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L’attentat du Vol 103 de la Pan Am à Lockerbie

En novembre 1991, deux officiers libyens présumés, Abdelbasset Al-Megrahi et Lamin Khalifa Fhimah, furent inculpés pour l’attentat (Photo, Getty Images).
En novembre 1991, deux officiers libyens présumés, Abdelbasset Al-Megrahi et Lamin Khalifa Fhimah, furent inculpés pour l’attentat (Photo, Getty Images).
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Publié le Mardi 08 décembre 2020

L’attentat du Vol 103 de la Pan Am à Lockerbie

  • Le 21 décembre 1988, le vol 103 de la compagnie Pan Am s’écrase sur la petite ville écossaise de Lockerbie, tuant les 259 passagers et membres d’équipage
  • Les enquêteurs trouvent rapidement des traces d’explosifs, déclenchant une enquête judiciaire qui dévoilera qu’une bombe avait été dissimulée

La vérité sur l’attentat terroriste le plus meurtrier de l’histoire du Royaume-Uni ne sera peut-être jamais connue.  

Résumé

Le 21 décembre 1988, le vol 103 de la compagnie Pan Am pour New York en provenance de Francfort via Londres, s’écrase sur la petite ville écossaise de Lockerbie, tuant les 259 passagers et membres d’équipage. 11 habitants d’une seule rue de Lockerbie meurent également, frappés par des fragments de l’appareil.

Les enquêteurs trouvent rapidement des traces d’explosifs, déclenchant une enquête judiciaire qui dévoilera qu’une bombe avait été dissimulée dans un lecteur de cassettes au milieu d'une valise de vêtements embarquée sur le vol.

En novembre 1991, deux officiers libyens présumés, Abdelbasset Al-Megrahi et Lamin Khalifa Fhimah, furent inculpés pour l’attentat. Durant neuf ans, le dirigeant libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, refusera leur extradition. Mais sous la pression de sanctions internationales, il acceptera finalement qu’ils soient jugés pour meurtre, en application de la loi écossaise, à la Cour internationale de Justice aux Pays-Bas.  

Fhimah est jugé non-coupable mais Al-Megrahi est condamné à la prison à vie. Diagnostiqué d’un cancer de la prostate, il est relâché pour des raisons humanitaires après avoir servi un peu plus de huit ans de sa sentence. Il rentre en Libye accueilli en héros où il meurt près de trois ans plus tard.

DJEDDAH - Le Roi conduit la délégation saoudienne lors d’un sommet du CCG à Manama. Un nouveau gouvernement voit le jour en Israël. Le Soudan est en crise. Cette une de Arab News aurait pu être publiée pratiquement chaque jour cette année.

Mais il faut alors préciser que le Roi saoudien était le Roi Fahd, le Premier ministre israélien était Yitzhak Shamir, et un autre article sur la page nous rappelle que nous ne sommes pas en 2020 mais bien le 23 Décembre 1988. Deux nuits plus tôt, le vol 103 de la Pan Am en provenance de Francfort pour Détroit via Londres et New York explosait en plein ciel, victime d’une bombe terroriste alors qu’il franchissait la frontière entre l’Angleterre et l’Ecosse.

Avec un bilan de 270 morts - les 243 passagers et 16 membres de l’équipage ainsi que 11 victimes dans les rues de Lockerbie où l’avion s’est écrasé à 800 kilomètres par heure – cet attentat demeure jusqu’à ce jour l’attaque terroriste la plus meurtrière sur le sol du Royaume-Uni.

Peu d’événements ont une telle portée, allant d’une petite ville à la frontière de l’Ecosse jusqu’à la Maison Blanche. Ce fut l’un de ces évènements-là. Lockerbie, avec ses 4 000 habitants, rejoint la liste de villes aux Royaume-Uni et ailleurs – Aberfan, Munich, Sebrenica, My Lai – pour toujours associées, dans la conscience collective, à de cruelles et absurdes pertes de vies. 

L’Ecosse, mon pays, et Glasgow, ma ville, ont une image d’endroits où vivent des gens coriaces. Et les journalistes de ce pays et de cette ville ne sont pas connus pour faire preuve d’incontinence émotionnelle. Mais ce jour-là, je vis des journalistes à la réputation de durs à cuire, voire cyniques, rentrer de Lockerbie, le regard dans le vide, comme anesthésiés par l’ampleur du drame auquel ils venaient d’assister. Ces mêmes journalistes étaient pleins d’admiration devant la dignité, le calme et la force mentale dont ont fait preuve les habitants de Lockerbie, touchés par la perte de leurs proches.

