La guerre entre Israël et le Hamas pourrait-elle changer la donne en Palestine?

La guerre entre Israël et le Hamas pourrait-elle changer la donne en Palestine?
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Publié le Mercredi 15 novembre 2023

La guerre entre Israël et le Hamas pourrait-elle changer la donne en Palestine?

  • Les décombres du plus long conflit au monde pourraient contenir des indices sur la manière dont la guerre de Gaza pourrait se terminer
  • L’érudit israélien Ahron Bregman estime que la guerre peut encore remettre les pendules à l'heure et ouvrir la voie à une solution à deux États

LONDRES: Alors que les missiles et les bombes continuent de pleuvoir sur Gaza, réduisant des quartiers entiers en ruines et portant le nombre de morts à des niveaux toujours plus obscurs, on peut trouver, enfouis dans les décombres de l'histoire sanglante de la plus longue guerre du monde, des indices sur la manière dont le conflit actuel pourrait se terminer et sur l'impact qu'il pourrait avoir sur le paysage politique du Proche-Orient.

C'est du moins l'avis de l'historien et politologue israélien Ahron Bregman, basé au Royaume-Uni.

Auteur d'une demi-douzaine de livres sur les guerres apparemment sans fin d'Israël, il pense qu'il y a une chance que, dans ce dernier cycle de la saga israélo-palestinienne, quelque chose d'important se produise – un moment de «cygne noir», une métaphore utilisée par les théoriciens politiques et les analystes financiers pour décrire un événement rare, inattendu et imprévisible qui a des conséquences dramatiques et imprévues.

Des volutes de fumée se dégagent lors du bombardement militaire israélien du nord de la bande de Gaza, le 14 novembre 2023 (Photo, AFP).

Israël est en guerre depuis soixante-quinze ans, depuis que David Ben-Gourion, le chef d'origine polonaise de l'Organisation sioniste mondiale, a déclaré la fondation de l'État le 14 mai 1948, le jour où le mandat britannique sur la Palestine a pris fin.

Pour des raisons politiques qui lui sont propres, la Grande-Bretagne a défendu la création d'un foyer national pour le peuple juif en Palestine depuis 1917, date à laquelle son gouvernement a publié la déclaration Balfour, s'engageant à soutenir «un foyer national pour le peuple juif en Palestine».

Mais c'est en Grande-Bretagne que se sont élevées les premières voix mettant en garde contre les conséquences inévitables du «déversement d'une population étrangère sur un pays arabe», comme l'a dit un membre de la Chambre des Lords britannique en 1920.

Le mal que cela causerait, a indiqué Lord Sydenham lors d'un débat sur le mandat palestinien à la Chambre des Lords le 21 juin 1922, «ne pourra jamais être remédié... ce que nous avons fait, c'est, par des concessions, non pas au peuple juif mais à une section extrême du sionisme, d’ouvrir une plaie à l'Est, et personne ne peut dire jusqu'où cette plaie s'étendra».

À ce jour, cette plaie s'étend sur un trois quarts de siècle.

La liste des conflits qui ont découlé de ce que Lord Sydenham a décrit comme «une injustice flagrante... contraire aux sentiments et aux souhaits de la grande majorité du peuple de Palestine» est longue.

Des Israéliens à Nitzan s'abritent dans un grand tuyau en béton après un tir de roquette depuis la bande de Gaza, le 15 novembre 2012 (Photo, Getty Images).

La guerre israélo-arabe de 1948, précédée d'une guerre civile entre les communautés arabe et juive et déclenchée par l'indignation du monde arabe face au plan de partage de la Palestine établi par les Nations unies, a constitué le premier acte de cette longue tragédie qui se joue encore aujourd'hui.

Adopté par l'Assemblée générale des Nations unies le 29 novembre 1947, ce plan attribue 56% du territoire aux Juifs, alors même que la Palestine compte encore deux fois plus d'Arabes.

Malgré les tentatives des commentateurs, des gouvernements et même de certains acteurs de présenter la conflagration palestinienne comme une bataille entre idéologies religieuses concurrentes, le thème central de tous les conflits ultérieurs est resté le même: la terre.

Des chars et artillerie égyptiens avancent sur le front pendant la guerre israélo-arabe de 1948 (Photo, AFP).

Comme l'écrit Bregman dans son ouvrage de 2010 intitulé «Israel's Wars - A History Since 1947» («Les guerres d’Israël – Une histoire qui dure depuis 1947»): «Dans une perspective historique, ces guerres courtes et distinctes peuvent être considérées comme un conflit continu où le territoire – d'abord la terre de Palestine, puis les terres saisies par Israël au cours des guerres ultérieures – est le principal, mais non le seul, élément déclencheur de conflagrations répétées.

