Gaza: Le retour des colonies israéliennes en passe de devenir une éventualité crédible

Israël a annoncé son plan de désengagement de Gaza en 2003 et l'a mis en œuvre deux ans plus tard (Photo, Reuters).
Israël a annoncé son plan de désengagement de Gaza en 2003 et l'a mis en œuvre deux ans plus tard (Photo, Reuters).
Un bébé tient un drapeau israélien alors que des membres de la communauté des colons israéliens se rassemblent lors d'un congrès à Jérusalem le 28 janvier 2024 (Photo, Reuters).
Un bébé tient un drapeau israélien alors que des membres de la communauté des colons israéliens se rassemblent lors d'un congrès à Jérusalem le 28 janvier 2024 (Photo, Reuters).
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Publié le Jeudi 01 février 2024

Gaza: Le retour des colonies israéliennes en passe de devenir une éventualité crédible

  • Des hommes politiques israéliens de droite, notamment des ministres, s'allient à des groupes de colons dans l'espoir de réoccuper l'enclave
  • La réinstallation de Gaza et l'expulsion «volontaire» des Palestiniens risquent de porter un coup fatal à la solution à deux États

LONDRES: Il est facile de ne pas voir l'entrée du musée du Gush Katif, coincée entre deux immeubles d'habitation dans une rue secondaire banale de Jérusalem.

Depuis son ouverture en 2008, le musée a été un lieu de recueillement calme et réfléchissant, un lieu de pèlerinage pour un groupe de personnes qui se disent «déracinées», c’est-à-dire les survivants d’un chapitre traumatisant de l’histoire d’Israël et des Palestiniens.

Mais depuis l'attaque du 7 octobre contre Israël par des militants du Hamas et les représailles dévastatrices infligées à Gaza par l'armée israélienne, le musée n'est plus qu'un simple détail de l'histoire.

Les blindés israéliens avancent contre les troupes égyptiennes au début de la guerre des six jours, le 5 juin 1967, près de Rafah, dans la bande de Gaza (Photo, AFP/Getty Images).

Au contraire, le musée est devenu le foyer spirituel d'un mouvement de droite de plus en plus bruyant en Israël, qui appelle non seulement à la réoccupation de Gaza par Israël, mais aussi au nettoyage ethnique de tous les Arabes du territoire.

Situé à 1,5 km à peine à l'ouest de la vieille ville de Jérusalem, le musée a été créé en août 2008 pour commémorer les 17 colonies israéliennes qui ont vu le jour à Gaza à la suite de la guerre des six jours de 1967.

À partir de 1970, les colonies agricoles, habitées principalement par des juifs orthodoxes et connues collectivement sous le nom de Gush Katif, ont occupé une étroite bande côtière s'étendant au nord de la frontière égyptienne sur environ 12 km.

Dans cette combinaison d'images prises entre 2001 et 2004, on voit des enfants israéliens (photos du haut) jouer dans la colonie de Netzarim, dans le Gush Katif, près de la bande de Gaza (Photo, AFP).

Pendant trente-cinq ans, les communautés du Gush Katif, isolées de leurs voisins palestiniens par un réseau de routes interdites aux conducteurs arabes et patrouillées par une unité spécialisée de l'armée israélienne, se sont profondément enracinées et ont prospéré. Elles ont construit des maisons, des écoles, des synagogues et des serres sur des terres dont elles pensaient qu'elles appartiendraient à Israël pour toujours.

Puis tout s'est effondré.

En 2003, Ariel Sharon, le Premier ministre israélien, a annoncé son plan de «désengagement», une décision unilatérale prise alors que les négociations de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne étaient au point mort, de retirer toutes les colonies israéliennes de Gaza.

Sur cette photo prise le 4 mai 2001, le Premier ministre israélien, Ariel Sharon, regarde l'épave d'une voiture qui a explosé à Rafah Yam, dans le groupe de colonies juives du Gush Katif (Photo, AFP).

Dans un discours télévisé prononcé le 15 août 2005, Sharon a décrit le retrait comme «l'étape la plus difficile et la plus douloureuse de toutes... très difficile pour moi personnellement».

Cette décision n'a pas été prise à la légère, a-t-il indiqué, «mais l'évolution de la réalité dans le pays, dans la région et dans le monde m'a obligé à réévaluer et à changer de position».

Israël «ne peut pas s'accrocher à Gaza pour toujours».