La plupart des passagers étaient américains, et leurs familles avaient fait le voyage des Etats-Unis pour identifier les corps et les affaires des victimes. Les habitants de Lockerbie mirent leur chagrin entre parenthèses afin d’offrir logement, nourriture et réconfort aux personnes endeuillées. Des liens forts, qui demeurent à ce jour, furent tissés.

Extrait des archives d’Arab News du 23 décembre 1988

 Lorsqu’une attaque terroriste était confirmée, il était inévitable que son auteur soit identifié par Washington. Les Etats-Unis et le régime de Mouammar Kadhafi en Libye étaient, durant des années, dans un état de guerre non déclarée. Les frappes américaines en avril 1986, loin d’effrayer Kadhafi, semblaient l’avoir rendu furieux.

Les enquêteurs américains et britanniques ont conclu que des agents libyens à Malte avaient caché dans un radiocassette un explosif fabriqué à partir de Semtex, et l’avaient expédié dans une valise à destination de Francfort, où il fut chargé à bord du vol 103 de la Pan Am. Le sort de 270 personnes était scellé.

Les dates clés :

  1. Le 5 décembre 1988

L'Autorité fédérale de l'aviation civile américaine diffuse un bulletin d’alerte suite à un appel anonyme, avertissant qu’un vol en provenance de Francfort de la Pan Am sera l’objet d’un attentat à la bombe d’ici à deux semaines.   

  1. Le 21 décembre 1988

Une bombe explose à bord du vol 103 de la Pan Am au-dessus de Lockerbie.

  1. En Novembre 1991

Les officiers libyens supposés, Abdelbasset Al-Megrahi et Lamin Khalifa Fhimah, sont inculpés de meurtre par les autorités américaines et écossaises. Le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi refuse leur extradition pour être jugés.

  1. Le 3 mai 2000

Après un blocage de neuf ans, Kadhafi accepte enfin de permettre aux juges écossais de juger Al-Megrahi et Fhimah aux Pays-Bas.

  1. Le 31 janvier 2001

Al-Megrahi est condamné à la prison à vie. Fhimah est jugé non coupable.

  1. Le 14 mars 2002

Al-Megrahi perd son procès en appel.

  1. Le 29 avril 2003

Kadhafi reconnaît la responsabilité de la Libye dans l’attentat et accepte de payer des compensations aux familles des victimes. 

  1. Le 20 août 2009

Diagnostiqué d’un cancer de la prostate, Al-Megrahi est relâché pour des raisons humanitaires et rentre en Libye.

  1. Le 17 février 2011

La guerre civile éclate en Libye.

  1. Le 23 février 2011

L’ancien ministre libyen de la Justice Mustafa Abdul Jalil affirme que le régime de Kadhafi était impliqué dans l’attentat.

  1. Le 20 octobre 2011

Kadhafi est tué par des milices rebelles en tentant de fuir après la chute de Tripoli. 

  1. Le 20 mai 2012

Al-Megrahi meurt, âgé de 60 ans.

Dans certaines histoires, curieusement, il est nécessaire de revenir en arrière pour mieux comprendre le présent. Notre point de départ est la mort de Abdelbasset Al-Megrahi, un officier des renseignements libyens et ancien chef de la sécurité de la compagnie d’aviation libyenne arabe, décédé chez lui à Tripoli le 20 mai 2012, à l’âge de 60 ans. Revenons donc en arrière, plus de 11 années plus tôt, lorsque trois juges écossais, siégeant dans une cour spéciale aux Pays-Bas, dans une ancienne base américaine, condamnent Al-Megrahi à la prison à vie pour 270 chefs d’accusation de meurtre dans l’attentat de Lockerbie. Il purgea sa peine dans deux prisons écossaises durant plus de huit ans jusqu’à ce que le gouvernement écossais le libère pour des raisons humanitaires, les médecins lui ayant diagnostiqué un cancer en phase terminale. Il rentra en Libye en août 2009. Les médecins ne lui avaient donné que trois mois à vivre. Il survécut près de trois années.

