La présidente de Harvard maintenue malgré la polémique autour de l'antisémitisme

Claudine Gay, présidente de l'Université Harvard, témoigne devant le House Education and Workforce Committee à Capitol Hill à Washington, DC, le 5 décembre 2023. (Dossier/AFP)
Claudine Gay, présidente de l'Université Harvard, témoigne devant le House Education and Workforce Committee à Capitol Hill à Washington, DC, le 5 décembre 2023. (Dossier/AFP)
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Publié le Mercredi 13 décembre 2023

La présidente de Harvard maintenue malgré la polémique autour de l'antisémitisme

  • Claudine Gay, 53 ans, née à New York dans une famille d'immigrés haïtiens, est une professeure de sciences politiques devenue en juillet la première présidente noire de l'université Harvard
  • Une pétition de près de 700 professeurs s'opposait aux appels et aux «pressions politiques» visant à obtenir la démission de Claudine Gay

CAMBRIDGE: La présidente de l'université Harvard a été maintenue mardi dans ses fonctions malgré les "pressions politiques" aux Etats-Unis et en Israël, après ses propos jugés ambigus sur la lutte contre l'antisémitisme sur le campus, secoué par le conflit meurtrier à Gaza.

"En tant que membres de la Corporation de Harvard, nous réaffirmons ce jour notre soutien à la poursuite du mandat de direction de la présidente (Claudine) Gay", indique la plus haute instance de la prestigieuse université, fondée il y a 368 ans à Cambridge, dans l’agglomération de Boston.

Après un conseil d'administration extraordinaire lundi soir, l'instance a exprimé sa "confiance dans le fait que la présidente Gay est la bonne dirigeante pour aider notre communauté (universitaire) à traiter des très graves questions sociétales auxquelles nous sommes confrontés".

Claudine Gay, 53 ans, née à New York dans une famille d'immigrés haïtiens, est une professeure de sciences politiques devenue en juillet la première présidente noire de l'université Harvard.

Passions

Depuis ce week-end, une pétition de près de 700 professeurs s'opposait aux appels et aux "pressions politiques" visant à obtenir la démission de Claudine Gay, accusée d'avoir mal géré des problèmes d'antisémitisme sur le campus.

Rabbin et dirigeant du groupe d'étudiants juifs Harvard Hillel, Getzel Davis a réagi au maintien en poste de Claudine Gay: "Le plus important pour les étudiants juifs d'Harvard, c'est que la culture change, et que nous ayons une administration qui les soutienne, qui nomme, dénonce et lutte contre l'antisémitisme partout où il survient".

Depuis l'attaque sanglante du Hamas en Israël le 7 octobre, suivie de représailles meurtrières de l'armée israélienne dans la bande de Gaza, le conflit déchaîne les passions dans des universités renommées aux Etats-Unis, comme Harvard.

Mardi, le campus historique au coeur de Cambridge, petite ville à l'allure coloniale britannique, était calme, loin de la tension qui entourait les manifestations pro-palestiniennes du mois d'octobre.

Les quelques étudiants qui ont accepté de répondre à l'AFP ont exprimé le désir qu'une institution aussi réputée qu'Harvard reste neutre sur le conflit israélo-palestinien, tout comme les Etats-Unis: "Notre pays devrait se tenir à l'écart des conflits d'autres pays", a ainsi dit Daniel Awgchew, 20 ans.

Au sein d'une "institution" comme Harvard, "nous devrions être tenus à des normes élevées en ce qui concerne les choses que nous devons dire et faire. Cela représente, bien sûr, une pression considérable", a souligné Marisa Gann, 19 ans.

Quant à Tad Elmer, un retraité de Cambridge, il "pense que les universités ne devraient pas être politisées".

De riches donateurs et des voix dans le camp républicain, mais aussi démocrate, ont dénoncé une flambée d'incidents antisémites sur les campus et critiqué une réponse trop faible des présidents d'universités, sur fond de critiques récurrentes des conservateurs contre les campus américains qu'ils jugent trop à gauche.

A Harvard, étudiants et profs espèrent la fin de la polémique «politique» sur l'antisémitisme

Etudiants et professeurs de l'université américaine Harvard espèrent que le maintien en poste de leur présidente éteindra la polémique "politique" sur des accusations d'antisémitisme au sein de cette institution à la renommée mondiale secouée par les conséquences de la guerre entre Israël et le Hamas.

Vestiges de ces protestations, quelques affichettes appellent à un "cessez-le-feu" à Gaza et affirment que "critiquer Israël" ou "dénoncer un génocide" sont "différents de l'antisémitisme".

Dans cette petite ville de l’agglomération de Boston, une des premières cités historiques du XVIIe siècle dans le nord-est des Etats-Unis, le peu d'étudiants et de professeurs qui acceptent de parler disent déplorer la "politisation" extrême -- alimentée aux Etats-Unis et en Israël -- d'accusations d'antisémitisme au sein de leur université.