Il ne fait aucun doute que le «désengagement» a été traumatisant pour les Juifs du Gush Katif, dont plus de 8 000 ont perdu leurs maisons. Pour certains, il s'agissait d'un deuxième déplacement, puisqu'ils avaient été réinstallés dans cette région à l'invitation du gouvernement israélien après qu'Israël eut cédé la péninsule du Sinaï à l'Égypte en 1982.

Des dizaines de milliers de colons israéliens et de sympathisants de droite défilent sur une plage de Gaza, le 27 avril 2005, pour protester contre le plan de désengagement du Premier ministre, Ariel Sharon (Photo, AFP).

Les films d'actualité contemporains projetés au musée du Gush Katif montrent les évacuations forcées traumatisantes qui ont eu lieu entre le 15 et le 22 août 2005. Le film du dernier jour de l'évacuation montre des femmes et des enfants, pleurant et criant, traînés hors de leurs maisons par des soldats et des policiers israéliens.

Dans l'une des synagogues de la colonie, des hommes se réunissent pour la dernière fois, chantant des prières et pleurant. Alors même que les colonies sont abandonnées, les pelleteuses et les bulldozers entrent en action pour détruire toutes les maisons.

«Je ne pense pas que l'on soit pleinement conscient du fait que la droite religieuse en Israël a son propre calendrier et que des événements traumatisants y sont marqués», a déclaré Daniel Seidemann, avocat israélien spécialisé dans les relations israélo-palestiniennes à Jérusalem et fondateur de l'ONG Terrestrial Jerusalem.

«Le traumatisme numéro un s'est produit en 1967, lorsque Moshe Dayan (alors ministre israélien de la Défense) n'a pas imposé par la force la souveraineté israélienne sur le Mont du Temple, ce qui est considéré comme la plus grande erreur d'Israël.

Sur cette photo d'archives, des troupes israéliennes observent la vieille ville de Jérusalem, où se trouve le Dôme du Rocher (au centre) dans l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa (Photo, AFP).

«Mais le deuxième traumatisme le plus important pour la droite religieuse est l'expulsion du Gush Katif, un événement majeur et traumatisant pour elle.

«Il y a un désir de retour qui a été évoqué pendant des années, mais toujours par des personnes qui étaient perçues comme marginales. Aujourd'hui, il y a des gens au gouvernement qui en parlent aussi», a signalé Seidemann.

CHRONOLOGIE DES EVENEMENTS DE LA BANDE DE GAZA

Appartenance à l'Empire ottoman du XVIe au XXe siècle.

Prise par les troupes britanniques en 1917 pendant la Seconde Guerre mondiale.

La domination britannique prend fin en 1918.

Sous le régime militaire égyptien dans les années 1950 et 1960.

Prise par Israël lors de la guerre du Moyen-Orient en 1967.

Les Palestiniens obtiennent un contrôle limité en vertu de l'accord de paix de 1993.

Israël évacue les troupes et les colons en août 2005.

En 2006, le Hamas remporte le scrutin parlementaire palestinien.

En 2007, le Hamas expulse ses rivaux politiques et devient le seul dirigeant de l’enclave.

Et ils ne se contentent pas d'en parler. Des hommes politiques de droite, dont certains font partie du cabinet du Premier ministre, Benjamin Netanyahou, s'associent à des groupes de colons et appellent à la reconstruction des maisons perdues du Gush Katif, et de bien d'autres encore.

Le dimanche 28 janvier, pas moins d'une douzaine de ministres du gouvernement et 15 membres du Parlement israélien ont rejoint 3 000 personnes au Centre international des congrès de Jérusalem pour une «Conférence sur la réinstallation de Gaza», une manifestation bruyante et tapageuse à l'atmosphère nettement festive.

Des colons juifs se rassemblent lors d'une convention à Jérusalem le 28 janvier 2024, appelant Israël à reconstruire les colonies dans la bande de Gaza et la partie nord de la Cisjordanie occupée par Israël (Photo, Reuters).

Le ministre de la Sécurité de Netanyahou, Itamar Ben-Gvir, chouchou de la droite religieuse israélienne, figurait parmi les participants les plus en vue de la conférence.