«Le bilan, après plus de soixante ans de conflit israélo-arabe, indique que sur le champ de bataille, il n'y a pas eu de vainqueur clair – ni arabe, ni israélien», a-t-il ajouté.

Pourtant, selon lui, malgré l'horreur sans bornes de l'attaque du Hamas le 7 octobre et la réponse militaire intransigeante de plus en plus largement condamnée d'Israël, le conflit actuel pourrait s'avérer avoir remis les pendules à l'heure, ouvrant enfin la voie à une solution à deux États.

À première vue, cela semble contre-intuitif. Bien que le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, ait nié qu'Israël envisage de réoccuper la bande de Gaza, libérée par son prédécesseur Ariel Sharon il y a près de vingt ans, c'est précisément ce que réclament les faucons de son gouvernement.

«Il y a des personnes de l’extrême droite au sein du gouvernement qui souhaitent un retour à la reconstruction des colonies juives de Gaza qu'Ariel Sharon a évacuées en 2005», a signalé Bregman.

Mais, selon lui, ce n'est pas ainsi que se terminera le conflit actuel.

Des sauveteurs recherchent des victimes parmi les décombres des bâtiments détruits de la rue Ben Yehuda à Jérusalem, en mars 1948, au début du premier conflit judéo-arabe (Photo, AFP).

«Sharon a compris qu'il n'était pas possible de faire vivre 8 000 colons parmi 1,8 million de personnes, à l'époque hostiles, et qu'il n'était pas possible de faire vivre des colons parmi 2,2 millions de Palestiniens, qui seront encore plus hostiles après les destructions auxquelles nous assistons actuellement.

«En outre, tout retour d'Israël dans la bande de Gaza se heurterait à l'opposition de l'ensemble de la communauté internationale, principalement des États-Unis, dont Israël est aujourd'hui très dépendant», a précisé Bregman.

Pour beaucoup, les scènes de Palestiniens fuyant leurs maisons à Gaza ont réveillé les souvenirs douloureux de la Nakba, le déplacement forcé de plus de la moitié de la population palestinienne avant et pendant la guerre israélo-arabe de 1948.

La fureur de la réaction israélienne aux événements du 7 octobre a également fait ressurgir des souvenirs de la guerre des six jours de 1967, à l'issue de laquelle Israël s'était emparé du plateau du Golan, de la bande de Gaza, de la péninsule du Sinaï et de la Cisjordanie, notamment Jérusalem-Est, élargissant ainsi considérablement son territoire aux dépens de centaines de milliers d'Arabes déplacés.

Mais Bregman, professeur principal au département des études sur la guerre du King's College de Londres et auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-arabe, se penche sur un autre épisode de cette longue saga afin de trouver un indice sur la façon dont les événements pourraient maintenant se dérouler.

Des chars israéliens avancent sur un terrain vallonné et difficile, le 10 juin 1967, sur les hauteurs du Golan (Photo, AFP).

Il y a cinquante ans, en octobre 1973, une attaque surprise a été lancée contre Israël par une coalition de pays arabes dirigée par l'Égypte, motivée par le désir de récupérer les terres saisies par Israël en 1967.

La guerre du Ramadan, ou guerre du Kippour, s'est soldée par la victoire d'un Israël fortement soutenu par les armes américaines, mais elle a déclenché une série d'événements qui ont modifié le paysage politique et territorial.

«Avant la guerre de 1973, le président égyptien Anwar al-Sadat a fait une proposition de paix aux Israéliens: Retirez-vous du Sinaï, pas complètement, mais de 35 km, et nous nous engagerons dans un processus de paix», a déclaré Bregman.

La proposition a été rejetée par Golda Meir, la Première ministre israélienne, et Al-Sadat a déclaré la guerre.

«Et puis il s'est passé quelque chose de très intéressant. Après la guerre, le retrait souhaité par Al-Sadat s'est exactement produit. En 1974, les Israéliens se sont retirés dans le Sinaï, à exactement 35 kilomètres.»

Un bâtiment détruit par un bombardement israélien à Damas le 10 octobre 1973 pendant la guerre israélo-arabe de 1973 (Photo, AFP).

Cela a conduit aux accords de Camp David en 1978 et à la signature, l'année suivante, du traité de paix historique entre Israël et l'Égypte, qui est devenue le premier pays arabe à reconnaître officiellement Israël et a récupéré la totalité de la péninsule du Sinaï.

