un retour à la reconstruction des colonies juives de Gaza qu'Ariel Sharon a évacuées en 2005», a signalé Bregman.

Mais, selon lui, ce n'est pas ainsi que se terminera le conflit actuel.

Des sauveteurs recherchent des victimes parmi les décombres des bâtiments détruits de la rue Ben Yehuda à Jérusalem, en mars 1948, au début du premier conflit judéo-arabe (Photo, AFP).

«Sharon a compris qu'il n'était pas possible de faire vivre 8 000 colons parmi 1,8 million de personnes, à l'époque hostiles, et qu'il n'était pas possible de faire vivre des colons parmi 2,2 millions de Palestiniens, qui seront encore plus hostiles après les destructions auxquelles nous assistons actuellement.

«En outre, tout retour d'Israël dans la bande de Gaza se heurterait à l'opposition de l'ensemble de la communauté internationale, principalement des États-Unis, dont Israël est aujourd'hui très dépendant», a précisé Bregman.

Pour beaucoup, les scènes de Palestiniens fuyant leurs maisons à Gaza ont réveillé les souvenirs douloureux de la Nakba, le déplacement forcé de plus de la moitié de la population palestinienne avant et pendant la guerre israélo-arabe de 1948.

La fureur de la réaction israélienne aux événements du 7 octobre a également fait ressurgir des souvenirs de la guerre des six jours de 1967, à l'issue de laquelle Israël s'était emparé du plateau du Golan, de la bande de Gaza, de la péninsule du Sinaï et de la Cisjordanie, notamment Jérusalem-Est, élargissant ainsi considérablement son territoire aux dépens de centaines de milliers d'Arabes déplacés.

Mais Bregman, professeur principal au département des études sur la guerre du King's College de Londres et auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-arabe, se penche sur un autre épisode de cette longue saga afin de trouver un indice sur la façon dont les événements pourraient maintenant se dérouler.

Des chars israéliens avancent sur un terrain vallonné et difficile, le 10 juin 1967, sur les hauteurs du Golan (Photo, AFP).

Il y a cinquante ans, en octobre 1973, une attaque surprise a été lancée contre Israël par une coalition de pays arabes dirigée par l'Égypte, motivée par le désir de récupérer les terres saisies par Israël en 1967.

La guerre du Ramadan, ou guerre du Kippour, s'est soldée par la victoire d'un Israël fortement soutenu par les armes américaines, mais elle a déclenché une série d'événements qui ont modifié le paysage politique et territorial.

«Avant la guerre de 1973, le président égyptien Anwar al-Sadat a fait une proposition de paix aux Israéliens: Retirez-vous du Sinaï, pas complètement, mais de 35 km, et nous nous engagerons dans un processus de paix», a déclaré Bregman.

La proposition a été rejetée par Golda Meir, la Première ministre israélienne, et Al-Sadat a déclaré la guerre.

«Et puis il s'est passé quelque chose de très intéressant. Après la guerre, le retrait souhaité par Al-Sadat s'est exactement produit. En 1974, les Israéliens se sont retirés dans le Sinaï, à exactement 35 kilomètres.»

Un bâtiment détruit par un bombardement israélien à Damas le 10 octobre 1973 pendant la guerre israélo-arabe de 1973 (Photo, AFP).

Cela a conduit aux accords de Camp David en 1978 et à la signature, l'année suivante, du traité de paix historique entre Israël et l'Égypte, qui est devenue le premier pays arabe à reconnaître officiellement Israël et a récupéré la totalité de la péninsule du Sinaï.

Le traité, qui a valu à Al-Sadat et à Menachem Begin, alors Premier ministre israélien, le prix Nobel de la paix, a été largement condamné dans le monde arabe à l'époque comme une trahison des Palestiniens et a conduit à l'assassinat d’Al-Sadat en 1981.

