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Le massacre de Sabra et Chatila

Le massacre de Sabra et Chatila en 1982 a été l’une des étapes les plus importantes de la récente histoire politique mouvementée du Liban. (AFP)
Le massacre de Sabra et Chatila en 1982 a été l’une des étapes les plus importantes de la récente histoire politique mouvementée du Liban. (AFP)
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Publié le Mardi 08 décembre 2020

Le massacre de Sabra et Chatila

  • L’atrocité vécue à Beyrouth a mis en lumière la complexité de la dimension régionale autour de la guerre civile libanaise

Résumé

Le 23 octobre 1983, un attentat au camion piégé sur le quartier général des Marines à Beyrouth causa la mort de 241 américains et fit des douzaines de blessés, dans ce qui a été décrit comme l’explosion non-nucléaire la plus forte depuis la Seconde Guerre mondiale. 

Cet attentat-suicide (suivi par un autre contre des militaires français) fut le second de cette nature à frapper la capitale libanaise, après un premier attentat-suicide à la bombe en avril de la même année, qui avait visé l’ambassade des Etats-Unis et tué 63 personnes, dont 17 Américains, dans l’ambassade et ses alentours.


Les attentats ont été attribués à l’Iran et plus particulièrement à un mouvement baptisé le Mouvement Amal islamique. Son leader, le Libanais Hussein Moussaoui, a confirmé les liens de son groupe avec la Révolution islamique iranienne, qu’il décrivait ‘comme les liens d’une nation avec son dirigeant’. 

Les deux explosions sont survenues dans un Liban meurtri par la guerre civile, suite à l’invasion des Israéliens qui sont parvenus jusqu’à Beyrouth et l’intervention des Forces multinationales de sécurité pour protéger la capitale libanaise. Le retrait des Américains suivi de celui des Français après la double attaque laissèrent Beyrouth en proie au chaos, entraînant plus de victimes et de destructions. 

BEYROUTH - Il était près de 6h25, le matin du 23 octobre 1983, lorsque les secousses se firent sentir à Beyrouth, dans sa banlieue et jusqu’aux régions montagneuses, suite à une explosion au bruit presque étouffé. 

Les gens crurent à un tremblement de terre. Mais sept minutes plus tard, la capitale et ses alentours subirent un deuxième choc à la suite d’une seconde explosion massive. 

Les dates clés

  1. Le 24 août 1982 :  Une Force multinationale américaine, française et italienne de sécurité est déployée à Beyrouth pour s’assurer de l’évacuation des combattants de l’Organisation pour la libération de la Palestine.
  2. Le 10 septembre 1982 : Les Marines américains se retirent.
  3. Le 14 septembre 1982 : Le président libanais Bachir Gemayel est assassiné. 
  4. Le 16 septembre 1982 : La milice chrétienne, assistée par les troupes israéliennes, massacre des centaines de musulmans dans les camps de Sabra et Chatila. 
  5. Le 29 septembre 1982 :  Les Marines américains sont de retour à Beyrouth. 
  6. Le 18 avril 1983 : 17 Américains font partie des victimes lors de l’attentat contre l’Ambassade des Etats-Unis à Beyrouth.
  7. Le 23 octobre 1983 : Un attentat au camion piégé au quartier général des Marines à Beyrouth cause la mort de 241 américains et fait 128 blessés. Quelques kilomètres plus loin, un second camion piégé cause la mort de 58 parachutistes français. 
  8. Une cour américaine jugera par la suite que l’Iran était l’ordonnateur de l’attentat et qu’il fut exécuté par le Hezbollah. 

A cette époque, je travaillais pour le journal libanais As-Safir en tant que correspondante de guerre. Beyrouth était entourée par plusieurs fronts d’accrochages, entre les axes de sa banlieue sud, la montagne et la région de l’Iqlim el-Kharroub. La ‘Guerre de la Montagne’ opposait le Parti socialiste progressiste (PSP) et ses alliés d’un côté aux Forces libanaises de l’autre.

Au Sud, des combattants libanais qui étaient liés à des partis gauche et auparavant à des factions palestiniennes s’étaient engagés dans une résistance armée contre Israël. La Force multinationale, composée d’Américains, de Français et d’Italiens, était toujours stationnée à Beyrouth à la suite de l’évacuation des combattants et des dirigeants de l’OLP. La présence de cette force au Liban était la conséquence de l’agression d’Israël sur le Liban et de son occupation de Beyrouth en 1982. 