Le traité, qui a valu à Al-Sadat et à Menachem Begin, alors Premier ministre israélien, le prix Nobel de la paix, a été largement condamné dans le monde arabe à l'époque comme une trahison des Palestiniens et a conduit à l'assassinat d’Al-Sadat en 1981.

«Mais après la guerre de 1973, les Israéliens étaient prêts à faire des choses qu'ils n'étaient pas prêts à faire auparavant, à cause de la guerre», a expliqué Bregman.

«Il s'agissait d'un évènement improbable et peut-être que ce que nous voyons maintenant sera également un évènement improbable, qui pourrait tout changer», a-t-il estimé.

Le président égyptien, Anwar al-Sadat (à gauche), et le Premier ministre israélien, Menachem Begin (à droite), assis entre le président américain, Jimmy Carter, signent le traité de paix historique entre Israël et l'Égypte, le 26 mars 1979 (Photo, AFP).

Bregman, qui vit au Royaume-Uni depuis 1989, retourne régulièrement en Israël pour rendre visite à sa famille et connaît parfaitement le paysage militaire, politique et les services de renseignement du pays.

Il a servi dans les forces de défense israéliennes pendant six ans, participant en tant que commandant à la guerre du Liban en 1982, puis a travaillé comme assistant parlementaire à la Knesset et a écrit «The Spy Who Fell to Earth» («L'Espion tombé du ciel», le best-seller de 2016 sur l'espionnage entre l'Égypte et Israël, qui a ensuite fait l'objet d'un documentaire sur Netflix.

«Ne vous méprenez pas sur mes propos», a-t-il déclaré. «Ce qui s'est passé le 7 octobre est barbare, à l'égal de Daech, au plus haut point sur l'échelle du mal.

«Mais si l'on considère la situation d'un point de vue purement militaire, il s'agit d'une opération très réussie pour le Hamas. Ils ont surpris les Israéliens de plein fouet. Maintenant, j'imagine que de nombreux Palestiniens de la bande de Gaza sont en colère contre eux à cause des destructions. Mais à long terme, cette opération sera considérée comme un événement majeur dans la mythologie et l'histoire du peuple palestinien, un événement majeur après des années d'humiliation et de victoires israéliennes», a jugé Bregman.

La phase actuelle du conflit, croit-t-il, se terminera bientôt, «dans quelques jours, ou quelques semaines, parce que les Américains arrêteront les Israéliens» – Biden craindra de perdre son élection s'ils continuent. Mais c'est dans ce qui pourrait se passer ensuite que l'on verra à quoi ressemblera le futur de la région.

Les troupes israéliennes prennent position dans la ville méridionale de Be'er Sheva après une attaque sans précédent des combattants du Hamas, le 7 octobre 2023 (Photo, AFP).

Il existe plusieurs issues possibles, dont l'intention déclarée de Netanyahou de détruire complètement le Hamas est l'une d'entre elles – et, selon Bregman, cela est impossible: «Le Hamas est autant une idée qu'un groupe de personnes.»

Mais, affirme-il, «si vous voulez tuer une idée, vous devez en proposer une meilleure, et une meilleure idée pour les Palestiniens serait: “Ici, vous allez avoir votre État.”»

Dans les circonstances actuelles, cette perspective semble extraordinaire. Mais, selon Bregman, c'est précisément la nature d'un scénario du genre «évènement imprévisible».

«Ce n'est pas agréable à dire, mais les Israéliens ont causé beaucoup de dommage et cela me ramène à 1973. C'est les dommages de 1973 qui ont secoué les Israéliens et qui ont permis la conclusion des accords Sinaï 1 et Sinaï 2», a-t-il clarifié.

Il suppose que, sous la pression des États-Unis, Israël pourrait faciliter le retour de l'Autorité nationale palestinienne à Gaza, où elle a perdu le contrôle au profit du Hamas en 2006. Dans ce scénario, Mahmoud Abbas, le président palestinien vieillissant, serait remplacé.

 «Israël pourrait, par exemple, faire quelque chose de courageux et libérer Marwan Barghouti», a suggéré Bregman, en référence au dirigeant palestinien condamné à la prison à vie en 2002, mais qui est considéré comme un candidat unificateur potentiel.

Un Palestinien assis sur les débris des structures effondrées, détruites lors du bombardement israélien de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 10 novembre 2023 (Photo, AFP).

Bregman a estimé que sous Barghouti, ou quelqu'un comme lui «l'Autorité palestinienne pourrait à nouveau gouverner les deux régions. Bien sûr, la droite israélienne serait très réticente, car toute la politique de Netanyahou a consisté à “diviser pour régner” – c'est lui qui a voulu maintenir le Hamas au pouvoir et l'a rendu puissant».