«Mais après la guerre de 1973, les Israéliens étaient prêts à faire des choses qu'ils n'étaient pas prêts à faire auparavant, à cause de la guerre», a expliqué Bregman.

«Il s'agissait d'un évènement improbable et peut-être que ce que nous voyons maintenant sera également un évènement improbable, qui pourrait tout changer», a-t-il estimé.

Le président égyptien, Anwar al-Sadat (à gauche), et le Premier ministre israélien, Menachem Begin (à droite), assis entre le président américain, Jimmy Carter, signent le traité de paix historique entre Israël et l'Égypte, le 26 mars 1979 (Photo, AFP).

Bregman, qui vit au Royaume-Uni depuis 1989, retourne régulièrement en Israël pour rendre visite à sa famille et connaît parfaitement le paysage militaire, politique et les services de renseignement du pays.

Il a servi dans les forces de défense israéliennes pendant six ans, participant en tant que commandant à la guerre du Liban en 1982, puis a travaillé comme assistant parlementaire à la Knesset et a écrit «The Spy Who Fell to Earth» («L'Espion tombé du ciel», le best-seller de 2016 sur l'espionnage entre l'Égypte et Israël, qui a ensuite fait l'objet d'un documentaire sur Netflix.

«Ne vous méprenez pas sur mes propos», a-t-il déclaré. «Ce qui s'est passé le 7 octobre est barbare, à l'égal de Daech, au plus haut point sur l'échelle du mal.

«Mais si l'on considère la situation d'un point de vue purement militaire, il s'agit d'une opération très réussie pour le Hamas. Ils ont surpris les Israéliens de plein fouet. Maintenant, j'imagine que de nombreux Palestiniens de la bande de Gaza sont en colère contre eux à cause des destructions. Mais à long terme, cette opération sera considérée comme un événement majeur dans la mythologie et l'histoire du peuple palestinien, un événement majeur après des années d'humiliation et de victoires israéliennes», a jugé Bregman.

La phase actuelle du conflit, croit-t-il, se terminera bientôt, «dans quelques jours, ou quelques semaines, parce que les Américains arrêteront les Israéliens» – Biden craindra de perdre son élection s'ils continuent. Mais c'est dans ce qui pourrait se passer ensuite que l'on verra à quoi ressemblera le futur de la région.

Les troupes israéliennes prennent position dans la ville méridionale de Be'er Sheva après une attaque sans précédent des combattants du Hamas, le 7 octobre 2023 (Photo, AFP).

Il existe plusieurs issues possibles, dont l'intention déclarée de Netanyahou de détruire complètement le Hamas est l'une d'entre elles – et, selon Bregman, cela est impossible: «Le Hamas est autant une idée qu'un groupe de personnes.»

Mais, affirme-il, «si vous voulez tuer une idée, vous devez en proposer une meilleure, et une meilleure idée pour les Palestiniens serait: “Ici, vous allez avoir votre État.”»

Dans les circonstances actuelles, cette perspective semble extraordinaire. Mais, selon Bregman, c'est précisément la nature d'un scénario du genre «évènement imprévisible».

«Ce n'est pas agréable à dire, mais les Israéliens ont causé beaucoup de dommage et cela me ramène à 1973. C'est les dommages de 1973 qui ont secoué les Israéliens et qui ont permis la conclusion des accords Sinaï 1 et Sinaï 2», a-t-il clarifié.

Il suppose que, sous la pression des États-Unis, Israël pourrait faciliter le retour de l'Autorité nationale palestinienne à Gaza, où elle a perdu le contrôle au profit du Hamas en 2006. Dans ce scénario, Mahmoud Abbas, le président palestinien vieillissant, serait remplacé.

 «Israël pourrait, par exemple, faire quelque chose de courageux et libérer Marwan Barghouti», a suggéré Bregman, en référence au dirigeant palestinien condamné à la prison à vie en 2002, mais qui est considéré comme un candidat unificateur potentiel.

