Syrie: Erdogan prêt à envoyer ses troupes, les Kurdes préparent leur riposte

Sur cette photo d'archive prise le 21 janvier 2018, des troupes de l'armée turque se rassemblent près de la frontière syrienne à Hassa, dans la province de Hatay. (AFP)
Sur cette photo d'archive prise le 21 janvier 2018, des troupes de l'armée turque se rassemblent près de la frontière syrienne à Hassa, dans la province de Hatay. (AFP)
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Publié le Jeudi 24 novembre 2022

Syrie: Erdogan prêt à envoyer ses troupes, les Kurdes préparent leur riposte

  • Ankara a lancé dimanche l'opération Griffe Epée, multipliant les raids aériens et les tirs d'artillerie contre des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des Unités de protection du peuple (YPG)
  • Le gouvernement turc accuse ces deux mouvements - qui ont démenti - d'avoir commandité l'attentat qui a fait six morts et 81 blessés le 13 novembre à Istanbul

ISTANBUL: La Turquie a continué mercredi de viser des positions de combattants kurdes dans le nord de la Syrie se disant "plus déterminée que jamais" à protéger sa frontière méridionale.

"Notre détermination à protéger toutes nos frontières sud (...) par une zone de sécurité est plus forte aujourd'hui que jamais", a de nouveau prévenu mercredi le président Recep Tayyip Erdogan qui a réitéré son intention d'ordonner, "quand le moment semblera opportun", une offensive terrestre.

L'artillerie turque a notamment touché mercredi, selon des sources syriennes indépendantes et kurdes sur place, les forces kurdes chargées de garder le camp d'Al-Hol qui abrite 50.000 proches de jihadistes du groupe Etat islamique et la prison où sont détenus des membres de l'EI.

La Turquie a lancé dimanche l'opération Griffe Epée, multipliant les raids aériens et les tirs d'artillerie contre des positions du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et des Unités de protection du peuple (YPG).

Le gouvernement turc accuse ces deux mouvements - qui ont démenti - d'avoir commandité l'attentat qui a fait six morts et 81 blessés le 13 novembre à Istanbul.

"La Turquie a les moyens d'aller chercher et de punir les terroristes impliqués dans des attaques contre (elle) à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières", a affirmé M. Erdogan devant le groupe de son parti AKP à l'Assemblée.

D'ici là, a-t-il mis en garde, "nous allons poursuivre nos opérations aériennes sans interruption et nous entrerons sur le terrain des terroristes au moment qui nous semblera opportun".

Pourquoi les Kurdes craignent un rapprochement entre Damas et Ankara

Menacés par une offensive terrestre des forces turques contre leurs régions autonomes, les Kurdes de Syrie redoutent en outre de faire les frais du rapprochement qui se dessine entre Ankara et le régime de Damas.

Les relations sont rompues depuis le début de la guerre en Syrie entre le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui soutient les groupes rebelles opposés à Damas, et son homologue syrien, Bachar al-Assad.

Mais M. Erdogan, dont l'armée mène depuis dimanche des raids aériens contre les zones kurdes en Syrie et menace de déclencher une offensive terrestre, a jugé "possible" mercredi une rencontre avec le chef de l'Etat syrien.

Quelles relations entre la Syrie et la Turquie?

Avant le début du conflit en Syrie en 2011, Ankara était un partenaire politique et économique privilégié de Damas et une relation d'amitié liait les président des deux pays.

Mais au début du soulèvement populaire en Syrie, la Turquie a conseillé à son allié d'engager des réformes politiques, avant de l'appeler à "démissionner pour empêcher l'effusion de sang".

En mars 2012, la Turquie a fermé son ambassade à Damas et le président Erdogan a commencé à taxer Bachar al-Assad de "meurtrier" et de "terroriste".

Ankara a alors accueilli les groupes de l'opposition politique syrienne, avant de commencer à soutenir les rebelles armés.