L'année dernière, Ben-Gvir a conduit des colons ultranationalistes dans une série de marches provocatrices vers l'enceinte de la mosquée Al-Aqsa, que de nombreux extrémistes religieux juifs voudraient voir détruite pour permettre la construction d'un troisième temple juif, remplaçant les deux temples qui, selon la Bible juive, ont été détruits dans l'antiquité.

Ce sont ces marches, ainsi que l'escalade des activités des colons israéliens, qui ont été citées par le Hamas comme la dernière provocation ayant déclenché l'assaut du 7 octobre contre Israël, une opération qu'il a baptisée «Déluge d'Al-Aqsa».

Ben-Gvir n'a montré aucun remords pour ses provocations. En effet, le jour du Nouvel An, il a déclaré: «Nous devons promouvoir une solution qui encourage la migration des habitants de Gaza... une solution correcte, juste, morale et humaine.»

«Ne vous y trompez pas, nous avons des partenaires dans le monde entier qui peuvent nous aider, il y a des hommes d'État dans le monde entier auprès desquels nous pouvons promouvoir cette idée», a-t-il ajouté.

«Encourager la migration des habitants de Gaza nous permettra de ramener les habitants du Goush Katif chez eux.»

Des ministres israéliens, dont le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, ont participé à une conférence sur la réinstallation de Gaza à Jérusalem (Photo, AFP).

Son patron, Netanyahou, semble partager ses sentiments.

Face à l'inquiétude croissante de la communauté internationale vis-à-vis de la réponse militaire disproportionnée d'Israël à Gaza depuis le 7 octobre, l'homme à la tête du gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël, politiquement redevable aux groupes de colons, a rejeté à plusieurs reprises les appels de ses alliés, notamment les États-Unis, à ouvrir la voie à la solution à deux États tant attendue.

La position de Netanyahou a été clairement exposée dans une déclaration publiée par son bureau le 21 janvier, le lendemain du jour où le président américain, Joe Biden, l'a une nouvelle fois exhorté publiquement à rechercher la paix en acceptant le principe de la création d'un État palestinien.

«Lors de sa conversation avec le président Biden, le Premier ministre Netanyahou a réitéré sa politique selon laquelle, une fois le Hamas détruit, Israël doit conserver le contrôle de la sécurité à Gaza afin de s'assurer que Gaza ne constituera plus une menace pour Israël, une exigence qui contredit la demande de souveraineté palestinienne.»

Le président américain, Joe Biden (à gauche), rencontre le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, à Tel Aviv, Israël, le 18 octobre 2023, pour discuter de la guerre entre Israël et le Hamas (Photo via l’AP).

Un retour dans le Gush Katif, aujourd'hui ouvertement proposé par certains membres du Cabinet de Netanyahou, serait compatible avec cette sombre vision de l'avenir, mais certains veulent aller beaucoup plus loin.

Dans un sondage réalisé en Israël en décembre, 68% des Israéliens ont déclaré soutenir l'idée d'une «migration volontaire» pour les citoyens arabes de Palestine. Le 25 décembre, le lendemain de la publication des résultats du sondage, Netanyahou a déclaré lors d'une réunion de sa faction du Likoud à la Knesset que son gouvernement travaillait déjà sur les moyens d'y parvenir.

«Notre problème est de trouver des pays qui sont prêts à les accueillir, et nous y travaillons», a indiqué Netanyahou selon le Jewish Press.

L'idée fait également son chemin au sein du lobby juif à l'étranger.

Le 2 janvier, un chroniqueur du Jewish Press, le plus grand hebdomadaire juif indépendant des États-Unis, autoproclamé «défenseur infatigable de l'État d'Israël», a présenté une vision sinistre des appels à la «migration volontaire».

«Il est logique qu'au lieu de s'engager dans des efforts futiles pour persuader les pays du monde d'ouvrir leurs portes à la population islamiste la plus militante de la planète, Israël devrait s'efforcer de rendre la vie à Gaza insupportable», a écrit David Israël dans une chronique profondément dérangeante.

Un Palestinien utilise un fauteuil roulant pour transporter des sacs de farine distribués par l'Office de secours et de travaux des Nations unies à Rafah, le 29 janvier 2024 (Photo, Reuters).

Il a ajouté: «L'idée d'attirer les Arabes de Gaza sur de grands bateaux de croisière qui les emmèneraient dans des endroits plus agréables est peut-être une illusion romantique, mais la fuite de milliers d'individus affamés d'un espace habitable rongé par la maladie et de plus en plus réduit finirait par faire tomber les portes barricadées du gouvernement égyptien.»