Un Palestinien assis sur les débris des structures effondrées, détruites lors du bombardement israélien de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 novembre 2023 (Photo, AFP).

Bregman a estimé que sous Barghouti, ou quelqu'un comme lui «l'Autorité palestinienne pourrait à nouveau gouverner les deux régions. Bien sûr, la droite israélienne serait très réticente, car toute la politique de Netanyahou a consisté à “diviser pour régner” – c'est lui qui a voulu maintenir le Hamas au pouvoir et l'a rendu puissant».

Mais l'un des effets de l'attentat du 7 octobre sera, selon lui, un choc sismique qui pourrait ébranler le paysage politique israélien jusque dans ses fondements.

«Une fois cette phase terminée, après le retour des réservistes de l'armée israélienne à la vie civile, il y aura des manifestations massives en Israël, bien plus importantes que tout ce que nous avons vu jusqu'à présent», a-t-il envisagé.

«Il y a tellement de colère refoulée en Israël en ce moment. Je peux la ressentir. Les Israéliens la gardent en eux pour l'instant parce qu'il y a une guerre en cours, mais elle sera certainement libérée», a ajouté Bregman.

Cette colère a été générée par l'échec de la riposte militaire à l'attaque du Hamas, la mauvaise gestion de la crise des otages par le gouvernement et le malaise croissant à long terme face aux provocations du mouvement des colons et aux incursions répétées dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa par des extrémistes religieux juifs, soutenus par des ministres de droite, dont Itamar Ben-Givr, le ministre de la Sécurité nationale.

Ce sont ces provocations qui ont été citées par le chef du Hamas, Mohammed Deïf, comme l'élément déclencheur du conflit actuel. Le 11 octobre, une source du Hamas a déclaré à Reuters que la planification de l'attaque avait commencé en mai 2021, provoquée «par des scènes et des images d'Israéliens prenant d'assaut la mosquée Al-Aqsa pendant le ramadan, frappant les fidèles, les attaquant, traînant des personnes âgées et des jeunes hommes hors de la mosquée».

Selon Bregman, les manifestations en Israël, «seront massives et il sera intéressant de voir si Netanyahou survivra, mais le Cabinet actuel ne représente pas le véritable Israël et les extrémistes qui ont été autorisés à entrer au gouvernement devront probablement partir», ouvrant ainsi la voie à un gouvernement israélien plus pragmatique et, en fin de compte, à la possibilité d'une autorité palestinienne unique responsable à nouveau à la fois de Gaza et de la Cisjordanie.

«Ensuite, tout d'un coup, vous avez la base d'une solution à deux États et, à mon avis, c'est la finalité vers laquelle les Américains essaient maintenant de pousser les Israéliens», a-t-il estimé.

Les forces de sécurité israéliennes utilisent un canon à eau pour disperser les manifestants qui bloquent l'entrée de la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 24 juillet 2023, au milieu d'une vague de protestations qui dure depuis des mois contre la réforme judiciaire prévue par le gouvernement (Photo, AFP).

Bregman admet qu'une telle issue historique n'est pas certaine mais, selon lui, elle serait plus acceptable pour de nombreux Israéliens que les autres options, qui vont du renforcement et de l'approfondissement du «cercle d'acier» autour de Gaza à l'imposition d'une situation de zone B en Cisjordanie, dans laquelle le Hamas est autorisé à continuer à gérer la société civile, mais où Israël contrôle la sécurité.

Selon l'historien américano-palestinien Rachid Khalidi, auteur de «The Iron Cage» («La cage de fer») et de «The Hundred Years’ War on Palestine» («La guerre de cent ans contre la Palestine»), la poursuite du statu quo n'est certainement pas envisageable.

«Si Israël et les États-Unis mettent fin à cette guerre qu'ils mènent collectivement comme ils l'ont fait pour toutes les guerres précédentes – 1982, 2006, 2008-2009, 2014, etc. – en ne permettant aucune solution politique possible impliquant les droits nationaux des Palestiniens et la fin de l'occupation et de la colonisation, ils sèmeront les graines d'une autre guerre inévitable», a-t-il prévenu.

