Gaza: Quelles chances pour les Palestiniens déplacés de retourner chez eux?

Selon Oxfam, ceux qui sont restés se comptent par centaines de milliers, malgré les avertissements répétés d'Israël demandant aux civils d'abandonner les régions du nord et de se diriger vers le sud (Photo, AFP).
Selon Oxfam, ceux qui sont restés se comptent par centaines de milliers, malgré les avertissements répétés d'Israël demandant aux civils d'abandonner les régions du nord et de se diriger vers le sud (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 30 novembre 2023

Gaza: Quelles chances pour les Palestiniens déplacés de retourner chez eux?

  • En l'espace de sept semaines, l'armée israélienne a réduit à l'état de ruines une grande partie de la bande de Gaza, autrefois densément peuplée
  • Plus d'un million de Palestiniens ont fui le nord de l'enclave, y compris la ville de Gaza, considérée comme le centre urbain

LONDRES: Après une pause des hostilités apparemment réussie, les questions se multiplient sur le sort des Palestiniens déplacés par la guerre à Gaza et sur les espoirs qu'ils ont de rentrer chez eux si, et quand, la nouvelle d'un cessez-le-feu permanent se fait jour.

En plus de cinquante jours de bombardements incessants, l'armée israélienne a transformé une grande partie du nord de la bande de Gaza en un paysage lunaire, avec des quartiers entiers réduits à l'état de ruines.

Les maisons, les hôpitaux et les écoles encore debout sont loin d'être commodes. Les autorités devront donc aller de maison en maison, de bâtiment en bâtiment pour déterminer le niveau de reconstruction dont les habitants de Gaza ont besoin.

Yossi Mekelberg, professeur de relations internationales et membre associé du programme MENA à Chatham House, a déclaré à Arab News que la question sur le retour des Palestiniens est «déchirantes».

«C'est une bonne question à poser, mais elle est aussi déchirante en raison du niveau et de l'ampleur des destructions, et ce avant même que la guerre n'ait pris fin et que nous ne sachions pas encore si Israël a l'intention de poursuivre ses offensives dans le sud», a indiqué Mekelberg.

Airwars, l'observatoire des conflits basé au Royaume-Uni, a qualifié les bombardements de plus intenses depuis la Seconde Guerre mondiale.

«Nous savons que certains habitants de Gaza qui ont fui leurs maisons dans le nord sont revenus, ou ont essayé de revenir, pour voir si leurs maisons étaient encore debout... elles ne l'étaient pas», a-t-il signalé.

Au cours de cette dernière éruption de violence dans un conflit qui dure depuis plus de soixante-quinze ans, on estime que plus d'un million de Palestiniens ont fui le nord de Gaza, notamment la ville de Gaza, considérée comme le centre urbain de l'enclave.

L'armée israélienne a peut-être décrit la campagne aérienne comme inévitable, mais en soulignant son ampleur, Airwars, un observateur des conflits basé au Royaume-Uni, l'a qualifiée de plus intense depuis la Seconde Guerre mondiale.

La directrice d'Airwars, Emily Tripp, a précisé à Arab News que cette évaluation était basée sur une comparaison avec la bataille de Mossoul qui a duré neuf mois entre 2016 et 2017 et qui, une fois terminée, a laissé 80% de la ville inhabitable selon l'ONU et d'autres experts.

«À l'époque, les États-Unis ont estimé que Mossoul était le champ de bataille urbain le plus intense depuis la Seconde Guerre mondiale, et nos données montrent qu'il n'y a pas eu plus de 6 000 munitions larguées en un seul mois», a signalé Tripp.

«Si la déclaration initiale des FDI faisant état de 6 000 munitions larguées au cours de la première semaine ou des dix premiers jours se vérifie, il est probable qu'au moment de la pause temporaire de la semaine dernière, les FDI aient largué plus de munitions que la coalition au cours de n'importe quel mois de la campagne contre Daech.»

«Il n'y a pas assez de ressources pour accueillir plus de 1,1 million de personnes dans les autres gouvernorats», a déclaré Bushra Khalidi, responsable politique d'Oxfam (Photo, AP).

S'adressant au radiodiffuseur public américain PBS, Yousef Hammash, un travailleur humanitaire du Conseil norvégien pour les réfugiés qui a fui vers le sud depuis les ruines du camp de réfugiés de Jabaliya, a révélé qu'il ne voyait pas d'avenir pour ses enfants là où ils s'étaient retrouvés et qu'il voulait «rentrer chez lui, même si je dois dormir sur les décombres de ma maison».