Il suffit de quelques minutes pour comprendre que le quartier général des Marines sur la route de l’aéroport de Beyrouth ainsi que celui des Parachutistes français dans le quartier de Jnah, avaient été touchés par deux explosions causées par deux commandos-suicides non identifiés. Ils avaient enfoncé les barricades des deux quartiers généraux à l’aide de deux camions bourrés d’explosifs. 

C’était le second attentat terroriste à la bombe après celui contre l’ambassade américaine dans le quartier d’Aïn el-Mreissé à Beyrouth six mois plus tôt, le 18 avril 1983. Une série sans précédent jusque-là. 

Au quartier général des Marines, les dégâts étaient considérables. Quatre couches de ciment s’étaient écroulées et n’étaient plus qu’un amas de gravats. Le feu brûlait encore et on entendait des cris. On voyait du sang et des morceaux de corps humains. La confusion était totale. C’est ce qui est resté gravé dans ma mémoire et ce que nous, journalistes, avons pu voir dans ce chaos. 

Les Marines étaient en fête la nuit précédente, un samedi. Un groupe de musique s’était déplacé des Etats-Unis pour les divertir. L’explosion survint alors qu’ils dormaient encore. 

Il n’y eut pas de revendications des attentats ce jour-là, mais le journal As-Safir publia quelques jours plus tard un communiqué qu’il reçut, dans lequel le « Mouvement de la Révolution islamique » revendiquait les attentats. 

48 heures après l’attentat, les Etats-Unis accusaient le Mouvement Amal et sa faction dissidente, le Mouvement Amal islamique mené par Hussein Moussaoui, d’être responsables des attaques-suicides. Selon les informations publiées par des journaux locaux à l’époque, « les préparatifs des attentats ont eu lieu à Baalbeck, et le camion utilisé lors de l’explosion a été vu parqué devant un bureau du mouvement Amal. 

Le vice-président américain, George H. W. Bush, se rendit au Liban le jour suivant l’attaque et déclara : « Nous ne permettrons pas au terrorisme de dicter ou d’altérer notre politique extérieure ». 

 

Extrait d’un éditorial d’Arab News du 24 octobre 1983.

« Malgré leur côté sanguinaire et révoltant, les actes de violence au Liban sont presque devenus une routine dans ce pays ». 

La Syrie, l’Iran et le Mouvement Amal nièrent ensuite toute implication dans les deux attaques. 

La France répondit à l’agression sur ses militaires en effectuant un raid de huit Super-Étendard de la Marine nationale pour larguer des bombes sur la caserne du cheikh Abdallah à Baalbek, où « des factions iraniennes étaient stationnées ». La France déclara à l’époque que les raids avaient fait 200 victimes. 

Un responsable du Mouvement Amal islamique nia dans un communiqué que « l’Iran avait une base dans la région de Baalbeck » mais insista sur le fait que le lien de son groupe avec « la Révolution Islamique en Iran est le lien d’une nation avec son dirigeant et nous nous défendrons ». 

Le 23 novembre, le gouvernement libanais décida de rompre ses relations avec l’Iran et la Libye. Le ministre des Affaires étrangères libanais à l’époque, Elie Salem, déclara que la décision « avait été prise après que l’Iran et la Libye ont admis qu’elles avaient des forces dans la Békaa ». 




Extrait des archives d’Arab News du 24 Octobre 1983. 


 

Le journal As-Safir cita une source diplomatique selon laquelle « les relations avec l’Iran ont empiré à cause des interventions, pratiques et activités illégales que l’Iran a menées sur le territoire libanais, malgré de nombreux avertissements ». 

Les attentats d’octobre représentaient l’indication la plus forte de l’inversion des rapports régionaux et internationaux au Liban et de l’émergence d’un rôle iranien prépondérant dans le conflit sur le territoire libanais. 