En Israël, tout le monde n'est pas à l'aise avec l'idée de réinstaller Gaza, une perspective qui a alarmé même le journal de centre-droit The Jerusalem Post. Dans un éditorial du 30 janvier, il a qualifié la conférence sur la réinstallation de Gaza de «troublante» et a condamné les appels à la réinstallation de Gaza, les qualifiant de «sources de division».

Toutefois, compte tenu du soutien d'un nombre croissant de ministres et d'autres personnes, le document conclut que «nous ne pouvons plus dire que la réinstallation de Gaza est une idée marginale qui n'a pas de mordant ou de résistance».

Des Palestiniens font leurs courses sur un marché en plein air près des ruines des maisons et des bâtiments détruits par les frappes israéliennes pendant le conflit dans le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de la bande de Gaza, le 30 novembre 2023 (Photo, Reuters).

Omer Bartov, professeur d'études sur l'Holocauste et les génocides au Watson Institute for International and Public Affairs de l'université Brown à Providence (Rhode Island), met en garde contre l'utilisation d'euphémismes dans la situation actuelle.

«En parlant d'une réoccupation de Gaza et du retrait “volontaire” des Palestiniens, Ben-Gvir et ses partisans parlent en fait du nettoyage ethnique de Gaza, puis de sa colonisation par les Juifs», a-t-il révélé.

«Ils sont tout à fait ouverts à ce sujet. Il n'y a rien de volontaire là-dedans.»

Si cela se produisait, a-t-il signalé, «cela signifierait tout d'abord que l'ensemble de l'opération des Forces de défense israéliennes (FDI) à Gaza serait considéré comme un déplacement forcé de population, ce qui constitue un crime de guerre et un crime contre l'humanité en vertu du droit humanitaire international».

Cela pourrait également «constituer une violation de la Convention sur le génocide, car elle pourrait être présentée comme la destruction intentionnelle d'une partie du peuple palestinien vivant à Gaza. Cela mettrait Israël directement dans le collimateur de la Cour internationale de justice».

Des Palestiniens déplacés fuient Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 30 janvier 2024, dans le cadre du conflit entre Israël et le groupe militant palestinien Hamas (Photo, AFP).

Bartov doute toutefois que «les radicaux du Cabinet israélien parviennent à faire passer cette mesure. Je ne pense pas qu'il y aura un nettoyage ethnique, mais je prévois une crise politique majeure en Israël.

«Cette décision ne peut être canalisée dans une direction positive que par une pression massive des États-Unis et de leurs alliés, notamment le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, puis par un accord régional avec les États arabes, notamment l'Arabie saoudite, pour normaliser les relations avec Israël à la condition de créer un État palestinien indépendant, éventuellement démilitarisé», a-t-il souligné.

Dans le musée du Gush Katif, parmi les objets exposés, la place d'honneur revient à une menorah, le candélabre traditionnel allumé à l'occasion de la fête juive de Hanukkah. Elle a été sauvée de la synagogue de Netzarim, la dernière des colonies de Gaza à avoir été évacuée, et un nombre croissant d'Israéliens aimeraient la voir restituée à ce qu'ils estiment être sa place légitime.

Le 1er octobre 1996, plus de 20 000 manifestants du mouvement «La paix maintenant» se sont rassemblés à Tel-Aviv pour réclamer la poursuite des négociations de paix entre Israël et les Palestiniens (Photo, AFP).

Dans un film projeté au musée, Rivka Goldschmidt, l'une des «déracinées» du Gush Katif, parle de ses espoirs pour l'avenir.

«Il se pourrait que nos enfants puissent retourner dans le Gush Katif, ce qui serait un grand réconfort», affirme-t-elle.

«Je ne sais pas si cela arrivera, ni quand cela arrivera, mais au fond de moi, c'est une aspiration parce qu'il y avait là quelque chose de grand et d'extraordinaire, construit par des gens honnêtes», a-t-elle ajouté.

Le Gush Katif, «a été évacué sans raison et il se pourrait que nos enfants, voire nos petits-enfants, y retournent un jour», estime-t-elle.

Si Netanyahou et les ministres de droite de son Cabinet parviennent à leurs fins, ce jour pourrait arriver plus tôt que prévu.

