À la recherche d’un nouveau Yitzhak Rabin pour vaincre les ennemis de la paix

Yasser Arafat (à droite) et Yitzhak Rabin (à gauche) se serrent la main pour la première fois après la signature des accords historiques d’Oslo. (AFP)
Yasser Arafat (à droite) et Yitzhak Rabin (à gauche) se serrent la main pour la première fois après la signature des accords historiques d’Oslo. (AFP)
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Publié le Samedi 18 novembre 2023

À la recherche d’un nouveau Yitzhak Rabin pour vaincre les ennemis de la paix

À la recherche d’un nouveau Yitzhak Rabin pour vaincre les ennemis de la paix
  • Afin de parvenir à la paix, Yitzhak Rabin a cessé d’établir de nouvelles colonies israéliennes dans les territoires occupés
  • Son administration a participé à des pourparlers secrets avec l’Organisation de libération de la Palestine qui ont abouti à l’accord d’Oslo I de septembre 1993, dans lequel Israël reconnaît l’OLP

La vidéo d’un journaliste français qui avait couvert la première intifada à Gaza lors de la signature des accords de paix à Washington a récemment fait le tour des réseaux sociaux. Il y déclare qu’au moment où Yitzhak Rabin a serré la main de Yasser Arafat sur la pelouse de la Maison-Blanche en septembre 1993, des cris de joie ont été entendus et qu’il a vu de ses propres yeux des enfants palestiniens courir vers les soldats israéliens, les serrer dans leurs bras pour célébrer cet événement avec eux.

À l’époque, il y avait l’espoir d’un avenir meilleur pour les Palestiniens, les Israéliens et l’ensemble du Moyen-Orient. Aujourd’hui, nous avons le sentiment que tous ces acquis ont été perdus. Ces accords avaient des figures de premier plan dans la lutte pour la paix, comme M. Rabin. On comprend mieux, en relisant sa biographie, pourquoi il avait le pouvoir et la capacité d’être accepté à la fois par les Israéliens et les Palestiniens.

Les carrières militaire et politique de Yitzhak Rabin sont marquées par une position belliciste qui l’a aidé à gagner la confiance du public israélien, ce qui signifie qu’il a pu faire les concessions nécessaires sans sacrifier la sécurité. Lors des élections générales de 1992, l’une des principales questions qui ont fait pencher la balance en faveur de M. Rabin et de son parti était la volonté du peuple israélien d’instaurer la paix. D’autre part, de nombreux Palestiniens savaient que c’était un homme de parole capable de tenir ses engagements.

Afin de parvenir à la paix, Yitzhak Rabin a cessé d’établir de nouvelles colonies israéliennes dans les territoires occupés. Son administration a participé à des pourparlers secrets avec l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) qui ont abouti à l’accord d’Oslo I de septembre 1993, dans lequel Israël reconnaît l’OLP et s’engage à accorder, au fil du temps, une autonomie partielle aux Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Ce moment historique avait ses opposants des deux côtés, avec de très grandes manifestations en Israël. M. Arafat a par ailleurs reconnu le droit d’Israël à exister et il a renoncé au terrorisme. C’est à cette époque que le Hamas est devenu le seul groupe armé palestinien important parrainé par le régime de Téhéran.

De nombreux Palestiniens savaient que c’était un homme de parole capable de tenir ses engagements.

- Khaled Abou Zahr

Cet accord et ce moment historique, déclare le journaliste français dans la vidéo, ont mis fin à la première intifada. Il ne faut pas oublier qu’à cette époque, l’intifada n’était pas de nature militante. Les Palestiniens n’ont pas attaqué des civils innocents. Ce sont les enfants palestiniens avec des pierres qui ont fait la différence. Ces petites pierres se sont révélées très puissantes et elles ont donné du pouvoir à Yasser Arafat dans ses négociations.

Malheureusement, tout cela a été de courte durée et l’assassinat de M. Rabin en 1995 par un extrémiste israélien a planté le dernier clou dans le cercueil du processus de paix d’Oslo et des progrès des Palestiniens vers la solution à deux États. Au même moment, nous avons assisté au début de la montée en puissance du Hamas et de ses violentes attaques terroristes. La montée des extrémistes des deux côtés avait commencé.

Au-delà d’une dernière petite lueur d’espoir sous l’administration Clinton avec le sommet de Camp David en 2000 entre Yasser Arafat et Ehud Barak, alors Premier ministre israélien, la paix est devenue un mirage. À cette époque, M. Arafat était affaibli sur le plan intérieur et M. Barak n’était pas en mesure d’inspirer confiance, malgré son expérience militaire. La deuxième intifada a commencé quelques mois plus tard, après la visite provocatrice d’Ariel Sharon à Al-Haram al-Charif.

C’est avec la deuxième intifada que le Hamas a connu un essor spectaculaire et qu’il a remporté les élections législatives à Gaza en 2006. Depuis lors, entre une direction palestinienne divisée et le jeu des chaises musicales électorales en Israël, aucune paix réelle n’a été possible.

Alors que la guerre à Gaza continue de faire couler du sang et des larmes, nous avons besoin de dirigeants courageux dans les deux camps.

- Khaled Abou Zahr

Alors que la guerre à Gaza continue de faire couler du sang et des larmes, nous avons besoin de dirigeants courageux dans les deux camps pour mettre fin à ce conflit. Une véritable fin. Je crois que cela ne peut commencer qu’en Israël. Tel-Aviv a besoin d’un nouveau Yitzhak Rabin. Il a besoin d’un nouveau dirigeant capable de protéger efficacement ses citoyens, tout en mettant fin à l’occupation et en donnant aux Palestiniens les moyens d’accéder à leur propre souveraineté légitime.

Benjamin Netanyahou a laissé tomber ses citoyens. Il n’a pas été en mesure de les protéger le 7 octobre. La carrière politique et militaire de M. Netanyahou connaîtra une fin sombre. L’homme qui avait promis qu’il ne ferait jamais de compromis sur la sécurité d’Israël a été témoin, sous sa direction, de la pire attaque terroriste du Hamas, avec un nombre de morts inimaginable et effroyable.

Il doit y avoir une approche nouvelle et différente émanant d’Israël – ou peut-être, dans ce cas, une ancienne approche. Comme on dit en France, c’est dans «les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes». Comme Ronald S. Lauder l’a écrit dans Arab News la semaine dernière, nous ne devons pas céder aux voix de l’extrémisme et une solution à deux États doit être proposée dès maintenant. C’est ce que les pays arabes réclament depuis 2002 avec l’Initiative de paix arabe.

M. Rabin, dans une formule restée célèbre, a déclaré: «Il faut combattre le terrorisme comme s’il n’y avait pas de négociations et négocier comme s’il n’y avait pas de terrorisme.» En bref, il a donné du pouvoir à Yasser Arafat. Il a renforcé son partenaire de paix. Yitzhak Rabin a fait des concessions réelles et difficiles pour que la paix avec les Palestiniens devienne possible. À son tour, il a affronté les extrémistes de son propre camp. Pour l’heure, les ennemis de la paix semblent gagner. Espérons que cela changera bientôt.

 

Khaled Abou Zahr est le fondateur de SpaceQuest Ventures, une plate-forme de financement axée sur l’espace. Il est PDG d’EurabiaMedia et rédacteur en chef d’Al-Watan Al-Arabi. 

NDLR: L’opinion exprimée dans cette page est propre à l’auteur et ne reflète pas nécessairement celle d’Arab News en français. 

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com