Le 11 août 1919, le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur Balfour, partisan enthousiaste du sionisme dont la déclaration de 1917 a ouvert la voie à des générations de misère, a rédigé une note choquante qui souligne le mépris de l'Empire britannique pour les Arabes de Palestine.

Le sionisme, écrivait-il, «qu'il soit juste ou faux, bon ou mauvais, est enraciné dans des traditions séculaires, dans des besoins présents, dans des espoirs futurs, d'une importance bien plus grande que les désirs et les préjugés des 700 000 Arabes qui habitent aujourd'hui cette terre ancienne».

Peut-être qu'aujourd'hui, après près d’un siècle de douleur et de souffrance, l'assaut du Hamas contre Israël pourrait s'avérer être l'impulsion pour qu'Israël et le monde reconnaissent enfin que les traditions ancestrales, les besoins actuels et les espoirs futurs des Arabes de Palestine sont d'une importance égale à ceux du peuple juif.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Gaza: le plan Trump entre dans sa deuxième phase, accord sur un comité de gouvernance

Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions. (AFP)
Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions. (AFP)
Short Url
  • Les discussions du Caire ont eu lieu entre une délégation du Hamas et des médiateurs égyptiens, ainsi qu'entre les dirigeants de partis palestiniens
  • Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions

LE CAIRE: Washington a annoncé mercredi l'entrée dans la deuxième phase du plan américain visant à mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza, après l'annonce d'un accord des mouvements palestiniens sur la formation d'un comité transitoire de gouvernance.

"Nous annonçons le lancement de la phase deux du plan en 20 points" de Donald Trump, "passant du cessez-le-feu à la démilitarisation, à la gouvernance technocratique et à la reconstruction" de la bande de Gaza, a écrit sur X l'envoyé spécial Steve Witkoff.

Fruit de fortes pressions américaines, le cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre, soit un peu plus de deux ans après le début de la guerre déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas, le 7 octobre 2023, contre Israël.

Le président américain avait alors présenté une feuille de route, prévoyant notamment qu'un comité de transition administre le territoire palestinien sous la supervision d'un Conseil de la paix, présidé par Donald Trump.

L'Egypte, médiatrice dans le conflit, a annoncé mercredi qu'un "consensus" avait été trouvé entre toutes les parties sur la composition de ce comité palestinien de 15 membres, à l'issue de pourparlers au Caire.

L'ancien vice-ministre palestinien, Ali Shaath, doit en prendre la tête.

"Gérer la vie quotidienne" 

Devant la presse, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, a dit espérer que cet organe serait déployé rapidement dans la bande de Gaza, en proie à une grave crise humanitaire, "pour gérer la vie quotidienne et les services essentiels".

Les discussions du Caire ont eu lieu entre une délégation du Hamas et des médiateurs égyptiens, ainsi qu'entre les dirigeants de partis palestiniens, selon des responsables du mouvement islamiste, qui ont requis l'anonymat.

Dans un communiqué commun, le Hamas, le Jihad islamique et d'autres mouvements palestiniens ont déclaré "soutenir" la formation du comité, s'engageant à lui permettre "d'assumer immédiatement" ses missions.

La présidence palestinienne, basée à Ramallah, a également apporté son soutien à cet organe dans un communiqué, ce qui "reflète la position du Fatah", dirigé par le président Mahmoud Abbas, a déclaré une source de la présidence à l'AFP.

Le Hamas a déclaré à plusieurs reprises qu'il ne cherchait pas à jouer un rôle au sein de la future gouvernance à Gaza.

Les pourparlers ont également porté sur le retrait des forces israéliennes du territoire palestinien, la réouverture du point de passage avec l'Egypte de Rafah (sud) et l'entrée de l'aide stockée côté égyptien, a précisé le Hamas.