Al-Megrahi était et demeure la seule personne condamnée dans l’attentat du vol 103 de la Pan Am. Avec sa mort, l’affaire est-elle classée ? Certainement pas.

Les répercussions ont débuté très vite après la catastrophe, et demeurent à ce jour. Les failles dans le système de sécurité de la Pan Am ayant été exposées au grand jour, la compagnie déposa le bilan un an plus tard et ne survécut que deux ans à l’attentat. Les sanctions des Nations Unies contre Kadhafi et la Libye confirmèrent leur statut de parias. Le pays demeura en état en faillite, enlisé dans une guerre civile. Pour nous autres, les dispositifs de sécurité dans les aéroports et les avions ont connu depuis lors des renforcements incessants, mais nous pouvons, tout au moins, être reconnaissants du fait qu’une valise abandonnée contenant une bombe ne pourra plus jamais faire le voyage de Malte jusqu’en Ecosse en passant par deux autres aéroports.  

« La Mairie, décorée pour les fêtes de fin d’année et maintenant hâtivement convertie en morgue, fut envahie par des familles désemparées ».

Extrait d’un article Reuters paru dans Arab News, le 23 décembre 1988.

 De manière plus significative, Lockerbie a peut-être marqué le début de l’érosion de la confiance des citoyens dans la parole gouvernementale. Les autorités américaines et britanniques insistent sur le fait que Al-Megrahi était coupable, et qu’il avait agi seul ou avec un seul complice. Peu de gens peuvent le croire.

Des évènements majeurs à travers le monde – l’assassinat de John F. Kennedy, les premiers pas sur la Lune, les attaques du 11 septembre 2011 contre les Etats-Unis – attirent les théoriciens de la conspiration comme des aimants. Lockerbie n’est pas une exception : ‘C’était l’Iran, les Palestiniens, le Mossad. C’était la Stasi, l’Afrique du Sud sous l’apartheid’. La seule différence de taille avec Lockerbie, est que l’une de ces ‘théories’ est probablement vraie. Laquelle ? Bien malin qui saurait y répondre. La personne qui semble la plus à même d’apporter des réponses est Jim Swire, le médecin de famille anglais à la voix douce mais à la grande détermination, dont la fille, Flora, 23 ans, périt à bord de l’avion. Swire, qui a aujourd’hui plus de 80 ans, à dévoué sa vie à la recherche de la vérité sur l’attentat de Lockerbie. Il a rencontré et questionné Al-Megrahi. Il a rencontré et questionné Kadhafi. Il a été une épine dans le pied des autorités britanniques et américaines durant plus de 30 ans et il est toujours convaincu que le procès d’Al-Megrahi était une parodie de justice et un tissu de mensonges destinés à couvrir la terrible vérité qui ne sera peut-être jamais connue.

Le président américain George H.W. Bush a mis en place une commission sur la sécurité de l’aviation en 1989 afin d’étudier le sabotage de l’avion. Des familles britanniques de victimes rencontrèrent, en février de l’année suivante, des membres de cette commission à l’ambassade américaine à Londres. Un membre du personnel de Bush dit à l’un des parents de victimes : ‘Votre gouvernement et le nôtre savent exactement ce qui s’est passé, mais ils ne le révèleront jamais’.

Et ceci représente, très certainement, pour les victimes du vol 103 de la Pan Am, pour leurs familles qui portent encore le deuil, et pour les habitants de Lockerbie, l’ultime insulte.

 

Ross Anderson, rédacteur en chef adjoint à Arab News, était de service en tant que rédacteur en chef au journal ‘Today’ à Londres, la nuit de la catastrophe de Lockerbie.


Syrie: L'Unrwa lance un appel d'aide de 16 millions de dollars pour les réfugiés palestiniens victime du séisme

Samedi, un volontaire palestinien pousse un chariot de rations alimentaires devant un centre de distribution d'aide relevant de l'Office de secours et de travaux des Nations unies au camp d'Al-Shati dans la ville de Gaza (Photo d'archivesAFP).
Samedi, un volontaire palestinien pousse un chariot de rations alimentaires devant un centre de distribution d'aide relevant de l'Office de secours et de travaux des Nations unies au camp d'Al-Shati dans la ville de Gaza (Photo d'archivesAFP).
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  • On estime à près de 47 000 le nombre de réfugiés palestiniens touchés par le drame survenu en Syrie, et à plus de 2 300 le nombre de personnes déplacées
  • L’agence a fourni aux familles une aide financière, des kits d'hygiène et des couvertures

LONDRES : Les Nations unies ont lancé un appel à la solidarité envers les réfugiés palestiniens touchés par le récent tremblement de terre en Syrie. L'aide sollicitée devrait atteindre 16,2 millions de dollars (1 dollar = 0,93 euro).