Si cela se produit, les perspectives d'une solution à deux États et de la paix pour laquelle tant de Palestiniens et d'Israéliens ont prié pendant si longtemps seront probablement réduites à néant pour les générations à venir.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: nouvelles frappes israéliennes malgré la prolongation de la trêve

Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
Des personnes se tiennent au milieu des décombres et des gravats près de bâtiments endommagés et effondrés après des bombardements israéliens nocturnes sur la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 16 mai 2026. (AFP)
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  • Israël a mené de nouvelles frappes dans le sud du Liban après avoir ordonné l’évacuation de plusieurs villages, malgré la prolongation récente de la trêve entre les deux pays lors de négociations à Washington
  • Les violences continuent d’aggraver la crise humanitaire : plus de 400 personnes ont été tuées depuis le début de la trêve et près d’un million de personnes ont été déplacées au Liban depuis le début du conflit régional

BEYROUTH: Israël mène de nouvelles frappes sur le sud du Liban samedi après avoir ordonné aux habitants de neuf villages d'évacuer, malgré la prolongation d'un mois et demi de la trêve lors de négociations entre les deux pays la veille à Washington.

"Les forces de défense israéliennes ont commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah dans plusieurs zones du sud du Liban", a affirmé l'armée israélienne dans un communiqué.

L'Agence nationale d'information libanaise (Ani, officielle) a rapporté des frappes sur au moins cinq villages du sud, précédées un mouvement d'exode des habitants vers Saïda, la grande ville du sud, et Beyrouth.

L'armée israélienne avait auparavant ordonné aux habitants de neuf villages des régions de Saïda et Nabatiyé de les évacuer en prévision de frappes.

Ces frappes sur le sud dévasté se poursuivent malgré l'annonce vendredi soir de la prolongation d'une trêve entrée en vigueur le 17 avril entre les deux pays, et qui devait expirer dimanche.

Israël et le Liban mènent des négociations à Washington, les premières depuis des décennies entre les deux pays qui n'entretiennent pas de relations diplomatiques.

Le Hezbollah pro-iranien est opposé à ces négociations et continue de revendiquer des attaques contre l'armée israélienne qui occupe désormais une partie du sud du pays, et épisodiquement contre le nord d'Israël.

Plus de 400 personnes ont été tuées dans les frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Le Liban a été entraîné dans la guerre régionale avec l'Iran le 2 mars et près de 3.000 personnes ont été tuées et plus d'un million déplacées depuis, selon les chiffres officiels.


"J'aurais voulu passer le bac": déception après l'annulation des examens au Moyen-Orient et au Mali

Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
Une femme passe devant une école fermée à Beyrouth le 18 novembre 2024, dans le contexte de la guerre en cours entre Israël et le Hezbollah. (AFP)
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  • Le ministère français de l’Éducation a annulé les épreuves du brevet et du baccalauréat dans plusieurs pays du Moyen-Orient et au Mali en raison de la situation sécuritaire, remplaçant les examens par les moyennes annuelles des élèves
  • De nombreux élèves et enseignants au Liban expriment leur déception, estimant que le bac représentait une récompense symbolique pour leurs années de travail et craignant une perte du prestige du diplôme français

BEYROUTH: "J'aurais voulu passer le bac comme une récompense de mon travail": des élèves et professeurs expriment leur déception après la récente annonce de l'annulation des épreuves écrites et orales du brevet et du bac dans les établissements français de pays du Moyen-Orient et au Mali.

Cette année, les candidats scolarisés dans les établissements français homologués du Bahreïn, des Émirats arabes unis, d'Irak, d'Iran, d'Israël, du Koweït, du Liban, du Qatar et du Mali, ainsi que ceux inscrits en classes réglementées auprès du Centre national d'enseignement à distance (Cned), "se verront attribuer leur moyenne annuelle dans les enseignements concernés", a indiqué mardi le ministère français de l'Education nationale.

Cette mesure, liée à la guerre au Moyen-Orient et à la situation sécuritaire critique au Mali, concerne les épreuves écrites du diplôme national du brevet, les épreuves anticipées de français, à l'écrit comme à l'oral, et de mathématiques du baccalauréat général et technologique, ainsi que les épreuves de spécialité et de philosophie et le grand oral en classe de Terminale.

"Les candidats se présentant sous statut individuel pourront se présenter à la session de remplacement prévue en septembre 2026", tant pour le brevet que pour le baccalauréat, a précisé le ministère.