Mahmoud Jamal, un chauffeur de taxi de 31 ans, a déclaré à la même chaîne que lorsqu'il a fui Beit Hanoun, dans le nord de la bande de Gaza, «je ne pouvais pas savoir dans quelle rue ou à quelle intersection je passais».

Les restrictions d'accès à Gaza imposées par Israël nous empêchent de se tenir au courant de l'ampleur des dégâts, mais au cours de la deuxième semaine de novembre, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a estimé qu'à ce moment-là, environ 45% des logements avaient été détruits.

Des sources ont déclaré à Arab News que, malgré le niveau des dégâts, il n’était «pas surprenant» que de nombreux Palestiniens de Gaza hésitent à quitter leurs domiciles, mais ont indiqué que cela restait l’option la plus sûre.

L’une de ces sources a déclaré: «Dans un monde idéal, les civils pourraient aller quelque part pendant une courte période et revenir, mais on craint toujours que dire qu’ils devraient partir pour leur sécurité pourrait être interprété comme appuyant l’affirmation selon laquelle Israël cherche à procéder à un nettoyage ethnique à Gaza. 

EN CHIFFRES

45% du parc immobilier de Gaza détruit.

6 000 obus largués en une seule semaine sur Gaza.

1,1 million d'habitants de Gaza sans maison ni abri.

Selon Oxfam, ceux qui sont restés se comptent par centaines de milliers, malgré les avertissements israéliens répétés aux civils d'abandonner les régions du nord et de se diriger vers le sud.

La responsable politique d'Oxfam, Bushra Khalidi, elle-même basée à Ramallah, a déclaré que les appels d'Israël pour que les civils se réinstallent dans le sud, en l'absence de toute garantie de sécurité ou de retour, équivalaient à un déplacement forcé, le décrivant «comme une grave violation du droit humanitaire international qui doit être annulé».

«Il n’y a pas assez de ressources pour accueillir plus de 1,1 million de personnes dans les autres gouvernorats», a-t-elle déclaré à Arab News.

«Les abris, l’aide et l’eau sont déjà rares dans le sud. Rien ne garantit que les civils trouvent refuge dans d’autres parties de Gaza. Ceux qui restent dans le nord de Gaza ne peuvent être privés de leur droit de protection en tant que civils», a-t-elle ajouté.

«Les États-Unis, le Royaume-Uni, l’UE et les autres pays occidentaux et arabes qui ont une influence sur les dirigeants politiques et militaires israéliens doivent exiger qu’Israël annule immédiatement l’ordre de délocalisation», a-t-elle estimé.

L’armée israélienne a transformé une grande partie du nord de Gaza en un paysage lunaire avec des quartiers entiers réduits en décombres (Photo, AP).

Face au manque apparent de leadership de la part de ceux qui sont en position d'influencer les actions d'Israël à Gaza, les Forces de défense israéliennes ne semblent pas d'humeur à faire preuve de clémence, après avoir exhorté les habitants de Gaza qui avaient déjà déménagé à déménager à nouveau, cette fois à Al-Mawasi, sur la côte.

De son côté, Mekelberg, notant que lorsqu’il s’agissait de ce conflit, il y avait une tendance à ce que «le temporaire devienne permanent», a expliqué que la question devient celle de «quelle est la prochaine étape pour les civils palestiniens?»

Alors que 70% de la population de Gaza d’avant-guerre était déjà classée comme réfugiée après avoir été déplacée d’autres régions de Palestine à différentes étapes du conflit qui a duré des décennies, les services de renseignement israéliens semblaient avoir répondu à cette question en annonçant leur intention de les envoyer dans le Sinaï.

La proposition, rejetée par la suite par le gouvernement israélien, a suscité une vive condamnation de la part des Palestiniens et de l’Égypte, Mekelberg évoquant l’inquiétude de cette dernière concernant l’entrée des combattants du Hamas.

«Nous savons que ce qui a commencé comme temporaire devient permanent, et nous le savons parce que, soixante-quinze ans plus tard, il y a encore des Palestiniens qui, après avoir été déplacés en 1946, se trouvent toujours dans d'autres pays et cette réalité aggrave les difficultés d’héberger des réfugiés» a-t-il éclairci.

Ces préoccupations ont été reflétées dans les déclarations des dirigeants arabes. Le roi Abdallah de Jordanie a déclaré sans détour qu’il ne devait y avoir «aucun réfugié en Jordanie», tandis que le ministre des Affaires étrangères du pays a averti Israël de ne pas laisser de dégâts aux autres pays.