Comme le rapportait à Arab News l’analyste en stratégie Walid Noueihed « avant 1982, Beyrouth accueillait toutes formes d’opposition : les élites instruites dites ‘opposition de velours’ ainsi que l’opposition armée dont les membres étaient formés dans les camps palestiniens ou dans des camps d’entraînement dans la Békaa et au Sud. »

« L’opposition iranienne au Chah faisait partie de ces oppositions tolérées. Beyrouth était, dans le consensus régional et international, une oasis pour toute opposition jusqu’en 1982, lorsqu’Israël envahit le Liban, assiégea Beyrouth et poussa au retrait des membres de l’OLP. Cela se fit dans le cadre d’un accord international qui consistait en un retrait israélien de Beyrouth en échange de l’évacuation des palestiniens du Liban. »

 

Noueihed expliqua que même si les factions palestiniennes s’étaient retirées du Liban, ce n’était pas le cas des combattants libanais qui faisait partie de l’OLP au Liban. La plupart d’entre eux étaient des chiites qui constituaient le réservoir des partis de gauche libanais. 

Il ajouta que « les attentats contre le Quartier Général des Marines et contre les Parachutistes français menèrent au retrait des forces multinationales du Liban et Beyrouth se retrouva, pour la deuxième fois, sans protection. De nouvelles opérations de résistance virent le jour, inspirées par des idéologies qui n’avaient aucun lien avec les idéologies de gauche. Le Mouvement Amal islamique et ses slogans condamnant Israël apparurent au grand jour. ». 

En 1985, le Hezbollah fut créé, se définissant comme une ‘organisation jihadiste menant une révolution pour une république islamique’. Ce nouveau parti reçut le soutien de partis libanais et palestiniens de gauche, surtout après l’effondrement de l’Union soviétique.  

« Nous commencions à constater la disparition des symboles nationaux de la résistance et nous pensions que le but était d’en exclure toutes les forces afin de la réduire à un seul parti, le Hezbollah » observa Noueihed. 

« L’influence iranienne se cristallisa lorsque des combats violents éclatèrent entre le Hezbollah et Amal, coûtant la vie à des dizaines de personnes et se terminant par une prise de contrôle du Hezbollah, au moment de l’occupation militaire syrienne du Liban », ajouta Noueihed. 

« Beyrouth se transforma pratiquement en ville fantôme, abandonnée par des centaines d’écrivains, intellectuels, chercheurs et professionnels des médias, fuyant en Europe de peur d’être persécutés ». 

 

Najia Houssari, notre journaliste basée à Beyrouth, était correspondante de guerre pour le journal As-Safir lorsque le Quartier Général des Marines américains fut attaqué. 

 

 


Iran: le bilan des morts s'alourdit, le pouvoir appelle à des contre-manifestations

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains". (AFP)
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  • "Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien"
  • D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis

PARIS: Le pouvoir iranien a perpétré un "massacre", selon un groupe de défense des droits humains, pour réprimer le mouvement de contestation dans le pays, où les autorités ont appelé à des manifestations lundi en soutien à la République islamique.

L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a déclaré dimanche avoir confirmé la mort d'au moins 192 manifestants, mais averti que le nombre réel de victimes pourrait être beaucoup plus élevé.

"Des informations non vérifiées indiquent qu'au moins plusieurs centaines, voire plus de 2.000 personnes selon certaines sources, auraient été tuées", a-t-elle souligné, dénonçant un "massacre" et un "crime (...) majeur contre le peuple iranien".

D'une ampleur inédite depuis trois ans, le mouvement pose à la République islamique, proclamée en 1979, l'un de ses plus grands défis.

Déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants protestant contre la cherté de la vie, il a gagné de nombreuses autres villes. Les autorités ont imposé une coupure d'internet, désormais en vigueur depuis plus de 72 heures, selon l'ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres, a appelé les autorités à "la plus grande retenue" dans l'usage de la force et à rétablir les communications.

L'IHR a aussi estimé à plus de 2.600 les manifestants arrêtés.

Le pouvoir judiciaire a réitéré que les mis en cause seraient traités "avec fermeté", après que le chef de la police a fait état "d'importantes arrestations".

"Deuil national" 

En fin de journée, le gouvernement a décrété trois jours de deuil national pour les "martyrs de la résistance", en référence notamment aux membres des forces de sécurité tués.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des "émeutiers" instrumentalisés selon elles par l'étranger, les Etats-Unis et Israël en tête.

Le président Massoud Pezeshkian a exhorté la population à participer lundi à une "marche de résistance" dans tout le pays, pour dénoncer les violences commises, selon lui, par des "criminels terroristes urbains".