La Turquie a lancé depuis 2016 trois offensives sur le sol syrien contre les forces kurdes, qui lui ont permis de contrôler une bande frontalière. Elle ne s'est heurtée aux forces du régime que lors de sa dernière opération en février 2020, qui visait à arrêter l'avancée de l'armée de Damas dans la province d'Idleb. La Russie était alors intervenue pour calmer le jeu.

Quels liens entre Damas et les Kurdes syriens?

Depuis le début du conflit en Syrie, les Kurdes ont évité toute confrontation avec le régime de Damas, à l'exception d'escarmouches limitées, et ont maintenu leurs relations avec le pouvoir central.

Les combattants kurdes, qui contrôlent de vastes pans de territoires dans le nord et le nord-est de la Syrie et sont appuyés par Washington, ont institué une administration autonome dans les zones qu'ils contrôlent. Damas refuse cette administration autonome, taxant les Kurdes syriens de "séparatisme".

Plusieurs sessions de pourparlers entre les deux parties n'ont pas abouti, mais les deux camps sont néanmoins parvenus à un accord, via une médiation russe, en vertu duquel l'armée de Damas a déployé des forces limitées dans certaines zones kurdes pour freiner l'avancée turque.

Des signes de rapprochement syro-turc?

Ankara a infléchi sa position à l'égard de Damas ces derniers mois. En août, le chef de la diplomatie turque a appelé une réconciliation entre le régime syrien et l'opposition. Et mercredi, M. Erdogan a jugé "possible" une entrevue avec le dirigeant syrien, estimant qu'il "n'y avait pas de place pour le ressentiment en politique".

Selon plusieurs analystes, la Russie joue un rôle essentiel dans le processus de rapprochement entre les deux pays voisins qui ont un ennemi commun: les combattants kurdes.

Le chroniqueur proche du gouvernement turc Abdulkadir Selvi a écrit mercredi dans le quotidien Hurriyet que la rencontre Erdogan-Assad pourrait avoir lieu avant les élections turques de juin 2023, et que le président russe Vladimir Poutine en serait l'hôte.

Depuis le lancement dimanche des raids turcs, qui ont fait une vingtaine de tués dans les rangs de l'armée syrienne, Damas s'est contenté d'une faible protestation. Le vice-ministre des Affaires Etrangères, Ayman Soussan, a dénoncé mercredi "les prétextes invoqués par l'occupation turque pour justifier sa politique en Syrie".

"La position de Damas est plus faible que lors des offensives turques précédentes", a déclaré mardi à l'AFP le commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS, à majorité kurde), Mazloum Abdi, affirmant avoir des informations sur "des contacts entre les deux parties".

Quelles conséquences pour les Kurdes syriens?

Pour M. Abdi, Ankara veut "éradiquer l'expérience" de l'administration autonome kurde par le biais de son offensive militaire ou d'un "accord" avec Damas.

Pour les forces kurdes syriennes, "une réconciliation sérieuse entre Ankara et Damas serait un désastre", estime l'analyste Aron Lund, membre du groupe de réflexion Century International.

"Elle les priverait de leur principale protection contre Ankara, qui est Damas, soutenu par la Russie, et permettrait à MM. Erdogan et Assad d'agir de concert pour résoudre leurs +problèmes+ kurdes".

Kobané en ligne de mire

Le chef de l'Etat a précisé ses objectifs prioritaires, citant les localités syriennes de Tal Rifaat, Manbij et Ayn al-Arab (Kobané en kurde), en vue d'établir une zone de sécurité large de trente km au sud de sa frontière.

La ville emblématique de Kobané, bastion kurde des YPG repris en 2015 aux jihadistes du groupe Etat islamique (EI) avec le soutien occidental, a été visée par l'artillerie turque.

Mercredi, les chefs d'état-major turc et américain se sont entretenus au sujet des "développements en cours", selon l'armée turque qui n'a pas donné d'autre détail.