Dernier otage israélien 

Les discussions sur cette deuxième phase du cessez-le-feu ont longtemps patiné, dans le contexte d'une très fragile trêve, les deux belligérants s'accusant mutuellement de la violer.

Israël avait déclaré qu'il n'entamerait pas les discussions sur cette étape suivante de l'accord avant le retour du corps de Ran Gvili, dernier otage israélien enlevé le 7-Octobre retenu à Gaza.

Le Forum des familles d'otages, principale association israélienne regroupant les proches des otages, a appelé le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, à "honorer ses engagements" et à ne pas passer à cette nouvelle étape du cessez-le-feu.

Le Hamas a dit de son côté accueillir favorablement l'annonce de M. Witkoff. "Les factions mettront tout en oeuvre pour assurer le succès des travaux du comité", a affirmé à l'AFP un responsable du mouvement, Taher al-Nounou.

La deuxième phase du plan Trump prévoit également le désarmement du Hamas, ce que le groupe refuse, et le retrait progressif des troupes israéliennes du territoire gazaoui, dont elles contrôlent encore environ la moitié et le lancement de la reconstruction.

Quant au futur Conseil de la paix, il sera représenté sur le terrain par le diplomate bulgare Nickolay Mladenov, ancien envoyé des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient. Il a déjà entamé ses entretiens en Israël et Cisjordanie occupée la semaine dernière.

M. Trump devrait prochainement annoncer la composition du Conseil, les médias évoquant une quinzaine de dirigeants internationaux.

 


Gaza: Israël dit avoir tué six combattants dans le sud du territoire

Des personnes inspectent le site où au moins quatre Palestiniens ont trouvé la mort après l'effondrement de murs sur des tentes abritant des personnes déplacées à Gaza, sous une pluie battante et des vents violents, mardi 13 janvier 2026. (AP Photo/Jehad Alshrafi)
Des personnes inspectent le site où au moins quatre Palestiniens ont trouvé la mort après l'effondrement de murs sur des tentes abritant des personnes déplacées à Gaza, sous une pluie battante et des vents violents, mardi 13 janvier 2026. (AP Photo/Jehad Alshrafi)
Short Url
  • L’armée israélienne affirme avoir tué six combattants armés à l’ouest de Rafah, qualifiant l’incident de « violation flagrante » d’un cessez-le-feu déjà très fragile dans la bande de Gaza
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 10 octobre, les violences se poursuivent presque quotidiennement, sur fond de crise humanitaire aiguë et d’accusations réciproques de violations

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé mercredi avoir tué six combattants dans le sud de la bande de Gaza, revoyant à la hausse le bilan d'un affrontement survenu la veille à la suite de ce qu'elle a qualifié de "violation flagrante" du fragile cessez-le-feu dans le territoire palestinien.

"A la suite de l'incident survenu hier (mardi), au cours duquel six terroristes armés ont été repérés dans la zone ouest de Rafah, et après les recherches menées sur place, il est désormais confirmé que des soldats (...) ont éliminé les six terroristes lors d'un échange de tirs", écrit l'armée dans un communiqué.

"Des armes diverses" ont été retrouvées sur eux, ajoute le texte.

Mardi soir, l'armée israélienne avait expliqué avoir identifié des combattants dans l'ouest de Rafah, proches de ses soldats en précisant que ses chars avaient alors ouvert le feu. Elle mentionnait également des frappes aériennes et indiquait qu'au moins deux combattants avaient été tués.

Une source sécuritaire dans la bande de Gaza avait confirmé à l'AFP mardi dans la soirée des tirs israéliens à l'ouest de la ville de Rafah, sans plus de détails.

Aux termes d'un cessez-le-feu très fragile entré en vigueur dans la bande de Gaza le 10 octobre après deux années de guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, l'armée israélienne s'est repliée derrière une "ligne jaune" lui conférant encore le contrôle de plus de la moitié du petit territoire, dont la ville de Rafah.