La télévision d'Etat a diffusé des images de bâtiments en feu, dont une mosquée, ainsi que de cortèges funéraires d'agents des forces de l'ordre.

Dimanche, une vidéo largement partagée montrait de nouveau des manifestants se rassemblant dans le quartier de Pounak, à Téhéran, en scandant des slogans en faveur de la monarchie déchue.

La télévision d'Etat s'est efforcée de montrer une forme de retour au calme, diffusant des images d'une circulation fluide. Le gouverneur de Téhéran, Mohammad-Sadegh Motamedian, a affirmé à la télévision que "le nombre de manifestations (était) en baisse".

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du chah renversé en 1979, a de son côté appelé à de nouvelles actions, se disant prêt à retourner dans son pays et mener une transition démocratique.

Hôpitaux "débordés" 

Des images publiées sur les réseaux sociaux  - probablement par des moyens satellitaires - ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l'est du pays.

Dans une autre vidéo authentifiée par l'AFP, on voit des dizaines de corps enveloppés dans des sacs noirs devant une morgue de Téhéran, et ce qui semble être des Iraniens à la recherche de leurs proches disparus.

Le Centre pour les droits de l'homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a affirmé que les hôpitaux étaient "débordés" par l'afflux de manifestants blessés, et que les réserves de sang diminuent.

A Téhéran, un journaliste de l'AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne, avec beaucoup de boutiques qui ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l'enseignement se fait désormais à distance mais sans internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l'absence de réseau rend toute activité difficile.

Des manifestations de solidarité ont rassemblé des milliers de personnes dimanche à Paris, Londres ou Vienne, tandis qu'à Istanbul, la police turque a bloqué les manifestants devant le consulat iranien.

"Vivant ou non" 

"Nous ne savons rien de nos proches actuellement en Iran", a déploré dans la foule londonienne Fahimeh Moradi, 52 ans. "Mon fils est là-bas, et je ne sais pas s'il est vivant ou non".

Le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait "prêt à aider" les manifestants "aspirant à la liberté".

En cas de frappes américaines, l'Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des Etats-Unis, a averti le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a lui dit espérer que Téhéran "serait bientôt délivré du joug de la tyrannie", tandis qu'un haut responsable militaire affirmait que l'armée serait "en mesure de répondre avec force si nécessaire".

La mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l'ONU.


Soudan: chassé par la guerre, le gouvernement annonce son retour à Khartoum

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire. (AFP)
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  • "Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants
  • Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés

KHARTOUM: Le Premier ministre soudanais a annoncé dimanche le retour dans la capitale Khartoum du gouvernement qui en avait été chassé en 2023 par la guerre et avait été transféré à Port-Soudan, dans l'est du pays.

"Nous sommes de retour aujourd'hui (...) le gouvernement de l'espoir revient dans la capitale nationale", a déclaré Kamel Idris aux journalistes à Khartoum, promettant de "meilleurs services" pour les habitants.

Plus de 3,7 millions de personnes avaient fui la capitale dès les premiers mois du conflit, déclenché en avril 2023, lorsque les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) s'en étaient emparés.

Le gouvernement, allié à l'armée, ainsi que des agences de l'ONU avaient également quitté la capitale pour se replier à Port-Soudan, devenue alors capitale provisoire.

Reprise en mars 2024 par l'armée, Khartoum a depuis enregistré le retour de plus d'un  million de personnes, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Mais après plus de 1.000 jours de guerre, les services de base de la capitale -- hôpitaux, aéroports, centrales électriques-- restent dévastés.

L'ONU estime à environ 350 millions de dollars le coût de la réhabilitation des infrastructures.

Dans son discours dimanche, M. Idris a promis de reconstruire les hôpitaux, d'améliorer les services éducatifs, d'électricité, d'eau et d'assainissement.

Lors d'une visite à Khartoum en juillet dernier, la première depuis sa prise de fonction en mai, il avait déjà affirmé que "Khartoum redeviendra une capitale nationale fière".

Depuis, les autorités ont commencé à reconstruire certains quartiers, même si les FSR ont mené à plusieurs reprises des frappes de drones, notamment contre des infrastructures.