"J'aurais voulu faire le bac honnêtement, donc j'étais un peu triste d'apprendre qu'ils vont l'annuler", a réagi Yana Abdallah, 18 ans, élève du Collège des Saints-Coeurs Kfarhbab, au Liban.

Pour cette élève, qui affiche entre 16 et 17/20 de moyenne, se confronter à l'examen aurait marqué symboliquement la fin d'un cycle: "Nous avons travaillé pour le bac depuis notre entrée à l'école", rappelle-t-elle. Le passer aurait été comme une "récompense pour toute la fatigue que m'a valu mon travail".

Son école, qui se basera sur les notes du contrôle continu, n'a pas exclu la possibilité d'organiser un second bac blanc pour ne pas léser les élèves.

Les examens organisés "étaient jusqu'à présent comme une préparation mais sans que les élèves n'y mettent toute leur concentration", souligne Yana Abdallah, jugeant que son établissement essaye de les aider "autant que possible".

- "Suite désastreuse" -

Selon les chiffres de l'ambassade de France, le Liban compte en Terminale 3.166 élèves dans des établissements officiellement reconnus par les autorités et 402 élèves en candidats libres.

"Je suis contre l'annulation de ce diplôme, chaque fois que le bac a été annulé, la suite a été désastreuse", a témoigné auprès de l'AFP Hyam Merheb, 73 ans, à la retraite, ancienne enseignante de français pendant 45 ans au Liban.

"Le bac français a gardé son prestige malgré tous les événements par lesquels on est passé", juge-t-elle. "C'est la seule image encore positive que l'on peut avoir de notre pays et de l'enseignement tel qu'il était auparavant".

La décision du gouvernement est "incompréhensible", "tout le monde était prêt" pour faire passer les épreuves, avec des aménagements (moins de textes à préparer pour l'oral de français, par exemple), a aussi réagi auprès de l'AFP une enseignante et représentante syndicale du Grand lycée franco-libanais de Beyrouth, qui souhaite rester anonyme.

"Personne ne s'attendait à cette décision, les élèves de terminale avaient reçu leur convocation ce (mardi) matin", a-t-elle rapporté, déplorant avoir appris la nouvelle par la presse.

A Bamako au Mali, l’école française "Liberté" comptait à la rentrée de septembre 1.380 élèves, dont 600 en classe d'examens. "Mais, nous en avons perdu 80 en cours d'année, partis à cause de l’insécurité", a appris l'AFP auprès de membres de l’association des parents d’élèves de l’établissement.

"Notre combat est de faire en sorte que le lycée puisse ouvrir à la rentrée de septembre prochain", poursuit-on de même source.

En raison de la situation sécuritaire critique, les cours sont désormais assurés uniquement en ligne.

Selon le ministère, des mesures d'aménagement pourront également être décidées dans d'autres pays, jusqu'à 15 jours avant le début des épreuves, si les conditions locales ne permettent pas leur organisation.

Le coup d'envoi du baccalauréat sera donné le 11 juin avec l'épreuve écrite anticipée de français pour les élèves de Première.


Le Liban et Israël prolongent leur cessez-le-feu de 45 jours

Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
Des délégations du Liban et d’Israël participent cette semaine à des discussions à Washington qui ont conduit à une prolongation du cessez-le-feu existant. (Département d’État)
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  • Le Liban et Israël ont accepté de prolonger leur cessez-le-feu de 45 jours après des discussions jugées « positives » à Washington
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 17 avril, les frappes israéliennes contre le Hezbollah au Liban ont continué, causant des centaines de morts selon les autorités libanaises

WASHINGTON: Israël et le Liban ont donné leur accord à une prolongation d'un mois et demi du cessez-le-feu pendant de nouvelles négociations entre les deux pays à Washington, même si de nouvelles frappes israéliennes ont visé le sud du Liban vendredi.

Côté iranien, le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a dit avoir "reçu des messages" de Washington en faveur de la reprise des négociations pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient, ajoutant être ouvert à une aide de Pékin.

Le cessez-le-feu israélo-libanais, qui arrivait à expiration dimanche, "va être prolongé de 45 jours afin de permettre de nouveaux progrès", a annoncé la diplomatie américaine après une nouvelle session de négociations directes entre des représentants d'Israël et du Liban jeudi et vendredi.