La trêve entre Israël et le Hamas demeure des plus précaires. Les incidents sont quotidiens, les deux camps s'accusant mutuellement de violer les termes du cessez-le-feu, tandis que la situation humanitaire dans le territoire reste critique.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, au moins 447 Palestiniens, dont 165 mineurs, ont été tués, selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas. L'armée israélienne a pour sa part fait état de trois soldats tués.


Gaza: au moins 100 enfants tués depuis le cessez-le feu, selon l'Unicef

Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). (AFP)
Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). (AFP)
Short Url
  • Ces enfants -60 garçons et 40 filles selon l'Unicef- ont été "tués par des frappes aériennes, des frappes de drones, y compris des drones kamikazes. Ils sont tués par des tirs de chars. Ils sont tués par des balles réelles"
  • Un responsable du ministère de la Santé de Gaza, qui tient les registres des victimes, a fait état d'un chiffre plus élevé, soit 165 enfants tués depuis le cessez-le-feu, sur un total de 442 décès

GENEVE: Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

"Plus de 100 enfants ont été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu début octobre. Cela représente environ un garçon ou une fille tué(e) chaque jour pendant le cessez-le-feu", a déclaré depuis Gaza le porte-parole de l'Unicef, James Elder, en direct par visioconférence pour la presse à Genève.

Ces enfants -60 garçons et 40 filles selon l'Unicef- ont été "tués par des frappes aériennes, des frappes de drones, y compris des drones kamikazes. Ils sont tués par des tirs de chars. Ils sont tués par des balles réelles", a-t-il déclaré, ajoutant que le nombre réel était probablement plus élevé.

Un responsable du ministère de la Santé de Gaza, qui tient les registres des victimes, a fait état d'un chiffre plus élevé, soit 165 enfants tués depuis le cessez-le-feu, sur un total de 442 décès. "De plus, sept enfants sont morts d'hypothermie depuis le début de l'année", a déclaré à l'AFP Zaher Al-Wahidi, directeur du département informatique du ministère de la Santé.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne n'a elle pas été en mesure de réagir dans l'immédiat.

M. Elder a souligné que les enfants de Gaza vivaient "toujours dans la peur. Les traumatismes psychologiques restent non soignés et, plus cela dure, plus ils s'aggravent et deviennent difficiles à guérir", a-t-il prévenu, évoquant une vie qui "reste donc suffocante" et la survie "précaire".

"Un cessez-le-feu qui ralentit les bombardements est un progrès, mais un cessez-le-feu qui continue d'ensevelir des enfants est insuffisant", a-t-il insisté estimant que "ce que le monde appelle aujourd'hui le calme serait considéré comme une crise ailleurs".

En novembre, les autorités de Gaza avaient annoncé que plus de 70.000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre menée par Israël en représailles de l'attaque sans précédent du Hamas contre ce pays le 7 octobre 2023.

Près de 80% des bâtiments de Gaza ont été détruits ou endommagés par la guerre, selon les données de l'ONU.

Par ailleurs, M. Elder a dénoncé la décision d'Israël, le 1er janvier, de suspendre l'accès à la bande de Gaza à 37 organisations humanitaires étrangères qui avaient refusé de communiquer aux autorités palestiniennes la liste de leurs employés.

"Bloquer les ONG internationales, bloquer toute aide humanitaire (...), c'est bloquer une aide vitale", a-t-il protesté.

Bien que l'Unicef soit parvenue à augmenter considérablement l'aide reçue depuis le cessez-le-feu, M. Elder a souligné qu'il fallait "des partenaires sur le terrain".

"Lorsque des ONG clés sont interdites de fournir une aide humanitaire et de témoigner, et que des journalistes étrangers sont bloqués", on peut légitimement se demander si l'objectif n'est pas de "restreindre l'examen des souffrances des enfants", a-t-il ajouté.