Fin octobre, les paramilitaires qui avaient redirigé leurs offensives vers l'ouest du pays après la perte de la capitale, s'étaient emparés d'El-Facher, la dernière des cinq capitales de la vaste région du Darfour qui était encore contrôlée par l'armée.

Depuis, les FSR se concentrent sur la région voisine du Kordofan, terre pétrolifère située sur l'axe entre le Darfour et Khartoum.

La guerre a tué plusieurs dizaines de milliers de personnes et déraciné plus de 11 millions d'autres, tant à l'intérieur du territoire qu'au-delà de ses frontières.


Syrie: les forces kurdes quittent Alep après des jours de combats meurtriers

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles. (AFP)
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  • L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est"
  • Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations

ALEP: Les forces kurdes en Syrie ont annoncé dimanche l'évacuation de leurs combattants des deux quartiers où ils étaient retranchés à Alep, après plusieurs jours de combats meurtriers contre les forces gouvernementales.

"Nous sommes parvenus à un accord qui a conduit à un cessez-le-feu et permis l'évacuation des martyrs, des blessés, des civils pris au piège et des combattants des quartiers d'Achrafieh et de Cheikh Maqsoud vers le nord et l'est de la Syrie", ont écrit les Forces démocratiques kurdes (FDS) dans un communiqué.

L'agence officielle syrienne Sana a confirmé que "les bus transportant le dernier groupe de membres des FDS ont quitté le quartier de Cheikh Maqsoud à Alep, en direction du nord-est".

Après avoir pris le contrôle d'Achrafieh, l'armée syrienne avait déjà annoncé samedi la fin de ses opérations à Cheikh Maqsoud et le départ des combattants kurdes vers le nord. Mais les forces kurdes avaient démenti ces affirmations.

Les affrontements, les plus violents à Alep depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, ont fait au moins 21 morts parmi les civils depuis mardi, et provoqué le déplacement d'environ 155.000 personnes, selon les données officielles.

Accusations mutuelles 

Les deux camps s'accusent mutuellement d'en être à l'origine.

Ces combats ont fragilisé encore plus un accord conclu en mars entre les deux parties pour intégrer les institutions civiles et militaires de l'administration autonome kurde au sein de l'Etat syrien, qui n'a pas encore été appliqué.

L'évacuation des combattants a été obtenue "grâce à la médiation des parties internationales pour mettre fin aux attaques et aux violations commises contre notre peuple à Alep", a affirmé le FDS, après avoir au contraire dénoncé quelques heures plus tôt des déplacements forcés et des enlèvements de civils.

Depuis Damas, l'émissaire américain Tom Barrack avait lancé samedi un appel à la "retenue" et à la fin des hostilités, après avoir rencontré le président Ahmad al-Chareh dont le gouvernement se dit déterminé à asseoir son autorité sur Alep, la deuxième ville du pays.

Un correspondant de l'AFP posté samedi à l'entrée du quartier Cheikh Maqsoud a vu au moins cinq autocars transporter des hommes, escortés par les forces de sécurité.

Prises au piège pendant des jours, des familles hagardes ont enfin pu quitter le lieu des combats.

Des hommes portent leurs enfants sur le dos, des femmes et des enfants pleurent. "Papa, papa", répète une petite fille cherchant son père.

Mais plusieurs dizaines de jeunes gens sont mis à l'écart par les forces de sécurité, qui les forcent à s'asseoir par terre, tête baissée, sous leur garde, avant de les embarquer dans des cars.

Les FDS, qui ont été le fer de lance de la lutte contre les jihadistes du groupe Etat islamique en Syrie, sont soutenues par Washington qui appuie également Ahmad al-Chareh.

Les combats ont fait craindre une escalade régionale, la Turquie voisine se disant prête à intervenir aux côtés des autorités syriennes et Israël prenant la défense des Kurdes.

Depuis la chute de Bachar al-Assad, le pouvoir islamiste s'est engagé à protéger les minorités. Mais les combats d'Alep sont le troisième épisode de violences avec des minorités, après des massacres d'alaouites sur la côte en mars et des combats avec les druzes dans le sud en juillet.

Les Kurdes, qui ont tiré profit du chaos de la guerre civile (2011-2024) pour s'emparer de vastes territoires du nord et du nord-est de la Syrie, y compris des champs pétroliers et gaziers, réclament notamment un système de gouvernance décentralisé, ce que rejette Damas.