Dans un courriel adressé à l'AFP, le commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a affirmé qu'une frappe turque mardi contre une base conjointe des forces kurdes et de la coalition internationale antijihadiste dans le nord-est de la Syrie a mis les forces américaines "en danger".

Le Centcom avait indiqué le contraire mardi.

Après les Etats-Unis et la Russie qui ont appelé la Turquie à faire preuve de "retenue", la France a dit mercredi "suivre avec inquiétude l'escadalade en cours", estimant dans un communiqué qu'une offensive terrestre "menacerait la stabilité de la région et la sécurité de ses habitants".

"Les raids aériens devraient se poursuivre un moment", avant toute opération terrestre, a indiqué à l'AFP un haut responsable turc.

"Nos unités militaires sont en alerte", a ajouté cette source, sous couvert d'anonymat, rappelant que des troupes turques sont présentes dans le Nord syrien "depuis trois ans".

Des responsables kurdes et l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) ont fait état de frappes de drones mercredi sur de nombreux points de la province de Hassaké (nord-est de la Syrie), dont une raffinerie de gaz et une station de pompage de pétrole.

Une zone abritant une présence russe a été visée par une attaque de drone qui a blessé un soldat russe et tué un combattant kurde, a indiqué à l'AFP un responsable des forces kurdes.

Après cinq frappes contre les gardes kurdes du camp d'Al-Hol, le porte-parole des Forces démocratiques syriennes (FDS, dominées par les combattants kurdes) Farhad Chami a prévenu que "certaines familles de l'EI pourraient en profiter pour fuir le camp" en profitant du chaos.

Plus de 10.000 étrangers originaires d'une soixantaine de pays, dont des Français et d'autres Européens, figurent parmi les résidents de ce camp.

Les environs de la prison de Jerkin à Qamichli, où sont détenus des jihadistes de l'EI ont été également touchés.

Frappes punitives

Selon le ministre turc de la Défense Hulusi Akar, qui assure que "la seule cible des forces armées turques sont les terroristes", les frappes "punitives" conduites par l'aviation et l'artillerie ont visé près de 500 cibles depuis dimanche.

Ankara menace depuis mai de s'en prendre aux positions du PKK et des YPG et a réaffirmé avec insistance depuis lundi son intention de poursuivre ses opérations par voie terrestre.

Par ailleurs, Recep Tayyip Erdogan a réitéré mercredi ses accusations à l'encontre des pays qui leur ont apporté leur soutien, visant implicitement les Etats-Unis.

"Ces puissances qui nous ont garanti qu'il n'y aurait aucune menace provenant de ces régions sous leur contrôle n'ont pas su tenir parole", a-t-il dénoncé. "Par conséquent, nous avons le droit de gérer nous-mêmes nos affaires" en Syrie.

Le porte-parole des YPG Nouri Mahmoud a en revanche déploré les "déclarations timides des pays garants et de la coalition internationale" qui les ont soutenus.

Dans un communiqué commun publié mercredi après une réunion tripartite du processus d'Astana sur la Syrie, réunissant la Russie, la Turquie et l'Iran, les parties "ont souligné leur ferme soutien à l'intégrité territoriale de la Syrie".


Le prince héritier saoudien et le président ukrainien tiennent des pourparlers à Djeddah

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  • Zelensky s’est rendu à Djeddah et a rencontré le prince héritier saoudien pour renforcer les relations bilatérales
  • Les discussions portent sur la coopération en sécurité, énergie et infrastructures, après un soutien financier européen

DJEDDAH : Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est arrivé à Djeddah vendredi pour sa deuxième visite en Arabie saoudite en un mois.

Au cours de cette visite, Zelensky a rencontré le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, où les deux dirigeants ont discuté des moyens de renforcer les liens entre Kyiv et Riyad et d’élargir la coopération dans des secteurs clés, a rapporté l’Agence de presse saoudienne.