«Barre plus haut»

"Qui devrait démissionner ou qui devrait rester? Je ne suis pas habilitée à donner mon avis mais je crois qu'en tant qu’institution on attend de nous un niveau d'exigence plus élevé, qu'on mette la barre plus haut" que des prises de positions polémiques pro-palestiniennes ou favorables à Israël, réagit ainsi Marisa Gann, étudiante de 19 ans venue du Mississippi.

Défendant la "réputation" d'excellence de Harvard, la jeune femme espère que la crise va s'apaiser avec le maintien en poste de Mme Gay.

Ryan Enos, professeur de sciences politiques, et l'un des 700 soutiens de Mme Gay, ne décolère pas face aux "pressions politiques venues de parlementaires du Congrès et d'Israël".

"Personne ne devrait politiser ces questions très graves (...) de la guerre au Moyen-Orient où des milliers de personnes meurent", tonne-t-il auprès de l'AFP.

Harvard et les Etats-Unis "neutres" 

Pour Daniel Awgchew, un Afro-américain de 20 ans rencontré avec ses copains étudiants qui comme lui ne cachent pas leurs sympathies palestiniennes, Harvard et les Etats-Unis devraient rester "neutres" sur la guerre à Gaza entre Israël et le Hamas.

"Notre pays devrait se tenir à l'écart des conflits d'autres pays. Tout comme la présidente" de l'université, répond le jeune homme en taxant quand même Mme Gay de "soutien présumé au gouvernement israélien".

Prenant acte du maintien en poste de la présidente, l'organisation estudiantine américaine et internationale juive Harvard Hillel a exigé dans un courriel d'avoir "une administration qui (la) soutienne, qui nomme, dénonce et lutte contre l'antisémitisme partout où il survient".

Un groupe juif radical, "Jewish National Project", continuait lui de faire rouler mardi dans les rues ensoleillées de Cambridge son camion publicitaire équipé de panneaux électroniques lumineux accusant Mme Gay d'"antisémitisme" et d'être une "honte nationale".

Pour Tad Elmer, un retraité de Cambridge, "les universités ne devraient pas être politisées".

"Je ne vois pas pourquoi elles ressentent le besoin de donner leur avis sur les affaires du monde. Qu'elles éduquent" les étudiants, s'emporte le septuagénaire.

«Contexte»

Pour le professeur de sciences politiques Ryan Enos, l'un des 700 signataires de la lettre de soutien, "les conservateurs veulent faire cesser la liberté d'expression sur les campus". "Et ils ont déjà réussi dans une certaine mesure à faire taire les voix pro-palestiniennes sur les campus universitaires", a-t-il ajouté à l'AFP.

Mardi 5 décembre, dans une ambiance tendue, Claudine Gay et ses homologues de l'université de Pennsylvanie (UPenn) et du Massachusetts Institute of Technology (MIT), Elizabeth Magill et Sally Kornbluth, ont répondu cinq heures durant aux questions d'élus de la Chambre des représentants.

Parmi eux, la républicaine Elise Stefanik, qui assimilait les appels à l'"intifada" d'étudiants pro-palestiniens à une exhortation au "génocide contre les juifs en Israël et dans le monde".

Lorsque Mme Stefanik avait demandé si "appeler au génocide des juifs violait le règlement sur le harcèlement à Harvard, oui ou non?", Mme Gay avait répondu: "Cela peut, en fonction du contexte", avant d'ajouter: "Si c'est dirigé contre une personne."

La polémique provoquée par ces propos a contraint Elizabeth Magill à quitter samedi la présidence de UPenn, et 70 élus, surtout républicains, ont réclamé le départ de Mme Gay.

"La présidente Gay a présenté ses excuses pour la manière dont elle a témoigné devant le Congrès et s'est engagée à redoubler les efforts de l'université pour combattre l'antisémitisme", a souligné mardi la Corporation de Harvard.

En Israël, allié militaire des Etats-Unis, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait dénoncé dimanche une "flambée d'antisémitisme sur les campus" américains, que le mémorial de la Shoah, Yad Vashem, a comparé à un "cancer".


Iran: le négociateur en chef conditionne toute discussion avec les Etats-Unis aux «lignes rouges» fixées par Téhéran

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient. (AFP)
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  • "Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement
  • L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient

TEHERAN: Le chef de l'équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, a insisté vendredi sur le nécessaire respect des "lignes rouges" de l'Iran lors des futurs pourparlers avec les Etats-Unis.

"Comme nous l'avons démontré tout au long des négociations précédentes, nous restons fermes dans le respect des conditions et des lignes rouges fixées, et dans la défense des intérêts de la nation iranienne", a déclaré l'influent M. Ghalibaf, cité par l'agence Irna.