Mekelberg a averti que «si les gouvernements soupçonnent cette guerre d’être un effort israélien visant à nettoyer ethniquement Gaza, ils ne seraient sans surprise pas très désireux d’offrir leur aide».

Il a néanmoins souligné que dans l’immédiat, il était «primordial» de trouver un refuge sûr pour la population civile, mais compte tenu de la situation politique ambiante et de la disponibilité, ou du manque d’aide humanitaire indispensable, cela s’avérait difficile.

Invoquant le droit international humanitaire, Khalidi a affirmé qu'aucun pays ne pouvait refuser l'accès et un refuge sûr à ceux qui fuient la guerre.

Néanmoins, elle a également déclaré que les pays devaient être conscients du fait que – étant donné les Palestiniens déjà déplacés à Gaza et refusant leur droit au retour par Israël – tout soutien qu’ils offriraient pourrait, par mégarde, faire le jeu des acteurs cherchant à nettoyer ethniquement l’enclave.

«Il n'y a aucune garantie que les civils trouveront refuge dans d'autres parties de Gaza», a mentionné Bushra Khalidi, responsable politique d'Oxfam (Photo, AFP).

Avec plus de questions que de réponses, Mekelberg a déclaré qu'une refonte complète était nécessaire sur la manière dont de telles situations étaient gérées ainsi que sur les obligations et les droits de ceux qui sont pris dans un conflit.

«En ce qui concerne les Gazaouis d’aujourd’hui, l’hiver est déjà là. Si vous avez un seul cas de fortes pluies qui tombent dans un système d’égouts qui était en difficulté avant les bombardements israéliens, vous vous retrouverez avec une énorme crise sanitaire», a-t-il alerté.

«Face à cela, un effort international concerté est primordial pour construire des camps de réfugiés, afin de leur fournir tout ce qui est nécessaire et d’assurer la sécurité des personnes», a suggéré Mekelberg.

À l'heure actuelle, nous assistons à une «situation très malheureuse», mais il a souligné que le soutien international devait être là lorsque les combats prendraient fin. Les Gazaouis étant aidés à la fois dans la reconstruction de leurs maisons et, dans les cas où ils étaient relocalisés, pour assurer leur retour, a-t-il soutenu.

Khalidi a conclu: «Tout individu doit avoir le droit de vivre en sécurité et en paix dans son pays.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Deux militaires des Émirats arabes unis tués, l'Iran poursuit ses frappes dans le Golfe

Le 8 mars 2026, des immeubles de grande hauteur se dressent sous un ciel couvert le long de la corniche de Doha. (File/AFP)
Le 8 mars 2026, des immeubles de grande hauteur se dressent sous un ciel couvert le long de la corniche de Doha. (File/AFP)
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  • De fortes explosions ont été entendues à Doha
  • Les défenses aériennes des Émirats arabes unis ont déclaré avoir détecté 15 missiles balistiques.

DUBAI : Les défenses aériennes du Qatar et des Émirats arabes unis ont intercepté des missiles et des drones lundi, alors que le conflit avec l'Iran continue de se propager dans le Golfe, les autorités des deux pays faisant état d'explosions et d'interceptions aériennes.

Les Émirats arabes unis ont déclaré que deux membres des forces armées ont été tués à la suite du crash d'un hélicoptère dû à une défaillance technique alors qu'ils exerçaient leurs fonctions dans le pays lundi.

Le ministère de la défense a présenté "ses plus sincères condoléances et sa sympathie aux familles".

Le ministère de la défense du Qatar a indiqué que les forces armées avaient intercepté une attaque au missile.

Des témoins de l'agence Reuters et des journalistes de l'AFP ont également rapporté avoir entendu de fortes explosions à Doha.

Les défenses aériennes des Émirats arabes unis ont déclaré avoir détecté 15 missiles balistiques, dont 12 ont été détruits, tandis que 3 missiles sont tombés en mer.

Au total, 18 drones ont également été détectés, dont 17 ont été interceptés, tandis qu'un autre est tombé à l'intérieur du territoire national.

Depuis le début de la guerre, les Émirats arabes unis ont déclaré avoir intercepté 233 des 253 missiles balistiques, 1 359 des 1 440 drones et détruit 8 missiles de croisière.

Ces attaques ont fait 4 morts parmi les ressortissants pakistanais, népalais et bangladais, et 117 personnes ont été légèrement blessées.