Les responsables de l'Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa) ont en effet lancé cet appel de fonds lors de la Conférence internationale des donateurs à Bruxelles, rapporte l'Agence de presse des Émirats arabes unis (Emirates News Agency).

Cette collecte de fonds, qui s'inscrit dans le cadre de l'appel d'urgence 2023 du bureau de l'Unrwa pour la Syrie et le Liban, est indispensable pour répondre aux besoins humanitaires et aux besoins de première nécessité des réfugiés après le tremblement de terre qui a secoué le nord de la Syrie en février dernier.

On estime à près de 47 000 le nombre de réfugiés palestiniens touchés par le drame survenu en Syrie, et à plus de 2 300 le nombre de personnes actuellement déplacées.

Dans ce contexte, l'agence a fourni aux familles une aide financière, des kits d'hygiène et des couvertures. Elle assure également un soutien psychosocial aux enfants et une assistance médicale en ligne aux personnes vulnérables.

Les écoles relevant de l'Unrwa ont également repris leurs activités en proposant des cours de rattrapage et des sessions psychosociales pour les enfants.

L'Unrwa s'est engagé à continuer à fournir l'aide essentielle aux réfugiés palestiniens à la suite du tremblement de terre. L'agence a toutefois fait savoir qu'elle ne pouvait pas poursuivre seule son action.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com.


En Egypte, une équipe féminine de hockey sur gazon explose tous les records

Des joueuses égyptiennes de hockey sur gazon assistent à une séance d'entraînement dans la ville de Zagazig, dans le gouvernorat de Sharqiya, au nord-est du Caire, le 6 mars 2023.  (Photo de Khaled DESOUKI / AFP)
Des joueuses égyptiennes de hockey sur gazon assistent à une séance d'entraînement dans la ville de Zagazig, dans le gouvernorat de Sharqiya, au nord-est du Caire, le 6 mars 2023. (Photo de Khaled DESOUKI / AFP)
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  • En Egypte, «quand on parle hockey, on pense à Charqiya», à une centaine de kilomètres du Caire au coeur du delta du Nil, affirme fièrement l'attaquante de 24 ans
  • Forte de son sacre continental en 2019, l'équipe féminine du Charqiya Club attire désormais les regards

ZAGAZIG: Donia Shaarawy et son équipe dominent le championnat national de hockey sur gazon depuis Charqiya, un gouvernorat rural du nord de l'Egypte qui s'est pris de passion pour ce sport il y a des décennies. La jeune femme rêve désormais d'endosser le maillot d'un club européen.

En Egypte, "quand on parle hockey, on pense à Charqiya", à une centaine de kilomètres du Caire au coeur du delta du Nil, affirme fièrement à l'AFP l'attaquante de 24 ans.

Le Charqiya Club de hockey a été créé dans les années 1960, d'abord réservé aux hommes. Mais pour Ibrahim al-Bagouri, membre du conseil d'administration du club, le jeu est bien plus vieux et date de l'époque pharaonique: ce sport était selon lui "joué à Tell Basta et Tell al-Amarna et connu des anciens Égyptiens sous le nom d'al-hawksha".

Plus de 7.000 ans plus tard, en 1995, le Charqiya Club créait son équipe féminine de hockey. En 28 ans d'existence, elle a remporté 25 fois le championnat national et même décroché en 2019 le titre de championne de la Coupe d'Afrique des clubs.

"Mais aucune fille n'est passée professionnelle jusqu'ici", regrette Donia Shaarawy, tenue de sport assortie à un foulard noir, à la sortie de son entraînement.

Elle qui admire l'excellence des clubs belges et italiens espère devenir "la première Egyptienne" à rejoindre un club européen.

Le hockey ou la famille?

Forte de son sacre continental en 2019, l'équipe féminine du Charqiya Club attire désormais les regards.