« Hier, lors d’une réunion avec des dirigeants européens, nous avons obtenu des garanties financières pour notre résilience. Aujourd’hui, nous faisons avancer nos accords avec l’Arabie saoudite dans les domaines de la sécurité, de l’énergie et des infrastructures », a déclaré Zelensky dans un message publié sur X à son arrivée dans le Royaume. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Washington sanctionne Bagdad pour l'obliger à démanteler les milices pro-Iran

 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
 Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias. (AFP)
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  • Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire"
  • Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter"

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont suspendu la livraison de dollars à Bagdad, ainsi que des programmes de coopération militaire, espérant forcer l'Irak à démanteler les milices pro-iraniennes qu'ils accusent d'attaques récentes contre des intérêts américains, selon des médias.

Le Wall Street Journal, citant des sources officielles irakiennes et américaines, a affirmé mardi soir que Washington avait, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, suspendu la livraison par avion-cargo de près de 500 millions de dollars en cash, provenant des ventes de pétrole irakien.

Un responsable du gouvernement irakien a affirmé à l'AFP que seul un envoi n'était pas arrivé, invoquant "des raisons logistiques liées à la guerre" et la fermeture de l'espace aérien.

Un responsable de la Banque centrale irakienne a de son côté indiqué à l'AFP que les livraisons de dollars avaient cessé pendant la guerre régionale "en raison de la suspension des vols et de la situation sécuritaire".

Il a ajouté que la Banque centrale n'avait pas demandé plus de dollars, car elle dispose de réserves suffisantes et qu'il n'y a "actuellement aucun besoin de les augmenter".

Les revenus des exportations de pétrole irakiennes sont en grande partie déposés à la Réserve fédérale de New York, en vertu d'un arrangement conclu après l'invasion américaine de 2003, qui avait renversé Saddam Hussein.

Un accord qui donne à Washington un levier majeur sur les autorités de Bagdad.

En parallèle, les Etats-Unis ont suspendu le financement de formations des forces armées irakiennes et de programmes de lutte contre les jihadistes, au premier rang desquels le groupe Etat islamique.

Un responsable de la sécurité irakien a confirmé à l'AFP l'arrêt de cette coopération bilatérale, en raison "des milices et des (...) bombardements".

Il n'a fourni aucun détail mais les deux pays coopèrent depuis plusieurs années, en particulier dans la lutte antijihadiste.

L'Irak, voisin de l'Iran, a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient par des frappes imputées aux Etats-Unis ou à Israël visant des groupes pro-iraniens. Ces derniers ont revendiqué des attaques contre les intérêts américains dans le pays.

L'équilibre précaire de l'Irak 

Au début de la guerre régionale déclenchée par les frappes israélo-américaines sur l'Iran le 28 février, Washington et Bagdad avaient déclaré vouloir "intensifier la coopération" pour prévenir les attaques contre les intérêts américains et garantir que le territoire irakien ne serait pas utilisé pour ces opérations.

Mais Washington s'est plaint d'efforts insuffisants de la part de l'Irak, qui tente depuis des années de conserver un équilibre précaire entre ses liens avec les Etats-Unis et sa proximité avec Téhéran.

Le 9 avril, le département d'Etat américain avait déclaré avoir "convoqué" l'ambassadeur irakien à Washington, pour condamner ces attaques.

Sollicitée mercredi par l'AFP, la diplomatie américaine n'a pas confirmé la suspension des livraisons de dollars mais affirmé que "l'incapacité du gouvernement irakien à prévenir ces attaques (...) nuit aux relations entre les Etats-Unis et l'Irak".

"Les Etats-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu'il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les milices alignées sur l'Iran en Irak", a déclaré le porte-parole par intérim du département d'Etat, Tommy Pigott.

Plusieurs de ces factions ont cessé leurs attaques contre les "bases ennemies" dans le pays et la région après le cessez-le-feu irano-américain.

Avant la fin des combats, l'ambassade des Etats-Unis en Irak avait rapporté "de nombreuses attaques de drones" lancées selon elle par des milices pro-iraniennes contre des installations diplomatiques et l'aéroport international de Bagdad.