"Si l'ennemi se montre excessif" dans ses demandes, "nous avons prouvé que nous sommes prêts à riposter et que nous n'hésiterons pas à infliger une réponse cinglante", a ajouté celui qui est aussi le président du Parlement.

L'Iran et les Etats-Unis ont signé cette semaine un protocole d'accord pour mettre fin à plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient.

Le président iranien Massoud Pezeshkian, qui a paraphé l'accord à distance avec son homologue américain Donald Trump, a publié une déclaration similaire, réaffirmant que les intérêts nationaux demeuraient la "ligne rouge" de son pays, sans plus de précisions.

Cette signature doit ouvrir la voie à des négociations plus poussées et techniques, d'une durée reconductible de 60 jours, centrées sur le programme nucléaire iranien en vue d'un accord définitif.

Mais de premiers pourparlers, prévus vendredi en Suisse, ont été annulés.

Les propos de M. Ghalibaf font suite à un communiqué du guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, faisant part de ses réserves pour le protocole d'accord qu'il a finalement autorisé.

Il prévoit notamment la fin de la guerre sur tous les fronts, y compris au Liban. Mais des frappes israéliennes dans la nuit de jeudi à vendredi dans le sud du Liban ont fait 18 morts et 33 blessés, selon les autorités libanaises, Israël déplorant de son côté la perte de quatre soldats.

L'accord a par ailleurs permis la levée du blocus naval américain imposé depuis deux mois aux ports iraniens et la réouverture par Téhéran du détroit d'Ormuz, voie maritime cruciale pour les hydrocarbures.

En Iran, le texte suscite l'opposition de certains conservateurs, hostiles à des concessions, notamment sur le contrôle du stratégique détroit.

"Les Américains ne respectent aucun engagement, ils n'ont jamais été loyaux envers aucun accord et ils ne le seront jamais", a ainsi déclaré Hossein Shariatmadari, rédacteur en chef du journal ultraconservateur Kayhan, lors d'une interview jeudi accordée à la télévision d'Etat.

"Le détroit d'Ormuz est le moyen d'obtenir des compensations" lors des négociations, a-t-il estimé.


Vance lance un avertissement aux critiques de Trump en Israël

JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington. (AFP)
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  • "Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti
  • "Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président

WASHINGTON: JD Vance s'en est pris jeudi aux responsables israéliens qui critiquent Donald Trump et sa stratégie en Iran, en leur demandant d'"ouvrir les yeux" tout en rappelant la dépendance du pays au soutien militaire de Washington.

"Ce que je veux dire, et cela me dérange, c'est qu'il y a des gens dans le gouvernement de Bibi (le surnom du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, ndlr) qui se sont exprimés pour attaquer l'accord et qui d'une certaine manière ont attaqué le président des Etats-Unis très personnellement", a dit le vice-président américain pendant une conférence de presse.

"Mon message pour eux est double. D'abord, Donald J. Trump est le seul chef d'Etat dans le monde entier qui est compréhensif envers Israël aujourd'hui, et il se trouve être le chef d'Etat de la première puissance mondiale", a poursuivi JD Vance.

"Si j'étais au gouvernement israélien, peut-être que je n'attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète" a-t-il averti.

"Le second message que je voudrais lancer à certains de ces ministres qui attaquent le président des Etats-Unis - Bibi, et c'est tout à son honneur, n'a pas pris cette voie - c'est que ces trois derniers mois, deux tiers des armes défensives qui ont protégé votre pays ont été fabriquées par des mains américaines et payées par les contribuables américains", a ajouté JD Vance.

"Le problème d'Israël ce n'est pas Donald Trump, et ceux qui en Israël pensent que le président des Etats-Unis est leur plus gros problème doivent ouvrir les yeux et prendre conscience de la réalité", a conclu le vice-président.


Trump veut soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès

 Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse. (AFP)
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  • "Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian
  • "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse

EVIAN: Donald Trump a dit mardi vouloir soumettre l'accord avec l'Iran au Congrès américain, et promis par ailleurs d'en donner lecture à la virgule près à la presse.

"Je n'ai jamais pensé à l'envoyer" au Parlement, a déclaré le président américain, interrogé à ce sujet en marge du sommet du G7 à Evian. "Mais je vais l'envoyer au Congrès. J'aime cette idée", a-t-il dit pendant un échange avec la presse.

Interrogé sur le texte de l'accord avec l'Iran, déjà signé électroniquement et qui fera l'objet d'une cérémonie de signature vendredi à Genève, Donald Trump a promis à nouveau de le rendre public.

"Je ne vais pas seulement le publier, je vais sûrement donner une conférence de presse et vous le lire à la virgule près pour être sûr que la presse le couvre correctement", a lancé le dirigeant républicain.

Il avait déjà indiqué vouloir attendre après la cérémonie de signature vendredi pour publier le texte.