Mais l'un des effets de l'attentat du 7 octobre sera, selon lui, un choc sismique qui pourrait ébranler le paysage politique israélien jusque dans ses fondements.

«Une fois cette phase terminée, après le retour des réservistes de l'armée israélienne à la vie civile, il y aura des manifestations massives en Israël, bien plus importantes que tout ce que nous avons vu jusqu'à présent», a-t-il envisagé.

«Il y a tellement de colère refoulée en Israël en ce moment. Je peux la ressentir. Les Israéliens la gardent en eux pour l'instant parce qu'il y a une guerre en cours, mais elle sera certainement libérée», a ajouté Bregman.

Cette colère a été générée par l'échec de la riposte militaire à l'attaque du Hamas, la mauvaise gestion de la crise des otages par le gouvernement et le malaise croissant à long terme face aux provocations du mouvement des colons et aux incursions répétées dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa par des extrémistes religieux juifs, soutenus par des ministres de droite, dont Itamar Ben-Givr, le ministre de la Sécurité nationale.

Ce sont ces provocations qui ont été citées par le chef du Hamas, Mohammed Deïf, comme l'élément déclencheur du conflit actuel. Le 11 octobre, une source du Hamas a déclaré à Reuters que la planification de l'attaque avait commencé en mai 2021, provoquée «par des scènes et des images d'Israéliens prenant d'assaut la mosquée Al-Aqsa pendant le ramadan, frappant les fidèles, les attaquant, traînant des personnes âgées et des jeunes hommes hors de la mosquée».

Selon Bregman, les manifestations en Israël, «seront massives et il sera intéressant de voir si Netanyahou survivra, mais le Cabinet actuel ne représente pas le véritable Israël et les extrémistes qui ont été autorisés à entrer au gouvernement devront probablement partir», ouvrant ainsi la voie à un gouvernement israélien plus pragmatique et, en fin de compte, à la possibilité d'une autorité palestinienne unique responsable à nouveau à la fois de Gaza et de la Cisjordanie.

«Ensuite, tout d'un coup, vous avez la base d'une solution à deux États et, à mon avis, c'est la finalité vers laquelle les Américains essaient maintenant de pousser les Israéliens», a-t-il estimé.

Les forces de sécurité israéliennes utilisent un canon à eau pour disperser les manifestants qui bloquent l'entrée de la Knesset, le Parlement israélien, à Jérusalem, le 24 juillet 2023, au milieu d'une vague de protestations qui dure depuis des mois contre la réforme judiciaire prévue par le gouvernement (Photo, AFP).

Bregman admet qu'une telle issue historique n'est pas certaine mais, selon lui, elle serait plus acceptable pour de nombreux Israéliens que les autres options, qui vont du renforcement et de l'approfondissement du «cercle d'acier» autour de Gaza à l'imposition d'une situation de zone B en Cisjordanie, dans laquelle le Hamas est autorisé à continuer à gérer la société civile, mais où Israël contrôle la sécurité.

Selon l'historien américano-palestinien Rachid Khalidi, auteur de «The Iron Cage» («La cage de fer») et de «The Hundred Years’ War on Palestine» («La guerre de cent ans contre la Palestine»), la poursuite du statu quo n'est certainement pas envisageable.

«Si Israël et les États-Unis mettent fin à cette guerre qu'ils mènent collectivement comme ils l'ont fait pour toutes les guerres précédentes – 1982, 2006, 2008-2009, 2014, etc. – en ne permettant aucune solution politique possible impliquant les droits nationaux des Palestiniens et la fin de l'occupation et de la colonisation, ils sèmeront les graines d'une autre guerre inévitable», a-t-il prévenu.

Le 11 août 1919, le ministre britannique des Affaires étrangères, Arthur Balfour, partisan enthousiaste du sionisme dont la déclaration de 1917 a ouvert la voie à des générations de misère, a rédigé une note choquante qui souligne le mépris de l'Empire britannique pour les Arabes de Palestine.

Le sionisme, écrivait-il, «qu'il soit juste ou faux, bon ou mauvais, est enraciné dans des traditions séculaires, dans des besoins présents, dans des espoirs futurs, d'une importance bien plus grande que les désirs et les préjugés des 700 000 Arabes qui habitent aujourd'hui cette terre ancienne».

Peut-être qu'aujourd'hui, après près d’un siècle de douleur et de souffrance, l'assaut du Hamas contre Israël pourrait s'avérer être l'impulsion pour qu'Israël et le monde reconnaissent enfin que les traditions ancestrales, les besoins actuels et les espoirs futurs des Arabes de Palestine sont d'une importance égale à ceux du peuple juif.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
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  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.