En janvier, Donald Trump avait menacé de retirer tout soutien à Bagdad si l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki, 75 ans, perçu comme proche de l'Iran, revenait au pouvoir.

L'Iran, pour autant, n'entend pas lâcher ses leviers sur son voisin.

Le général Esmaïl Qaani, un haut responsable militaire iranien, s'est rendu samedi à Bagdad pour rencontrer des responsables politiques et des groupes armés pro-iraniens, a indiqué à l'AFP un haut responsable irakien.


Journaliste tuée: les dirigeants libanais dénoncent un «crime de guerre»

Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
Les proches et les amis d'Amal Khalil, correspondante chevronnée du quotidien Al-Akhbar tuée lors d'une frappe aérienne israélienne qui aurait eu lieu dans le sud du Liban, se recueillent chez elle, dans le village de Bisariyeh, le 23 avril 2026. (AFP)
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  • "Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre"
  • Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales

BEYROUTH: Les dirigeants libanais ont accusé jeudi Israël d'avoir perpétré un "crime de guerre" après la mort d'une journaliste dans une frappe aérienne israélienne dans le sud du pays.

Amal Khalil, 42 ans, journaliste du quotidien Al-Akhbar, a été tuée mercredi et sa collègue indépendante Zeinab Faraj blessée dans cette frappe dans le sud, où les forces israéliennes occupent plusieurs régions.

"Israël cible délibérément les journalistes dans le but de cacher la vérité sur ses crimes contre le Liban", a affirmé le président Joseph Aoun, dénonçant "des crimes de guerre".

Le Premier ministre Nawaf Salam a estimé lui aussi que "cibler des journalistes et entraver l'accès des équipes de secours constitue un crime de guerre", assurant que son pays poursuivra l'affaire devant les instances internationales.

Les deux journalistes s'étaient réfugiées dans une maison du village d'al-Tiri, après qu'une frappe israélienne a visé une voiture qui les précédait, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Les deux occupants du véhicule, le maire de la ville voisine de Bint Jbeil, occupée par Israël, et un homme qui l'accompagnait, ont été tués, a précisé la même source.

Une frappe israélienne a ensuite visé la maison où s'étaient réfugiées les deux journalistes. Les secours ont évacué dans un premier temps la journaliste blessée, avant que "des tirs israéliens visent l'ambulance", selon le ministère de la Santé.

Les autorités libanaises ont dû mener des contacts avec les Casques bleus déployés dans le sud du Liban et il a fallu plusieurs heures avant que les secouristes puissent à nouveau accéder au secteur pour retirer des décombres le corps de l'autre journaliste.

Le ministère de la Santé a accusé jeudi Israël d'avoir "entravé les opérations de sauvetage" et "visé une ambulance portant clairement le signe de la Croix-Rouge".

L'armée israélienne a de son côté affirmé avoir frappé dans le secteur d' al-Tiri deux véhicules à bord desquels se trouvaient des "terroristes", qui avaient "franchi la ligne de défense avancée" de ses troupes dans le sud du Liban.

Israël dit avoir tracé une "ligne jaune" ou ligne de défense avancée en profondeur dans le sud du Liban où ses troupes sont entrées, et interdit aux habitants d'y retourner.

Un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 17 avril, après une guerre entre Israël et le Hezbollah pro-iranien qui a fait plus de 2.400 morts au Liban.

L'armée israélienne a démenti avoir "empêché les équipes de secours d'accéder à la zone". Elle a indiqué que "des informations font état de deux journalistes blessés lors des frappes" et affirmé que l'incident était "en cours d'examen".

Correspondante dans le sud du Liban pour le journal al-Akhbar, proche du Hezbollah, Amal Khalil a couvert les différentes guerres dans cette région. Elle était connue pour son courage et était respectée par ses collègues.

Le 28 mars, trois journalistes avaient été tués dans une frappe israélienne dans le sud et des experts de l'ONU avaient réclamé une enquête internationale.