Son entraîneur, Moustafa Khalil, dit à l'AFP avoir reçu des offres de clubs français et italiens pour quatre de ses joueuses.

Mais l'une d'elles a refusé d'arrêter ses études et les trois autres, poursuit-il, ont rejeté ces offres parce que, mariées avec enfants, elles ont dit ne pas pouvoir s'installer à l'étranger.

La société égyptienne, conservatrice et patriarcale, se dresse entre les sportives et leurs rêves d'Europe, confie l'entraîneur, qui concède qu'il est encore tabou de "laisser les femmes voyager seules".

Soumaya Abdel Aziz, directrice de la division féminine du club de Charqiya, veut croire que les mentalités ont changé dans un pays où les femmes se disent toujours lourdement discriminées.

"De nos jours, ce n'est plus un problème pour une femme de voyager seule ou de dormir en dehors du domicile familial", veut-elle croire.

Donia Shaarawy, elle aussi, se dit prête: "Si on me demande de choisir entre le mariage et le hockey, ça sera le hockey."

Nahla Ahmed, 28 ans et capitaine de l'équipe, "mère d'une petite fille et mariée à un joueur de hockey", estime de son côté que le mariage et la maternité n'empêchent pas de mener une carrière sportive.

"Je veux être la meilleure d'Afrique", ambitionne même celle qui a déjà été sacrée meilleure joueuse de première ligue et qui manie la crosse depuis l'enfance.

«Ce sport coûte cher»

Pendant l'entraînement sur pelouse synthétique, les cris des joueuses se mêlent aux entrechoquements des crosses en bois qu'elles utilisent pour se passer la balle vers les buts adverses.

Devant la cage, Nada Mostafa, étudiante, pare les attaques si efficacement qu'elle a rejoint la sélection nationale.

"J'ai choisi d'être gardienne car tu as l'impression d'être le roi du monde, on dit même que la gardienne est la moitié de l'équipe", dit-elle à l'AFP, casque de protection sous le bras.

L'équipement de gardien - un plastron, des jambières rembourrés de mousse et un casque renforcé d'une grille en métal - coûte 65.000 livres égyptiennes, soit un peu moins de 2.000 euros, auxquels s'ajoutent 110 euros pour la crosse, explique leur coach, Moustafa Khalil.

"Ce sport coûte cher et le manque de couverture médiatique retarde l'arrivée de sponsors", se lamente celui qui n'a obtenu des fonds qu'une seule fois.

C'était en 2019, une entreprise égyptienne avait financé son équipe pendant la Coupe d'Afrique des clubs champions, qui se tenait cette année-là en Egypte. Malgré leur sacre, le sponsor s'est retiré aussitôt après.

"Nous dépensons entre 150.000 et 180.000 euros par an", affirme à l'AFP Hamdi Marzouk, le patron du Charqiya Club, qui, souligne-t-il, a remporté "plus de 150 championnats" toutes catégories confondues.

Normal à Charqiya. Car ici, souligne Ibrahim al-Bagouri, "tout le monde possède une crosse de hockey, c'est comme le football pour les Brésiliens".


En Irak, la jeunesse branchée accro aux fripes

Dans un pays où près d'un tiers des 42 millions d'Irakiens sont pauvres, les allées tortueuses du grand marché aux fripes de Bagdad ne désemplissent pas le vendredi. (AFP).
Dans un pays où près d'un tiers des 42 millions d'Irakiens sont pauvres, les allées tortueuses du grand marché aux fripes de Bagdad ne désemplissent pas le vendredi. (AFP).
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  • Dans un pays qui renoue avec une certaine normalité après des décennies de conflits et s'ouvre chaque jour un peu plus, les fripes permettent aux amateurs de cultiver leur différence à petits prix
  • "Nous ne voulons pas une surproduction de vêtements. Il faut réutiliser"

AL HUSSAINIYAH: Dans une palmeraie au nord de Bagdad, des mannequins amateurs défilent, l'air blasé. Ici, pas de haute couture, mais des tenues vintage semblant sortir de films des années 1970. Pour ces jeunes Irakiens, la fripe c'est chic... et c'est un moyen d'éveiller à la protection de l'environnement.

Car le défilé est d'abord organisé pour sensibiliser aux effets du changement climatique subis de plein fouet par l'Irak. Il illustre aussi l'engouement récent pour les vêtements de seconde main chez les jeunes.