Un mort après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël

 Les secouristes israéliens ont annoncé lundi la mort d'un homme d'environ 40 ans, tué sur un chantier de construction, après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël qui a fait aussi un blessé grave. (AFP)
Les secouristes israéliens ont annoncé lundi la mort d'un homme d'environ 40 ans, tué sur un chantier de construction, après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël qui a fait aussi un blessé grave. (AFP)
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  • Des images tournées par l'AFP ont montré des équipes de secouristes et forces de sécurité déployées dans une rue de la localité de Yehud, dans le centre d'Israël, allant ensuite inspecter un bâtiment voisin
  • Sur place, un journaliste de l'AFP a vu un monte-charge explosé sous l'effet d'un impact, qui a touché selon les secouristes une structure bétonnée encore en construction

YEHUD: Les secouristes israéliens ont annoncé lundi la mort d'un homme d'environ 40 ans, tué sur un chantier de construction, après une salve de missiles iraniens sur le centre d'Israël qui a fait aussi un blessé grave.

Des images tournées par l'AFP ont montré des équipes de secouristes et forces de sécurité déployées dans une rue de la localité de Yehud, dans le centre d'Israël, allant ensuite inspecter un bâtiment voisin.

Sur place, un journaliste de l'AFP a vu un monte-charge explosé sous l'effet d'un impact, qui a touché selon les secouristes une structure bétonnée encore en construction.

"Immédiatement après l'activation des sirènes", des équipes de secours ont été dépêchées "sur plusieurs sites du centre d'Israël", parmi lesquels le chantier de Yehud, a déclaré le Magen David Adom (MDA), l'équivalent israélien de la Croix-Rouge.

Deux hommes "souffrant de blessures graves provoquées par des débris" ont été dégagés des décombres, et l'un est décédé peu après, a ajouté le MDA.

"La situation était difficile. Les deux victimes gisaient inconscientes et souffraient de graves blessures dues à des débris", a témoigné Liz Goral, une ambulancière paramédicale du MDA, citée dans un communiqué.

Le chef de l'opposition israélienne, Yaïr Lapid, qui s'est rendu sur les lieux, a affirmé aux journalistes que "l'Iran visait des civils de manière délibérée".

"Voyez-vous des installations militaires autour de vous?", a-t-il dit, "ce qu'ils essaient de faire, c'est de transformer cette guerre, d'une guerre entre armées en une guerre contre les civils".

Dans une rue de Bat Yam, une autre localité frappée au sud de Tel-Aviv, un photographe de l'AFP a vu une voiture écrasée alors que les forces de sécurité inspectaient les lieux.

L'armée a indiqué que des soldats menaient des recherches sur plusieurs sites touchés dans le centre d'Israël.

Selon les services de secours, 11 personnes ont été tuées et des dizaines d'autres blessées, dont trois grièvement, après des tirs de missiles en Israël depuis le début de la guerre avec l'Iran, le 28 février, déclenchée par une offensive israélo-américaine massive contre la République islamique.

 

 


L'émir du Koweït condamne l'attaque «brutale» de l'Iran contre son pays

L'émir du Koweït a condamné lundi les attaques de l'Iran contre son pays, où 12 personnes ont été tuées jusqu'à présent, alors que Téhéran lance missiles et drones sur le Golfe en représailles à des frappes américano-israéliennes. (AFP)
L'émir du Koweït a condamné lundi les attaques de l'Iran contre son pays, où 12 personnes ont été tuées jusqu'à présent, alors que Téhéran lance missiles et drones sur le Golfe en représailles à des frappes américano-israéliennes. (AFP)
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  • "Notre pays a été la cible d'une attaque brutale de la part d'un pays musulman voisin, que nous considérons comme ami, alors même que nous n'avons autorisé l'utilisation ni de notre territoire, ni de notre espace aérien"
  • Il a également réaffirmé le "droit plein et inhérent du Koweït à la légitime défense", s'exprimant pour la première fois depuis le début des attaques iraniennes le 28 février

KOWEIT: L'émir du Koweït a condamné lundi les attaques de l'Iran contre son pays, où 12 personnes ont été tuées jusqu'à présent, alors que Téhéran lance missiles et drones sur le Golfe en représailles à des frappes américano-israéliennes.

"Notre pays a été la cible d'une attaque brutale de la part d'un pays musulman voisin, que nous considérons comme ami, alors même que nous n'avons autorisé l'utilisation ni de notre territoire, ni de notre espace aérien, ni de nos côtes pour aucune action militaire contre lui, et que nous le leur avons répété à maintes reprises par nos canaux diplomatiques", a déclaré l'émir, Mechaal al-Ahmad Al-Sabah, dans un discours télévisé.

Il a également réaffirmé le "droit plein et inhérent du Koweït à la légitime défense", s'exprimant pour la première fois depuis le début des attaques iraniennes le 28 février.