Le département d'Etat américain a précisé qu'il organiserait un nouveau cycle de discussions les 2 et 3 juin. D'ici là, le Pentagone réunira des délégations militaires des deux pays le 29 mai.

L'ambassadeur d'Israël à Washington, Yechiel Leiter, a déclaré à l'issue des pourparlers qu'il serait essentiel de garantir la sécurité de son pays.

"Il y aura des hauts et des bas, mais les chances de réussite sont grandes ", a-t-il écrit sur le réseau X.

La délégation libanaise a salué de son côté une prolongation qui ouvre la voie "à une stabilité durable", mais insisté sur la nécessité d'un "processus par étapes et vérifiable", soutenu par Washington.

- "Irresponsable" -

S'exprimant depuis le Liban, le Premier ministre Nawaf Salam a accusé le Hezbollah pro-iranien d'avoir entraîné le pays dans une nouvelle guerre "irresponsable".

"Assez de ces aventures irresponsables servant des projets ou intérêts étrangers", a-t-il lancé, appelant au soutien des pays arabes, et plus largement de la communauté internationale, dans les négociations avec Israël.

Malgré l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 17 avril, Israël poursuit ses frappes au Liban, disant viser le Hezbollah, et le mouvement chiite continue de tirer des roquettes sur des positions israéliennes.

Le Liban a annoncé la mort de six personnes, dont trois secouristes du Comité islamique de santé, affilié au Hezbollah, dans un bombardement israélien dans le sud du pays.

Plus de 400 personnes ont péri dans des frappes israéliennes au Liban depuis le début de la trêve, d'après un décompte de l'AFP fondé sur des chiffres officiels.

Au moment des discussions à Washington vendredi, l'armée israélienne a émis des ordres d'évacuation pour une dizaine de secteurs dans le sud du Liban et annoncé "mener des frappes contre l'infrastructure du Hezbollah dans la région de Tyr".

- "Des femmes et enfants" -

"Il n'y a ici que des femmes, des enfants et des personnes âgées. Cette frappe cause de nouveaux déplacements de personnes", a déclaré à l'AFP Hafez Ramadan, qui vit près de l'immeuble visé par la frappe, qui abritait selon lui surtout des déplacés.

Les frappes à Tyr ont fait 37 blessés, dont six membres du personnel médical de l'hôpital, quatre enfants et neuf femmes, selon le ministère de la Santé.

Le Hezbollah a revendiqué des attaques de drones contre des casernes dans le nord d'Israël, ainsi que d'autres contre les forces israéliennes positionnées dans plusieurs localités libanaises frontalières. L'armée israélienne est déployée dans cette zone pour pouvoir, selon elle, protéger la population du nord d'Israël des tirs du mouvement pro-iranien.

Israël, comme les Etats-Unis, appelle Beyrouth à désarmer le Hezbollah.

"Le Liban négocie pour un avenir dans lequel ses frontières seront respectées (et) sa souveraineté assurée seulement" par son armée,  a souligné aussi la délégation libanaise à Washington.

Un des hauts responsables du mouvement pro-iranien, Mahmoud Qomati, a qualifié les négociations avec Israël "d'humiliantes" et dénoncé "un complot contre le pays".

- "Bonnes intentions" -

Du côté de Téhéran, le ministre des Affaires étrangères, en visite en Inde, s'est dit ouvert à une aide de la Chine pour mettre fin au conflit, au lendemain de propos à Pékin de Donald Trump, selon qui son homologue chinois Xi Jinping a proposé d'aider à rouvrir le détroit d'Ormuz.

"Nous savons que (les) Chinois ont de bonnes intentions. Toute initiative de leur part susceptible de soutenir la diplomatie serait donc la bienvenue", a déclaré M. Araghchi.

Les Gardiens de la Révolution iraniens permettent désormais à davantage de navires de passer par le détroit, quasi paralysé par Téhéran depuis le début de la guerre, a affirmé la télévision publique.

La veille, la chaîne avait fait état de plus de 30 navires autorisés à transiter par le détroit, qui voit passer d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde.

De son côté, le porte-avions français Charles-De-Gaulle et son escorte sont arrivés "sur zone" au large de la péninsule arabique où ils sont prépositionnés en cas de déclenchement d'une mission "neutre" pour rétablir la navigation dans le détroit d'Ormuz, a annoncé la ministre déléguée aux Armées, Alice Rufo.