"Nous ne voulons pas une surproduction de vêtements. Il faut réutiliser", plaide Mohamed Qassem, 25 ans, coiffeur et organisateur du défilé dans les palmeraies du village d'Al-Hussainiya.

Exhibant une doudoune vert fluo, un long manteau noir en cuir usé, d'amples blazers croisés, à carreaux ou à rayures, les mannequins se succèdent sous les yeux médusés de bergers.

Dans un pays qui renoue avec une certaine normalité après des décennies de conflits et s'ouvre chaque jour un peu plus, les fripes permettent aux amateurs de cultiver leur différence à petits prix. Loin des enseignes de mode internationale et de "fast-fashion" qui font timidement leur apparition à Bagdad.

Parmi les tenues arborées au défilé, le vert domine comme un clin d'oeil, car l'initiative entend encourager le reboisement pour contrer la désertification galopante en mettant en valeur la palmeraie, vulnérable au changement climatique.

"L'objectif (est non seulement de) se concentrer sur les vêtements, mais aussi (sur) les vergers délaissés, les palmiers qui disparaissent chaque jour. Tout cela amplifie la pollution", souligne Mohamed Qassem.

« Fripes de luxe »

Veste rose, moustache à la Clark Gable et cheveux gominés, le jeune homme égrène les consignes, aidant un mannequin à rectifier sa démarche, suggérant des pauses à un autre.

Les vêtements présentés ne seront pas mis en vente. Mohamed Qassem a uniquement organisé le défilé pour la beauté du geste et pour éveiller à la protection de l'environnement.

"Les fripes, ce sont des vêtements d'excellente qualité. Quand tu les portes, tu as l'impression de revêtir des vêtements de luxe, c'est différent de ce que tu trouves dans le commerce", explique Ahmed Taher, styliste de 22 ans qui a fourni les ensembles.

Etudiant en commerce, il compte 47.000 abonnés sur son compte Instagram "Modern Outfit". Il y propose aux hipsters de Bagdad des vêtements d'occasion, parfois de grandes marques. Il vend des ensembles pantalon/chemise ou des tee-shirts à 20 dollars.

"On veut porter des vêtements uniques et ne pas tous ressembler les uns aux autres", ajoute M. Taher, vêtu d'une veste grise classique qui lui donne un air d'Al Pacino dans "Le Parrain".

Mannequin d'un jour, Safaa Haidar appelle à "planter un arbre chez soi". L'étudiante de 22 ans "s'intéresse à la mode en général" et confirme son attrait pour les fripes, assurant choisir ses vêtements "en fonction de (sa) personnalité".

Mais la sape d'occasion est aussi un choix économique.

Dans un pays où près d'un tiers des 42 millions d'Irakiens sont pauvres, les allées tortueuses du grand marché aux fripes de Bagdad ne désemplissent pas le vendredi.

Devant les étals croulant sous les chemises, chaussures et jeans, des hommes essayent des vêtements. Ici, une chemise coûte parfois à peine deux dollars. D'autres pièces peuvent se vendre jusqu'à 200 dollars.

« Durer toute une vie »

Mohamed Ali, étudiant en ingénierie de 20 ans, est venu acheter des chaussures. A l'époque de l'embargo occidental contre l'Irak dans les années 1990, il raconte comment ses parents "portaient le même pantalon à l'endroit et à l'envers, jusqu'à l'usure, car ils n'avaient pas les moyens d'acheter de vêtements".

Des décennies plus tard, la démarche a changé. "La plupart de mes amis achètent des fripes", confirme-t-il. "Ce n'est pas qu'on n'a pas les moyens d'acheter neuf. Mais on trouve des pièces de meilleure qualité et uniques."

Hassan Refaat propose des vêtements achetés puis abandonnés par des consommateurs en Europe et qui retrouvent une seconde vie dans les penderies irakiennes. Sa marchandise est aussi importée du Kurdistan, région autonome du nord de l'Irak à la frontière avec un géant de la production textile, la Turquie.

"Les fripes sont de meilleure qualité que les vêtements neufs disponibles sur le marché. Bien souvent, il s'agit de pièces de marques", résume M. Refaat, 22 ans. "Et les marques durent toute une vie".